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Full text of "Revue des études juives 1922"

REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-QUINZIÈME 



PARIS 
A LA LIBRAIRIE DURLACHER 

142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS 

1922 



Digitized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui75soci 



LA CRÉATION DE L'HOMME 

D'APRÈS LES ANCIENS INTERPRÈTES 



I. — A QUELLE IMAGE L'HOMME A-T-IL ÉTÉ CRÉÉ? 

Ibn Ezra, commentant Genèse, i, 26, cite au nom de « certains » 
l'explication suivante : « Dieu créa l'homme à l'image de celui-ci, 
à limage Dieu créa l'homme » *. Dans son Commentaire fragmen- 
taire 2 , la première partie de l'explication est citée au nom de 
Yechoua, c'est-à-dire du caraïte Yechoua ben Yehouda Abou-1-Fa- 
radj 3 , la seconde au nom de certains « autres », qui « viennent en 
aide » à Yechoua 4 . Ibn Ezra repousse catégoriquement cette 
explication, en faisant ressortir les difficultés du style auxquelles 
elle se heurte, et il ajoute ironiquement : « en outre, celui qui 
donne cette explication taxe d'erreur 1 auteur des accents, qui a 
rattaché obsn à ûTiba*, tandis qu'il aurait dû le pourvoir d'un zakef 
gadol ou d'un autre accent semblable (c'est-à-dire disjonctif) » 5 . 

Mais, en dépit du style et en dépit de l'accent, cette explication a 
trouvé beaucoup de partisans. Quelques-uns remarquent bien 
qu'elle est contraire à l'accentuation, sans se croire obligés pour 
cela de l'abandonner; d'autres encore ne tiennent pas compte de 
l'accent et n'en disent rien. Ainsi les Tossafot Hadar Zekénim, 
sur ix, 6 (5 a), commentent : « Le sens est : d'après une certaine 

i. Comp. Aaron b. Elie, Kéthev Tora, I, 18 a. 

2. Friedlaender, Essmjs, IV, 31. 

3. C'est aussi celle de Rachi, sur i, 27 (« dans la forme préparée pour lui ») et 
celle de Bekhor-Chor, sur i, 26 (Jellinek, p. 7). Cf. Lékah Tob, ad loc, et plus bas. 

4. Abravanel, dans son Commentaire, sur i, 26, et dans ses « Réponses aux 
questions de R. Saùl lia-Cohen » (12 b), croit qu'lbn Ezra vise le Targoum. Nous 
voyons que c'est une erreur; cela ressort même du texte du Commentaire vulgaire. 

5. Cette remarque ne se lit que dans le texte publié par Friedlaender. 

T. LXXV, n° 149. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

image que Dieu avait préparée, il créa l'homme. D'autres expliquent: 
d'après une image unique Dieu créa l'homme. Mais l'accentuation 
ne paraît pas conforme à cette interprétation. » Au contraire, le 
Hizkouni, sur i, 26, donne cette explication sans autre remarque : 
« il faut intervertir les mots : Dieu le créa à l'image ». 

Mais voici une remarque importante, qui se trouve dans le 
Commentaire d'Abot attribué à Rachi, sur m, 4 : « Dieu a aimé 
l'homme d'une affectiou particulière en le créant sous une forme 
particulière, ainsi qu'il est dit : [car d'après l'image Dieu créa 
l'homme]. Mais celui qui divague et interprète le verset d'une autre 
manière, à savoir : car à l'image [de Dieu], etc., celui-là est entaché 
d'hérésie. » 

Jacob b. Simson est plus explicite dans son Commentaire 
manuscrit sur Abot : « Dieu a manifesté son amour à l'homme en le 
créant sous une forme particulière, non sous la forme des animaux 
et des oiseaux. Mais celui qui dit que l'homme a été créé à l'image 
de son créateur est suspect d'hérésie 1 . » Une glose postérieure 
ajoute : « D'autant plus que, dans certains textes du Targoum, 
dbita est traduit par « à l'image Dieu créa » et non « à l'image 
de Dieu ». Quant à l'hébreu, le zakef gadol sur le s de û^n 
indique une séparation ; il y a, en effet, db&a » 2 . 

Ces explications se rattachent à la sentence de R. Akiba ou, 
d'après une autre source, de R. Méir 3 : « Aimé est l'homme, car il 
a été créé à l'image; un amour particulier lui a été reconnu en ce 
qu'il a été créé à l'image, comme il est dit dans Genèse, ix, 6 4 . » Ce 
texte semble favoriser, en effet, l'explication de Pseudo-Rachi et de 
Jacob b. Simson et le verset allégué ne peut être compris que de 
cette manière : « car à l'image Dieu créa l'homme 5 ». Ce qui la 
favoriserait encore, c'est que cette interprétation des versets en 
question avait des partisans parmi les docteurs juifs. Symmaque 



1. Cité par Berliner dans ses Additions à l'Introduction de Hurwitz au Mahzor 
Vitry, p. 192. 

2. Mahzor Vitry, p. 514. (tipiïl ne désigne pas, comme le croit l'éditeur, l'accent 
que nous appelons C]pT, mais est une corruption de ce mot.) 

3. R. Akiba, dans Abot, m, 14; R. Méir, d'après Abot R. N., Rec. I, chap. xxxix, 
i. f. Anonyme dans la Rec. II, 62 6 Schechter. 

4. J'ai traduit n^!T3 comme Meïri. Voir aussi Abot R. N., éd. Schechter, p. 124 
en haut, et la note de l'éditeur. Cf. Geiger, Nachgelassene Schriften, IV, 341, 
passage que vise sans doute Neumark, Geschichte (1er judischen Philosophie, I, 84, 
n. 1, mais ce qu'il objecte à Geiger ne tient pas. 

5. Ainsi comprennent Geiger, l. c, et Kebouçat Maamarim, éd. Poznanski, I, 103; 
Levy, Neuhebr. Wb., IV, 193 6; Strack, Pirqè Abot, p. 20. 



LA CRÉATION DE L'HOMME 3 

traduit, en effet, Genèse, ni, 27, par : « Et Dieu créa l'homme dans 
une image distinguée, il le créa debout 4 . » 

Néanmoins, ce sont les autres commentateurs, R. Yona, Meïri, 
Heller, etc., qui ont raison en expliquant la sentence de R. Akiba 
comme si elle parlait de l'image de Dieu 2 . « A l'image » n'est qu'une 
abréviation de « à l'image de Dieu 3 », comme il résulte clairement 
d'autres maximes de R. Akiba et de ses contemporains. Ainsi 
R. Akiba dit, en citant Genèse, ix, 6 : « celui qui verse le sang est 
comme s'il diminuait l'image 4 ». Et son disciple Aquila traduit les 
versets en question, conformément à l'accentuation massorétique, 
par « à limage de Dieu 3 ». Si la sentence est de R. Méir, il est 
encore plus certain qu'elle doit être entendue en ce sens. Voici, en 
effet, de ce docteur, un enseignement qui fait clairement ressortir 
son interprétation du verset Genèse, i, 26. Pour expliquer les mots 
du Deutéronome, xxi, 23, « un pendu est une injure à Dieu », il a 
recours à la comparaison suivante : « deux frères jumeaux se 
ressemblent; l'un devient roi, l'autre brigand. Au bout de quelque 
temps, celui-ci est pris et mis en croix. Les passants disent : on 
dirait que le roi est crucifié. Alors le roi fait enlever le supplicié 6 ». 
Un autre midrach, anonyme celui-là, favorise la même interpré- 
tation : « Les êtres d'en haut sont créés à l'image, mais ne se repro- 
duisent pas; ceux d'en bas se reproduisent, mais ne sont pas créés 
à l'image. C'est pourquoi, dit Dieu, je veux créer l'homme à l'image 
comme les êtres d'en haut et avec la faculté de reproduction, 

1. Voir Geiger, Jiid. Zeitschr., I, 40-41 ; Urschrift, p. 323 ; Keb. Maam., I, 101— 
102. La station debout est indiquée dans la littérature rabbinique comme une des 
propriétés de l'homme, qu'elle fait ressembler aux anges {Abot R. iV., I, ch. xxxvn ; 
Haguiga, 16 a; Genèse rabba, vin, 11 ; xiv, 2). 

2. Certains textes ont même O^nbî* Db^3 N12DU3 et cette leçon est supposée 
par le Mahzor Vitry. C'est aussi celle des Abot R. N., ch. xxxix, mais voir la 
remarque de Schechter, 59 6, n. 7. 

3. Cf. Luzatto, Oçar Nehmad, IV, 53; Ginzberg, apud Geiger, Keb. Maam., 
IV, 396. 

4. T. Yebamot, vin i. f.\ Yeb., 63 b (3p3^ est une faute d'impression); Gen. r., 
xxxiv ». f.\ Mekhilta sur Ex., xx, 17 (éd. Friedmann, 70 6); Mekh. de R. Simon, 
éd. Hoffmann, p. 113. Cf. Gen. r., vin, 11 (voir plus loin dans le texte). Geiger 
connaît le texte de la Tossefta, mais l'explique dans le sens de son interprétation. Le 
texte de la Mekhilta et celui de Gen. r. montrent qu'il a tort. — Neumark, op. cit., 
p. 95, n. 1. trouve dans le passage de la Mekhilta la théorie platonicienne des idées; 
c'est une erreur. 

5. Voir Field, Hexapla, I, 10 6. 

6. j. Sanhédrin, ix, 7; Babli, 46 6. Dans un autre dire de R. Méir, r)V2l est 
expliqué comme 'n TDD m?3"I [Midrach Tehillim, xc, § 8 ; ibid., xxiv i. /"., et 
Nombres r., xiv, 3 : mnDb). 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme les êtres d'en bas *. » Ici les mots « à l'image » [ntràl ùbira) 
ne peuvent pas avoir d'autre sens que celui de « à l'image de Dieu ». 
Philon comprend aussi « à l'image de Dieu 2 ». 

On s'explique maintenant pourquoi Onkelos n'a pas traduit les 
mots û-'î-iba ûbirn dans Genèse, i, 27 et ix, 6, ni les mots tr>nba rvrcna 
dans Genèse, v, \ , mais les a reproduits sous leur forme hébraïque 3 . 
Plus tard, on a, suivant l'usage constant du Targoum, changé 
trnba en '•« ou 'n; c'est la leçon du Mahzor Vitry *. Puis ** a été, 
conformément à l'accent, changé en '«T. Inversement, quelque 
hyper-philosophe a changé l'accent d'après Onkelos et accentué la 
phrase comme dans le Mahzor Vitry. 



II. — l'homme souverain de la nature. 

Saadia traduit Genèse, i, 27 et ix, 6 : « Dieu l'a créé dans sa 
forme, dans une forme élevée, comme souverain 5 »; de même 

1. Gen. r., vm, 11. — L'idée que les anges sont créés à l'image de Dieu ne repa- 
rait pas dans la littérature rabbinique et ne semble pas avoir été répandue parmi les 
Juifs. On comprend ainsi que saint Basile réfute l'opinion des Juifs qui, dans Genèse, 
i, 26, font parler Dieu aux anges : il fait ressortir que cette opinion a pour consé- 
quence de donner aux anges la même image qu'à Dieu. Tel est aussi le sentiment de 
Sévérian de Gabala : « Ni l'hérétique, ni le juif n'ose affirmer que les anges ont la 
même image que Dieu (In Hexaëtneron, IX, 6; P. M., XXIX, 205; Zellinger, Die 
GenesishomiUen des Bischofs Severian von Gabala, p. 93). Cette conception reparaît 
plus tard chez Rachi, sur Gen , i, 26 et 27. Sur le second verset, Kimhi (9 a en haut) 
dit que l'image des anges est la même que celle de Dieu. De même on lit dans Exode 
r., xxx, 16, que l'homme a été créé à l'image des anges. L'explication de DbstD 
Û^îlbN par « à l'image des anges » est donnée aussi par Juda Halévi, Kozari, IV, m 
(éd. Cassel, l re éd., p. 322; éd. Hirschfeld, p. 246), ainsi que par lbn Ezra dans le 
Commentaire courant et dans celui qu'a publié Friedlaender, Essays, IV, 32. 

2. De opificio mundi, § 6 (éd. Mangey, I, 5 ; éd. L. Colin, I, 7; Die Schriften der 
judiscli-hellenislischen Literatur in deutscher Uebevsetzung, I, 25 ; comp. la 
note 2 du traducteur). 

3. Voir Geiger, Keb.Maam., I, 104; Levy, Chald. Wb., II, 327 6; Neuhebr. Wb., 
IV, 193 a; Berliner, Targum Onkelos, I, 216. Comp. Abravanel sur Gen., i, 26. 

4. Ainsi que d'autres textes cités par Levy et Geiger. 

5. 1,27 : npbs suboB wiffl misa rtrmata; v, 1 : Nubora nï-mw 

FïJMfcï ix, 6 : ny}^ Nttbo73 ns^nttî rmim. Telle est la leçon de l'éd. 
Derenbourg et de l'éd. de Jérusalem (v. la note de Pozuanski sur Geiger, l. c, I, 105). 
Mais il faut lire nn^l^a *'t nnD1I53 avec suffixes, comme il résulte de Emounot, 
II, ix (éd. Landauer, p. 94). Comp. Ibn Ezra sur i, 26 dans le Commentaire courant et 
du us Friedlaender, IV, 32. — La traduction de ni73T31 ûbiSia au verset 26 par 
« d'après l'image et d'après la ressemblance » est citée comme une hérésie gnostique 
par saint Irénée, Adv. Uaer., I, xxiv, 1 (Migne, P. G., VII, 674). 



LA CREATION DE L'HOMME 5 

dans v, 1 : « dans sa forme, comme souveraine ». Saadia explique 
donc la ressemblance de l'homme à Dieu en ce sens que l'homme 
a reçu la souveraineté de la nature, par où il ressemble à 
Dieu'. 

Cette interprétation se retrouve tout au long chez un contempo- 
rain de Saadia, chez Sabbataï Donnolo, dans son Commentaire de 
la Genèse, i, 26. Nous en citerons le texte plus loin, en môme 
temps qu'une troisième explication de ce verset. 

Joseph Bekhor-Chor donne la même explication dans son Com- 
mentaire 2 , en faisant observer qu'elle ressort du contenu de la 
seconde partie du verset 3 . Il n'est pas nécessaire de chercher une 
source à Bekhor-Chor, qui n'est pas précisément un compilateur. 
Mais en admettant qu'il ait puisé ailleurs, ce ne serait probable- 
ment pas chez Saadia, comme l'affirme Geiger \ mais bien plutôt 
chez Donnolo, attendu que les ouvrages de Saadia n'étaient vrai- 
semblablement pas connus dans le nord de la France s ? tandis que 
les auteurs de ce pays citent le Commentaire du Se fer Yecira par 
Donnolo 6 . 

Mais cette explication est plus vieille que Saadia et Donnolo. Elle 
se rencontre pour la première fois chez saint Ephrem, le Père de 
l'Église syrien, qui dit : « Moïse fait comprendre en quoi nous 
sommes l'image de Dieu en ajoutant : « afin qu'il domine les 
poissons de la mer, les oiseaux, les animaux et toute la terre ». 
Ainsi, par la puissance et la souveraineté qu'il a reçues sur la terre 
et toutes les choses du globe, il est l'image de Dieu, qui domine 

1. Geiger, Jùd. Zeitschr., V, 296 et l. c, croit que Saadia traduit û'WN ûbttS 
par « à l'image d'un souverain ». Cette interprétation est contredite par la traduction 
de v, 1, où Saadia remplace D^Ï15N par le suffixe de Î1Ï131253. Le gaon ne traduit 
pas la deuxième partie du verset, il la commente : à l'image de Dieu, en faisant de 
l'homme un souverain. Ce qui prouve que NUbO?2 est une addition explicative, c'est 
la traduction du verset 26 : NaboH N3î13tZJ!3 N3mi3£D, où le dernier mot n'a pas 
d'équivalent hébreu. 

2. Ed. Jellinek, p. 5-6. Bekhor-Chor a été suivi par le Hizkouni. La même expli- 
cation se trouve encore chez le caraïte Aaron b. Elie, Eç Haytjim, éd. Delitzsch, p. 50. 
Bekhor-Chor explique aussi DVlbtf au v. 27 6 dans le sens de « juge ». 

3. Au contraire, Ibn Ezra allègue la seconde partie du verset pour repousser l'expli- 
cation de Saadia, v. Friedlaender, IV, 32. Dillmann et Delitzsch donnent le même 
argument. 

4. Parschandatha, p. 50, et Z. D. M. G., XV, 155. 

5. Voir Poznanski, l. c, I, 105, et Introduction au Commentaire d'Eliézer de Beau- 
gency, p. xlvi, n. 1. [Voir maintenant Poznanski, dans Revue, LXXII, 113 ] 

6. Voir Rachi sur Eroubin, 56 a, et Be'ça, 33a ; Joseph Kara dans son Commen- 
taire de Job, Kérem Hémed, VII, 61. Comp. Zunz, Zur Geschichle, 62, 68; Gross, 
Gallia Judaica, 215. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tout ce qui est sur et sous la terre'. » Saint Ephrem est suivi 
d'autres Pères de l'Église d'Antioche, Diodore de Tarse 2 , Chrysos- 
tome 3 et Sévérian deGabala*. Il est possible que saint Ephrem, qui 
a si souvent utilisé des explications et des traditions juives, en ait 
reproduit une ici aussi, bien que celle-ci ne se soit pas conservée 
dans la littérature agadique. Ce n'était pas en tout cas l'interpré- 
tation ordinaire chez les Juifs. 



III. — A l'image des Cosmos. 

Contre ceux qui séparent ûbitn de ûvib», Ibn Ezra remarque, à la 
fin de sa polémique : « Même si nous voulions faire abstraction de 
toutes ces raisons, que font-ils de ces mots d'Ezéchiel : «et une 
forme comme l'apparence d'un homme en haut» (i, 26)? Car 
l'homme est un petit monde ou le monde est un homme grand 3 . » 
Ibn Ezra trouve donc que l'homme ressemble à Dieu en ce qu'il 
est un microcosme. Il s'exprime plus clairement dans le Commen- 
taire ordinaire : « Parce que l'âme de l'homme, qui vient d'en haut, 
est immortelle, elle est comparée quant à sa vie à Dieu; de plus, 
elle n'est pas un corps, mais remplit le corps tout entier. Quant au 
corps de l'homme, il est comme un petit monde. . . Aussi le pro- 
phète dit-il qu'il a vu la gloire de Dieu comme l'apparence d'un 
homme 6 . » 

Le fond de cette remarque est emprunté à un développement de 
Juda Halévi : « Ne t'étonne pas que l'homme soit comparé à Dieu... 
Quand nous pensons aux attributs qu'on est obligé d'admettre, 
que ce soit au figuré ou au propre, tels que : vivant, pouvant, 
voulant, connaissant, ordonnant, donnant à chacun ce qui lui 
convient, jugeant équitablement, nous ne trouvons dans ce que 
nous pouvons apercevoir aucune comparaison plus proche que 

i. Opéra, I, 18 EF; Saemmlliche Werke der Kirchen-Vaeter aus dem Urtext 
ins Teutsche uebersetzt (Kempten, 1842), XXVIII, 116. 

2. Voir I. Deconinck, Essai sur la chaîne de VOctateuque, p. 96. 

3. Rom., vm, 3, et ix, 2 (Migne, P. G., LUI, 72, 78). 

4. Voir Zellinger, op. cit., p. 94. 

5. Friedlaender, Essays, IV, 31. 

6. Comparer encore ce qu'Ibn Ezra dit dans son Commentaire sur Exode, xxvi, 1 
(introduction). — Cassel, Kozari, III, iv, l re éd., p. 322, n. 1, s'est mépris sur le 
sens des mots « elle le remplit (le corps) tout entier » ("ib"D ÏTNbtt NTn). C'est la 
phrase agadique Epttl *D HNbtt ïltttt» S|N ûbT^n b^ Nbtt n"3pH 17)2 
{Berakhoth, 10a; Lévit. r., iv, 8 ; Deut. r., n, 37; cf. Gen. r.,xiv, 9). 



LÀ CRÉATION DE L'HOMME 7 

celle de l'âme raisonnable, c'est-à-dire de l'homme parfait. . . Les 
philosophes ont comparé le monde à un homme grand et l'homme 
à un petit monde. Mais s'il en est ainsi, comme Dieu est l'esprit du 
monde, son âme, sa raison et sa vie — aussi est-il appelé « la vie 
du monde » (Daniel, xn, 7), — la comparaison s'éclaire au point de 
vue de la raison { ». Maïmonide s'est également inspiré de l'auteur 
du Kozari : « C'est par cette chose que se perpétue l'existence de 
la sphère et de chacune de ses parties; et cette chose, c'est Dieu 
(que son nom soit exalté 1). C'est dans ce sens seulement que 
l'homme en particulier a été appelé microcosme, [c'est-à-dire] 
parce qu'il y a en lui un [principe qui gouverne son ensemble; et 
c'est à cause de cette idée que Dieu a été appelé, dans notre langue, 
la vie du monde et qu'il a été dit : Et il jura par la vie du monde 2 . » 

Pour en revenir à Ibn Ezra, il justifie aussi la comparaison de 
l'homme avec Dieu, tandis que Juda Halévi ne justifiait que celle de 
Dieu avec l'homme. C'est Abravanel qui expose le plus clairement 
l'explication à laquelle Ibn Ezra fait allusion : « L'homme a été 
créé à l'image de Dieu en ce sens encore qu'il y a en lui une ana- 
logie avec le monde dans sa totalité et dans ses parties, qui sont 
émanées de l'ordonnance et de la création divine. . . Et de même 
que toutes les parties du monde se réunissent dans la forme 
suprême — Dieu — qui les garde et les réunit, de même dans 
l'homme, l'âme raisonnable garde et rattache tous ses membres 
et toutes ses facultés, de sorte qu'à ce point de vue l'homme est 
appelé un petit monde, comme le disent les Anciens et comme 
Maïmonide l'a écrit 3 . » 

Cette explication n'a pas été imaginée par Abravanel, qui n'a fait 
que la développer. Nous la trouvons en toutes lettres chez Joseph 
Ibn Saddik. Celui-ci expose que l'homme a pour devoir de cultiver 

1. Kozari, III, m, p. 321 Cassel, p. 241 Hirschfeld. 

2. Guide, I, 72, d'après la traduction de Munit, I, p. 371. Comp. Saadia, Commen- 
taire du Se'fer Yecira, IV, i, éd. Lambert, p. 70, trad. française, p. 91 ; en hébreu 
dans Juda ben Barzilaï, Commentaire du Se'fer Yecira, éd. Halberstam, p. 177, et 
dans les notes de Kaufmann, ibid., p. 340, ainsi que dans Oçar Nehmad, III, 66. 
Voir aussi Kaufmann, Geschichte der Attributenlehre, p. 210, n. 188. 

3. Commentaire sur Gen., i, 26. L'allusion à Maïmonide se rapporte au passage 
cité plus haut (note 2). — La notion que l'âme unit les membres et les forces du 
corps se trouve dans le Tanhouma, Hayyé Sara, § 3; Midr. Ps., cm, § 4. Kimlii, 
dans son Commentaire, sur Gen., i, 26 (5 6), cite une agada : littb^a TU' T172KT 

Dbun ba na bmo nm ît: ,,, mina ton qa iiïtj niïi n^ lamEis 

Cpsn 23 PN nbaiO &TH 5|N- Cette agada ne se trouve pas sous cette forme 
dans les sources que nous connaissons ; les éléments s'en retrouvent dans les textes 
précités et dans ceux indiqués plus haut, p. 6, n. 6. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et (le développer la partie intelligente qui est en lui, de manière à 
se distinguer de l'animal, auquel il ressemble par son corps. C'est 
pourquoi, remarque-t-il ensuite, l'homme a été créé à l'image [de 
Dieul, c'est-à-dire qu'il y a en lui de tout ce que le Créateur a créé. 
De là vient qu'il est appelé microcosme *. 

Mais Ibn Saddik lui-même semble avoir puisé à une source anté- 
rieure et cette source doit être le Commentaire de Sabbataï Donnolo 
sur Genèse, i, 26 2 . Voici, en effet, ce que nous y lisons: * L'expli- 
cation des mots « faisons un homme à notre image, selon notre 
ressemblance » est la suivante. Après que Dieu eut créé tout 
l'univers, les cieux avec tous les êtres supérieurs et la terre avec 
tout ce qu'elle porte, il dit à son univers : « Faisons un homme à 
notre image, selon notre ressemblance », à mon image et à ton 
image, selon ma ressemblance et selon ta ressemblance... Mais 
cette image et cette ressemblance dont Dieu a parlé à son univers 
ne sont pas la ressemblance de la figure, mais la ressemblance 
avec les œuvres de Dieu et avec les œuvres de l'homme. De même 
que Dieu est le souverain maître des hommes et de tout l'univers 
ici-bas et là-haut, de même l'homme est tel quand il a fait la 
volonté de Dieu. Quant à la ressemblance de l'homme avec l'uni- 
vers, elle consiste en ce que son corps correspond en tout à l'uni- 
vers... De même que Dieu remplit tout l'univers de sa gloire, de 
même l'âme dej'homme, qui est comme un petit univers, remplit 
tout le corps, des pieds à la tête, d'une extrémité à l'autre, 
jusqu'aux ongles des mains et des pieds... C'est pourquoi l'écriture 
dit : « quiconque verse le sang d'un homme, que son sang soit 
versé par l'homme, [car à l'image de Dieu il a créé l'homme] » 



1. Der Mikrokosmos des José f lbn Saddik, éd. Horovitz, p. 42 : N-QD *p b^l 

'rr »nan arma nn ban na «to nttib imn ,[D^nba] ûbsa cnan 

*Jl3P Obi? N"lp3 p bj"|. Le texte porte D5U5 Db2t3. Horovitz en a conclu 
qu'lbn Saddik lisait dans Genèse, ix, 6 : ùb£3 séparé de D^ttbtf {Die Psychologie 
bei den jiidischen Religionsphilosophen des Mittelallers, II [Jahresbericht des 
judisch-theologischen Seminars zu Breslau, 1906], p. 161, n. 42J. Mais les mots 
NTinn NISC montrent que l'auteur explique le mot D^Hb:* de la manière sui- 
vante : « à l'image de ce qui a été créé par Dieu ». Notre correction est aussi con- 
firmée par Abravanel. 

2. ISttbtta dlN' Î-HZ3*3 tBVPD, éd. Jellinek, Leipzig, 1854; ^jaûn, éd. 
Gastelli, Florence. 1880, p. 1-30; réimprimé dans le Séfer Yecira, éd. Varsovie, 1884. 
Je cite d'après F éd. Castelli, p. 15, 16, 19, 25. — On pourrait peut-être montrer par 
d'autres rapprochements qu'lbn Saddik a utilisé le Commentaire de Donnolo ; p. ex., 
Ibn Saddik, p. 24, 1. 24-25, ressemble à Donnolo, p. 19-20, et Ibn Saddik, p. 19, 1. 31, 
et p. 24, 1. 33, à Donnolo, p. 23, 1. 15 (mais cette comparaison se trouve aussi dans 
d'autres sources. Cf. Horovitz, Die Psychologie. . ., II, 162, n. 45). 



LÀ CRÉATION DE L'HOftME 9 

(Genèse ix, 6), pour Rapprendre que celui qui tue un homme est 
comme s'il détruisait tout l'univers 1 , parce que l'homme est 
comparé à la création de l'univers et à l'image de Dieu. » 

Le fond de cette explication de Genèse, i, 26, remonte à un 
amora, R. Josué b. Lévi. Répondant à la question « à qui Dieu 
s'est-il adressé en disant : créons un homme? » il explique que 
« Dieu s'est concerté avec les créatures du ciel et de la terre 2 ». En 
d'autres termes, Dieu dit au Cosmos: créons un homme à notre 
image, selon notre ressemblance. 

L'interprétation de Donnolo a une vague analogie avec l'explica- 
tion donnée par plusieurs commentateurs du moyen âge : Dieu dit 
à la terre ou aux éléments : « créons un homme à notre image, selon 
notre ressemblance », le corps de l'homme étant pris à la terre et 
composé d'éléments, tandis que son esprit vient d'en-haut, à 
l'image des anges. Ainsi Abraham bar Hiyya explique : Dieu parla 
à la terre 3 . Joseph Kimhi et Nahmanide : aux éléments 4 . Mais ces 
explications n'ont qu'une [ressemblance éloignée avec celle de 
Donnolo. Aussi Jellinek a-t-il tort d'affirmer que celle-ci a été 
adoptée dans ses traits essentiels par Abraham b. Hiyya, Ibn Ezra, 
les deux Kimhi et Nahmanide 5 . Chez Ibn Ezra, aucune trace de 
l'interprétation de Donnolo: pour lui Dieu parle aux anges 6 . 
Gastelli, qui corrige Jellinek en ce qui concerne Ibn Ezra, le 
croit pour le reste : « Donnolo, dit-il, a été suivi par quelques-uns 
des plus illustres commentateurs de l'Écriture 7 ». C'est inexact. Le 
seul auteur connu qui cite l'explication de Donnolo et en nomme 
l'auteur, est Eléazar ben Juda, l'auteur de Rokéah 8 . 

Quoi qu'il en soit, cette autre explication, qui remonte, dans la 
mesure où les sources juives nous renseignent, à Abraham bar 
Hiyya, est fort ancienne : elle se trouve chez Justin. Celui-ci l'attri- 

1. V. Michna. Sanhédrin, 37 a ; Abot R. N., I, l re recension, chap. xxxi ; 2 e recen- 
Bion, chap. xxxvi, éd. Schechter, 45 a. 

2. Gen. r., vm, 3 : *p?33 V^Nl D^TD rO&0733. Bâcher, Ag. pal. Amor., 
I, 184 ri., a déjà fait remarquer que l'auteur de cette opinion est R. Josué ben Lévi et 
non Lévi. L'éd. Theodor (p. 58) a "nb "p 3H231ÏT '"|. — R. Samuel b. Nahmani 
explique de même ^bj33 DVT DT> bD ^^733 (Gen. r., I. c). 

3. Voir Ha- Yona, I, 75. 

i. Voir David Kimhi, ad loc, éd. Ginzburg, ia. — Nahmanide accepte cette expli- 
cation, ad loc; voir aussi En Salomon Astruc, Midreché ha-Tora, éd. Eppenstein, 
p. 3. De même les Caraïtes, voir Mibhar, ad loc, et Kéter Tora, I, 18 a. 

'■>■ A. c, p. xn. 

6. Cf. Friedlaender, Essays, IV, 32. 

7. L. c, p. 41, n. 3. 

8. V. Geiger, Parschandatha, p. 50-51. 



10 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bue aux docteurs juifs, qui expliquent que Dieu parla à lui-même 
« ou bien aux éléments, c'est-à-dire à la terre et aux autres (élé- 
ments) dont l'homme, d'après notre opinion, est sorti H ». Ginzberg 
identifie cette interprétation prêtée par Justin aux Juifs avec celle 
de R. Josué b. Lévi 2 . Mais la première, qui ne songe qu'à la terre 
ou aux éléments, ne se comprend pas avec la seconde, qui parle 
des créatures du ciel et de la terre, c'est-à-dire de l'univers, du 
macrocosme, comme dit Donnolo. 



IV. — Les anges et la création de l'homme. 

Nous venons de voir que plusieurs commentateurs expliquent le 
pluriel de « faisons l'homme » en admettant que Dieu a parlé 
aux anges. Telle est l'explication de Rachi, de Juda Halévi 3 , d'Ibn 
Ezra\ de Rekhor-Ghor 3 et d'autres encore 6 . Semblablement 
TAgada dit que Dieu s'est concerté avec les anges 7 . Saint Basile 8 , 
Saint Jean Chrysostome 9 et Sévérian de Gabala 10 sont d'accord 
pour affirmer que, d'après les Juifs, Dieu a dit aux anges qui l'en- 
touraient : « faisons un homme ». 

Par contre, Théodoret cite cette explication comme l'opinion de 
« certains hérétiques abhorrés H ». De même saint Justin, après 
avoir réfuté les opinions des « docteurs » des Juifs, dit : « Je ne 

1. Dialogue avec Tryphon, ch. lxii (Justini Marlyris Opéra, éd. Otto, II, 206). 

2. Die Haggada bei den Kirchenvàtern, p. 20. De même, avant lui, Goldfahn, 
Monatsschrift, 1873, p. 145, et déjà Graetz, Monatsschrifl, 1854, p. 313. A vrai dire, 
le rapprochement est déjà chez D. Kimhi, qui, à propos de l'explication de son père, 
renvoie à l'agada. 

3. Kozari, IV, 3 ; éd. Gassel, l re éd., p. 322 ; éd. Hirschfeld, p. 243. 

4. Dans le Commentaire ordinaire, ad loc., et dans celui édité par Friedlaender, 
Essays, IV, 32. 

5. Ed. Jellinek, p. 6-7. 

6. Voir Kimhi, éd. Ginzburg, 4 6, et Abravanel, ad loc.; tout au long chez le 
caraïte Aron ben Elie, Kéter Tora, I, 18 6. 

7. T. Sota, vi, 5 ; Sanh., 38 6; Gen. r., vin, 4; xvn, 4; Pesikla, éd. Buber, 34a, 
150 6 ; Pesikla rabb., xiv (59 6 Friedmann) ; Lévit. r., xxix, 1 ; Tanliouma, Chemini, 
§6, éd. Buber, § 13; id., Iloukkat, § 6, éd. Buber, § 12; Eccl. r., sur vu, 23; 
Nombres r., xix, 3; Midr. Ps., vu, §2; xcn, § 3 (cf. vm, § 7) ; Pirké R. Eliézer, xi; 
Jonathan sur Gen., i, 26. 

8. In Ilexaemeron, ix, 6 (Migne, P. Gr., XXIX, 205). 

9. In Gen. Eom., vm, 2 (Migne, LUI, 71). 

10. Or., iv, 5. Voir Zellinger, Die Genesishomilien des Bischofs Severian von 
Gabala, p. 93. 

11. Commentaire, ad loc. 



LA CRÉATION DE L'ilOMME 11 

peux pas non plus confirmer l'opinion qu'enseigne ce que vous 
appelez la secte et que les docteurs de cette (secte) ne peuvent pas 
démontrer, à savoir que Dieu a parlé aux anges ou que le corps 
humain est l'œuvre des anges '. » 

Gomment concilier celte indication avec le fait que l'opinion en 
question était enseignée et répandue, comme le montre l'Agada, 
par les docteurs autorisés du judaïsme? On ne doit pas songer à 
une altération volontaire de la part de Justin, car il importait peu 
à son but que l'opinion repoussée par lui eût été émise par celui ci 
ou celui-là. On comprendrait que, pour contrarier ses adversaires 
juifs, il leur attribuât une opinion d'hérétiques, mais non l'inverse. 
D'autre part, l'indication de Justin ne repose pas non plus sur un 
défaut de précision, car l'opinion voisine est, nous le savons, d'ori- 
gine hérétique. L'exactitude de l'indication de Justin ne peut donc 
pas être contestée. Nous avons ainsi deux faits dont l'un s'oppose à 
l'autre. La contradiction ne peut être levée que si nous admettons 
que l'opinion en question était d'abord enseignée par des héré- 
tiques, mais que par la suite elle a été adoptée par les représen- 
tants officiels du judaïsme. 

Le caractère hérétique de cette opinion réside dans sa consé- 
quence nécessaire, qui est que les anges ont collaboré à la création 
de l'homme, et surtout dans la manière dont cette collaboration 
est motivée. C'est Philon, en effet, qui est l'auteur de l'explication 
d'après laquelle le discours « faisons un homme » fut adressé aux 
anges. Voici ce qu'il écrit à ce sujet : « On pourrait demander avec 
raison pourquoi Moïse attribue la création de l'homme, non à un 
seul créateur, comme tout le reste, mais pour ainsi dire à plusieurs. 
Il fait, en effet, dire à Dieu : « Faisons un homme à notre image 
et à notre ressemblance... » La cause véritable n'est évidemment 
connue que de Dieu; mais ce qui, d'après une hypothèse vraisembla- 

1. Dial. avec Tryph., lxii (Opéra, éd. Otto, II, 206-7) : Où yotp, Ôrcep yj uap' 0(xtv 
).6yo[xévyj aïpsffiç ôoyjjiaTiÇei, x. t. X. Graetz, Monatssclirift, 1854, 313, cite le texte de 
Justin de telle manière que cette opinion parait appartenir à à oî 8i§âaxa).oi û[xwv 
Xéyouaiv, qui précède. C'est là une négligence qui peut induire en erreur. Mais ce qui 
est incompréhensible, c'est que M. Ginzberg, Die Haggada bei tien Kirchenvâtern, 
p. 20, n. 1, puisse affirmer : « la oupeTi; de Justin s'applique seulement à l'assertion 
que l'homme est l'œuvre des anges, tandis que la délibération de Dieu avec les anges 
est mentionnée avec les mots oi ôiûà^xaÀoi 0(jlc5v Uyouaiv. » M. Ginzberg veut démon- 
trer par là l'exactitude de la leçon 7:ap' y]|xc5v. On voit que la preuve est sans valeur. 
Ce qu'il dit précédemment n'est pas compréhensible non plus. Sur cette question, voir 
Otto, l. c, n. 10, et Goldfahn, Monatsschrift, 1813, p. 146. — En fait, uap' 0(xa>v 
est aussi bon que 7tap' ^jjlwv : ce peut avoir été une hérésie gnostique à la fois juive 
et chrétienne. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ble, paraît être la cause croyable et naturelle, ne doit pas être dissi- 
mulé. C'est la suivante : Parmi les êtres, il en est d'abord qui n'ont 
rien de commun ni avec la vertu, ni avec la méchanceté, comme les 
plantes et les animaux dépourvus de raison. . . Il en est d'autres 
qui ne possèdent que la vertu et qui ne participent d'aucune 
méchanceté, comme les astres... Il y a, enfin, des êtres de nature 
mixte, comme l'homme, qui réunit en lui tous les contraires : 
intelligence et inintelligence, moralité et dérèglement, bravoure et 
lâcheté, justice et injustice, bref le bien et le mal, le beau et le 
laid, la vertu et le vice. Or, il convenait bien à Dieu, le père univer- 
sel, de créer lui-même et tout seul les êtres vertueux, parce qu'ils 
lui sont apparentés. La création des choses indifférentes ne lui 
messeyait pas non plus, car elles n'ont aucune part à la méchanceté 
qu'il abhorre. Par contre, la création des êtres mixtes était, pour 
lui, en partie convenable et en partie inconvenante ; convenable à 
cause de l'idée meilleure qui est mêlée à eux, inconvenante à 
cause de l'idée plus mauvaise, son opposée. Aussi est-ce seule- 
ment à propos de la création de l'homme que le texte fait dire par 
Dieu « faisons », ce qui indique l'intervention d'autres comme 
collaborateurs, afin que, pour les décisions et actions irréprochables 
de l'homme agissant justement, Dieu, le Maître de toutes choses, 
apparût comme l'auteur, et d'autres êtres, ses subordonnés, pour les 
actes contraires. Car le père ne devait pas être l'auteur du mal 
pour ses enfants; or, le mal, c'est le vice et les actions entachées 
de vice ' ». 

Dans sa traduction allemande de Philon, Cohn remarque sur 
notre texte : « Le principe d'après lequel le bien seul peut émaner 
de Dieu et non le mal se trouve aussi dans le Midrach » ; à l'appui 
de cette observation, il cite Genèse Rabba, ni (sur i, 5), où R. 
Eléazar dit : « Dieu n'unit jamais son nom au mal, mais seulement 
au bien » (cf. Echa r., n) 2 . Mais R. Eléazar— ou, d'après les autres 

1. De opif. mundi, § 24 (éd. Mangey, I, 16; éd. L. Cohn, I, 24-25, § 72-75; 
trad. allemande dans les Schriften der jiidisch-hellenistisclien Literalur in 
deutscher Uebei'setzung, éd. L. Cohn, I, 52-3). Cf. De confus, ling., §§ 33, 35 (éd. 
Mangey, 1, 556) : De mut. nominum, § 4 (I, 583) ; De agricultura, § 29 (éd. Mangey, 
I, 319 i. f.\ éd. L. Cohn, II, 120-1, § 127-8). Les subordonnés de Dieu dans le texte 
traduit sont les « puissances divines » (0eï<xi Suvàfxeiç) dans les autres textes, c'est-à- 
dire les anges de la Bible, comme Philon le dit explicitement, De Gigantibus, § 2 
(éd. Mangey, I, 263 ; éd. Cohn, II, 43, § 6) ; De sotnn., I, 22 (éd. Mangey, I, 641-2) ; 
v. Siegfried, Philo von Alexandrien, p. 206, 211, 218 ; L. Cohn, dans les Mélanges 
Hermann Cohen, p. 318. 

2. Freudenthal avait déjà fait la même observation, Hellenistische Studien, II, 70; 
de même Theodor, sur le passage cité de Gen. r. 



LA CREATION DE L'HOMME 13 

sources, R. Yolianan — ne dit pas que Dieu ne peut pas créer le mal ; 
il dit que son nom n'est pas directement mentionné à côté du mal, 
parce qu'il ne le fait pas volontiers (ainsi qu'il résulte des textes 
allégués) '. R. Yolianan dit de même : « Devant Dieii se tiennent 
seulement les anges de la paix et les anges de la miséricorde, mais 
les anges de la colère sont loin de lui, comme il est dit dans Isaïe, 
xni, 5» 2 . L'opinion de Philon présente une grande analogie, mais 
extérieure seulement, avec cet autre dire de R. Yohanan, à propos 
d'Ezéch., ix, 2 et x, 2 : « Dieu ne voulait pas causer le mal par lui- 
même, mais par ses anges 3 . » Ici encore Dieu n'a pas voulu. 
Treitel, qui a étudié la théorie alexandrine des êtres intermédiaires, 
a pu conclure que « la doctrine de Philon sur les puissances divines 
n'a, nulle part et jamais, trouvé d'écho en Palestine, ni à l'époque 
de la Michna, ni à celle du Talmud 4 ». C'est qu'aussi bien cette 
doctrine est hérétique ; elle contredit la conception biblique, 
nettement et vigoureusement formulée par le prophète : « Je suis 
Dieu et nul autre, Celui qui forme la lumière et qui crée les ténèbres, 
qui produis la paix et qui crée le mal, — c'est moi, Dieu, qui, fais 
toutes ces choses » (Isaïe, xlv, 7). 

Philon dit bien que les collaborateurs de Dieu dans la création 
de l'homme sont ses subordonnés et n'ont agi que sur son ordre; 
mais de cette doctrine à l'idée que les anges ont créé le corps de 
l'homme de leur propre gré, il n'y a qu'un pas et ce pas devait être 
nécessairement franchi. Car s'il est dans l'essence de Dieu qu'il 
n'ait pu créer seul l'homme à cause du mal qui est en celui-ci, il est 
plus logique d'admettre que Dieu n'a aucune part, même indirecte, 
à la création du corps humain, qui, fait de matière, est la source 
du mal 5 , et que ce corps est l'œuvre des anges agissant spontané- 
ment et indépendamment, comme l'affirme la seconde des opinions 
hérétiques mentionnées par Justin. C'est la doctrine de plusieurs 
systèmes gnostiques 6 . Elle a été exposée le plus clairement par 
Saturnin : «L'homme est l'œuvre des anges, qui... se sont exhortés 
eux-mêmes en disant : faisons l'homme d'après l'image et la 

1. Voir encore Tanhouma, Tazria, § 9; éd. Buber, § 9 et 11-13. 

2. Tanhouma, l. c, éd. Buber, § 11. 

3. Ibid., éd. Buber, § 12 i. f. 

4. Mélanges Hennann Cohen, 177 et s. Cf. L. Colin, ibid., p. 316-7. 

5. V. Siegfried, Philo von Alexandrien, p. 232, 334-5. 

6. Voir saint Hippolyte, Refut. omn. haer., V, 7, éd. Duncker, p. 218; saint 
Irénée, Libri V adv. Haereses, éd. Harvey, I, 28, p. 228; Tertullien, De resurrec- 
tione camis, ch. v ; De anima, cb. xxm [Opéra, éd. Leopold, IV, 97, 199) ; Wol%ang 
Schulz, Dokumente der Gnosis, 24, 53, 44. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ressemblance. Et quand il fut fait et que le corps ne put être dressé, 
à cause de la faiblesse des anges, mais rampa comme un ver, la 
force supérieure eut pitié de lui et... envoya l'étincelle de vie, qui 
dressa l'homme, le rendit mobile et vivant '. » 

C'est à cause de ces doctrines hérétiques que les docteurs du 
judaïsme rejetèrent l'explication qui s'y rattachait et d'après 
laquelle Dieu se serait adressé aux anges en disant « faisons 
l'homme ». Aussi saint Justin la donne-t-il comme une opinion 
des hérétiques. Mais l'idée que les anges agissent sur l'ordre de 
Dieu est celle de la Bible et elle était familière au peuple. L'expli- 
cation qui correspondait à cette idée devait donc trouver accès 
auprès du peuple et les docteurs ne pouvaient pas l'empêcher de 
se faire jour à la longue. Ils devaient ainsi être amenés à enlever 
à cette conception ce qu'elle avait de dangereux, à la neutraliser 
pour ainsi dire. Voici comme ils s'y prirent. L'interprétation en 
question, inoffensive par elle-même, n'était dangereuse que par la 
manière dont elle était motivée et les conséquences qu'on pouvait 
en tirer; ils en détachèrent l'idée principale, à savoir que Dieu a 
parlé aux anges ; seulement ils ajoutèrent que ce n'était pas pour 
les inviter à collaborer avec lui, mais pour les amener à donner 
leur avis sur la valeur de la nouvelle créature. Dieu voulait ainsi 
montrer par son exemple aux générations futures que même le 
grand ne doit pas dédaigner le conseil d'un plus petit 2 . Mais les 
anges, poursuit l'Àgada inventive, dissuadèrent Dieu de créer 
l'homme, comme d'un malheur 3 . D'après une autre Agada, les 
anges se divisèrent en deux camps, les uns opinant pour la création 
de l'homme, les autres contre. Pendant qu'ils discutaient ainsi, 
Dieu créa l'homme. « C'est fait, le débat est clos », leur dit-il à 
leur grande surprise '*. Mais les anges, ajoute une autre agada 
ancienne, n'ayant pu empêcher la création d'Adam, voulurent se 
venger en brûlant la nouvelle créature ou en la détruisant d'une 
autre manière b . Toutes ces imaginations ont pour but de prévenir 
ou d'écarter l'idée que les anges ont collaboré avec Dieu à la créa- 
tion de l'homme. 

Cette interprétation agadique, fondée sur la conception que Dieu 



1. Saint Irénée, op. ci7., i, 24 ; Tertullien, De anima, l. c. 

2. Gen. i\, vin, 8. 

3. Voir les textes énumérés plus haut, p. 10, n. 7. 

4. Gen. r., vin, 5-6. 

5. Aboi H. Natan, Rec. I, chap. f, i.f. ; Rec. II, ch. vm (éd. Schechter, 126 en 
haut). Cf. Pirké R. Eliézer, ch. xm. 



LÀ CRÉATION DE L'HOMME 15 

ne fait rien sans se concerter avec l'armée céleste (ou avec le 
tribunal céleste) et que partout où l'Ecriture dit « et Dieu », il faut 
entendre : Dieu et son tribunal ', est combattue par saint Jean 
Chrysostome, d'après qui il n'appartient pas aux anges de participer 
aux décisions de Dieu, mais d'être présents et d'accomplir leur 
service 2 . Il a seulement oublié que cette idée de l'Agada est 
empruntée à la Bible. 

Rachi et Bekbor-Chor, qui suivent l'interprétation de l'Agada, 
se réfèrent à cette conception biblique et ont soin de faire remar- 
quer que les anges n'ont pas pris part à la création de l'homme. 
Au contraire Ibn Ezra, conformément à la forme primitive de 
l'explication, admet la collaboration des anges. 

Vienne, août 1920. 

V. Aptowitzer. 



1. Sa?ih., 38 6; J. Sanh., i, 1 (18 a) ; Gen. r., li, 2; Lév. ?'., xxiv, 2; Canl. r., 
sur i, 9 ; Tanhouma, Vaéra, § 16, éd. Buber, § 21 ; Tanhouma, éd. Buber, Vayéra, 
§19, 34; Bô, § 17; Pesikta r., cb. xlii (éd. Friedmann, 175 6); Ex. r., xn, 4; 
Nombres >•., m, 4. R. Eléazar de Modim parle déjà du tribunal céleste ; v. Mekhilta 
sur Ex., xvn, 7 (cf. Bacber, Agada der Tan , I, 207, n. 2); Mekhilta, éd. Hoffmann, 
p. 81 ; Tanhouma, Bechallah, § 22. L'expression se trouve aussi dans Deut. r., xi, 10, 
et dans Beth ha Midrach, éd. Jellinek, I, 121. Conf. Racbi sur Gen., xi, 7, et 
Midrach ha-Gadol, éd. Schechter, p. 185 ; enfin, Lév. r., i, 3, — Ibn Ezra et Kimhi, 
sur Gen., xi, 7, expliquent : Dieu parla aux anges. Cl*. Pirké R. Eliézev, cb. xxiv, et 
le Targoum Jonatban, ad loc. 

2. Hom., VIII, 2 (Migne, Patrol. g>\, LUI, 71). 



LE TROIS CENTIEME CYCLE 

DE L'ÈRE DU MONDE 



Le culte astral des peuples sémitiques de l'antiquité avait incité 
les prêtres chaldéens à observer régulièrement les mouvements 
des corps célestes et à suivre systématiquement le déplacement 
des astres par rapport aux positions des étoiles fixes. Ce sont sur- 
tout les différentes phases de la lune, sa disparition totale pendant 
une ou deux nuits à la fin de chaque mois et sa réapparition dans 
le crépuscule du soir sous la forme d'une fine faucille qui avaient 
capté l'attention de ces primitifs contemplateurs du ciel, lesquels 
avaient ouvert ainsi la voie à l'astronomie. L'observation de la 
néoménie avait, dans l'antiquité, un caractère religieux, et elle 
était accompagnée de cérémonies rituelles; c'était la fête de la 
nouvelle lune et le commencement du nouveau mois. Même au 
bout de nombreux siècles, alors que l'astronomie chaldéenne avait 
atteint son apogée et que les initiés savaient déterminer avec 
précision l'instant où la lune entrait en conjonction avec le soleil, 
ils continuaient néanmoins à compter les jours du mois à partir 
du soir de l'apparition du croissant, dont ils calculaient la date à 
l'avance, sans doute à cause de l'importance rituelle de ce phé- 
nomène. 

Or, les inscriptions cunéiformes contenant des tables lunaires 
démontrent nettement que, pour la latitude de Babylone, l'inter- 
valle de temps entre la conjonction astronomique et l'apparition 
de la faucille varie entre dix-huit et cinquante-deux heures, et 
qu'en moyenne la nouvelle lune apparaît au soir du lendemain de 
la conjonction. 

A l'instar de tous les peuples de l'ancien Orient, les Hébreux 



LE TROIS CENTIEME CYCLE DE L'ERE DU MONDE 17 

comptaient leurs mois à partir du soir de l'apparition de la faucille 
lunaire, dont on faisait régulièrement l'observation. Toutefois, 
une tradition ancienne rapportée par l'astronome arabe Al-Biruni 
nous apprend que, vers Vannée 200 de l'ère des Séleucides 
(111 avant J.-C.), le Sanhédrin de Jérusalem avait adopté le calcul 
astronomique de la date de l'apparition de la nouvelle lune, 
confirmée ensuite par l'observation directe. Les astronomes juifs 
de l'époque avaient, sans doute, eu connaissance de la méthode 
chaldéenne, laquelle s'appliquait aussi bien à la Palestine, la 
latitude de Jérusalem étant presque la même que celle de Babylone. 
Or, cette méthode, dont nous connaissons aujourd'hui les prin- 
cipes, exige le calcul préalable de la conjonction astronomique. 
On continuait, néanmoins, à compter le mois à partir de la néo- 
ménie visible, bien que le terme hébreu hodesch (renouvellement) 
s'applique plutôt à la conjonction astronomique, et qu'il n'y eût 
aucune raison sérieuse d'ajouter au mois écoulé l'intervalle de 
temps compris entre la conjonction et l'apparition du croissant. 
Cette façon de supputer les temps, et surtout la proclamation des 
néoménies juives aux mêmes dates que celles des payens, 
paraissent bien étranges. C'est sans doute la difficulté de changer 
brusquement les usages séculaires qui en fut la cause. 

Toutefois, nous avons des raisons de croire qu'à une certaine 
époque de l'histoire juive, peut-être au temps de R. Yehouda 
Ha-Naçi (fin du 11 e siècle après J.-C), le Sanhédrin avait, pour la 
consécration des néoménies, substitué la conjonction astrono- 
mique à l'apparition de la faucille. En effet, un passage talmudique 

[Erachin, 9 b) raconte : V'ttp an anb mna na ana '-i Vn 

rrmfi d"? unpb rriïtt Y wa abi « R. Ada b. Ahaba dit à Rab : 
« on nous enseigne que ce n'est point un précepte religieux de 
« consacrer les néoménies d'après l'observation de la faucille... » 

Dans ces conditions, ie nouveau mois commençait le soir même 
du jour de la conjonction, en comptant au mois écoulé seulement 
la fraction de jour postérieure à l'instant de cette syzygie, suivant 
le principe talmudique (Meguilla, 5 a) : û^nnb nrarra iina ûw 
triainb nvia niarra nn« -wi « on compte les jours du mois, mais 
non les heures ». 

11 est même possible que, dans le but de rendre cette réforme 
moins brusque, on comptait pour le lendemain toute conjonction 
arrivée passé midi (à la manière des astronomes), principe conservé 
dans le système du calendrier moderne sous la dénomination de 
Mo lad zaken. 

T. LXXV, n" 149. 2 - 



18 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



ANNÉES 


CONJONCTION MOYENNE 


H 

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DATE 

du 








300e , 


sycle 


MOLAD 


DATE, HEURES ET MINUTES 


•4J 
"fi 


ROSCH-HASCIIANA 




I 


5682 


1-9-989 


2 oct. 1921, 3 h. 55 m. 


II 


3 oct. 1921 


2a 


II 


5683 


5-18-785 


21 sept. 1922, 12 h. 44 m. 


I, 11 


23 sept. 1922 


7d| 


III 


5684 


3-3-581 


10 sept. 1923, 21 h. 32 m. 


» 


11 sept. 1923 


3R 


IV 


5685 


2-1-90 


28 sept. 1924, 19 h. 5 m. 


» 


29 sept 1924 


2 a 


V 


5686 


6-9-966 


18 sept 1925, 3 h. 54 m. 


II 


19 sept. 1925 


7 a 


VI 


5687 


3-18-762 


7 sept 1926, 12 h. 42 m. 


I 


9 sept. 1926 


5 D 


VII 


5688 


2-16-271 


26 sept. 1927, 10 h. 15 m. 


IV 


27 sept. 1927 


3 r 


VIII 


5689 


7-1-67 


14 sept. 1928, 19 h. 4 m. 


)) 


15 sept. 1928 


7 A 


IX 


5690 


5-22-656 


3 oct. 1929, 16 h. 35 m. 


1,11 


5 oct. 1929 


7 d 


X 


5691 


3-7-452 


23 sept. 1930, 1 h. 25 m. 


» 


23 sept. 1930 


3 r 


XI 


5692 


7-16-348 


12 sept. 1931, 10 h. 19 m. 


» 


12 sept. 1931 


7A 


XII 


5693 


6-13-837 


30 sept. 1932, 7 h. 47 m. 


II 


1 er oct. 1932 


7 a 


XIII 


5694 


3-22-633 


19 sept. 1933, 16 h. 35 m 


1,11 


21 sept. 1933 


5 r 


XIV 


5695 


1-7-429 


9 sept 1934, 1 h. 24 m. 


II 


10 sept. 1934 


2D 


XV 


5696 


7-4-1018 


27 sept. 1935, 22 h. 57 m. 


)) 


28 sept 1935 


7 a 


XVI 


5697 


4-13-814 


16 sept 1936, 7 h. 45 m. 


II 


17 sept. 1936 


5 r 


XVII 


5698 


1-22-610 


5 sept 1937, 16 h. 34 m. 


II 


6 sept. 1937 


2 A 


XVIII 


5699 


7-20-119 


24 sept. 1938, 14 h. 6 m. 


I, II 


26 sept. 1938 


2d 


XIX 


5700 


5-4-995 


13 sept. 1939, 22 h. 55 m. 


)) 


14 sept. 1939 


:; \ 


247e c 


ycle 












VIII 


4682 


4-11-932 


5 sept. 921, 5 h. 52 m. 


II 


6 sept. 921 


5 À 


IX 


4683 


3-9-441 


24 sept 922, 3 h 25 m 


III 


26 sept 922 


.1 i' 


X 


4684 


7-18-327 


13 sept. 923, 12 li. 13 m. 


I, II 


13 sept. 923 


2<l 



LE TROIS CENTIÈME CYCLE DE L'ÈKE DU MONDE 



19 















CONJONCTION VRAIE ASTRONOMIQUE 
(à Jérusalem) 


APPARITION 
de la 

FAUCILLE LUNA1R] 

le soir du 


LE ROSCH -HASCHANA 

est en avance ( — ) 
ou en retard (+) 

SUR LE LENDF.MAiiv nw 


ATE, HEURES ET MINUTES 


DISTANCE 

du 
PÉRIGÉU 


LATITUDE 
de la 
LUNE 


: la 
conjonctior 
astro- 
nomique 


1 apparition 

de la 

faucille 


oct. 1921, 14 h. 21 m 


+ 51° 


— 0°53' 


2 oct. 1921 


+ 1 





sept. 1922, G h. 40 m. 


+ 1° 


— 0°16' 


22 sept. 1922 


+ 1 





sept. 1923, 22 h. 45 m. 


— 50° 


+ 0°27' 


12 sept. 1923 





— 2 


sept. 1924, 22 h. 2 m. 


— 74° 


+ 3°38' 


30 sept. 1924 





— 2 


sept. 1925, 4 h. 11 m. 


— 124° 


+ 4°6' 


19 sept. 1925 





— 1 


sept. 192G, 6 h. 6 m. 


— 175° 


+ 4°27' 


8 sept. 1926 


+ 1 





sept. 1927, h. 25 m. 


+ 161° 


+ 5°5' 


27 sept. 1927 





— 1 


sept. 1928. 3 h. 47 m. 


+ 112° 


+ 4°55' 


15 sept. 1928 





— 1 


oct. 1929, h. 54 m. 


+ 87° 


-f 2°52' 


4 oct. 1929 


+ 1 





sept. 1930, 13 h. 52 m. 


+ 37° 


-f 2°20' 


23 sept. 1930 





— 1 


sept. 1931, 8 h. 50 m. 


— 13° 


+ 1°35* 


13 sept. 1931 


— 1 


— 2 


sept. 1932, 7 h. 9 m. 


— 38° 


— 1°45" 


1 er oct. 1932 





— 1 


sept. 1933, 20 h. 6 m. 


— 88° 


— 2°25' 


21 sept 1933 





— 1 


sept 1934, 2 h. 50 m. 


— 138° 


— 3°6' 


30 sept. 1934 





— 1 


sept. 1935, 20 h. 7 m. 


— 163° 


— 4°58' 


29 sept. 1935 





— 2 


sept. 1936, 20 h. 6 m. 


+ 147° 


— 5°6' 


17 sept. 1936 





— 1 


sept. 1937, 1 h. 10 m. 


+ 96° 


— 5°9' 


6 sept. 1937 





— 1 


23 sept. 1938, 23 h. 


-f 72° 


— 3°56' 


25 sept. 1938 


+ 1 





•ept. 1939, 13 h. 24 m. 


+ 22° 


— 3°30' 


14 sept. 1939 





— 1 


ept. 921, 21 h. 22 m. 


+ 43° 


+ 4°42' 


5 sept. 921 








-«•pi- 923, 22 h 48 m. 


+ 19° 


+ :• 


24 sept. 922 


+ 1 


+ < 


;epl. 924, 12 h. 58 m. 


— 32° 


+ 4°46' 


14 sept. 923 


+ 1 


















20 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'impénétrable mystère qui avait enveloppé les délibérations de 
la Commission synhédriale du Calendrier [Sod Ha-lbour) et les 
allusions qui y sont faites dans le Talmud démontrent nettement 
qu'on tenait alors à cacher soigneusement au public les règles qui 
servaient de base à la fixation des néoménies et des fêtes reli- 
gieuses. L'une de ces règles fut sans doute la conjonction astro- 
nomique, remplacée plus tard parla conjonction moyenne (Molad), 
base du calendrier moderne. L'écart entre les deux conjonctions 
peut atteindre quatorze heures, selon que le Molad arrive avant ou 
après la conjonction vraie astronomique. Du reste, on procède 
d'abord au calcul de la conjonction moyenne, en supposant inva- 
riable la durée d'une lunaison. On recherche ensuite l'influence 
produite par les mouvements anomalistiques du soleil et de la 
lune pour trouver l'instant de leur commune longitude. Le com- 
mencement d'un mois peut différer d'un jour, suivant qu'on adopte 
l'une ou l'autre des deux conjonctions comme base du comput; 
la différence atteindra plusieurs jours entre le calendrier juif 
moderne et l'ancien système fondé sur l'observation de la faucille 
lunaire. Le passage direct de cet ancien système au comput actuel 
est donc improbable. Il a dû y avoir, entre les deux, un système 
intermédiaire, fondé sur la conjonction astronomique. 

A défaut d'une preuve directe, notre hypothèse trouvera sa 
démonstration dans les règles d'ajournement dont est surchargé 
le calendrier juif moderne ; nous allons en rappeler brièvement les 
principaux éléments : 

Le mois de tichri (premier mois de l'année) commence par le 
jour dans lequel tombe la conjonction moyenne, à l'exception des 
quatre cas suivants, où le commencement du mois est ajourné au 
lendemain (et quelquefois au surlendemain) : 

I. (ipT iVie). Lorsque la conjonction arrive à midi ou passé 
midi ; 

II. (Y /é in). Lorsque la conjonction tombe le dimanche, le mer- 
credi ou le vendredi ; 

III. (n ff "iïtt), Lorsqu'en une année ordinaire la conjonction 
tombe le mardi, à 9 heures et 204 scrupules (l'heure étant divisée 
en 1080 scrupules ; chaque scrupule = 3 i/3 de seconde) ; 

IV. (a"Dpn Van). Lorsqu'en une année ordinaire succédant à 



LE TROIS CENTIÈME CYCLE DE L'ÈRE DU MONDE 21 

une année embolismique (de treize mois), la conjonction tombe le 
lundi, à 15 heures et 589 scrupules '. 

L'institution du système des ajournements avait évidemment 
pour but de rapprocher pratiquement le comput moderne, pro- 
clamé par Hillel II en l'année 359, de celui qui était usité aupa- 
ravant. G ; est du moins l'opinion émise par la plupart des savants 
qui se sont occupés de la question 2 . Or, comme nous allons voir 
par les résultats des calculs appliqués aux dix-neuf années du 
trois centième cycle de l'ère du monde, celui qui vient de com- 
mencer le 3 octobre 1921, l'effet produit par les ajournements, 
c'est de rapprocher les dates du premier tichri de celles indiquées 
par les conjonctions astronomiques, en s'écartant davantage de 
celles que donne l'apparition de la faucille lunaire. 

Dans le tableau ci-contre sont disposées dans les colonnes verti- 
cales les années du trois centième cycle (5682 à 5700], les con- 
jonctions moyennes, les cas d'ajournement, les dates du Roch- 
Hachana (premier tichri) ainsi que les caractères 3 des années 
(suivant les formules adoptées dans le comput juif moderne). 
Viennent ensuite les conjonctions astronomiques, les distances du 
périgée et les latitudes de la lune, éléments servant à calculer 
l'apparition de la faucille lunaire, dont les dates sont indiquées 
dans la colonne suivante. Les deux dernières colonnes donnent 
les différences des dates résultant soit de la conjonction astrono- 
mique, soit de l'apparition de la faucille lunaire. Un simple coup 
d'oeil démontre que le calendrier moderne, avec ses cas d'ajour- 
nement, s'accorde bien mieux avec les dates de la conjonction 
astronomique qu'avec celles de l'apparition du croissant, ce qui 
prouve le bien-fondé de notre thèse. 

Dans le bas de notre tableau, nous avons ajouté les trois années 
du deux cent quarante-septième cycle (4682 à 4684), celles qui 
furent, il y a un millier d'années, l'objet de la célèbre polémique 

i. Ce quatrième cas d'ajournement (^"Dpn VUS), très rare, se présentera en 1927 
(septième de notre tableau) pour la dixième fois depuis l'institution du comput juif 
moderne. Les neuf cas précédents sont les années juives 4179 (418), 4257 (496), 4506 
(745), 4602 (841), 4849 (1188), 5096 (1335), 51*94 (1433), 5441 (1680) et 5519 (1758). 

2. V. D r Adolf Scbwarz, Der judische Kalender, Breslau, 1872, p. 54-61, où les 
différentes opinions sont résumées et critiquées. 

3. Le caractère d'une année, exprimée par une brève formule composée d'un 
chiffre et d'une lettre minuscule (année commune) ou majuscule (année embolis- 
mique) désigne sa longueur et la férié par laquelle elle commence ; par ex. : 
2 a = année abondante (355 jours) commençant par un lundi ; S r = année régu- 
lière (354 jours) commençant par un mardi ; 7 d = année déficiente (353 jours), 
qui débute par un samedi. L'année embolismique compte 30 jours de plus. 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

entre R. Saadia et Ben Mélr au sujet de l'application de l'une 
des règles d'ajournement '. 

En résumé, nous estimons que le comput juif avait subi succes- 
sivement différentes modifications en ce qui concerne le principe 
de fixer les néoménies, en passant par les trois phases suivantes : 

1° Observation de la faucille] lunaire dans l'antiquité et calcul 
astronomique de ce phénomène dans la suite; 

2° Remplacement de ce système (d'origine payenne) par la 
conjonction astronomique ; 

3° Substitution de la conjonction moyenne (Molad) à la conjonc- 
tion astronomique, avec application des règles d'ajournement. 

D. Sidersky. 

1. V. Revue des Éludes juives, XLII, 178-9. 



DEUX FRAGMENTS 



D UN 



GLOSSAIRE HEBREU-FRANCAIS 

DU XIII e SIÈCLE 



Les fragments publiés dans cet article ont été découverts par 
moi dans la reliure de deux recueils de documents divers conservés 
aux Archives de la Ville de Bologne. Au moyen âge on avait l'habi- 
tude de relier les livres et les manuscrits avec des feuilles de 
parchemin provenant de manuscrits dont on ne se servait plus 
ou que l'on croyait dépourvus de toute valeur. On en trouve 
dans toutes les bibliothèques et surtout dans les archives, et bien 
des fois, en les étudiant avec soin, on a eu la bonne fortune de 
découvrir des fragments historiques ou littéraires du plus haut 
intérêt. 

Dans les archives de Bologne mon attention s'est fixée seulement 
sur les fragments des manuscrits hébraïques. Ayant obtenu du 
conservateur, l'aimable Cav. Livi, la permission de les détacher, 
je les fis nettoyer, les cataloguai et en donnai une description 
sommaire. Outre les deux qui forment le sujet de cette étude, la 
collection conserve des fragments de manuscrits bibliques et de 
manuscrits contenant le commentaire de Raschi sur le Penta- 
teuque, l'un des ouvrages qu'on trouve le plus fréquemment dans 
les bibliothèques ; en outre un morceau d'ouvrage rituel et un 
fragment du Ta'srif de Zahrawi dans la traduction de Ghem-Tob 
de Tortose*. 

L'importance des glossaires hébreu-français, soit pour l'histoire 
de l'exégèse biblique au moyen âge, soit pour l'histoire de la 

1. Cf. M. Steinschneider, Die hebràischen Uebersetzungen des Mittelalters, etc., 
p. 740 et s. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

langue française et de ses dialectes, a été démontrée depuis long- 
temps ; il serait inutile d'y insister encore. On en connaît sept qui 
ont été conservés dans leur intégrité ou à peu près : deux à Paris, 
deux à Parme, un à Bâle, un à Londres et un à Leipzig. Le glos- 
saire de Turin a été détruit, parmi bien d'autres manuscrits, dans 
l'incendie de 1904. Un seul de ces glossaires a été publié intégrale- 
ment, à savoir le n° 302 de la Bibliothèque Nationale '; celui de 
Leipzig l'a été seulement en partie 2 . Tous ces glossaires ont été 
étudiés et décrits depuis longtemps par Arsène Darmesteter 3 . Plus 
tard ont été publiés deux fragments de glossaires, l'un par M. E. N. 
Adler \ l'autre par M. Porges 5 . 

Le fragment de Bologne comprend quatre feuillets de parche- 
min in-4°. Les deux premiers (fragment n° 1, Isaïe, xlviii, 13 à 
liv, 4) sont assez bien,conservés,les deux derniers (fragment n° 2: 
Job, vu, 6 à xi, 20) ont été mutilés dans les marges comme il arrive 
souvent et sont en très mauvais état. Ils fournissent par consé- 
quent un matériel linguistique bien moindre et en tout cas moins 
sûr. Dans les deux fragments, les points-voyelles, très importants 
dans ce genre de glossaire et, en général, dans n'importe quelle 
transcription de ûn^ib, sont très souvent illisibles, là où le parclie- 
min a été usé par le frottement ; quelquefois les lettres mêmes 
ont pâli sensiblement. Toutefois, la phonologie et le système de 

1. V. Mayer Lambert et L. Brandin, Glossaire hébreu-français du XIII e siècle, 
Paris, Leroux, 1905. 

2. Dr. Arnold Aron, Das hebràisch-altfranzosiche Glossar der Leipziger Univer- 
sitàls-Bibliolek (Ms. 102), zutn ersten Mal ausfiihrlich besprochen, Erlangen, 1907. Sur 
le glossaire d'Oxford, v. A. Neubauer dans les Romanische Sludien de Bôhmer, t. I, 
p. 165 suiv., et D. S. Blondheim, Le Glossaire d'Oxford, R.E.J., t. LVII, p. 1-18. 

3. V. Archives des missions scientifiques et littéraires, 1878, 383-442 ; Gloses et 
glossaires hébreux-français du moyen âge dans Roma?iia, t. I, p. 146-176. Ces arti- 
cles et les autres sur le même sujet furent plus tard réunis dans les Reliques scienti- 
fiques, t. I, p. 107-307, sous le titre d'Etudes judéo- françaises. V. du même auteur : 
Les Gloses françaises de Raschi dans la Bible, Paris, 1909 (T. à p. de la R.E.J., 
années 1907-1908) ; D. S. Blondheim, Contribution à la lexicographie française 
d'après les sources rabbiniques [Romania, 1910) et J. Oesterreicher, Beitrâge zur 
Geschichte der jiidiscli-franzosischen Sprache und Lilteralur in Mitlelalter, Czer- 
nowitz, 1896. 

4. R.E.J., t. L, p. 197 et suiv. 

5. Ibid., t. LXVI1, p. 183 et suiv. M. Israël Lévi suggère que les fragments décou- 
verts par moi pourraient provenir du même glossaire auquel appartenaient autrefois 
les fragments découverts par MM. Adler et Porgès (est-ce que ces deux fragments 
appartiennent au même glossaire ?j. Cette possibilité est exclue à mon avis parles 
divergences dans la transcription et la vocalisation. V. plus loin le texte. M. D.-S. 
Blondheim a eu l'obligeance de lire mon article et de me suggérer plusieurs rectifica- 
tions, ce dont je le remercie vivement. 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 25 

transcription ayant été établis, on peut toujours restituer les 
points-voyelles sans trop de difficulté. L'écriture carrée du type 
franco-allemand et la qualité du parchemin suggèrent comme 
l'époque la plus probable du manuscrit la fin du xm e siècle •. La 
disposition des matières est telle qu'on la rencontre dans la plupart 
de ces glossaires, c'est-à-dire que le mot ou le passage biblique est 
suivi de la traduction française en transcription ; suivent encore 
la citation d'un passage biblique afférent et l'explication du mot 
même, généralement au moyen d'un synonyme. Quelquefois la 
troisième ou la quatrième partie manque 2 . On observera que dans 
le fragment n° 1 la citation du passage topique est presque toujours 
introduite par l'abréviation 'a = 1733 et l'explication par l'abrévia- 
tion 'b =ïw3b, tandis que dans le fragment n° 3 a lieu le contraire. 
Cette circonstance peut faire penser que les deux fragments, 
quoique appartenant vraisemblablement au même glossaire, n'ont 
pas été transcrits par le même écrivain. Une telle supposition 
expliquerait aussi certaines différences dans la transcription et 
dans la vocalisation. 

Les particularités de la langue représentée dans ces fragments 
me semblent être celles du français du Nord-Est (Lorraine, Cham- 
pagne) au xiii 9 (xiv e ?) siècle ; je n'ose toutefois prononcer un 
jugement définitif, n'étant pas compétent en cette matière. Un tel 
jugement doit être fondé avant tout sur la prononciation des sons 
vocaliques, telle qu'on la déduit de la transcription des mots fran- 
çais, lesquels doivent être, par conséquent, reproduits avec la 
plus grande exactitude. A ce propos, il convient d'observer qu'il 
n'existe pas de correspondance parfaite entre deux glossaires. 
Ainsi, par exemple, le fragment Adler, tout en ayant, comme 
M. Lévi l'ajustement relevé 3 , plusieurs points de contact avec le 
glossaire n° 301 de Paris, en diffère sous certains aspects : la ter- 
minaison de la troisième personne du pluriel du futur, entre 
autres, y est écrite constamment : -tint, tandis que le glossaire 
de Paris a dans ce cas : -ont k . Le fragment Porgès, qui s'ac- 

1. L'écriture fournit un indice presque toujours sûr de la provenance mais non de 
l'époque des mss. hébraïques. Dans notre cas, l'étude du matériel phonologique et 
grammatical peut aider les connaisseurs à établir un jugement plus arrêté. 

2. Comme dans le fragm. Porgès; dans le fragm. Adler, la citation biblique 
manque toujours. 

3. V. R.E.J., t.L, p. 198. 

4. M. Blondheim me rappelle toutefois que le texte du ms. n° 301 de Paris n'a de 
points-voyelles qu'exceptionnellement et qu'on ne doit pas, par conséquent, attribuer 
une grande valeur à la vocalisation des mots français, due sans doute aux éditeurs 
plutôt qu'au glossateur. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

corde avec le fragment Adler dans la terminaison : -tint, a tou- 
tefois les possessifs : -mnn, tun, sun au lieu de mon, ton, son, 
comme dans le fragment de Bologne et dans le glossaire de Paris. 
Le fragment de Bologne s'accorde avec le fragment Porgès dans 
la terminaison : -ant et dans la préposition an (Paris et Adler : 
-ent, en) mais s'en éloigne dans la terminaison : -ont et dans 
les possessifs : -mon, ton, son. Il serait facile d'accroître le 
nombre des exemples; je me suis limité à quelques-uns, mon 
intention n'étant pas de dresser une table analytique du maté- 
riel contenu dans ces glossaires. M. Lévi a dit justement { : «Pour 
l'histoire de la langue française ces glossaires seront surtout ins- 
tructifs quand ils auront tous vu le jour et auront pu être replacés 
dans la province et le temps où ils ont été composés. » Je pense 
qu'un travail compréhensif et conclusif comme celui que souhaite 
M. Lévi pourrait être rendu plus aisé, si, à chaque publication, 
même d'un fragment, on avait l'habitude de joindre une table des 
formes grammaticales, terminaisons, groupes de voyelles et de 
consonnes, etc., selon la prononciation attestée dans le glossaire 
ou fragment de glossaire, en ayant soin d'y ajouter la graphie cor- 
respondante du français moderne 2 . De telle manière, le savant 
qui entreprendrait de réunir et de classer tout ce vaste matériel 
n'aurait pas besoin de se le procurer en analysant tous les glos- 
saires et les fragments existants, puisqu'il le trouverait au moins 
en partie déjà réuni et arrangé. La valeur des signes vocaliques 
est à peu près la même dans les divers glossaires, qui sont tous 
d'origine franco-allemande. Nous avons en effet : n = a ; n = e ; 
s et ^ = é, è (ai) ; n et i» = i ; i = o; *i = u. Les signes 
composés avec le Schewa et le Qibbouz ne se rencontrent jamais. 
Le Qamez («) est assez rare et se rencontre seulement dans cer- 
tains glossaires 3 , généralement pour exprimer la voyelle dans la 
terminaison : -ant (français moderne : -ent) ex. : Bajp'pWT = 
debrizemant (ont). J'ignore si la prononciation du Qamez en France, 
à l'époque où ces glossaires ont été rédigés, est tout à fait assurée. 
Qu'il me soit permis en tout cas d'observer que l'usage du Qamez 



1. Art. cit., p. 198. 

2. Cette habitude n'est malheureusement pas toujours suivie par les éditeurs. Tout 
à fait déplorable est le système adopté par M. Porgès {R.E.J., LXVII, p. 185 et suiv.) 
qui s'est borné à reproduire dans son article le teite hébraïque, sans plus, ce qui rend 
sa publication inutile pour tous les romanistes qui n'ont pas la connaissance de l'hébreu, 
et c'est, je crois, le cas de la plupart. 

3. Paris, n° 302, Leipzig, Parme, n e 60 et d'autres. 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 27 

au lieu du Patachdans ces cas particuliers, exclut apriorila. possibi- 
lité que les deux signes représentent le même son vocalique. Or, puis- 
que il est établi que le Patach correspond au son a, il s'ensuit que le 
Qamez aura été employé pour exprimer un son vocalique différent, 
probablement Yo môme ou un son intermédiaire entre a et o, ce qui 
pourrait s'accorder avec le fait qu'à la syllabe an (ant) du français 
correspond assez souvent on (ont) dans les dialectes de la France 
orientale. Quelques-uns parmi ces glossaires présentent, en dehors 
des diversités dans la transcription et la vocalisation, des particu- 
larités dignes d'observation. Telle est, dans les fragments de Bolo- 
gne, la permutation de / et r dans certains mots où ces deux 
consonnes sont précédées ou suivies, par une autre consonne, 
exemple : clachat [crachat) ; croront (cloront) ; corpors (coul- 
peurs) etc. Intéressant aussi est Yu dans prumier (premier) et la 
forme è cracha (écrasa). Dans la table ci-jointe je n'ai tenu compte 
que du seul matériel phonétique en laissant de côté tout ce qui 
concerne les formes grammaticales, mes connaissances en cette 
matière ne me permettant pas d'approfondir l'analyse sous cet 
aspect. Dans la transcription j'ai suivi soigneusement la graphie 
du texte hébraïque sans tenir aucun compte de celle du français 
moderne, dont j'ai donné toutefois, çà et là, la forme correspon- 
dante entre parenthèses, surtout quand il s'agissait d'éviter la 
confusion entre des sons ou des terminaisons diverses transcrites 
de la même manière '. Dans un seul cas je me suis éloigné de cette 
règle, c'est dans la transcription de a avec v dans les cas où cette 
lettre ne correspond, en réalité, pas à la consonne b, mais bien à la 
consonne v, pour laquelle on n'emploie généralement pas le Waio 
dans la transcription hébraïque. La vocalisation des passages 
bibliques cités ou expliqués dans les fragments de Bologne est, 
comme toujours dans ces glossaires, incorrecte au dernier degré, 
le Qamez, le Schoureq, le Ségol et toutes les voyelles composées 
faisant complètement défaut. La vocalisation correcte est tout à 
fait exceptionnelle et ne se rencontre que dans les passages cités. 
Or, comme ces passages ne sont généralement pas pourvus de 
points-voyelles, il est extrêmement probable que ces derniers y ont 
été ajoutés plus tard. Je n'ai pas restitué les points-voyelles là où 
ils manquent, ni là où ils sont devenus illisibles. Une ligne brisée 

1. Le lecteur, qui n'est pas en état de contrôler la traduction française sur le texte 
hébraïque, peut facilement hésiter entre le participe passé en é et la première personne 
du singulier du passé en ai transcrite également avec é (Çèrê) ; entre la terminaison 
du pluriel -ans et la terminaison -ances, etc. 



28 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

indique toujours une lacune plus ou moins étendue dans le texte, 
causée généralement par une coupure ou une déchirure dans le 
parchemin. Au point de vue exégétique, quoique un jugement 
définitif soit encore prématuré, l'influence prédominante deRaschi, 
reconnue déjà par Darmesteter », me semble incontestable. Elle 
ressort particulièrement en ces parties de la Bible, comme le livre 
d'Isaïe, le livre de Job, etc., où l'obscurité du texte rendait possi- 
ble une plus grande variété dans l'interprétation. On rencontre 
toutefois des passages dans lesquels le glossateur n'a pas suivi 
l'interprétation de Raschi; quelquefois môme il en a donné une 
meilleure. Certaines explications semblent dérivées d'une lecture 
différente de la lecture massorétique et présentent naturellement 
un certain intérêt. Le glossateur a toujours donné une traduction 
littérale, c'est pourquoi il n'a pas tenu compte dans les formes 
verbales des relations syntaxiques qui en déterminent ou en modi- 
fient le sens. Ainsi le parfait est toujours rendu par le temps passé, 
là même où il a valeur de futur (cf. Isaïe, lui, 81, etc.), tandis que 
l'imparfait est rendu par le futur, là même où il a valeur de passé 
(cf. Isaïe, lui, 42). Je n'ai donné que très peu de notes, me limitant 
à ce qui était indispensable pour l'intelligence du texte : j'ai cru 
toutefois devoir ajouter entre parenthèses l'indication de tous les 
passages bibliques cités. 



ALPHABET DE TRANSCRIPTION 
DANS LES FRAGMENTS DU GLOSSAIRE DE BOLOGNE 

CONSONNES 

ALEPH. Se trouve constamment au commencement des mots pour repré- 
senter la syllabe initiale a (N), é ("W) et o (IN). Dans le 
corps du mot, seulement quand il y a double a, ex. : u;?:ND 
= paames (paumes), cf. TB'vaB = pâmés. A la fin du mot, 
on le trouve toujours après Ye muet, ex. : NpTl = roche. 

BETH. Correspond non seulement au b, mais aussi auv (cf. supra, p. 4). 
GHIMEL. Correspond soit an g (orgoil), soit au j (jostize). Dans ce dernier 

cas toutefois, il est marqué d'un petit trait vertical tel qu'on 

l'emploie pour indiquer le gîm arabe. 

1. Cf. Romania, t. I, p. 176. 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 29 

DALETH = d. 

HE. Au commencement du mot représente l'aspiration, ex. "&n 
= hâté. Au milieu du mot je l'ai rencontré une seule fois 
(Isaïe, li, 3). Il suit quelquefois l'aleph à la fin du mot dans 
le part. pass. fém. (cf. Is., xlix, 21). 

WAW. N'a jamais valeur de consonne, le v étant toujours représenté 
par le 3. 

ZAYIN. Correspond généralement à Ys faible du français moderne, ex. : 
U-PH = dêzert {désert). Mais on le trouve aussi dans les 
mots comme jostize, etc., qui, dans le fr. mod., ont la 
sifflante forte (c, ç). Puisque, dans d'autres mots à sifflante 
forte comme froncer, etc., on trouve employé le Çadé 
(v. infra), on serait tenté de croire que, dans jostize, etc., le 
zayin représente réellement la sifflante faible. 

HETH, KAPH et 'AYIN ne se rencontrent jamais, les sons correspondants 
n'existant pas en français. 

TETH. Correspond toujours au t, à l'exclusion du taw qui n'est jamais 

employé. 
YOD. N'a jamais valeur de consonne. Pour le j, v. supra à la lettre 

ghimel. 
LAMED = /. Le lamed précédé ou suivi d'un (double) yod correspond à 

17 mouillé, ex. : 'p'ôu"! == retaliez (retaillés); Vïb^i'p 

= cheviles (chevilles). 

MEM = m. 

NOUN = n. Le noun précédé ou suivi du yod correspond à Y h (n 

palatal). La notation en est toutefois assez irrégulière, ex. : 

U5fcn3" , "nû3' , N = étreineras ; aWD'nîû'H := détreniemani ; 

n3ED"n"H = direinemant. 
SAMEKH ne se rencontre jamais, Ys étant toujours représenté par le sin 

(cf. toutefois infra à l'article Çade). 

PE. Représente indifféremment Yf, ex. : U3D3N = anfant et le p, 
ex. : Np-PD = perche. 

ÇADE. Ne se rencontre jamais au commencement des mots, Ys initial 
étant toujours représenté par le sin. Au milieu du mot on 
le trouve souvent employé pour la sifflante forte dentale 
(fr. mod. : c, ç), ex. : C333t3ina = fronçant ; ta^THSN 
= andurcit. A la fin du mot on le rencontre après Yi, Yu et 
l'e sonore, là où le français moderne écrit 1'*, ex. : "pb-p^ 
= merléz ; )"nnj^ = tanduz; quelquefois môme à la fin du 
part. pass. m. sing., ex. : y^m^N "nu^N = é seré énoréz (et 
serai honoré). Assez fréquent est le çade à la fin du part, 
prés., ex. : ysiOSiN = ocianz. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

QOPH. Correspond soit au c, soit au ch. Dans ce dernier cas., elle est 
marquée avec un petit trait vertical, ex. : U5*mp = cordes; 
wb^np = cheviles. 

RESCH = r. 

SIN. Représente toujours la sifflante dentale [s), jamais la sifflante 
linguale ou cérébrale (sch). 

TAW. Ne se rencontre jamais (v. supra à l'article Teth). 



VOYELLES 

PATAH. Représente Va tant bref que long, à l'exclusion du qamez qui 
n'est jamais employé (pour les autres glossaires, v. supra, 
p. 3). 

ÇÈRÊ. Tant seul que suivi du yod représente Ye sonore fermé, ex. : 

yma^N = énoréz, et ouvert, ex. : t3"pn = dézert, et cor- 
respond aussi à l'ai du fr. mod , ex. : -nbp = clèr (clair). 

HIREQ Toujours suivi du yod= i. 

SCHOUREQ. Représente Yu tant long que bref, à l'exclusion du qibbouz 
qu'on ne rencontre jamais, ex. : ■»?¥! = rusé ; ttîttîiD = fûtes. 

HOLEM. Représente Yo, tant bref que long, ex. : "PTip = corir; anùia 
= votre. Correspond aussi à l'au du fr. mod. lorsque ce son 
est bref, ex. : ")ip = chod [chaud). Au est généralement 
représenté par le double a (N_), ex. : Nttiojnn = royaume 
(royaume). A Yeu du fr. mod. correspond toujours o, ex. : 
UJ-nrD"H — dêfézors ; unitf'nD = pretors. A eu -f- i corres- 
pond oi, ex. : b^iJniN = orgoil (cf. infra, p. 8, n° 3). 



La plupart des observations qui précèdent concernant l'emploi 
et la correspondance des divers signes et sons du français et de 
l'hébreu peuvent s'appliquer à presque tous les glossaires connus 
jusqu'ici. On constate, en revanche, quelques diversités entre les 
différents glossaires dans la graphie et par conséquent dans la 
prononciation de certaines formes grammaticales très fréquentes. 
Les particularités de ce genre devraient être toujours soigneuse- 
ment notées parce qu'elles peuvent fournir un matériel très impor- 
tai! I pour la classification des glossaires mômes, selon les diverses 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU FRANÇAIS 31 

époques et régions ', et surtout lorsqu'il s'agit de fragments, dans 
lesquelles manquent nécessairement les indications concernant la 
localité dans laquelle ils ont été composés ou écrits 2 . Ci-après j'ai 
noté seulement les particularités des fragments de Bologne com- 
parativement avec les matériaux fournis par les principaux glos- 
saires. Le soin de dresser une table complète est naturellement 
réservé à celui qui entreprendra l'analyse comparative de tout le 
matériel linguistique contenu dans ces glossaires. 

1° A la terminaison : -ent du français moderne correspond 
constamment : -ant (û3. — ), quelquefois : -anz ("p-— ) comme 
dans les fragments Porgès et autres. Le fragment Adler a toujours: 
-ent (ai.— ). Le glossaire de Paris n° 302 et celui de Leipzig ont 
dans ce cas le Qâmez (g3 t — ) transcrit par les éditeurs avec o, 
exemple : desibemont. Je ne sais si la transcription du Qamez par 
o dans ce cas est tout à fait justifiée; en tout état de cause il 
est certain qu'on peut distinguer trois notations et partant trois 
prononciations différentes: -ent (Adl.) ; -ant (Bol.); -ont? (Par.). 
Pour ce qui concerne le préfixe en et la préposition en les 
variantes sont au nombre de deux, c'est-à-dire : en (Adl.) et an 
(Par. Porg. Bol.) cf. Isaïe, li, 2 ; 12 etc. 

2° La terminaison de la troisième personne du pluriel du futur 
est toujours écrite : -ont (taai — ) comme dans les glossaires de 
Paris, dans celui de Parme, etc. Les fragments Adler et Porgès ont : 
-ant (ott — ). Ce dernier écrit avec u même les possessifs : mun, 
tun, sun, le fragment Adler a : mon, ton, son, comme celui de 
Bologne et les autres déjà mentionnés. Le fragment Porgès pré- 
sente aussi les formes : faun, foisun, etc., au lieu de faon, 
foison, etc. 

3° Au français moderne : -neil correspond dans notre fragment: 
-oil De môme dans les glossaires de Paris. D'autres, comme le 
fragment Adler, ont : -uil, exemple : b">"WiN = orgail (orgueil). 

4° On rencontre quelquefois dans notre fragment la permutation 

1. M. Hrandin (v. l'article R.E.J ., LU, p. 61 et suiv.) a dressé une table de l'alphabet 
de transcription qui me semble pourtant insuffisante, surtout pour ce qui regarde les 
voyelles. En outre, il n'y est pas tenu compte des différences entre les divers glossaires. 

2. De telles indications se rencontrent entre autres dans les glossaires de Paris (n° 302), 
de Parme (n° 60), de Leipzig. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de / et r, là où ces deux consonnes liquides sont précédées ou sui- 
vies d'une autre consonne, exemple : clachat {crachat), croront 
[cloront) etc. De même dans d'autres glossaires (Oxford, Parme). 
L'assimilation et dissimilation de / et r est un phénomène assez 
fréquent tant dans les langues indo-européennes que dans les 
langues sémitiques ; on sait d'ailleurs que les consonnes liquides 
se remplacent assez souvent les unes les autres. 



FRAGMENT N° 1 (Isaïe, xlviii, 12 — liv, 11). 
Twvr 'b (Nomb... i, 16) m^n ■w'np 's . œaiEtûaiB ^-np?a n*m, 12 î 

p3N 'b (Gen.,xxv, 23) ^pJtt '3 . « , 1û?5 , »Ç»»1p WlJÏÏD — 19 2 

mnm» 'd tiTvrss mmna — 21 3 

.inam» 'd Tnip epb «feiTj b^asn -nattt — — 4 

(Ps. lxxviii, 20) a" 1 » imn mat mn 'd ta-r-iip"^ mm — — 5 

(Lam.,m,12)inBtt)N ^3 '3 b^ll^ip3itt53N inett?N3 "pbp THa xlix, 2 6 

(Jér., xxxix, 5) d^asttî» ina nari 'd y , atts/^-riïû ,, 33 ^d©7: — 47 

■V , 9"Tte"!S 231U3b .1133 'D y*>ni3^^ni25^N 133ÊO — 5 8 

û5»p , «»^« nrab — 7 9 

srian 'b -îan 's "nu \snp^ épatai — 8 10 

1 xlviii, 12 non semons. 

2 — 19 comme ses vantres. Dans le mot ses, l'écrivain a omis 

Ys final, ce qui lui arrive assez souvent. 

3 — 21 an dézert. 

4 — — de roche fit corir. 

5 — — é corirt (courirent). 

6 xlix, 2 clèr. an son coivril. VI à la fin de ce dernier mot ne 

se trouve dans aucun des mss. consultés par Dar- 
mesteter pour les gloses de Raschi, auquel l'expli- 
cation appartient, cf. R.E.J., LIV, p 213 et aussi 
le frag. Adler dans R.E.J., L, p. 202. 

7 — 4 mes déreinemanz. 

8 — 5 é serè énoréz. a retorner. 

9 — Ta déspitemant. 

10 — 8 é créé toi. Points-voyelles illisibles. Le mot *patN in- 

terprété par erreur comme dérivé du verbe nar. 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 33 

œ^ûalcwb ^ia?a .Din *b nip d-nu 
(is., li, 18) brisa "pa ' D ©lana» dbnr 

-i-n^sn uni» 

UJ73NND D^Dd 

^nppn 'd ^u^çibp ^npin 
■ppm 'd tai« ujn — û^ÇÉpN d"ntfjpm 

(Lam., ii, 2) b^n «bi dtt)M *ba *b ranirrryi^an ^"ybntt 

nsnanita^ itvioi 

(job, m, 7) mttba mm mn rtb^bn 'd abiu: mraba 

(Ex., xvii, 15) lo^a DUJn 'd NpmsNîg ^a 

D^D 'b »U5NS d^DN 

nwNibn'b(HRois,iv,i) nnpb N3 ïwwm 'd iBniB"nEP5s ^izns» 
mnrra) 'b(Ps., xxxvm, i) ir©bn mp ûvn bd 'd "wa m-np 
n* 'b(Lév.,xvi,2i) ni3^n t? id^n Td 'd msaûsa rwb 

chod. les fonteines. 

manera os (mènera eux). 

devèr darom (ûiTi). Une glose mêlée de français et 
d'hébreu dérivant sans doute de la note de Raschi 
ad loc. qui s'accorde avec la traduction araméenne 

= Ntti-n y-)N73. 



XLIX, 


10 


11 


— 


10 


12 


— 


12 


13 


- 


15 


1 
2 
3 
4 
5 


- 


16 


— 


18 


— 


19 


6 

7 
8 


— 


21 


— 


— 


9 


- 


22 


10 


— 


23 


11 


L, 


1 


12 


— 


3 


13 





4 


14 



11 


XLIX, 


10 


12 


— 


10 


13 


— 


12 



1 


— 


15 


son anfant. 


2 


— 


— 


de péter (piéter?). Points-voyelles illisibles. 


3 


— 


16 


paames (paumes). 


4 


— 


— 


clofichi toi. 


5 


— 


18 


é aféteras os (?). 


C 


— 


19 


étrèineras. 


7 


— 


— 


de tes défézors. 


8 


— 


21 


é tornée. 


9 






sole. La plupart des mss. de Raschi lisent : NUbiUJ. 
La citation du livre de Job est incorrecte, le texte 
ayant : fconnjtbibn. 


10 


— 


22 


ma perche. 


11 


- 


23 


faa(se) (face). 


12 


L, 


1 


mes pretors. 


13 


— 


3 


neirté. 


14 


— 


4 


a atançer. Cf. Raschi ad loc. 




T. 


LXXV, y 


' 14!». 3 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



'b (Jos.,i,i8) ^d na m?r 'a -^"n ^n^a l, 5 15 

(is., xlii, 17) mrtN 13103 'o w '■mvioa — — 16 

ibiji 'b unip ai» ">na — 6 17 

(jos., xvi, 10) vinb -)Dn 'd tBï^iaiz^a&PK "«nbi - — 18 



tiî-iipibDN tin "an û^pinab 'o unissi-ma n">pni7ab — — 8 

(Lév., xv, 8) 3TH piT '3 Bpbp'W P*m — — 9 

ybo'b (Ps.,cxiv,8) û^3 ■'a^yttb îiî^bn'D Npt-ittip uî^bns — 7 10 
3>b"in *î7p — — — — — — r^tna us* — 9 11 

-fian "d y^-iip^ û^ion — io 12 

(Deut., xxxii, 32) idN3 ttmp 'D y^^SN Wp — H 1 

D^pnn ■ynrifc 'b "«i rcb'iWEp'ï y-irns nip-n "ntara — — 2 
(i Sam., xx, 34) -m 3^*3 '3 ytiipa ïia^yab .iD^npin ûduîn — — 3 

(I Rois, 1, 6) V38 3£* Nb 'b ] 

DTh33 '3 y^ai tûttts ûnnisin u, 1 4 

(Pesahim, 8 6) niBtt5N3 npiïï blM^n '3 y^3p U5îû*B ûmpIS — — 5 

ïrr^ 'b (y)tt)"»^-iiaiD3N anaia osbbinn — 2 6 

15 l, 5 révélé (rebellai). 

16 — — rasé. 

17 — 6 mon cors (corps). 

18 — — é a mes joizes (joues). 

8 — — a dironpors. L'abréviation N' s (tmEIN 1Z5^) suivie de 

sa traduction française : à dire introduit une 
deuxième interprétation : a plomors. 

9 — — é clachat (crachat). Cf. supra, p. 8 et suiv. 
corne roche, 
artuize. 
écuretéz (obscurités). 



10 


— 


7 


11 


— 


9 


12 


— 


10 


1 
2 


— 


11 


3 
4 


LI, 


1 


5 


— 


— 



afranbéz (enflammés). 

fozinos d'étèncèles (d'étincelles). 

votre fo (feu). A coroz (à courroux). 

fûtes retaliéz (retaillés). 

fûtes chevés. La seule glose dans ces fragments qui 

contienne une citation talmudique. Les éditions 

ont toutefois : ^nbiJûnn. 
6—2 votre anpartorirés(z?). 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 35 

!»Ym 'a D3jaw»n5n ttrin — — 8 
pçar» DN573 o»bi 'b vnsb» *a «çan^ln ï1»« wabq — 4 9 

(Gen., xxv, 23)] 

1«i-no^ bw "pn 'ibD Biinpûiûia vjdu^ — s 10 
nsnTort 'b (Gen., vm, 12) ri* brr«i 'a Mimas» "pbm — — 11 

btnrj 'b (Ei m xvi,4) nnb^n ab nbfcin 'b 'pb'vïa crus inb7û3 — 6 1 
a-n*» 'a (is., 1, 22) a^n] 

*b"in "p? rro? ^ • 3>bin'a "pa 00 
(Deut., vi, H) a^aisn mmai '3 VT^TP. nasrran 
omasi 'b] 
— — — — — — — — 'b maa 'a b^isnia am 

mn 'b (Nomb., xix, 16) mn bbna 'a yaçrxlM nbbin» 

(is., vm, 22) npiiii ma 'a ■Yfarwuab'i -pwn 

— — — — 'b nsan 'a y-'p'nBWiia^N "pia 

pi^n rnrnja 'a Eft^w» ^tttMB ïisnas nn» 
(Gen., xxiv, 32) û^bmn nns'n 'a ypçlWÇN DflBïib 

Dsaa^np^M nmab 
(job, vu, 5) oa«ri mi -n-cn 'a dmmIib sun _ - 

7 li, 3 é sa planore. 

8 — — réjehisemant. Seul exemple d'un h au milieu du mot. 
é mon roiaame (royaume), 
jostizeront. Cf. Ilaschi ad loc. 
atandront. 

furt merléz. 

vèr. artuizis. Cf. la glose au v. l, 9. 

qi détalianz. 

orgoil. 

oçianz. 

de l'angoisor. 

et aprétéz (est apprêté). 

é creisiz (craignis). 

fu hâté évuidet. Sur l'interprétation de ÏWlSfc. Cf. Baschi 

ad loc. et sur Jér., xlviii, 12. 
a être lâchez, 
a désibemant. 
fronçant. Cf. Raschi ad loc. 



8 


2 


9 


3 


— 


4 


— 


5 


13 


6 


— 


7 


12 


8 


14 


9 


— 


10 


— 


11 


15 


12 



9 


— 


4 


10 
11 


— 


5 


1 




5 


2 


— 


8 


3 

4 


— 


9 


5 
6 

7 
8 


— 


13 


— 


12 


9 


— 


14 


10 








11 


— 


— 


12 


— 


15 



17 


1 


— 


2 


— 


3 


19 


4 


20 


5 





6 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

N^V'VpiDb n*mp li, 

(Lév.,ix, 12) l^riN ^3 lBPat50"n '3 . ©ûiaWN n">£ÏÏ1 — 

(Deut., xxin, il) n^b mp» 'a îa-na^N^a Tmmp — 

sniK» 'b] 

TDnaç a'nnD ïisbny — 

piajûïp^ttip n"i .îwnbrç 1 «ia N»ip ittsa ana — 

uyyn'-tt] 

titube ■'atD'p ^a i:n7aa 'a ^nibi-ip^^ç: ^paira — 23 7 

(Ex., xv, 14, 15) 

(Prov., h, 18) rin^a m» b« tinuî ^a 'a Kia^aH *>nuj — — 8 

nNii N»ip">N ynriDT . ^sna 'a iinip fia "fia — — 9 
ïiaa» bvs)l viyami 'a ^pip\*ip^;ntf; n^nn ni, 2 10 

(Job, xxxvm, 13)] 

(Nomb., xxi, 1) ï3U3 "idïï?: auri 'a 'pa-^p^b ïmiû — — 11 

la fondrilie. 

de l'entomismant. Cf. Raschi ad loc. 

é égotas. Cf. Raschi ad loc. 

tes avantures. 

furet (furent) pâmés. Cf. Rachi ad loc. 

La deuxième interprétation : corne éstanboc de rois (?) 
reproduit la note de Rachi au mot npN (Deut., xiv, 
5). La première n'est pas tout à fait sûre, le texte 
étant en cet endroit peu lisible. Il est toutefois 
probable qu'on doit lire, suivant l'explication tra- 
ditionnelle (Targ. Nbamn, cf. Raschi ad loc. ,), corne 
boe an salvage. 

7 — 23 tes écrolors. Dans la citation, le glossateur a confondu 

entre eux les deux versets cités. Dans la marge, 
une main différente a ajouté : U5:mtû"n:rr: É pnn, 
tes tritorans. 

8 — — abèse (abaisse). Le second mot illisible est probable- 

ment : toi ("nsa). 

9 — — ton cors. Cf. l. 6, é come roe (rue). 

10 lu, 2 soi ésicos (secoué). Cf. Raschi ad loc. 

11 — — lé qétivéz (captivés). Cette glose est intéressante puis- 

qu'elle semble dérivée d'une lecture différente, 
probablement: ni^V (?). 



1 

2 


LI, 


17 


3 
4 


- — 


19 


5 


— 


20 


6 


— 


20 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 37 

(Gen., xlvii, 15, 16) tpD ODN 'D OENa lu, 4 1 

OJO'b (Jér., xiv, 21) ^73U5 "|*t)b y&On b« 'S 'imip VN372 — — 3 
DINE 'b Th)l3N «*•»] 

tibia» 'b (Gen., xxx, 37) pbn tpiûn» '^ ■nmp'n qran 

(Gen., xxxv, 2) nBnbwn nnuri '3 y^^loww»» toarr 

pithm 'b robb iittsna '5 Npttj» yissm 

*&3 mn 'b nabb lo-im o Kçninsaara noiawai — — 8 

(Gen., xiv, 10)] 

inan Sn uî-w irrom 'r> BT^rnwa i»»ia — 14 9 

rnan 'b (Gen., xliii, 33)] 

(Lé?., xxn, 25) ûi-n tonnuto '3 lawiw nnuiE — — 10 

'a an^cwi^N inNim — — h 

mbittt 'b «rnias bw< — 13 12 



10 


4 


11 


5 


12 


6 


_ 


7 



rwo-' 'b (Deut., xv, 7) *pi n« ycpn «b '3 caai-iinp. istBp^ 



— 15 



1 

2 

3 


lu, 


4 


4 




10 


5 


— 


11 


6 


— 


12 


7 


— 


— 



Glose en grande partie illisible. 

ses potors forvanteront. 

corocé (courroucé). Interprétation assez singulière. 
Le glossateur a ajouté toutefois : avo(v)ir, expres- 
sion de mépris. 

décovri (découvrit). 

séés nétoiéz. Le passage cité ne contient pas le mot 
expliquerais une forme de son équivalent : *|Ï1J3. 

an hâte. 

é de votre amasemant. Le glossateur a, par erreur, 
interprété le mot E|ONtt comme s'il était composé 
de la particule \12 et du subst. SpOK. 

8 — — é an fuite. 

9 — 11 émervélière(n)t. 

10 — — fu désibé. 

11 — — é sa féiture. 

12 — 13 favorira. b^DiD* traduit littéralement (= mbir»). D'au- 

tres glossaires donnent : ansajera, qui me semble 
une traduction moins bonne. 

1 — 15 croront (cloront). Cf. supra, p. 8 suiv. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D^VTN 'b — D^3N 'a ©3tt1« Û"MZ^8 lui, 3 2 

(mois, x, 2i) !-wiN7:b auîna 'a ^b lawrnB lia ïirwaarçri «b — — 3 

fiaian 'b ^b ttîîaûain yia^N ^nwaipn wnsai — 4 4 

anna 'b (Nomb., xix, îe) nnn bbna 'd «latlfiMê bbnntt — s 5 

waibian 'b aattWônaia'i ua^rrnp-Hb wrçjlbrç nora — — 6 

(Ex., xxi, 25) rman nnn rnian 'a Nn^anaïaaerN in-narm _ — 7 

nb^Dn 'b a"-» "iwn 'a Tnaaipaçra s^aïi — 6 s 

nrm 'b usina 'a y^-na-n-is u^a — 7 9 

- — 'a ■pbpjTtow na^a — — 10 

mat* 'b (Gen., xx, 18) naw n'ity ^a 'a Batt^en'i natiy» — s 11 

•p-no-i bus jvj 'iba «rausivrai aauîtttti — — 12 

nai-^ 'b (Ps., cxix, 48) ^ppna nrruîN 'a anbng nm^ — s 1 

ûip?aa 'a NibaN nnn — 12 2 

ûpn 'b (Gen., xxiv, 20) ma n*m 'a «"i^a^ rnyn _ _ 3 

a^an Tia*ai 'b kwjd unisnip nis^N s^sn a^usabi — — 4 
bbsn^] 

(Gen., xii, 8) ibriN a*n 'a y^naa aai-iu; sia** liv, 2 5 

yatta 'b naum ^a 'a ttn-nlavj ■oumn — — 6 

2 lui, 3 onmes (hommes). 

3 — — non prizèmes lui. 

4 — 4 é noz hontames lui. 

5 — 5 fu oçis. Un des rares exemples de vocalisation correcte. 

6 — — le détrèniemant de notre réndemant. 

7 — — é an sa graniture. 

8 — 6 fit ancontrer. Raschi a ici : espriad (cf. R.E.J., LIV, 

214). L'interprétation donnée par notre glossateur 

me semble meilleure. 
9—7 fu détréiniz. 
10 — — fu sorpaléz. 
11—8 de reteinemant (retienemant?). 
12 — — é de jostize. 

1—8 parlera. 

2 — 12 an lo (en lieu). 

3 — — évuida. 

4 — — é por corpors prira (et pour coulpeurs priera). 

5 liv, 2 seront tanduz. 

6 — — dévoieras. 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 39 

uniip^B ^ryrçj liv, 2 7 

(Ex., xxxvin, 31) swm m^r b^ 'a »b**app ,, ia' , M ^"«ninn^i — — 8 

pTnn 'b (Gen., xxvm, 14) rna 1 * nrnci 'a «maie^N wieri — 3 9 

niais 'b (is., xxiv, 23) nsabn msn 'a ran^iaiin "H^wrin — 4 10 

Vn^b (i Sam., xvii, 56) abyrr ïit ^ p 'a ©aMwa^ca "pttib^ — — 11 



FRAGMENT No 2 (Job, vu, 6 — xi, 20). 

— nlt:i2T an» ^12 vu, 

U35 'b (Job, xxxiii, 27) Qitt)3N bV -W> 'b ->17Û &n*nVl ^ 11113 D — 

pim 'a (Job, xli, 7) nir Dnin 'b ta^lnça» nsa — 

— mn 'b ajba 11^7 ^nVi — 

wp 's D*^ nmuj 'b -m^bs^ip ïimiDK — 

ùi^a^bôîaip ii»3N wroa . Nnissiio au) 1 ; — 

d^t» niDa 'b ■nMiB'ipb wifr iisnïTia rr^ian T^ajaip ïifca — 

upbp li» "«ibM^j ^pin rjba — 

[ s^D-n 'b aniasipaKN yasab - 

■na U3TÎ?TN ^rnmai — 

7 liv, — te(s) cordes. 

8 — — é tes chevilles. Cf. Raschi ad loc. 

9 — 3 é forceras. 
10—4 hontoieras. 

11 — — tes anfans (enfances). 



1 Job, vu, 6 de navète (navette). 

2 — 8 regardera moi. 

3 — 11 an étroit. 

4 — — de mon talant. 

5 — — conpleindrè (complaindrai). 

6 — 13 sufrera. An mon compleiniemant. 

7 — 19 combien, torneras, lâcheras moi. V. une interpréta- 

tion différente dans Raschi ad loc, cf. R. Ê. /., 
LVI, p. 82. 

8 — — qe angloti mon clachat, cf. supra à Is., l, 6. 

9 — 20 a ancontre. 
10 — 21 é reqiras moi. 



6 


1 


8 


2 


11 


3 


— 


4 


— 


5 


13 


6 


19 


7 


— 


8 


20 


9 


21 


10 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



■"bç-iiu: uaa^N maa mm vm, 2 1 

(î)B , 3F v Hp?H?S mî Dbizn — 6 2 

}-\w\ 'b tww i*nzm — 8 3 



11 


4 


— 


5 


17 


6 


21 


7 


4 


8 


— 


9 


5 


10 


6 


H 



y-m-itt "pu: nsra tôa . anûyin^rç ttrem — 

(Job, xii, 23) ûi-iab n^^uîw 'b »nt3^i"iîP awiir — 

(Gen., xxii, 13) vnpa *poa 'a V^TMbpSK U31«5 "DaiCP — 

ymia rwr] 

Nbw 'b K*>bs5ip3K ania abïF — 

(Gen.. xlii, 7) mizip dpn wn 'a mup 'b trannsai mapn ix, 

mbro 'b ^bynwtw"'» ùbwi — 

(Job, xvni, 4) lEïputt mat pn:m 'b p.pamp pTtfttn — 

nriD 'a mstbs 'a V^sd^ ïaainia ftfcbBrn — 



uît:^ 'a (Juges, xiv, 18) no-inïi Na-> anaa 'b b^biiûK onnb — 7 î 

(Job, ii, 4) mr i3>a m* 'b KntttipSÈpH ijai — — 2 

ûnmn l? 3 " 1 * 1 mbî» muai» nwoi b^a iûj - 9 3 

nam 'a (Gant., n, il) t]bn ûtzMm 'b ynrçs^N Bpbrm — h 4 



é vant sorpali, cf. swjora Isaïe, lui, 7. 

é anterinerat. Les lettres ont sensiblement pâli. 

prumier (premier). 

si croitra, sanz marois (marais), cf. Raschi ad loc 

croîtra. 

sont anclanchiiz, voiraz. 

sera anconplie. Glose intéressante due probablement 

à une lection nbfài (Niphal). Laleph dans NbïF 

appartient au manuscrit, 
andurçit. 
é fu apéziblé. 
qi détachanz. 
seront épantéz (épouvantés). Le ms. Adler présente 

une forme semblable : épentèmes (épouvantes) au 

mot imra. Ps., lxxxvhi, 17, v. R. É. J., L, p. 209. 



1 — 7 a soleil. 

2 — — é ancontre. 

3 — 9 de darom (DTV7), cf. la glose à Isaïe, xlix, 12. 

4 — 11 é paseraz. 



1 


VIII, 


2 


2 


— 


6 


3 


— 


8 


4 
5 

6 


— 


11 





17 


7 


— 


21 


8 
9 



IX, 


4 





5 


1 


— 


6 



12 


5 


13 


6 


17 


7 


18 


8 


19 


9 


— 


10 


23 


11 


21 


12 


27 


13 


28 


1 


— 


2 


30 


3 


— 


4 


31 


5 


— 


6 





7 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 

bw» 'a (Ps., x, 9) la* Bptanb 'b irvrla spnrr ix 
'a (Prov.,n,i8) DV2 ba nrnz: *o 'b crp^aN innu: 

yW2 'D (Gen., m, 15) ©En ^Dl^i NIH 'b v|?3 pSpN i3D*l\Li 

'33T:n 'a (Nomb., xxi, 23) "pi-no ";n3 «b 'b ii?3 tn^b i33ni ab 
(Jér., xxxix, 5) Û1UDU372 ma wn 'b ù3»3 , n v 7*? usiûfcb 

il» N^inibçN *ïr*r 

(Job, v, 21) *pU5b C3"lUi3 'b NS-pa t31M3 
(Ex., xxiii, 12) ^nttN p U3D3"n 'b tfîisn "p73 i\DD3 

*un bu: tT3D 'b unirai» ns 



«m 'a 'b in-n^i 

a&o 'a ^mass* 'b ©.nlblrong vnaxj 

TliTÎ3 '3 Ï13T '3 *JT 'b (?)"W»12B3K TVanïm 

-ninïaa na 'b tptapN ma a 

(Prov., xxm, 27) npitt* rima 'b WDis3N nraa 

ïiaann 'b ^Taûmm'nara maym 

iûn;TÇi» imttbffl 

C31123 'b ÊWmafiW? iumï5 — 34 8 

ix, 12 todra. D'autres glossaires ont feyra, traduction moins 

bonne à mon avis, 
abéseirt (abaissèrent), 
écracha moi (écrasa moi\ 

lésera moi. Le glossateur a omis la particule négative, 
a direinemant. 
aplédoia moi. 
verge, 
mon repos. La même interprétation du mot 12JD3 se 

trouve dans le glossaire de Paris n° 302. 
13 — 27 mes aires (cf. l'italien : ira?). 

1 — 28 La glose est en grande partie illisible. 

2 — — mes dolors. 

3. — 30 Les points-voyelles sont illisibles. Il faudra lire pro- 
bablement : é nétoiè (et nettoyai). 

4 — — a nèteté. 

5 — 31 an fose (fosse). 

6 — — é avoriret moi. 

7 — — mes dras (draps). 

8 — 34 sa verge. 



6 


— 


13 


7 


— 


17 


8 


— 


18 


9 


— 


19 


10 


— 


— 


11 


— 


23 


12 


— 


21 



42 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nrmî 'b (Deut., xxxm, 2) -in?: s^sin 'b ttJi^nsnB'i rUBIfi x, 3 9 

oïDT 'a att*n 'b vie uTnams ^lax* — 8 10 

(Lam., ir, 2) bttn Nbn ûuîn yba 'b -ntt ffiWB'nK ^ybam — — il 

(ii Rois, xxn, 9] cpan ris wmn 'a "nn ferrnlBviinp wnr — io 12 

— — — n^bpwsnç ^WDpn — — 13 

ïwpbw* ■jmnpBi — 12 14 

(Jér., xlvi, 12) *]3ibp d-na iN-n 'a «"«aljnw biNia "pbp yara — 15 1 

astt^ins^M ■papy» ^y n&rn — — 2 

bn:n 'a 'b Èna-pln^» rrau-n — 16 3 

_____ 1-153 un^a *:m"uin — — 4 

D173* 'a (Gen., xxxiv, 30) nBOtt ^n?2 'b y4 Û^ntt xi, 3 5 

D-npui 'a o^ra 'b »Mlat55tp"»g ^na — — 6 

np^nra 'a (Gen., xxxiv, 5) apyi fflnnm 'b Kpo» w^ffi — — 7 

mu:bn 'a na mron 'b ^taba^is** mamb — 6 8 

n»a 'a (Gen., xliv, 12) riba ppai 'b opnyiibMMb mban — 7 9 

fcrwttNiû m» _ 9 10 



refranbèses (?). 

formèrt moi (?) (formèrent moi), 
é defiis. Dans la citation le mot DUîïi a été substitué 
au mot ■rç'iN . 

T -: 

fiis fondre moi. 
fiis calier (callier). 
é ta balie (baille). 

saoul de vergonie. Dans le passage cité la variante 

ifcm au lieu de ijeiû. 
é véanz de éfroiemant. 
é croitra. 
baniras moi. 
janz (gens). 
tes mançonges. 
atéiza. 
a foibleté. 
le anploiemant. 
sa mezure. 



9 


x, 


3 


10 


— 


8 


11 


— 


— 


12 





10 


13 


— 


— 


14 


— 


12 


1 


— 


15 


2 
3 
4 
5 
6 


— 


16 


XI, 


3 


7 
8 


— 


6 


9 


— 


7 


10 


— 


9 



DEUX FRAGMENTS D'UN GLOSSAIRE HÉBREU-FRANÇAIS 43 

rtb^bn 'a (Ex., xxxn, ii) nw brn 'b cwiTnBN ibTn xi, 19 11 

11 xi, 19 é priront (prieront). 

12 — 20 de os (eux), é fuite. 

Livourne, septembre 1922. 

Carlo Bernheimer. 



ARRETES 

DU DIRECTOIRE DU DÉPARTEMENT DU HAUT-RHIN 
RELATIFS AUX JUIFS 

[1 er septembre 1790 — 19 brumaire an VIII) 



Au début de la Révolution, les griefs de l'opinion à l'égard des 
intendants avaient fait admettre par l'Assemblée constituante un 
système d'administration qui dépouillait le pouvoir central de tout 
représentant direct près du département. La loi du 22 décembre 
1789 créa dans chaque département un Conseil de trente-six 
membres, qui tenait une session tous les ans et nommait, pour le 
remplacer dans l'intervalle, un Directoire de huit membres pris 
dans son sein. En outre, un Procureur général syndic, élu comme 
le Conseil, assistait avec voix consultative à toutes les séances, 
soit du Conseil, soit du Directoire, et était chargé de suivre les 
affaires et d'exécuter les décisions prises. 

Les Directoires de départements furent remplacés par les préfets, 
comme les Directoires de districts par les sous-préfets, créés, les 
uns et les autres, le 28 pluviôse an VHP. 

Le regretté P. Hildenfinger a publié, dans cette Revue (années 
1910-1911), les Actes du district de Strasbourg relatifs aux Juifs. 
Dans les pages suivantes, nous reproduirons les arrêtés du Direc- 
toire du département du Haut-Rhin qui se rapportent aux Juifs. 

Ces arrêtés sont conservés aux Archives départementales du 
Haut-Rhin à Colmar, dans une série non cotée de vingt-sept 
registres in-folio. Quatre volumes, également in-folio, contiennent 
des répertoires, mais le troisième volume manque depuis plusieurs 
dizaines d'années. 

1. Voir Boursin (E.) et Gliallamel (A.), Dictionnaire de la Révolution française, 
Paris, 1893, p. 193 et 194, et Poullet (P.), Les Institutions françaises de 1795 à 1814, 
Paris, 1907, p. 157 et ss., 750 et ss. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 45 

Nous donnons ci-après le texte des arrêtés relatifs aux Juifs 
avec des numéros d'ordre, en indiquant entre parenthèses les 
numéros qu'ils portent dans les registres, et avec la date des 
séances. Pour faciliter les recherches, nous avons ajouté un Index. 



Strasbourg, mars 1922. 



M. GlNSBURGER. 



1 (326). — 1 er septembre 1790. 

Vu la demande formée par Lazare Weyl, Juif de Ribeauvillé, à la suite 
d'un inventaire d'effets collationné et signé parle greffier; lad. demande 
tendante à la remise des mêmes effets à faire au suppliant, moyennant la 
somme de cent livres payable en deux termes ; ensemble l'avis du Direc- 
toire du district de Colmar du jour d'hier, procès-verbal 41, arr. 302. 
Ouï M. Waetterlé pour M. Mùg nommé pour remplacer. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a arrêté qu'il serait mis néant sur 
la demande. 

2 (329). — 1 er septembre 1790. 

Vu la requête présentée par Hirsch David, Juif de Rosheim, receveur 
principal des impôts de sa nation dans les départements du Haut et Bas- 
Rhin, tendante à obtenir que les nommés Lazare Meyer, receveur parti- 
culier résident à Durmenach, et CoschelBloch, faisant les mêmes fonctions 
à Wintzenheim, soyent contraints par toutes voyes dues et raisonnables, 
même par corps, au payement des sommes dont ils sont en retard envers 
la Caisse générale pour les années 1788 et 1789, avec contenu des répar- 
titions faites, ensemble toutes les autres pièces jointes, ouï M. Mùeg, 
nommé, etc. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin, vu les contraintes décernées par 
M. l'Intendant, les 8 octobre 1789 et 1 er février dernier, a arrêté qu'icelles 
seront exécutées suivant leur forme et teneur, même par corps, à ren- 
contre desdits Lazare Meyer et Coschel Bloch et contribuables et les a, 
en outre, condamnés au remboursement des frais desdites contraintes 
sur le pied de la taxe qui en sera faite par les Directoires des districts 
respectifs de la résidence des débiteurs redevables. 

3 (397). — 11 septembre 1790. 

Vu la requête présentée par Aron et Paul Lévy, Juifs de Zillisheim, qui 
demandent à être admis à la résidence de la ville de Thann, aux offres 
de se conformer aux Lois du Royaume, aux Règlements de police et aux 
autres usages du lieu et de payer 400 livres; l'agrément de la municipalité 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dudit Thann du 31 août dernier et le Placet mis ensuite ; ensemble l'avis 
du Directoire du district de Belfort du 1 er de ce mois; ouï M. Mueg, 
nommé, etc. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a approuvé et homologué la per- 
mission accordée auxdits Aron et Paul Lévy de s'établir en la ville de 
Thann, par la municipalité dudit lieu, aux offres portées dans ladite 
requête. 

4 (405). — 13 septembre 1790. 

Vu la requête présentée par Goschcl Wolff-Bloch, receveur des deniers 
royaux de la nation juive, établi à Wintzenheim, tendante à ce qu'il plaise 
au Département lui accorder un sursis d'un mois pour le payement de la 
somme de 2.459 1. 23 s. 7 d. portée en la contrainte par corps décernée 
contre lui le 1 er du courant, aux offres par lui faites de donner bonne et 
suffisante caution. Et à ce qu'en outre il lui soit permis de faire con- 
traindre par toutes voyes dues et raisonnables, et même par corps, les 
différens receveurs particuliers établis dans les communautés juives et 
dénommés dans l'Etat par lui certifié véritable le 7 du présent mois, formé 
sur celui qui lui a été envoyé de Strasbourg le 1 er février dernier, qui 
sont en retard de lui livrer les impositions pour les 3/4 des six mois 
de l'année dernière 1789, montant suivant ledit Etat à la somme de 
2.687 1. 12 s. 6 d. Etat du 4 janvier et l'arrêté du 1 er février dernier la 
contrainte par corps décernée contre le suppliant le 1 er du courant; les 
poursuites faites en conséquence ; la quittance donnée au suppliant par 
l'huissier Haffner le 3 aussi de ce mois portant 1.200 1., ensemble ledit 
Etat fourni par le suppliant le 7 du présent mois ; ouï M. Mueg nommé 
pour remplacer le Procureur général syndic, 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin permet au suppliant de faire con- 
traindre les redevables par toutes voyes dues et raisonnables, même par 
corps, et avant que de statuer sur le sursis demandé par le suppliant, a 
arrêté que la requête sera communiquée à David Hirsch, Juif de Rosheim, 
caissier général de la nation juive, pour y répondre dans la huitaine. 



5 (412). — U septembre 1790. 

Vu la requête des Juifs des communautés d'Ober. et Niederhaguenthal, 
Bouschwiller et autres, formant l'arrondissement de la Recette du 
recouvrement de laquelle est chargé Lazare Meyer, receveur particulier, 
résident à Durmenach, à l'effet d'être reçus opposants à l'exécution de la 
contrainte décernée le 1 er de ce mois de septembre contre ledit Lazare 
Meyer, ayant égard à l'opposition et y faisant droit, ordonner le rapport 
de ladite contrainte, ce faisant les suppliants déchargés du payement des 
sommes y énoncées, pour cette fois seulement et sans tirer, à consé- 



ARRETES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 47 

quence, ensemble de toute contribution, jusques et y compris cette 
année courante 1790, les pièces jointes ; ouï M. Mueg nommé, etc. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a ordonné que la requête sera 
communiquée aux Préposés de la nation juive à Uffholtz pour y répondre 
dans la quinzaine et indiquer le cas échéant sur quel arrondissement 
pourrait être répartie la remise d'imposition fpoiir les suppliants, et 
arrêté néanmoins que jusque-là il sera sursis aux poursuites contre 
Lazare Meyer, receveur particulier, demeurant à Durmenach. 

6 (483). — 27 septembre 1790. 

Vu la requête de Jacques Wolff, fils de Salomon Wolff, Juif d'Obcr- 
steinbrunn, aux fins d'obtenir la permission de se marier avec Anne 
Beyle, fille de Joseph Einstein, Juif de Hagenbach, et de s'élablir à 
Obersteinbrunn, où demeure son père; l'avis du Directoire du district 
d'Altkirch du 19 du courant n° 72, ouï M. Mueg, etc. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a autorisé le mariage du suppliant 
suivant le rite de sa religion et n'empêche qu'il s'établisse à Oberstein- 
brunn, où demeure son père. 

7 (495 bis). — 29 septembre 1790. 

Vu la requête présentée par Wolft' Netter, Juif de Wintzenheim, et 
consorts, tendante à ce qu'il soit enjoint aux députés de la communauté 
des Juifs de Wintzenheim de lever le ban des suppliants sous peine de 
désobéissance ; sauf auxdits députés à se pourvoir contre les suppliants 
par les voyes légales pour raison de l'impôt dont s'agit en ladite requête 
où et ainsi qu'il appartiendra s'ils s'y croient fondés, et sauf aux suppliants 
leurs défenses au contraire; le soit communiqué aux dits députés en 
tête de ladite requête décernée en l'assemblée du District de Golmar du 
27 du courant à eux signiffié le même jour, la réponse fournie en consé- 
quence, sans date, jointe à ladite requête, ensemble l'avis dudit District 
du 28 dudit mois, n° 518, et ouï M. Mueg nommé, etc. 

Soit communiqué aux municipalités des villes de Golmar et Wintzen- 
heim pour répondre dans trois jours. 

8 (524). — Lundi 18 octobre 1790. 

Vu la requête présentée par Moyse Lévy, Juif de Blotzheim, actuelle- 
ment prisonnier èz prisons civiles de la ville de Huningue, tendante à ce 
qu'après vérification faite de l'exposé de sa requête, il plaise recevoir le 
suppliant appelant comme de nullité du procès-verbal de capture et 
emprisonnement de sa personne du 2 du présent mois d'octobre, conver- 
tissant l'appel en opposition et y faisant droit, déclarer le tout nul, 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

injurieux et vexatoire, lui en donner mainlevée, condamner Salomon 
Brunschwig, prévôt des Juifs de Blotzheim, en 300 1. de dommages et 
intérêts et aux dépens ; et cependant par provision ordonner que le 
suppliant sera élargi à sa caution juratoire. Le renvoi en tête de ladite 
requête à M. Lochmann du 6, le procès-verbal de l'assemblée de la com- 
munauté juive conformément aux ordres de M. le Commissaire du 11, 
plusieurs certificats de différents particuliers de la ville de Bâle dudit 
jour 11, le procès-verbal dressé par ledit S. Commissaire du 8, son avis du 
12 de ce mois et différentes autres pièces jointes; ensemble l'avis du 
Directoire du District d'Altkirch du 13, n° 140, ouï M. Mueg pour rem- 
placer le Procureur Général syndic, 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a arrêté qu'il sera donné mainlevée 
au suppliant de sa personne, à charge par lui d'affirmer que les deniers 
pour lesquels il a été recherché lui ont été effectivement volés et enlevés 
lors du pillage exercé sur les Juifs dudit Blotzheim, sans qu'il n'en ait 
rien sauvé, laquelle affirmation il sera tenu de prêter selon le rite et la 
forme la plus solennelle de la loi judaïque par devant le maire de la 
commune de Huningue, et en son absence ou empêchement par devant 
le premier membre de la municipalité présent, que le Directoire a 
commis à cet effet, arrêté en outre qu'à la diligence du Procureur Général 
syndic la requête et pièces cy devant rappelées seront communiquées aux 
Préposés de la Nation juive, pour par eux donner leur avis le plus promp- 
tement possible sur les moyens les plus convenables à l'effet de parvenir 
aux répartition et recouvrement de la partie des impositions dont la 
communauté juive de Blotzheim est en retard, et qui a fait l'objet de la 
contestation ainsi que des frais de vérification suivant la taxe qui en 
sera faite par le Directoire du District. 



9 (532). — 21 octobre 1790. 

Vu la requête de Gùttel Weyl, fille de Salomon Weyl, Juif deRiedwihr, 
aux fins qu'il soit désigné à la suppliante un rabin autorisé à décider la 
contestation élevée entre elle et le nommé Joseph Bigert relativement 
à une promesse de mariage qui lui a été faite par ce dernier et ce attendu 
le décès du rabin de Ribeauvillé qui avait été nommé pour décider 
des difficultés de la nature de celle dont est question; l'avis sur la 
requête du Directoire du district de Colmar du jour d'hier ; ouï M. Mueg 
nommé, 

Le Directoire du département du Haut-Rhin a commis provisoirement le 
nommé Jacques Meyer, commis rabin à Rixheim, pour faire les fonctions 
dont avait été chargé le rabin de Ribeauvillé, jusqu'à ce qu'il en soit 
autrement ordonné. Arrêté en outre qu'il sera escrit à l'Assemblée Natio- 
nale pour la prier de déterminer le mode de nomination aux places de 
rabins dans ce Département. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-R111N RELATIFS AUX JUIFS 49 



10 (544). — 22 octobre 1190. 

Vu la requête présentée par Feislel Marx, Juif de Hattstatt, tendante à 
être déchargé pour quelques années de toutes impositions et deniers 
royaux, en considération de la perte qu'il a faite le 22 juin dernier dans 
l'incendie de la maison de son voisin dans lequel il a été enveloppé, aux 
offres qu'il fait de les acquitter exactement après le délai de son exécu- 
tion expiré; le soit communiqué en tête de ladite requête à la munici- 
palité du lieu du 17 septembre aussi dernier, la réponse de ladite municipa- 
lité au bas du 19, ensemble l'avis du District du 21 du même mois, n° 462, 
et ouï M. Mueg nommé pour remplacer le Procureur Général syndic, 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin a arrêté que le suppliant sera 
exempté de toutes impositions pour trois années. 

11 (667). — il novembre il 90. 

Vu la requête de David Meyer, Juif natif de Bolsenheim, département 
du Bas-Rhin, aux fins d'être reçu à s'établir à Habsheim avec sa femme 
d'après la permission qu'il a obtenu du seigneur de Landser ; l'avis du 
Directoire du district d'Altkirch du 8 de ce mois n° 241 et pièces y men- 
tionnées. Ouï M. Waetterlé, 

Le Conseil Général du département du Haut-Rhin autorise le suppliant 
à s'établir avec sa femme à Habsheim à charge par lui d'acquitter les 
charges et impositions accoutumées; sans que le présent arrêté puisse 
tirer à conséquence. 

12 (715). — 24 novembre 4190. 

Vu la requête de Raphaël Ziffy, Juif de Mùhlheim, aux fins d'être 
autorisé à demeurer au village de Biesheim ; le Brevet du Roi, qui 
permet au suppliant de se marier ; le certificat de bonne conduite de la 
municipalité de Durmenach; l'avis du Directoire du district de Colmar, 
de cejourdhui n* 852. Ouï M. Mueg nommé, etc. 

Le Conseil Général du département du Haut-Rhin a arrêté que le sup- 
pliant sera toléré dans le lieu de Biesheim jusqu'à ce qu'il ait été pro- 
noncé par le Corps législatif sur le sort des Juifs de la Province d'Alsace; 
a fait en conséquence défense à la municipalité de le troubler ; sauf à elle 
à se pourvoir, si elle s'y croit fondée. 

13 (717). — 24 novembre 4190. 

Vu la requête présentée par Leib Lévy, Juif de Wintzenheim, en qualité 
de fermier des revenus patrimoniaux de la ville de Turckheim, aux fins 

T. LXXV, n° 149. 4 



5S0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'obtenir contrainte contre les dénommés en l'état joint à ladite requête, 
et ce pour les années 1787-1788 et 1789 ensemble les pièces y annexées; 
le soit communiqué de la requête à la municipalité de ladite ville, pour 
y répondre, du 19 août 1790, la réponse de la commune du 25 en tête de 
laquelle est encore un soit communiqué au suppliant, en date du lende- 
main 26, la réplique de ce dernier, du 1 er septembre dernier, et l'avis du 
Directoire du district de Golmar du 16 de ce mois n° 791. Ouï M, Mùeg 
nommé, etc. 

Le Conseil Général du dép. du Haut-Rhin, sous le mérite des déclara- 
tions retenues en la réplique du 1er septembre 1790, permet au suppliant 
de faire contraindre, par les voies de droit, les particuliers redevables 
dénommés en l'état du 12 avril 1790 chacun en droit soi, au payement 
des extances y portées. 

14 (750). — 30 novembre 4790. 

Vu la requête présentée par Samuel Lévy, Juif de Bollwiller, aux fins 
qu'il soit sursis, en ce qui le concerne, à l'arrêté du Conseil Général du 
département du 8 novembre dernier; en conséquence, qu'il lui soit 
permis de poursuivre ses débiteurs chrétiens par les voies ordinaires de 
la justice, tant pour le principal qu'intérêts et dépens, et ce conformé- 
ment à l'arrêt de règlement de 1787 ou autres loix qui pourroient être 
faites par les Tribunaux; subsidiairement qu'il soit ordonné que le sup- 
pliant jouira du sursis et bénéfice accordé à ses débiteurs par le susdit 
arrêté; en conséquence défenses faites à ses créanciers, notamment au 
sieur Villemain de le poursuivre autrement que pour les intérêts, jusqu'à 
ce que le suppliant puisse lui-même poursuivre ses débiteurs pour le 
capital, aux offres qu'il fait de donner en payement des titres de créance 
avec garantie jusqu'à concurrence de son dû; ensemble l'avis du Direc- 
toire du district deColmar,de ce jourdhui n° 895. Ouï M.Mûeg nommé, etc. 

Le Conseil Général du département du Haut-Rhin renvoyé le suppliant 
à se pourvoir conformément à l'arrêté du 8 de ce mois et ainsi qu'il 
avisera bon être. 

15 (852). 

Vu l'arrêté de la ci-devant Commission intermédiaire provinciale 
d'Alsace du 13 juin 1789 et les pièces y rappelées; le bail des Revenus 
patrimoniaux de la ville de Soulz, passé au profit de Lehmann Lévy, le 
26 juin 1788 ; la requête présentée par ce dernier, aux fins d'indemnité à 
raison de l'augmentation survenue au prix du sel ; le renvoi de cette 
requête au Directoire du district de Colmar du 30 novembre dernier ; 
l'avis dudit Directoire de District, en date du 28 octobre précédent, par 
forme de seconde expédition ; ouï M. Miïeg, nommé, etc. 

Le Directoire du département du Haut-Rhin a ordonné que les parties 
se pourvoiront en justice ordinaire. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 51 



10 (963). — 24 décembre 1190. 



Vu la requête présentée par Joseph Meyer-Lévy, Juif de Wintzcnheim, 
tendante à ce que l'arrêté 'provisoire de l'ancien Bureau intermédiaire du 
district de Golmar, du 4 janvier dernier, soit exécuté suivant sa forme et 
teneur; en conséquence, le suppliant déchargé des impositions confor- 
mément audit arrêté; ladite requête sous n° 468. L'arrêté dudit Bureau 
intermédiaire, du 4 janvier dernier, ensemble l'avis du Conseil Général 
du district de Golmar, du 21 septembre dernier, n° 468. Ouï M. Miieg, 
nommé, etc. 

Le Directoire du département du Haut-Rhin a arrêté qu'il n'y a pas lieu 
à délibérer quant à présent. 



17 (981). - 28 décembre 1790. 



Vu la requête présentée par les héritiers de Félix Leyser, Juif de 
Niderhagenthal, tendante à être autorisé de retenir par leurs mains les 
sommes qu'ils doivent en vertu de la répartition du 29 avril 1782, à compte 
de la somme de 600 1. que leur auteur a avancé à la caisse des Impositions 
de la Nation juive, et à ce qu'en outre il soit ordonné que le surplus de 
ladite somme leur sera payé incessamment par Hirsch David, receveur, 
qui sera tenu de rendre compte de sa gestion; à quoi faire il sera 
contraint par les voies de droit, et qu'en attendant il soit sursis à toutes 
poursuites contre les supplians ; vu aussi le translat de ladite répartition, 
ensemble l'avis du Conseil Général du district de Colmar du 4 octobre 
dernier n° 536 signifié à partie par exploit du 8 dudit mois, et ouï 
ML Miïeg, nommé, etc. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin ayant aucunement égard à la 
requête et y faisant droit, a arrêté que la somme de six cents livres dont 
il s'agit sera remboursé aux supplians dans six ans de termes par la 
répartition qui sera faite sur les Juifs pour lesquels l'auteur des supplians 
a fait lesdites avances, à raison et sur le pied de 100 1. par an et pour 
chaque terme ; a autorisé et autorise les supplians à retenir pour la 
présente année par devers eux et jusqu'à la concurrence de ladite somme 
de 100 1. les impositions pour lesquelles ils se trouveront eux-mêmes 
cottisés, pour en inspecter et compenser le montant sur le produit de ce 
terme de la présente année ; a arrêté, en outre, que les collecteurs et 
préposés aux recouv remens se conformeront ponctuellement aux dispo- 
sitions du présent arrêté, sous peine d'être personnellement tenus des 
frais que leur contravention pourrait occasionner. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



18 (1162). — 14 janvier 1191. . 

Vu la requête présentée par Samuel Lévy, Samuel Wurmser et consors, 
au nom de la majeure partie de la communauté juive de Bollwiller, 
tendante à ce qu'il plaise les autoriser à s'assembler pour procéder à 
l'élection d'un préposé des juifs de ladite communauté, conformément 
aux articles 21 et 23 des Lettres-Patentes du 10 juillet 1784, ensemble 
l'avis du Directoire du district de Colmar du jourd'hui n° 172. Ouï 
M. Ricklin faisant fonctions, etc. 

Le Directoire du dép. du Haut-Rhin, avant faire droit, arrête que la 
requête sera communiquée tant à la municipalité de Bollwiller qu'au 
nommé Hirtz Blum, préposé actuel, pour fournir leurs réponses et 
observations par écrit dans la quinzaine pour, ce fait et rapporté, être 
statué sur ce qu'il appartiendra. 



19 (1598). — 22 février 1791. 

Vu la requête présentée par Samuel Lévy et consorts, composant la 
majeure partie de la communauté juive de Bollwiller, dont le sommaire 
de l'exposé est que, par Lettres-patentes du 10 juillet 1784, il a été réglé 
que les Préposés juifs seraient élus par les communautés des juifs, que 
Hirtz Blum, Prévôt de Bollwiller, avait été nommé en 1783 par le Sei- 
gneur, et qu'abusant de son autorité, les juifs de cette commune enten- 
daient profiter de la disposition des Lettres-patentes susdites, et procéder 
à l'élection d'un préposé ; ladite requête tendante à ce qu'il plaise 
autoriser la communauté juive de Bollwiller de s'assembler pour pro- 
céder à l'élection d'un préposé des juifs de ladite communauté, confor- 
mément aux articles 21 et 23 des Lettres-patentes du 10 juillet 1784, faire 
défenses à tous autres qu'à celui qui sera élu à la pluralité des voix de 
s'ingérer auxdites fonctions de préposé à l'avenir ; l'arrêté préparatoire, 
n° 1662, la réponse de la municipalité de Bollwiller, contenant que Hirtz 
Blum a rempli ses fonctions de préposé, sans qu'il y ait le moindre 
reproche à lui faire, et qu'on espérait qu'il y avait continué ; la réponse 
de Hirtz Blum, portant que c'est par l'effet de la vengeance et de la 
récrimination qu'on a formé la demande d'élire un autre préposé ; que 
cette demande est prématurée, puisque l'Assemblée Nationale doit inces- 
samment statuer sur l'organisation civile de la Nation juive, et qu'enfin 
il ne peut être destitué que pour cause de forfaiture. Le Jugement sur 
requête du Tribunal du district de Colmar, du 24 décembre dernier ; les 
provisions de Hirtz Bluem, du 30 décembre 1783; l'acte de prestation de 
son serment, du 27 janvier 1784 ; ensemble l'avis du Directoire du district 
de Colmar, du 7 du courant, n° 583, par lequel il estime qu'il y a lieu de 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 53 

prendre en considération le témoignage avantageux que la Municipalité a 
fourni en faveur de Hirtz Bluem, et vu ses provisions, considérant que 
l'Assemblée Nationale n'a point encore prononcé sur la nation juive et 
son organisation politique, il échet de soumettre le tout à la prudence 
de l'Administration supérieure, pour décider de la conservation de Hirtz 
Bluem, qui paraît mériter sa protection ; ouï le Procureur Général syndic, 
Le Directoire du département du Haut-Rhin a arrêté qu'il n'y a lieu à 
délibérer sur la requête de Samuel Lévy et consors ; ce faisant maintient 
et conserve Hirtz Bluem dans ses fonctions de préposé de la Communauté 
juive de Bollwiller, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. 



20 (1604). — 22 février 1791. 

Vu la requête présentée par Meyer Dreyfus, fils d'Elie Dreyfus, Juif 
d'Uffheim, tendante à ce qu'il plaise permettre au suppliant de contracter 
mariage avec une fille juive et suivant le rit judaïque ; ce faisant, faire 
défenses à la municipalité d'Uffheim d'y former aucun empêchement, 
sous telles peines que de droit, ni de le molester sur son droit de 
tolérance dans ledit lieu, jusqu'à ce qu'il ait été prononcé par le corps 
législatif sur le sort des juifs de la Province d'Alsace ; vu aussi copie du 
délibéré de la municipalité d'Uffheim, du 12 avril 1790, ensemble l'avis 
du Directoire du district d'Altkirch, du 1 er de ce mois, n° 682. Ouï le 
Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du département du Haut-Rhin, sans s'arrêter au délibéré 
de la municipalité d'Uffheim, signifié le 12 avril 1790, a permis et permet 
au suppliant de contracter mariage avec une jeune fille juive, suivant le 
rit judaïque. 

21 (1762). — 2 mars 1791. 

Vu la requête présentée par David Meyer, Juif natif de Bolsenheim au 
Département du Bas-Rhin, tendante à ce que, vu l'arrêté du Directoire du 
Département du Haut-Rhin, du 17 novembre dernier, ensemble l'exposé 
en ladite requête, il plaise ordonner que par tel Commissaire du District 
d'Altkirch, qui sera à ce nommé, il serait informé des faits retenus en 
ladite requête-; pour ce fait communiqué au Procureur-Général-Syndic et 
rapporté, être ordonné ce qu'il appartiendrait; Et cependant par provi- 
sion, enjoindre aux Maire et officiers municipaux de Habsheim de prêter 
au suppliant et à sa femme tout secours et assistance, à peine de répondre 
en leurs propres et privés noms de tous événemens fâcheux; vu aussi 
ledit arrêté du 17 novembre dernier n° 667. Ouï le Procureur-Généra 1 

S y ndic ' . u'Altkirch, 

La dite requête a été renvoyée au Directoire du Dis»*- 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour vérifier et donner son avis incessamment ; et cependant arrêté que 
la Municipalité de Habsheim veillera à la sûreté de la personne et des 
biens du suppliant, à peine d'en répondre. 



22 (1767) — 3 mars 1791. 

Vu la requête présentée par les préposés juifs d'Oberhagenthal, dont le 
sommaire de l'exposé est, qu'une nouvelle insurrection se tramait 
contr'eux ; que Ton ne se contentait point de rendre derechef leurs 
maisons inhabitables ; mais que Ton avait même résolu de les terrasser; 
concluent en conséquence à ce qu'il plaise réquérir M. le Commandant 
d'Huningue d'établir dans le lieu d'Oberhagenthal un détachement de 
dix hommes de la garnison d'Huningue,aux offres que font les suppliants 
de le loger, lui fournir son chauffage, pourvoir au transport du pain et 
de lui donner le supplément ordonné et usité ; ensemble l'avis du Direc- 
toire du District d'Altkirch, du 23 février dernier, n° 751, par lequel il 
estime, qu'il n'y a lieu quant à présent de faire droit sur la demande ; 
d'enjoindre néanmoins à la Municipalité d'Oberhagenthal, chargée par 
les Décrets de veiller à la sûreté et tranquilité publique, de tenir la main 
à ce que les supplians et la nation juive ne soit inquiété en manière 
quelconque, à peine par la dite Municipalité de répondre en leur propre 
et privé nom des dommages qui pourraient résulter de sa négligence; 
ouï le Procureur-Général-syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin requiert M. le Comman- 
dant d'Huningue d'établir dans le lieu d'Oberhagenthal un détachement 
de dix hommes de la garnison dudit Huningue, aux risques, péril et 
fortune des supplians, et à charge par ceux-ci de les loger, leur fournir 
le chauffage, pourvoir au transport du pain et de leur donner le supplé- 
ment ordonné et usité. 



23 (1787). — 3 mars 1791. 

Vu la requête présentée par Hana Weyl, veuve d'Isaac Meyer, agent de 
la Nation juive, dont l'exposé est, que la Nation juive a accordé à la 
suppliante une pension annuelle de 300 1. dont elle devait jouir pendant 
trois ans depuis la mort de son mari, à cause des services qu'il a rendus 
à la nation ; que n'ayant été payé de cette pension que pour 18 mois, il 
lui était actuellement dû une somme de 150 1. pour les 6 derniers mois 
écoulés; que ne pouvant en obtenir le payement, qui doit être fait 
quartier par quartier, elle demande à ce qu'il fût enjoint aux préposés 
de ladite nation de lui payer ladite somme et de continuer à l'avenir 
a Lui acquitter ladite pension quartier par quartier; ouï le Procureur- 
Général-syadic, 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS S5 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin a arrêté, que ladite requête 
sera communiquée aux Préposés de la Nation juive de la ci-devant haute 
Alsace, pour y fournir leurs réponses dans la huitaine; pour ce fait et 
rapporté, être statué ce qu'il appartiendra. 



24 (1790). — 3 mars 4194. 

Vu la requête présentée par Marc Dreyfus, fils de Meyer, juif d'Uffheim, 
de lui autorisé, tendante à ce qu'il plaise ordonner que, sans s'arrêter à 
la défense émanée de la commune dudit Uffheim, il sera passé outre à la 
célébration de son mariage avec Bluemen Rueff, que défenses soient 
faites à la dite commune de troubler ni molester le suppliant ; le soit 
communiqué, du il octobre dernier; la signification du 8 novembre 
suivant, ensemble l'avis du Directoire du District d'Altkirch, du 17 dé- 
cembre dernier, n° 462. Ouï le Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin, sans s'arrêter au délibéré 
de la Municipalité d'Uffheim, signifié le 12 avril 1790, a permis et permet 
au suppliant de contracter mariage avec une fille juive suivant le rit 
judaïque. 

25 (1791). — 3 mars 4794. 

Vu la requête présentée par Marc Dreyfus et Isché Veyler, députés de 
la communauté juive de Hattstatt, dont le sommaire de l'exposé est, que 
dans les communautés juives il a toujours été d'usage d'entretenir leurs 
pauvres qui viennent à passer ; que cet usage, fondé sur leurs loix et sur 
celle de l'humanité, s'est constamment pratiqué d'une manière propor- 
tionnée à la fortune de chaque particulier juif, sans obstacle et sans 
réclamation; que cependant depuis quelque temps des esprits contradic- 
teurs refusent de s'y conformer, et ainsi font retomber les pauvres à la 
charge de ceux qui observent charitablement ce droit d'hospitalité ; qu'il 
importait en conséquence d'arrêter ce désordre ; ladite requête tendante 
à ce qu'il plaise ordonner par forme de règlement, que l'usage dont s'agit 
continuera d'avoir lieu dans la communauté juive de Hatstatt comme du 
passé, ordonner que tous et un chacun seront tenus de s'y conformer, 
faute de quoi autoriser les supplians de faire contraindre les refusans 
au payement de leurs cotes par enlèvement et vente d'un meuble que le 
Weibel de la Municipalité sera autorisé de faire en la forme usitée pour 
le recouvrement des impositions royales ; vu aussi l'avis du Directoire du 
District de Colmar, du 28 février dernier n° 904 par lequel il a estimé 
qu'il y a lieu d'accorder aux supplians les fins de leur demande ; ouï le 
Procureur-Géneral-Syndic, 

Le Directoir du Département du Haut-Rhin a arrêté, que l'usage hospi- 
talier pratiqué parmi la Nation juive, continuera d'avoir lieu dans la 
communauté juive de Hatstatt, comme du passé, et ce jusquà ce que 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Assemblée Nationale ait statué sur le sort des juifs du Département, 
ordonne à tous et chacun de s'y conformer, et en cas de refus autorise 
les supplians de faire contraindre les rénitens au payement de leurs 
cottes, par les voies et en la forme usitées pour le recouvrement des 
impositions royales. 

26 (1900). — 12 mars 1791. 

Vu la requête présentée par les juifs de Wintzenheim, dont le som- 
maire de l'exposé est, que le Seigneur du lieu, qui était en droit de leur 
donner un prévôt avait nommé en dernier lieu Jacob Meyer Levy ; ce 
prévôt s'étant arrogé trop d'autorité, il fût décidé par jugement arbitral 
du 5 Mars 1764 qu'il lui serait donné trois adjoints avec la qualité de 
préposés, ce qui a toujours eu lieu depuis ; que cependant ledit Prévôt 
étant venu à décéder l'année dernière, et les trois préposés ses adjoints 
ayant déjà exercé au delà des trois années fixées à leurs fonctions, il 
importe de procéder à un nouveau choix ; ladite requête tendante à ce 
qu'il plaise autoriser les supplians de s'assembler en la manière accou- 
tumée, pour procéder à l'élection de trois préposés solvables qui seront 
pris dans la communauté juive de Wintzenheim, lesquels préposés 
rempliront les mêmes fonctions et jouiront des mêmes privilèges et 
autorités que le défunt prévôt et ses adjoints, de laquelle élection sera 
dressé procès-verbal, pour icelui rapporté et ratifié, être exécuté selon 
sa forme et teneur ; vu aussi le jugement arbitral du 5 mars 1764 
approuvé et ratifié par le S. Intendant de la ci-devant province d'Alsace, 
le 13 du même mois, ensemble l'avis du Directoire du District de Colmar, 
du 8 février dernier, n° 1057 par lequel il a estimé qu'il y a lieu d'au- 
toriser les supplians à nommer en la manière usitée leurs trois pré- 
posés qui jouiront de la même autorité dont le défunt prévôt des juifs 
audit lieu et ses adjoints devaient jouir, après que lesdits préposés auront 
présenté le procès-verbal de leur élection, et qu'il aura été ratifié par le 
Département; ouï le Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin autorise les supplians à 
s'assembler en la manière accoutumée pour procéder à l'élection de trois 
préposés solvables dans la communauté juive de Wintzenheim ; à charge 
par eux de donner connaissance à la Municipalité du lieu des jour, lieu 
et heure auxquels ils s'assembleront ; arrête le Directoire que ces pré- 
posés rempliront les fonctions attribuées aux ci-devant Prévôt et ses 
adjoints, en rapportant par eux le procès-verbal de leur élection, pour 
être approuvé et ratifié, et ce jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. 

27 (2044). — 18 mars 1191. 

Vu la requête présentée par Abraham et Emanuel Bloch, Juifs de 
Soultz, les deux en qualité de fermiers, le premier du droit de corvées et 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 57 

le second de celui de lods et ventes audit Soultz et à Wuenheim, et ce 
pour les années 1785, 86, 87, 88, 89 et 90 la dite requête tendante à ce 
que la Municipalité soit autorisée d'annoncer publiquement aux contri- 
buables de payer chacun leur cotte-part, savoir : à Abraham ce qui lui 
est dû pour le droit des corvées jusqu'au 20 novembre 1789 et à Emanuel 
pour celui de lods et ventes jusqu'à la fin de son bail, les expéditions de 
leurs baux dûment en règle, et l'avis du Directoire du District de Colmar 
du 13 décembre dernier n° 984. Ouï le Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin a renvoyé les parties à se 
pourvoir en justice ordinaire. 



28 (2081). — 21 mars 1791. 

Vu la requête présentée par Lipmann Schuster, juif de Ribeauvillé, 
aux fins d'être reçu appelant de deux décrets décernés contre lui par le 
ci-devant Bailli du Comté de Ribeaupierre les 19 avril et 24 septembre 
dernier et de la saisie mobiliaire qui s'en est suivie, en conséquence lui 
être permis de faire assigner David Levy, juif dudit Ribeauvillé, en sa 
qualité de receveur de la communauté juive du même lieu pour plaider 
sur ledit appel, sauf à prendre telles conclusions qu'il appartiendra et 
être ordonné que les choses resteront en état jusqu'enfin de cause ; vu 
aussi les dits décrets et exploit de saisie et pièces jointes; ensemble l'avis 
du Directoire du District de Colmar du 15 janvier dernier n" 238. Ouï le 
Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin renvoyé le suppliant à se 
pourvoir en justice ordinaire, au sujet de la prestation du Stattgeld et 
Grundzins dont s'agit. 



29 (2434). - 11 mars 1791. 

Vu derechef la requête présentée par la communauté juive de Wint- 
zenheim, l'arrêté du Directoire du Département du Haut-Rhin, du 
28 mars dernier, n° 1900, le procès-verbal d'élection des préposés de la 
communauté juive de Wintzenheim, du 30 du même mois, ensemble 
l'avis du Directoire du District de Colmar, du 5 du courant, n° 1707 par 
lequel il a estimé que ladite élection peut être ratifiée et homologuée, 
en conséquence les nommés Wolff Alexandre Bloch, David Wormser et 
Wolff Moyse Bloch reconnus comme préposés de la Commune de Wint- 
zenheim ; ouï le Procureur-Général Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin a approuvé et ratifié 
l'élection faite de trois préposés par la communauté juive de Wint- 
zenheim, le 30 Mars dernier ; ordonne en conséquence que le procès- 
verbal qui en a été dressé sera exécuté selon sa forme et teneur. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



30 (2459). — 12 avril 1791. 



Vu la requête présentée par David Meyer, Juif natif de Bolsenheim, 
dont le sommaire de l'exposé est, qu'en exécution de l'arrêté du Direc- 
toire du 17 novembre dernier, n° 667 il se serait mis en devoir de se 
domicilier à Habsheim et y aurait à cet effet fait transporter une partie 
de ses meubles, mais que cette circonstance a donné lieu à un attroupe- 
ment de la part des jeunes garçons de ladite commune, qui paraît avoir 
été la suite d'instigations secrettes ; ladite requête tendante à ce qu'il 
plaise ordonner que par tel commissaire du District d'Altkirch, qui sera 
à ce nommé, il sera informé des faits retenus en la présente requête, 
pour ce fait communiqué au Procureur-Général-Syndic et rapporté être 
ordonné ce qu'il appartiendra, et cependant par provision enjoindre aux 
Maire et Officiers municipaux dudit lieu de Habsbeim de prêter au sup- 
pliant et à sa femme tout secours et assistance, à peine de répondre en 
leurs propres et privés noms de tous évènemens fâcheux ; les renvois des 
2 et 11 mars derniers; le procès-verbal de vérification du S. Lochmann, 
commissaire nommé, du 17 du même mois; l'avis du même, joint; vu 
aussi l'arrêté du Directoire du 17 novembre dernier n° 851, ensemble 
l'avis du Directoire du District d'Altkirch, du 18 Mars dernier, par lequel 
il a adhéré à l'avis du commissaire ; ouï le Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin ordonne que l'arrêté du 
17 novembre dernier sera exécuté selon sa forme et teneur, en consé- 
quence fait frès-expresse injonction à la Municipalité de Habsheim d'y 
tenir la main à peine d'en demeurer personnellement responsable ; ce 
faisant, arrête, qu'à la diligence du Maire de Habsheim, ou en son 
absence, du premier officier municipal, les nommés Fortunat ïrapp, fils 
de Henry Trapp, le plus jeune des fils de Jean Adam Sidler, le fils de 
Fridolin Kammerer, Adrian Husshaab, Sébastien Nidergang et le fils 
aîné de Thiebaut Munck, procureur de la Commune, tous de Habsheim, 
seront appréhendés au corps, et traduits en prison pour y rester l'espace 
de 24 heures; leur fait défenses de récidiver sous plus grosse peine et 
les condamne solidairement aux frais de vérification, après qu'ils auront 
été taxés par le Directoire du District d'Altkirch. Arrête, en outre, le 
Directoire que le Maire de Habsheim certifiera dans la huitaine le Procu- 
reur-Syndic du District de l'exécution du présent arrêté. 



31 (2578). — 18. avril 1791. 

Vu la requête présentée par Isaac Aron Pfaltzbourg, juif de Moutzig, 
dont le sommaire de l'exposé est, qu'après le décès de Sussel Ennesch, 
dernier rabin, il a été élu en cette place pour le Département du Haut- 
Khin, le 14 mai 1790, et ses affaires domestiques ne lui permettant pas de 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU IIAUT-RIIIN RELATIFS AUX JUIFS 59 

qui Iter son domicile et de prendre ses fonctions jusqu'à présent, le 
commis rabin de Rixheim a été provisionnellement autorisé à faire les 
fonctions de rabin ; maintenant il se voit à même de les remplir et de 
transporter son domicile dans le département du Haut-llhin ; la dite 
requête tendante à ce qu'il plaise ordonner que le procès-verbal d'élec- 
tion du suppliant à la place de Rabin du Département du Haut-Rhin sera 
exécuté selon sa forme et teneur ; en conséquence l'autoriser à en faire 
les fonctions, avec défenses à tous et un chacun d'y porter empêchement; 
aux offres que fait le suppliant de transporter son domicile dans le 
Département du Haut-Rhin et de prêter le serment en pareil cas requis 
et où il appartiendra. Vu aussi le procès-verbal d'élection faite à Stras- 
bourg le 14 Mai 1790 par laquelle il conste que le suppliant a été 
nommé rabin du Département du Haut-Rhin, ensemble l'avis du Direc- 
toire du District de Golmar, du 8 du courant, n° 1801, par lequel il 
estime qu'il y a lieu de ratifier ladite élection, pour être provisoirement 
exécutée jusqu'à ce que par la législature il ait été statué sur le sort et 
le gouvernement de la nation juive, qu'il y a lieu d'ordonner au sup- 
pliant de se présenter à l'administration majeure pour se faire recon- 
naître et prêter ensuite le serment requis en sa qualité de fonctionnaire 
public, et de lui enjoindre de fixer sa demeure dans le Département; 
ouï le Procureur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin, sous le mérite des offres 
retenues es conclusions de la requête du suppliant, arrête que jusqu'à ce 
qu'il soit par le corps législatif fait un règlement sur le sort et le 
gouvernement de la nation juive, le procès-verbal d'élection d'Isaac Aron 
Pfaltzbourg à la place de rabin du Département sera exécuté selon sa 
forme et teneur, défend à tous et un chacun d'y porter empêchement, à 
charge par le suppliant de prêter le serment requis en sa qualité de 
fonctionnaire public pardevant la Municipalité du lieu où il fixera sa 
résidence. 

32 (2773). — 13 mai 1791. 

Vu la requête présentée par Jacob Meyer, sous-rabin de la nation juive 
de la Haute Alsace, demeurant à Rixheim, dont le sommaire de l'exposé 
est, qu'il est commis sous-rabin de la Nation juive depuis 1768 et qu'en 
cette qualité les préposés de ladite nation lui faisaient payer annuelle- 
ment une somme de 1000 1. de celle de 1200 1. de traitement du rabin 
en chef, à charge par lui de rendre compte des sommes qu'il touche des 
coûts de sentences qu'il rend et autres. Le suppliant a été maintenu 
dans son emploi et ses appointemens lors de l'assemblée des préposés 
juifs de la haute Alsace, et il percevait annuellement la somme de 1000 1. 
Mais le rabin en chef étant décédé, le suppliant n'a d'autre voye que de 
s'adresser au nommé Aron Lévy demeurant à Thann, et à Joseph Brun- 
schwïg demeurant à Uffholz, les deux préposés de la nation juive qui 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

étaient chargés de faire la répartition des 1200 1. de salaires du rabin en 
chef, desquels le suppliant commis sous-rabin percevait ses 1000 1. et 
que faute de la part des dits préposés d'en avoir fait la répartition et le 
recouvrement, il n'a rien touché depuis deux ans et demi ; ladite 
requête tendante à ce qu'il plaise ordonner aux dits Aron Lévy et Joseph 
Brunschwig, les deux préposés de la nation juive de la haute Alsace, de 
faire dans le mois la répartition dont s'agit et de faire payer au suppliant 
ses salaires de deux ans et demi, aux offres qu'il fait de leur tenir 
compte des coûts de sentences et autres objets qu'il a perçus ; le renvoi 
en tète de la dite requête aux préposés juifs pour y répondre, du 21 jan- 
vier dernier ; les réponses par eux fournies; l'avis du District de Belfort, 
du 30 Mars aussi dernier, par lequel le Directoire du District considérant 
que la réclamation du suppliant est l'effet d'une convention qui ne peut 
être que du ressort de la justice, estime que c'est le cas de renvoyer le 
suppliant aux juges qui en doivent connaître ; ouï le Procureur-Général- 
Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin considérant que la récla- 
mation du suppliant a pour objet une convention particulière, qui est du 
ressort de la justice ordinaire, a renvoyé le suppliant à se pourvoir 
pardevant les juges qui en doivent connaître. 



33 (3004). — 16 mai 4191. 

Vu la requête de Samuel Hirsch Manheimer, Juif d'Uffholtz, dont le 
sommaire de l'exposé est, que suivant traité fait avec Jean-Baptiste 
Haegi, sous-fermier d'une partie des revenus patrimoniaux de la ville 
de Turckheim, le 28 décembre 1786 il s'est chargé de lui livrer le sel 
nécessaire pour son débit, aux prix et condition convenus ; que par 
décompte passé devant Notaire, le 26 Août 1790, il lui redevait encore la 
somme de 4037 1. 16 s. sauf à déduire les reçus, si aucuns y a; la dite 
requête à en être payé, ensemble des intérêts, à dater du 4 juin de la 
même année ; les pièces y jointes et l'avis du District de Colmar, du 
.16 Avril dernier, N° 1946 par lequel le Directoire dudit District estime 
qu'il y a lieu de renvoyer le suppliant à se pourvoir par devant le juge ; 
ouï le Procureur-Général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin a renvoyé le suppliant à 
se pourvoir pardevant le juge compétent. 

34 (3048). — 48 mai 4791. 

Vu la requête de Jacques Ditisheim et Joseph Schwob, les deux veufs, 
juifs de Heguenheim, aux fins qu'il leur soit permis de se marier et de 
continuer à demeurer audit Heguenheim, aux offres qu'ils font de conti- 
nuer à acquitter les charges et impositions à l'instar d'autres juifs du 



ARRETES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 61 

lieu ; l'avis du Directoire du District d'Altkirch, du 11 novembre dernier, 
N* 264. Ouï le Procureur-Général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin autorise les supplians à 
contracter mariage suivant le rit judaïque et à continuer leur demeure 
dans le lieu de Heguenheim ; fait défenses à tous et chacun de les y 
troubler, à charge par eux de contribuer dans la proportion établie aux 
charges publiques. 

35 (3225). — 31 mai 1791. 

Vu la requête présentée par les Maire et Officiers municipaux de 
Durmenach, tendante à ce qu'il plaise ordonner aux juifs qui y sont 
domiciliés, de leur payer la somme de 246 1. 12 s. par forme de soulage- 
ment dû à la dite communauté, et ce pour l'année dernière 1790, le soit 
communiqué aux préposés des dits juifs, du 17 janvier dernier; la 
réponse par eux fournie ; l'extrait du rôle de supplément des privilégiés 
des 6 derniers mois 1789 montant à 29 1. 8 s. ensemble l'avis du Direc- 
toire du District d'Altkirch, du 1 er février dernier, N° 705. Ouï le Procu- 
reur-Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin a arrêté que les juifs 
domiciliés à Durmenach seront tenus de payer entre les mains du 
receveur de la dite communauté la somme de 246 1. 12 s. à laquelle ils 
ont été cottisés comme du passé pour leur contribution aux charges 
communales pour l'année 1790 à peine d'y être contraints par toutes les 
voies dues et raisonnables, et quant à ce qui concerne la somme de 
29 1. 8 s. pour laquelle lesdits juifs ont été imposés dans le rôle de 
supplément des ci-devant privilégiés pour les 6 derniers mois de 1789 
considérant que les juifs de Durmenach se trouvent déjà imposés dans 
un rôle particulier, a arrêté qu'ils seront déchargés de la dite somme de 
29 1. 8 s. et que le montant dudit rôle sera diminué pour l'objet de la 
dite somme. 

36 (3228). — 31 mai 1191. 

Vu la requête présentée par les juifs domiciliés à Isenheim, dans 
laquelle ils exposent que le Maire du dit lieu a voulu leur défendre, de 
tuer comme du passé le bétail dont ils ont besoin, sans avoir pu y 
réussir; que malgré cela il exige, sans en avoir le droit, les langues du 
gros bétail ; qu'il s'avise outre cela de prononcer contre eux verbalement 
des amendes arbitraires, sans cause légitime, au payement desquelles il 
les force par emprisonnement; qu'il envoyé chés eux des gardes qui les 
forcent à éteindre leurs lumières et à se coucher malgré eux; qu'il veut 
astreindre leur nation à fournir journellement un homme pour la garde 
et délivrer un fusil de la commune, malgré les offres qu'ils ont faites de 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fournir un homme à leur tour de garde. Ladite requête tendante à ce 
qu'il plaise au Département déclarer que les supplians sont sous la 
sauve-garde de la Loi, défendre en conséquence au Maire et officiers 
municipaux d'Isenheim de prononcer contre les supplians des amendes 
arbitraires, ni de les contraindre au payement d'icelles par voie d'empri- 
sonnement, de leur défendre en outre d'exiger d'eux les langues du gros 
bétail qu'ils tueront, et qu'ils fournissent chaque jour un homme à la 
garde, et un fusil pour la commune ; le soit communiqué à la Munici- 
palité d'Isenheim ; la réponse de ladite Municipalité, sans date; une 
nouvelle requête présentée par Beretz Wurmser, juif dudit Isenheim, 
dans laquelle il expose que s'étant refusé à donner au Maire la langue du 
gros bétail qu'il tuait, il a été emprisonné par ses ordres. La dite requête 
tendante à ce qu'il plaise au Département ordonner que le suppliant 
sera élargi des prisons, faire défenses au Maire d'Isenheim de rien 
innover au préjudice de la litisprudence, comme aussi d'attenter à la 
liberté du suppliant, sauf son action en dommages intérêts, ainsi qu'il 
appartiendra; vu aussi l'avis du Directoire du District de Golmar du 
27 de ce mois, N° 2653 par lequel il estime que la Municipalité d'Isenheim 
est incompétente pour faire un règlement qui défend aux juifs de tuer 
plus d'une pièce de bétail par semaine, la nouvelle constitution permet- 
tant à tous et un chacun de se nourrir et de gagner sa vie de telle 
manière qu'il croit le pouvoir, pourvu que ce soit par des moyens non 
réprouvés par les loix, à charge par les Juifs de se soumettre aux loix 
relatives à l'exploitation des métiers en prenant des patentes, et de se 
soumettre pareillement aux réglemens concernant l'assurance des appro- 
visionnemens des viandes pour la consommation de la communauté. 
Estime que le Maire n'a aucun droit d'exiger les langues des bestiaux 
tués, puisque le Maire n'est point inspecteur des viandes, et que cette 
partie de la police est déléguée à d'autres officiers municipaux déjà 
rétribués pour cette fonction. Estime que nul ne doit être emprisonné, 
si ce n'est dans le cas de sédition ou surpris en flagrant délit et pour 
manque de soumission ou de respect aux loix. Estime, en outre, qu'il 
échet d'ordonner que les juifs montent la garde en proportion du 
nombre des pères de famille qui se trouvent dans l'endroit, sans que les 
deux cricurs de nuit puissent être envisagés comme des gardes qui sont 
à la décharge des chrétiens, sauf à la Municipalité à faire contribuer les 
juifs pour la rétribution fixée aux crieurs, proportionnellement aux 
autres citoyens de l'endroit; et quant aux plaintes énoncées contre 
Lipmann Bloch à la fin de la réponse de la Municipalité d'Isenheim, le 
Directoire estime qu'il y a lieu de renvoyer Richard Thuet devant le 
juge ordinaire, pour, après informations préalablement prises, être 
statué ce qu'au cas appartiendra; que les termes employés dans la 
réponse de la Municipalité d'Isenheim contre une nation malheureuse 
méritent rimprobation de l'administration majeure, qui ne peut tolérer 
des expressions aussi inconsidérées que criminelles et capables de 



ARRÊTES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 63 

fomenter des troubles publics. Estime finalement le Directoire qu'il y a 
lieu d'ordonner sur la plainte de Berentz Wurmser, que le procureur de 
la commune d'Isenheim fera élargir sur les ordres qui interviendront 
le dit Wormser ; qu'il sera fait défenses au Maire et à tous autres de plus 
à l'avenir se rendre justice dans leur propre cause, si ce n'est en cas de 
manque de respect ou de soumission à la Loi, et de respecter la liberté 
individuelle de tous et un chacun, sauf audit Wurmser à se pourvoir en 
dommages intérêts par devant qui il appartiendra; ouï le Procureur- 
Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin, considérant que d'après 
la Loi il est libre à chaque individu d'exercer telle profession que bon 
lui semblera, en se munissant de patentes et se conformant aux règle- 
ments qui ont été faits par les Municipalités, a arrêté que les juifs 
d'Isenheim ne peuvent être inquiétés dans le métier de boucher, s'ils ont 
satisfait à la Loi, défend au Maire dudit lieu d'exiger les langues des 
bestiaux; arrête que les juifs domiciliés à Isenheim seront tenus de 
monter la garde à leur tour ou de la faire monter à prix d'argent à 
l'instar des autres habitans du lieu, sans que les deux crieurs de nuit 
puissent être envisagés comme des gardes qui sont à la décharge des 
chrétiens; sauf à la Municipalité de faire contribuer les juifs pour la 
rétribution fixée aux crieurs, proportionnellement aux autres habitans 
de l'endroit. Renvoyé Richard Thuet devant le juge compétent pour 
raison de l'insulte qu'il prétend lui avoir été faite et à sa patrouille dans 
la nuit du 14 courant, par Isaac Wahl, Juif dudit Isenheim ; renvoyé 
finalement Berentz Wurmser, Juif dudit Isenheim, à se pourvoir en 
justice ordinaire pour raison de son emprisonnement, s'il s'y croit 
fondé. 



37 (3397). — M juin 1791. 

Vu la requête présentée par Abraham Ulmo, juif demeurant à Ober- 
steinbrunn, dont le sommaire de l'exposé est, qu'il est né à Sierentz, 
mais qu'il a été élevé chés son grand père à Obersteinbrunn, que s'étant 
depuis marié, il a voulu retourner dans son lieu natal, à quoi la Munici- 
palité résiste. Ladite requête tendante à ce qu'il plaise enjoindre à la 
Municiplaité de Sierentz de se conformer à la Loi, qui permet à tout 
citoyen de s'établir où bon lui semble, en conséquence faire défenses 
aux officiers municipaux, ainsi qu'à tous autres, de porter aucun empê- 
chement à l'établissement du suppliant à Sierentz, le soit communiqué à 
la Municipalité de Sierentz, du 2 Mai dernier; la réponse de la Munici- 
palité, du 4 du même mois, ensemble l'avis du Directoire du District 
d'Altkirch, du 8 du courant, par lequel considérant que le village de 
Sierentz est le lieu natal du suppliant; que la demeure qu'il a faite à 
Obersleinbronn n'a été qu'accidentelle et précaire, il a estimé qu'il y a 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lieu d'ordonner aux officiers municipaux de Sierentz de recevoir le sup- 
pliant dans le lieu de sa naissance, et de lui accorder tout secours et 
protection, sous peine de demeurer personnellement responsables de 
tous événemens, frais, dépens, dommages et intérêts ; ouï le Procureur- 
Général-Syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin a permis et permet au 
suppliant de s'établir et de fixer sa demeure dans le lieu de Sierentz ; 
fait défenses à la Municipalité du lieu et à tous autres d'y porter empê- 
chement ou de troubler le suppliant dans l'exécution du présent arrêté, 
à peine d'en répondre en leur propre et privé nom, à charge par le 
suppliant de supporter à l'instar des autres juifs du lieu les charges 
et contributions publiques. 



38 (11.207). — Du vendredi o avril 1793. 

Vu la pétition présentée par Joseph Kahn, Juif domicilié à Horbourg, 
dans laquelle etc. (Incapacité de servir la patrie) Avis du district de 
Colmar dujourd'hui, N' 7514. Ouï le procureur général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin considérant que les agens 
militaires étant chargés par l'instruction du commissaire supérieur du 
Conseil exécutif de la réception des hommes destinés au recrutement de 
l'armée, et qu'ils sont autorisés à réformer ceux que des défauts de 
conformation ou d'autres infirmités rendraient incapables de servir en 
faisant pourvoir à leur remplacement par les municipalités qui les ont 
fournis, dit qu'il n'y a pas lieu à délibérer quant à présent sur les fins 
de la dite pétition. 

39 (11.319). — Du 11 avril 1793. 

Vu la pétition présentée par Gerschel Moyses, Juif de Herlisheim, par 
laquelle etc. (Exemption de servir) Avis du District de Colmar du 10 du 
courant ; ouï le procureur-général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin dit qu'il n'y a pas lieu à 
délibérer. 

40 (12.608). — Du 3 juillet 1793. 

Vu la pétition présentée par Raphaël Félix, Juif de Ribeauvillé, par 
laquelle etc. (Mainlevée d'une arrestation faite à Neufbrisack de numé- 
raire) Avis du District de Colmar du 7 juin dernier, N° 8541. Ouï le 
Procureur-Général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin dit qu'il n'y a pas lieu à 
délibérer, sauf au pétitionnaire à se pourvoir pardevant qui il appar- 
tiendra. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 65 



41 (13.129). — Du 6 août 1793. 

Vu la pétition de Goschel Marx Lcvy, citoyen de Wintzenheim, expo- 
sitive etc. (Contrainte pour le recouvrement de 393 1. 15 s. à répartir sur 
les Juifs) Avis du District de Colmar du 26 juillet dernier, N« 9456. Ouï 
le Procureur-Général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin autorise l'exposant de 
faire contraindre par toutes voies dues et raisonnables les préposés de 
chacune des communautés juives mentionnées en l'état de répartition 
arrêté le 2 octobre 1791 au payement de la somme à laquelle elles ont 
été cottisées dans ledit état ; le tout conformément et en exécution de 
l'arrêté du 29 Juillet 1791. N° 4259. 



42 (13.251). — Du vendredi 16 août 1793. 

Vu l'arrêté pris le 1 er juillet dernier, sous N° 4343, par le Directoire du 
Département du Haut-Rhin, relatif à la liquidation générale de la Nation 
Juive de la ci devant province d'Alsace etc. Ouï le Procureur-Général 
syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin, après l'examen et vérifi- 
cation des pièces à l'appui de la liquidation dont s'agit, approuve et 
ratifie l'arrêté pris à ce sujet le l cf Juillet dernier par le Directoire du 
Département du Bas-Rhin, arrête en conséquence qu'il sera exécuté 
dans sa forme et teneur pour tout ce qui a rapport au Département du 
Haut-Rhin, de la même manière qu'il est consenti par celui du Bas Rhin, 
pour être mis à exécution. 

43 (18.183). — Du 13 vendémiaire an III. 

Vu la pétition présentée par Wolf Alexandre Bloch, Juif de Wintzenheim , 
aux fins etc. (Procès relatif à une rente collongère) Avis du District de 
Colmar du 17 Juillet 1792. N" 3548. 

L'Administration du Département du Haut-Rhin considérant que par 
l'art. 1 er de la Loi du 17 Juillet 1793 N° 2937 toutes redevances ci-devant 
seigneuriales, droits féodaux, usuels, fixes et casuels, ont été supprimés ; 
que l'art. 3 de la même Loi porte : Les procès civils et criminels intentés, 
soit sur le fond, soit sur les arrérages des droits supprimés par l'art. 1 er 
sont éteints sans répétition de frais de la part d'aucune des parties : 
déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la demande dudit Bloch. 

44 (20.878). — Du 2â germinal an III. 

Vu la pétition présentée par Emanuel Bloch citoyen de la commune de 
Soultz (Demande en résiliation d'une adjudication au rabbais d'une four-. 

T. LXXV, n° 149. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

niture de 600 quintaux de sel) Avis du Directoire du District de Colmar 
du 24 du courant N° 3690 etc. 

L'Administration du Département du Haut-Rhin d'après les motifs 
insérés aux observations de la municipalité de Soultz du 21 du courant 
déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la pétition sauf au pétitionnaire 
à se pourvoir pardevant le juge ordinaire s'il se croit fondé. 



45 (21.677). 

Vu la pétition présentée par Samuel Levi, Michel Schwob, Jacques 
Brunschwig, Leib Brunschwig et consors de Habsheim, tendante à rentrer 
en jouissance d'une maison servant de synagogue, et de placer le magazin 
des fou rages dans un autre emplacement etc. Avis du Directoire du 
District d'Altkirch du 12 courant N° 6759, etc. 

Ouï le procureur général syndic, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin, considérant qu'il résulte 
de la loi du 11 courant, que les citoiens des communes auront provisoi- 
rement le libre usage des édifices nationaux non aliénés, destinés origi- 
nairement aux exercices d'un ou plusieurs cultes, et dont ils étaient en 
possession le 1 er jour de l'an 2 de la république, qu'ils pourront s'en 
servir sous la surveillance des autorités constituées tant pour les 
assemblées ordonnées par la loi, que pour l'exercice des cultes, et que 
ces édifices seront remis à l'usage des citoiens dans l'état où ils se 
trouvent, à la charge de les entretenir et les réparer, considérant que les 
pétitionnaires sont propriétaires depuis nombre d'années d'une maison 
et dépendances qui a toujours servi de synagogue pour l'exercice de leur 
culte et qu'ils en ont constamment joui jusqu'il y a environ six mois, 
qu'elle a été mise en réquisition pour servir de magazin de fourages 
militaires. Arrête que les pétitionnaires rentreront provisoirement dans 
la possession et libre jouissance des bàtimens dont s'agit : à charge par 
eux de se conformer à la loi du 11 présent mois. A quel effet lesd. 
bàtimens seront incessament vuidés et pourvu à un autre emplace- 
ment pour y placer les fourages, le tout à la diligence tant de la Munici- 
palité que du garde Magazin chargé de la surveillance desd. fourages ; 
ce fesant rapporte quant à ce son arrêté du 9 Thermidor dernier, 
N° 17480. 

46 (23.499). — 25 vendémiaire an IV. 

Vu la pétition présentée par Joseph Brunschwig d'Uffholtz, dont le 
sommaire etc. (Vente de forêts). Avis du District de Belfort du 20 du 
courrant ; ouï le Procureur-Général-Syndic substitué, 

Le Directoir du département du Haut-Rhin prenant en considération 
l'avis du District et considérant en outre, que l'adjudication faite séparé- 



ARRETES DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 67 

mont le 16 du courrant des deux coupes dont s'agit, par le Commissaire 
du District, a été faite on règle ; qu'elle est revêtue de toutes les forma- 
lités requises ; considérant que les forets où lesdites deux coupes ont été 
marquées, font dépendances, l'une des biens de l'émigré Landenberg, 
l'autre des biens de la ci-devant abbaye de Murbach, que par conséquent 
les deniers en provenant doivent faire deux masses distinctes; c'est 
contre toutes les règles que le Commissaire a, après l'adjudication faite 
séparément, joint lesdites deux coupes et fait procéder ensuite à une 
adjudication en bloc, de manière qu'il serait impossible de distinguer le 
prix relatif à chacune, d'où il suit que l'adjudication en bloc ne peut 
subsister. Considérant que, quoiqu'il existe une différence de prix énorme 
entre l'adjudication faite séparément et celle en bloc, il n'est cependant 
pas au pouvoir de l'administration d'annuller la première dès qu'elle a 
été faite légalement, et qu'elle n'est entachée d'aucun vice, attendu 
qu'aucune lésion n'est admissible suivant la Loi, et qu'il ne peut y avoir 
lieu ni au doublement ni au tiercement, considérant en outre, que toute 
adjudication faite légalement, repose sur la foi publique, il serait d'un 
dangereux exemple d'y donner la moindre atteinte pour quelque cause 
que ce soit : casse et annulle l'adjudication faite en bloc et arrête que 
les deux adjudications faites séparément des deux petites coupes dont 
s'agit au profit du pétitionnaire, seront exécutées suivant leur forme et 
teneur. 

47 (23.578). — o brumaire an IV. 

Vu le projet de liquidation faite au Directoire du District de Belfort, 
des créanciers de l'émigré Louis Joseph Klinglin d'Essert, notamment les 
titres de créance d'Anne Weyl, veuve d'Isaac Meyer, Félix Meyer, son 
tils, Abraham et Simon Weyl fils, etc., Juifs de Ribeauvillé, tendant à 
être liquidés de leur créance de 45.000 1., etc. Ouï le Procureur-Général- 
Syndic substitué, 

Le Directoire du Département du Haut-Rhin considérant que les 
réclamans ont fait la déclaration de leur créance et le dépôt de leurs 
titres au Secrétariat du District de Belfort à tems utile, mais qu'au 
moment où fut rendu la Loi du 25 Juillet 1793 vieux style, la cause était 
pendante au Tribunal du District dudit Belfort; considérant que par 
l'art. 13 § 2 section 5 do ladite Loi, il est dit que, toute procédure contre 
les émigrés pour raison de leurs dettes passives ou de droits à exercer 
sur leurs biens, demeure éteinte: Arrête avant faire droit sur la demande 
en liquidation, que conformément à l'art. 32 sect. 2 de la Loi du 
I er floréal an 3 la contestation pendante à cet égard sera décidée par 
deux arbitres, dont l'un sera nommé par l'administration du Départe- 
mont et l'autre par les réclamans, et dans le cas de non accord, lesdits 
arbitres s'adjoindront un tiers pour fixer la décision : à quel effet, le 
Département nomme pour son arbitre le citoyen Thannberger père, 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

homme de Loi de la Commune de Golmar ; pour la dite décision rap- 
portée être ultérieurement statué ce qu'il appartiendra. 

{Signatures.) 

48 (27.247). — 28 brumaire an V. 

Vu les pétitions présentées l'une par Samuel Schmoll, citoyen de 
Seppois-le-Bas, et Dina Hausser veuve de feu Schmeyen Block dudit lieu 
tant en son nom qu'en qualité de tutrice naturelle de Jacques Bloch son 
fils par laquelle etc. (Suspension de l'agent municipal), vu un extrait du 
Greffe du tribunal correctionnel de l'arrondissement d'Altkirch du 
23 Messidor dernier etc. les avis de l'administration municipale d'Hir- 
singue du 1 er Brumaire par lequel etc. 

Oui le commissaire du Directoire exécutif, 

L'Administration départementale du Haut-Rhin considérant que les 
dispositions des témoins contenus aux deux procès-verbaux d'information 
constatent 1° que le citoyen Frittig agent municipal de la commune de 
Seppois-le-Bas est contrevenu formellement à l'article 359 de la Consti- 
tution en violant nuitamment et à force armée l'azile d'une citoyenne, 
2° qu'il a détourné les citoyens de la commune de faire un service mili- 
taire, 3^ qu'il a fait procéder à la vente d'objets appartenants à la com- 
mune sans y être autorisé, 4° qu'il a arbitrairement prélevé une taxe 
pour l'enregistrement des naissances et mariages, 5° qu'il a tenu des 
propos tendants à entraver l'exécution des loix et des ordres des autorités 
supérieures pour leur exécution tendante à faire jouir tous les citoyens 
indistinctement des mêmes droits, 6* qu'il a induement forcé des citoyens 
de payer à des gendarmes des sommes qui ne leur étaient point légale- 
ment allouées et s'est qualifié de titres qui dénottent un Etat de démence, 
que cette conduite est à tous égards indigne d'un fonctionnaire public 
qui doit être l'ami de ses concitoyens, 

Arrête en conséquence de l'article 194 de la constitution que le citoyen 
Frittig est suspendu provisoirement des fonctions d'agent municipal en 
la commune de Seppois-le-Bas, 

Arrête que l'administration municipale du canton d'Hirsingue s'ad- 
joindra un administrateur temporaire en remplacement dudit Frittig 
conformément à l'article 188, 

Arrête en outre que les frais de vérification taxés à 60 1. seront sup- 
portés par le dit Frittig, 

Arrête finalement qu'expédition du présent arrêté avec toutes les 
pièces y jointes seront adressées au Directoire exécutif pour par lui être 
prononcé définitivement sur la suspension dudit agent municipal et être 
statué sur son renvoy devant les tribunaux conformément à l'article 196 
de la Constitution. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 69 



49 (31.529). 

Pétition présentée par Meyer Hirsch ci-devant habitant de Rixheim, 
étiquetée : demande à établir domicile à Mulhouse. Il y a un arrêté qui 
autorise le pétitionnaire à s'établir audit Mulhausen à charge par lui de 
payer dans la commune de Rixheim tant et aussi longtemps que celle de 
Mulhausen en sera exempte les contributions réelles et personnelles et 
toutes les réquisitions auxquelles les citoyens français sont assujettis à 
quel effet sera copie des présentes adressée à l'agent dudit Rixheim. 

12 prairéal 6. 

50 (31.594). 

Pétition présentée par Leyser Bigert, citoyen de Hartmannswiller. 
Ettiquetée : Demande en rétablissement d'une fontaine existante dans 
l'enclos du château de Hartmannsweiller bien national. Il y a eu arrêté 
qui autorise le pétitionnaire à faire faire les réparations à la fontaine 
dont s'agit, retenues au procès-verbal du citoyen Ritter du 26 ventôse 
dernier d'après une adjudication au rabais qui en sera faite devant un 
commissaire qui pour cet effet sera nommé par l'administration muni- 
cipale du Canton de Soultz en présence du receveur des domaines natio- 
naux de l'arrondissement ; ce faisant autorise ledit Receveur à tenir 
compte au pétitionnaire du montant desdites réparations moyennant 
quoi il en sera pour autant duement déchargé; arrête en outre qu'expé- 
dition du présent sera transmise au directeur de la régie. 

24 prairéal 6. 

51 (31.761). — 11 messidor an VL 

Vu les procès- verbaux d'arrestation des nommés Freno Guntzburger, 
citoyenne d'Uffheim, et Joseph Schwob, de Feldbach, les 3 et 6 messidor 
courant arrêtés à la rive gauche du Rhin venant de la rive droite sans 
passeport conformément à la Loi. 

Ouï le commissaire du Directoire exécutif. 

L'administration centrale du Haut-Rhin arrête que les nommés Freno 
Guntzburger et Joseph Schwob seront mis en liberté et envoyés dans 
leur commune pour y être sous la surveillance des agens municipaux, 
lesquels sont chargés de prendre des informations et renseignements 
sur la conduite et les opinions politiques des dénommés au présent et 
sur l'époque de leur sortie, de tout quoi ils rendront compte sur le 
champ à l'administration centrale pour être pris ensuite tel parti 
qu'il appartiendra. 

Arrête en outre que copies du présent arrêté et du procès-verbal de la 
Gendarmerie seront dressées au Ministère de la Police Générale. 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 



52 (32.787). — 29 frimaire an VIL 

Pétition présentée par Salomon Geismar et consors de Grussenheim 
étiquetée (: part aux Bons communaux), il y a eu arrêté qui déclare qu'il 
n'y a pas lieu à délibérer sur le 1 er chef de la demande et sur le 2 e arrête 
que l'agent de la commune de Grussenheim fera délivrer à chacun des 
pétitionnaires une portion de bois de chauffage égale à celle des autres 
citoyens de la dite commune. 



53 (34.899). — 18 brumaire an VIII. 

Pétition présentée par Meyer Levy, pauvre colporteur domicilié à 
Colmar. Etiquetée : Rapport d'arrêté. Il y a eu arrêté qui rapporte celui 
du 26 fructidor dernier N° 34.592 pour rester sans effet et arrête que le 
pétitionnaire porté sur le rôle de la contribution personnelle de la 
commune de Colmar pour l'an 5 

à la somme de 35 fr. 00 ce. 

et pour l'an 6 à 29 17 

sera réduit et fixé pour l'an 5 à 7 64 

et pour l'an 6 à 6 37 

en conséquence déchargé pour l'an 5 de 27 36 

et pour l'an 6 de 22 80 

à quel effet il sera délivré au pétitionnaire des ordonnances de décharge 
pour chacune desdites années, lesquelles seront reçues pour comptant et 
pour autant par le percepteur et le receveur général du Département. 

54 (34.922). — 18 brumaire an VIII. 

Pétition présentée par Wolfï* Netter demeurant à Colmar. Etiquetée : 
Réduction de contribution personnelle et mobiliaire des années 5 et 6. 
11 y a eu arrêté qui rapporte celui du 26 fructidor dernier N° 34592 pour 
demeurer sans effets, et ordonne que le pétitionnaire porté sur le rôle de 
la contribution personnelle de la commune de Colmar 

pour l'an 5 à 58 fr. 76 c. 

sera réduit et fixé pour Tan 5 à 48 90 

et pour l'an 6 à 19 68 

en conséquence déchargé pour l'an 5 de 39 07 

et pour l'an 6 de 32 50 

pour lesquelles sommes de décharge il 'sera délivré au pétitionnaire des 
ordonnances de décharge lesquelles seront reçues pour comptant et pour 
autant par le percepteur et le receveur général du Département. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 71 



55 (34.944). — 19 brumaire an VIII. 

Pétition présentée par Marx Gochel Lévy de Golmar. Etiquetée : 
Décharge de surtaxée imposition. Il y a eu arrêté qui ordonne que le 
pétitionnaire porté sur le rôle de la contribution personnelle de la 
commune de Golmar savoir 

pour Tan 5 à 54 fr. 38 c. 

et pour Tan 6 à 45 32 

sera réduit et fixé pour l'an 5 à 11 86 

et pour l'an 6 à 9 89 

en conséquence déchargé pour l'an 5 à 42 52 

et pour l'an 6 à 35 43 

à quel effet il sera délivré au pétitionnaire des ordonnances de décharge, 
lesquelles seront reçues pour comptant et pour autant par le percepteur 
et le receveur général du Département. 



INDEX 



Autorisation de mariage, G, 20, 24, 34. 

Ban, 7. 
Biesheim, 12. 
Bigert (Joseph), 9. 

Bigert (Leyser), de Hartmanswiller, 50. 
Blocli (Abraham), de Soultz, 27. 
Bloch (Coschel), de Wintzenheim, 2, 4. 
Bloch (Emanuel), de Soultz, 27, 44. 
Bloch-Wolff (Alexandre), de Wintzenheim,, 

29, 43. 
Bloch-Wolff (Moyse), de Wintzenheim, 29. 
Block (Jacques), de Seppois-le-Bas, 48. 
Block-Schmeyen, de Seppois-le-Bas, 48. 
Blotzheim, 8. 

Blum-Hirtz, préposé de Bollwiller, 18, 19. 
Bullwiller (communauté de), 18, 19. 
Bolsenheim, 11, 21. 
Bouschwiller, 5. 

Brunschwig (Jacques), de Habsheim, 45. 
Brunschwig (Joseph), d'Uffholz, 32, 46. 
Brunschwig-Leib, de Habsheim, 45. 
Brunschwig (Salomon), prévôt des Juifs 

de Blotzheim, 8. 



Caisse des impositions 

juive, 17. 
Colmar, 7. 



de la Nation 



Défense de tuer le bétail selon le rite 

juif, 36. 
Ditisheim (Jacques), de Héguenheim, 34. 
Dreyfus (Elie), d'Uffheim, 20. 

— (Marc), de Hattstatt, 25. 

— (Marc), d'Uffheim, 24. 

— (Meyer), d'Uffheim, 20, 24. 
Droit d'établissement, 3, 11, 12, 21, 30, 

37, 49. 
Durmenach, 35. 

Einstein (Joseph), de Hagenbach, 6. 
Election de préposés, 18, 19, 29. 
Ennesch Sussel, rabbin de la Haute-Al- 
sace, 31. 
Entretien des pauvres de passage, 25. 



Exemption de service, 38, 
Exemption d'impôts, 10. 



39. 



Feistel (Marx), de Hattstatt, 10. 

Félix (Leyser), de Niederhagenthal, 17. 

Félix (Raphaël), de Ribeauvillé, 40. 

Geismar (Salomon), de Grussenheim, 52. 
Guntzburger-Freno, d'Uffheim, 51. 

Habsheim, 11, 21, 30, 45. 
Hartmannswiller, 50. 
Hauser-Dina, de Seppois-le-Bas, 48. 
Hirsch-David, de Rosheim, 2, 4, 17. 
Hirsch-Meyer, de Rixheim, 49. 

Impôts de la Nation juive, 2, 4, 5, 41. 
Insurrection à Oberhagenthal, 22. 
Isenheim, 36. 

Kahn (Joseph), de Horbourg, 38. 

Lévi (Samuel), de Habsheim, 45. 

Lévy (Aron), de Thann, 32. 

Lévy (Aron), de Zillisheim, 3. 

Lévy-Goschel (Marx), de Wintzenheim, 41. 

Lévy (David), de Ribeauvillé, 28. 

Lévy (Jacob Meyer), de Wintzenheim, 26. 

Lévy-Lehmann, de Soultz, 15. 

Lévy-Leïb, de Wintzenheim, 13. 

Lévy (Marx Coschel), de Colmar, 55. 

Lévy (Meyer), de Colmar, 53. 

Lévy (Meyer-Joseph), de Wintzenheim, 16. 

Lévy (Moyse), de Blotzheim, 8. 

Lévy (Paul 1 , de Zillisheim, 3. 

Lévy (Samuel), de Bollwiller, 14, 18, 19. 

Liquidation de la Nation juive, 42. 

Manheimer (Samuel Hirsch), d'Uffholz, 33. 
Meyer (David), de Bolsenheim, 11,21,30. 
Meyer (Félix), de Ribeauvillé, 47. 
Meyer (Isaac), de Ribeauvillé, 23, 47. 
Meyer (Jacob), sous-rabbin à Rixheim, 

9, 32. 
Meyer (Lazare), de Durmenach, 2, 5. 



ARRÊTÉS DU DIRECTOIRE DU HAUT-RHIN RELATIFS AUX JUIFS 



73 



Moyse-Gerschel, de Herlisheim, 39. 
Mulhouse, i ( .>. 

Mullheim, 12. 

Netter-Wolf, de Colmar, 54. 
Netter-Wolf, de Wintzenheim, 7. 
Niederhagenthal, 5, 17. 

Nomination de rabbins, 9. 

Oberhagenthal, 5. 

Oberhagenthal (préposés juifs d'), 22. 

Obersteinbrunn, 6. 

Pfaltzbourg (Isaac-Aron), de Moutzig, 31 . 
Pillage des Juifs de Blotzbeim, 8. 
Préposés de la Nation juive, 5, 8, 23. 

Rabbin du Haut-Rbin, 31. 
Remise d'effets (volés?), 1. 
Ribeauvillé, 9, 28. 

— receveur de la communauté 

juive, 28. 

— (rabbin de), 9. 
Rixheim, 9. 

— (commis-rabbin de), 31, 32. 
Rueff-Bluemen, 24. 

Schuster-Lippmann, de Ribeauvillé, 28. 
Schmoll (Samuel), de Seppois-le-Bas, 48. 
Schwob (Joseph), de Feldbach, 51. 
Schwob (Joseph), de Héguenheim, 34. 
Schwob (Michel), de Habsheim, 45. 
Serment morejudaico, 8. 



Sierentz, 37. 

Synagogue de Habsheim, 45. 



Thann, 3. 
Turckheim, 



3. 



Uftheim, 20. 

Uffholtz, 5. 

Ulmo (Abraham), d'Obersteinbrunn, 37. 

Veyler (Isché), de Hattstatt, 25. 

Wahl (Isaac), d'Isenheim, 36. 

Weyl (Abraham), de Ribeauvillé, 47. 

Weyl (Anne ou Hanna), de Ribeauvillé, 

23, 47. 
Weyl-Guttel, de Riedwihr, 9. 
Weyl (Lazare), de Ribeauvillé, 1. 
Weyl (Salomon), de Riedwihr, 9. 
Weyl (Simon), de Ribeauvillé, 47. 
Wintzenheim, 13, 16, 26, 29. 

— (préposés de), 26. 

— (députés de la commu- 

nauté), 7. 
Wolff (Anne-Beyle), d'Obersteinbrunn, 6. 
Wolff (Jacques), d'Obersteinbrunn, 6. 
Wolff (Salomon), d'Obersteinbrunn, 6. 
Wormser (David), de Wintzenheim, 29. 
Wurmser (Berentz), d'Isenheim, 36. 
Wurmser (Samuel), de Bollwiller, 18. 

Ziffy (Raphaël), de Mullheim, 12. 
Zillisheim, 3. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE 

ET DE SAN MATEO 

(7 FÉVRIER 1413 — 43 NOVEMRRE 1414) 

(suite *) 

La même lettre fut adressée : 

2° Au rabbin David Abenpinac, juif de la aljama de la ville 
de Huesca; 

3° A Perfet Bonsenyor, juif de la aljama de Castellon de 
Ampurias, diocèse de Gérone ; 

4° A Salomon Albala, juif de la ville de Montalban, diocèse de 
Saragosse ; 

o° A Astruc Cohen, juif de la aljama de la ville de Barbastro, 
diocèse de Huesca; 

6° A Ysach Comparât, juif de la aljama de la ville de Barbastro, 
diocèse de Huesca; 

7° A Bonastruch Dezmaestre, juif de la aljama de la ville de 
Gérone 2 (ici un délai de quinze jours est donné au contumace). 

Ces sept noms sont donc à utiliser pour la liste de présence au 
colloque. 

B. — Dans le procès-verbal lui-même figurent huit orateurs 
principaux, que les Anales de Aragon mentionnent également : 

1° Rabbi Ferrer. — C'est le premier orateur du côté juif dans la 

1. Voir Revue des Études juives, t. LXXIV, p. 17 et 160. 

2. C'est lui que le pape, clans sa lettre de convocation du 26 novembre 1412, 
demandait spécialement. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 75 

seconde séance, du 8 février 1413 (Ms. Vatic, fol. 11); il parla 
ensuite dans la quatrième séance, du 10 février (fol. 12), dans la 
septième, du 15 février (fol. 14 v° et suiv.). Dans la quarante- 
huitième séance, du 8 janvier 1414, il est au nombre des trois 
rabbins qui se déclarèrent prêts à continuer la discussion (fol. 131 
et suiv.). Dans la cinquante-neuvième séance, du 16 mars 1414, 
il présenta en réponse à Jérôme une série de points (fol. 172 et 
suiv.). Dans la soixante-quatrième séance, du 7 juillet 1414, et 
dans la soixante-septième, du 10 novembre 1414, dans laquelle 
les délégués juifs présentèrent une cèdule sur le Talmud, il prit 
avec R. Joseph Albo la défense de cet ouvrage (fol. 189 v° et 198). 

2 a Maître Salomon Ysach parla dès la seconde séance, le 8 fé- 
vrier 1413, aussitôt après R. Ferrer, puis dans la troisième séance, 
du 9 février 1413 (fol. M v° et 12 v°) et dans la soixante-cinquième 
séance, du 20 septembre 1414, en faveur du Talmud (fol. 192). 

3° Rabbi Astruch Lévi, d'Alcaniz, prit la parole le troisième 
dans la seconde séance, du 8 février 1413, dans la quatrième, du 
10 février 1413, dans la sixième, du 13 février 1413 (fol. 11, 12, 
13 v°, 14). Dans la huitième séance, du 17 février 1413, Jérôme 
l'appela « Rabi Astruch de Alcanicio » (Alcaniz) (fol. 16). Dans la 
quarante-huitième séance, du 8 janvier 1414, il fit connaître sa 
résolution de continuer à discuter en compagnie de R. Ferrer et 
de R. Matatias. Néanmoins il s'enfuit de Tortose et, s'il reparut 
au colloque (fol. 134, 134 v°), ce fut sans doute après avoir été 
rappelé par une lettre du pape. Dans la cinquante-troisième 
séance, du 15 février 1414, Jérôme le désigna en toutes lettres 
sous le nom de « Rabi Astruch Levi de Alcanicio » (fol. 143 v°). 
Dans la cinquante-huitième séance, du 2 mars 1414 (fol. 171, 
171 v°), il déclara ne pas vouloir continuer à parler. Dans la 
soixante-septième séance, du 10 novembre 1414, il présenta un 
second document contre le Talmud (fol. 198). 

4° Rabbi Joseph Albo, le célèbre auteur des Ikkarim, de Daroça, 
ainsi qu'il est expressément nommé dans le procès-verbal (fol. 134), 
prit la parole avec une grande animation, et cela contre le pape 
Renoît lui-même, dans la troisième séance, du 9 février 1413 
« Alors, avec une sorte de rage, Rabbi Joseph Albo s'écria : Même 
s'il m'était démontré que le Messie est déjà venu, je ne croirais 
pas pour cela devoir cesser d'être juif. » Il reprit la parole dans 

1 . Posito Messiam mihi probari jam venisse, non putarem deterior esse Judaeus 
(fol. 11 v°). 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la môme séance (fol. 12). Dans la quatrième séance, du 10 février 
4413, il fit une courte observation (fol. 12 v°). Dans la quarante- 
huitième séance, du 8 janvier 1414, il déclara que, pour quelques- 
uns qui discutaient encore, les autres ne devaient pas être retenus 
plus longtemps (fol. 133 V). Dans la soixante-quatrième séance, 
du 7 juillet 1414, il prit fermement parti, avec Rabbi Ferrer, pour 
la défense du Talmud (fol. 198 v°) et, avec le même, ne céda même 
pas sur ce point dans la soixante-septième séance, du 10 novembre 
1414 (ibid.). 

5° Rabbi Matatias, de Saragosse, se leva dès la quatrième 
séance, le 10 février 1413, pour une courte observation (fol. 12 v°); 
dans la cinquième séance, du 11 février.1413, il tint un plus long 
discours (fol. 13). Dans la neuvième séance, du 17 février 1413, il 
contredit R. Joseph Albo (fol. 17) ; il y est désigné sous le nom de 
« Rabi Mathatias Caesaraugustanus » (de Saragosse). Dans la qua- 
rante-huitième séance, du 8 janvier 1414, il se déclara prêt, avec 
R. Ferrer et R. Astruch d'Alcaniz, à continuer la discussion 
(fol. 134 r° et v°) et il la continua, en effet, avec Rabbi Ferrer 
(fol. 136 et suiv.). Finalement il aurait cédé sur le chapitre du 
Talmud (fol. 191 v°, 198 v°). 

6° Maître Todrôs ne parla qu'une seule fois, dans la quatrième 
séance, du 10 février 1413 (fol. 12 v°). 

7° Bonastruch Dezmaestre, de Gérone, dont le pape, dans sa 
convocation, réclamait expressément la présence, ne parla aussi 
qu'une fois, dans la septième séance, le 15 février 1413 : « Un 
certain juif de Gérone, du nom de Ronastruch Dezmaestre, répon- 
dit » (fol. 14). 

8° Rabbi Moïse Abenhavec sollicita, dans la neuvième séance, 
du 17 février 1413, pour lui et ses compagnons, une audience 
privée du pape, qu'il obtint, sans que le sujet de l'entretien soit 
mentionné; il doit s'être agi de la suppression du colloque 
(fol 15 v°). Dans la même séance, le général des Dominicains, dans 
un discours véhément, ayant insisté pour obtenir une soumission 
ou une réponse, Rabbi Moïse Abenhavec déclara que les réponses 
précédemment faites à Jérôme suffisaient et qu'il n'était pas 
nécessaire d'en faire d'autres (fol. 17 v°). 

C. — Dans sa lettre d'envoi à Gérone, qu'Ibn Verga reproduit 
dans son Chébet Yehouda, cbap. xl (éd. Hanovre, p. 68), Aben 



DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 77 

suivante des Juifs qui ont pris part au 



R. Zerahia ha-Lévi ; 

Don Vidal Benveniste ; 

R. Matatia ha-Yitzhari. 

Le Nassi Don Samuel ha-Lévi ; 

R. Moïse ibn Moussa (txvvi p). 

Don Todros al-Costantin. 

Don Joseph ibn Ardout ; 

Don Meïr Halgioah (nwiftrt). 

Don Astruc ha-Lévi. 

R. Joseph Albo. 

Don Joseph ha-Lévi; 

R. Yomtob Carcosa tïrmpnp). 

Abou Gandah (s-nw isa). 

Don Joseph A Ibalag ; 

Bongoah (îiawn). 

R. Todros ibn Yahya. 



D. — Le Vikouah Tortosa, relation fragmentaire d'un savant 
qui était manifestement présent à Tortose, parle de vingt-deux 
délégués des communautés d'Aragon et de Catalogne, au nombre 
desquels lui-même se comptait. 

Dans la relation elle-même figurent six orateurs, dont cinq font 
partie de la précédente liste. L'auteur désigne exactement, et 
conformément au procès-verbal, Josepb Albo comme étant de 
Daroça et Astruc ha-Lévi comme étant d'Alcaniz; il ajoute pour 
Tortose, ce qui paraît naturel, Maestre Salomon Maïmon. Voici 
donc sa liste : 

1° Don Todros ibn Yahya ; 

2° R. Zerahya ha-Lévi ; 

3° R. Joseph Albo, de Daroça ; 

4° R. Astruc ha-Lévi, d'Alcaniz; 

5° R. Matatia ha-Yitzhari ; 

6° Maestre Salomon Maïmon, de Tortose. 





LE COLLOQUE 


DE TOI 


Astruc a 


donné la liste 


suiva 


colloque : 






I. - 


De Saragosse 


: 1° 

2° 
3° 


II. — 


De Galatayud 


: 4° 
5° 


III. - 


De Huesca : 


6° 


IV. - 


D'Alcaniz : 


7° 
8° 


V. - 


De Daroça : 


9° 


VI. — 


De Monréal : 


10* 


VII - 


De Monzôn : 


Mo 

12° 


VIII. — 


De Montalban 


: 13° 


IX. - 


De Belchite : 


14° 
15° 


X. — 


De Gérone : 


16° 



78 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La relation du Chébet Yehouda (qui se présente aussi comme 
un fragment 1 ), de même que le texte fragmentaire du Vikouah, 
ne s'étendent pas au delà de sept séances. Intervinrent alors 
comme orateurs, d'après Ibn Verga : 

1° Don Vidal, dans la seconde séance (8 février 1413), dans la 
troisième (9 février), dans la quatrième (10 février), dans la cin- 
quième (11 lévrier) et dans la septième (15 février). 

2° Don Samuel ha-Lévi, dans la deuxième séance seulement; 

3° R. Zerahya ha-Lévi, dans la troisième séance seulement; 

4° R. Joseph Albo, dans les troisième et quatrième séances ; 

5° R. Matatia, seulement dans la quatrième séance ; 

6° Don Todros, dans la même séance seulement; 

7° Don Astruc ha-Lévi, dans la sixième séance, du sabbat 
« Zachor » (12 février), et dans la septième (15 février). 

Dans le Vikouah figurent : 

1° Don Todros ibn Yahya, dès le 7 février; 
2° R. Zerahya ha-Lévi, le 8 février; 
3° R. Matatia Yitzhari, le 9 et le 10 février ; 
4° R. Joseph Albo, seulement le 9 février; 
5° R. Astruc ha-Lévi, d'Alcaniz, le 10 février et à la séance du 
sabbat « Zachor » ; 
6° Maestre Salomon Maïnion, de Tortose, le 10 février. 

Il manque ainsi dans ces deux sources : R. Ferrer, et dans le 
procès-verbal latin : Don Vidal et R. Zerahya ha-Lévi. Graetz et 
Isidore Loeb ont cru pouvoir admettre des combinaisons entre les 



1. Après l'avoir reproduite, Ibn Verga dit : 3"irO ^nNlttt T.ND *I^. 

2. De Castro, Biblioteca, I, 206, a bien cru lire encore d'autres noms d'orateurs 
dans le procès-verbal, mais une étude plus attentive de ce document fait apparaître 
ces noms comme dus à des erreurs. Le rabbin de Gérone cité aux feuillets 13, 17 et 32 
n'est autre que Moïse Nabmanide, dont les sources juives rapportent aussi la citation 
de la controverse de 1263 à Barcelone (Chébel Yehouda, p. 7ï ; Vikouah Torlosa, 
p. 49 et p. 53). 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 79 



V. — Les séances du colloque de Tortose. 

Après que Jérôme et le pape Benoît, se basant sur le Sépher 
ha-Pikkourim, se furent mis d'accord sur le sujet de la contro- 
verse, le pape adressa sa lettre de convocation aux communautés 
juives du royaume d'Aragon dans le courant du mois d'août 1412. 

Attendu que, dans un sentiment de charité, (Benoît XIII) désirant vous 
détourner de la voie de l'erreur et de la vénéneuse perfidie que vous 
entretenez, non point à votre insu, mais spontanément, non pas en vous 
faisant violence, mais en persistant après mûre réflexion dans votre 
propre détermination, de véridiques et suffisantes raisons ayant été 
reconnues pour vous et concédées, il a voulu vous convoquer à ce céleste 
et salutaire rendez-vous, le mois d'août dernier étant par conséquent 
écoulé, à cette fin il a fait exposer devant vous, dans les termes suivants 
soigneusement résumés et d'une manière générale, les choses qui vous 
tiennent détournés de la vraie conclusion \ 

Dès le 1 er janvier 1413 arrivèrent à Tortose des délégués des 
communautés, en particulier ceux des communautés d'Aragon, 
que Lorqui avait prié spécialement d'arriver les premiers {Chébet 
Yehouda). 

Don Vidal de Saragosse, manifestement R. Ferrer, qui, d'après 
le procès-verbal, fut le principal orateur des Juifs, fut choisi, en 
raison de la connaissance qu'il possédait du latin, pour prononcer 
une harangue devant le pape. Dans une audience qui eut lieu le 
6 février, les délégués juifs indiquèrent pour le procès-verbal 
leurs noms et leur lieu d'origine. Le pape les mit au courant des 
intentions de Jérôme, en leur assurant qu'il leur voulait garantir 
la liberté de parole. Le Chébet Yehouda rapporte ainsi ses 
paroles : « Maître Jérôme a dit qu'il veut démontrer que le Messie 
est venu et cela par le Talmud qui est devant nous. On verra s'il a 
dit la vérité ou s'il a rêvé. Quant à vous, n'ayez pas peur de lui, 
car, en ce qui concerne la controverse, le droit est égal pour tous. » 

1. Quia caritatis affectu vos a via errons et venenosae perfidiae quam colitis cupiem 
(Benedictus XI II) revocare non invitos sed spontaneos, non violentos sed multa deli- 
beratione in vestro mera liberalitate permanentes, veris ac efficacibus rationibus per 
vos cognitis atque concessis, ad huiusmodi cœleste atrium salutiferum voluit evocare, 
proinde mense Augusti proximo elapso retrabentia vos a vera conclusione praefata sub 
his verbis comatice compendiose et in génère sequentibus proponi fecit coram vobis. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1. — L'ouverture du colloque fut faite le 7 février 4413 en 
grande pompe par le pape lui-même, en présence de toute sa curie, 
« avec toutes les formalités requises auxquelles il est coutume de 
se conformer dans des cas semblables et avec la solennité que 
réclamait l'importance du sujet ». 

Les Juifs étaient tout à fait fascinés et éblouis par l'éclat déployé 
pour la cérémonie. Voici en quels termes ils s'exprimèrent dans le 
rapport qu'ils firent à Gérone : « Nous comparûmes devant le 
pape et nous trouvâmes toute la grande salle où la controverse 
devait avoir lieu tapissée de soie de diverses couleurs et là 
soixante-dix sièges pour les cardinaux, évoques et archevêques, 
qui étaient tous habillés de vêtements brodés d'or. 11 y avait aussi 
là des personnages romains, des habitants du lieu et des grands 
d'Espagne au nombre de près de mille personnes, en sorte que 
noire cœur en fut troublé; mais nous récitâmes néanmoins la 
bénédiction : Béni soit Celui qui donne quelque chose de sa majesté 
à ses créatures » (Chébet Yehouda). 

Voici le commencement du procès verbal (Ms. Vatican), qui 
expose la thèse à soutenir dans la séance d'ouverture : 

Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Messie. Amen. L'an de 
l'avènement du Seigneur 1413, le septième jour de février, la dix- 
neuvième année du pontificat du très saint Père en Christ et Seigneur 
Benoît XIII, par la divine Providence Pape, la première du règne du très 
illustre et sérénissime roi d'Aragon, Don Fernand, se sont réunis en la 
ville de Tortose, par ordre de notre seigneur le Pape susnommé, tous les 
principaux docteurs et rabbins des aljamas dudit royaume, pour qu'ils 
renoncent, en présence de Sa Sainteté et de toute sa curie, aux 
erreurs en vertu desquelles ils s'éloignaient jusqu'à présent des vérités 
relatives au Messie, principalement à ces erreurs qui nient la venue du 
Messie. Et pour prouver l'accomplissement de cet avènement qui s'est 
déjà produit il y a longtemps, on leur a présenté cette conclusion très 
certaine, à savoir que Notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu et rédemp- 
teur de tous, est le vrai Messie, promis par Dieu et annoncé par les 
Prophètes, et qu'en lui s'est accompli tout ce qui a été dit prophéti- 
quement par ces derniers concernant le vrai Messie fils de David. 

Dans une courte allocution à l'assemblée, le Pape adressa les 
paroles suivantes aux Juifs présents : 

Vous qui êtes les plus savants parmi les Hébreux, ayez présent à l'esprit 
que je ne suis pas ici- et que je ne vous ai pas réunis en ce lieu pour 
discuter sur la question de savoir laquelle des deux religions est la 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 81 

véritable, si c'est la nôtre on celle que vous professez. Je suis fermement 
assuré que ma religion est la seule vraie. La vôtre a été vraie autrefois, 
mais maintenant elle est abrogée. Vous n'avez pas été appelés ici par un 
autre que par Jérôme, qui a promis de prouver que le Messie est déjà 
venu il y a longtemps et il vous le démontrera par le Talmud lui-même, 
que vos maîtres, plus savants que vous, ont rédigé autrefois. 

Et aussitôt, se tournant vers Jérôme de Sainte-Foi, il lui dit : 
« Commence, toi, à discuter et qu'ils te répondent! » 

Ces paroles sont reproduites presque textuellement dans le 
Chébet Yehouda, qui termine seulement l'allocution du pape aux 
Juifs par ces mots : « C'est pourquoi ne parlez donc pas devant 
moi si ce n'est sur cet unique sujet. » 

Jérôme s'avança en s'inclinant profondément devant le pape 
Benoît, demanda la permission de parler et, se tournant vers les 
rabbins, les apostropha en s'appropriant les paroles du prophète 
Isaïe (i, 18-20) : « Venez et plaidons, dit le Seigneur. Si vos péchés 
sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; 
s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la 
laine. Si vous avez de la bonne volonté et si vous êtes dociles, 
vous mangerez les meilleures productions du pays, mais si vous 
résistez et si vous êtes rebelles, vous serez dévorés par le glaive, 
car la bouche du Seigneur a parlé. » 

Au sujet de la réplique de Don Vidal Benveniste et de Don 
Samuel ha-Lévi, qui, d'après le récit du Chébet Yehouda, auraient 
protesté contre les paroles prononcées par Jérôme, ou de la 
réponse que quelque autre personne du côté des Juifs aurait faite, 
le procès-verbal latin ne dit rien. 

« ' La première chose que Jérôme de Sainte-Foi s'efforça de 
démontrer fut que les paroles de la sainte Ecriture ont deux signi- 
fications, l'une littérale, intelligible pour tous, et l'autre spirituelle 
ou morale, cachée pour la majeure partie de ceux qui lisent le 
texte sacré. Il y a eu quelques savants rabbins, entre autres Rabbi 
Abraham Aben Ezra etMaïmonide, qui admettaient deux sens dans 
les paroles de l'Ecriture Sainte. Aben Ezra compare le sens littéral 
au corps et le sens moral à l'âme, comparaison que Jérôme 
repousse comme inexacte et peu conforme à la vérité. Le même 
en fait une autre en disant que le sens littéral est comme le corps 
et le sens moral et spirituel comme lame. 

1. Sauf indication contraire, les citations entre guillemets sont traduites de l'es- 
pagnol du manuscrit du Vatican. 

T. LXXV, n° 149. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'auteur exposa les points sur lesquels les chrétiens aussi bien 
que les juifs sont d'accord, à savoir : qu'il faut prêter une foi 
complète et sincère à la loi de Moïse et aux paroles des prophètes 
et que le Messie qui devait venir pour sauver le genre humain 
serait descendant de David. » 

Continuant son discours, Santa-Fe présenta la proposition sui- 
vante : « Ce personnage appelé Jésus de Nazareth qui naquit à 
Bethléem d'Ephrata, alors que le roi Hérode régnait en Judée, qui 
fut crucifié et qui est mort quarante ans avant la destruction du 
second Temple, est le vrai Messie promis par les Prophètes. Celui 
en qui se sont accomplies toutes les prophéties relatives au Messie 
est le Messie véritable; dans le Christ elles se sont accomplies. 
Par conséquent le Christ est le vrai Messie. » 

Quatre rabbins objectèrent : « Je nie la mineure. Il est faux que 
dans le Christ se soient accomplies toutes les prophéties dites du 
Messie promis. » 

Mais on leur opposa le contraire en le leur tirant, à rencontre 
du Talmud, des paraphrases chaldaïques, spécialement de celles 
d'Onkelos et de Jonathan ben Ouziel et des écrits de quelques 
rabbins (tout à fait comme dans le Sépher ha-Pikkourim, chap. i). 

Aux paroles d'un orateur juif : 

« Pourquoi donc, depuis la fondation du christianisme, a-t-on 
déployé tant de zèle pour persécuter la religion juive, sans inquiéter 
les autres peuples infidèles ou du moins en les traitant avec une 
considération relative, bien que chrétiens et juifs aient entre eux 
plus de points de contact et que les liens les plus intimes les 
unissent? » 

Jérôme répondit : 

Il y a, ici présents, plusieurs rabbins qui disent en leur cœur : ... En 
somme, en cette affaire, de même que dans toutes les autres, l'Eglise 
catholique ne fait pas autre chose qu'imiter la conduite de son divin 
fondateur, qui, quand il envoya ses disciples prêcher l'Evangile, leur 
dit : N'allez pas vers les nations étrangères, mais seulement aux enfants 
d'Israël (Matth., x, 5-6). Et saint Paul, prêchant aux Juifs en certaine 
circonstance, leur disait : Vous étiez ceux qui ont été premièrement 
appelés à entendre la parole de Dieu, mais parce que vous n'avez pas 
voulu l'écouter, nous vous abandonnons et nous nous en allons prêcher 
aux Gentils, parmi lesquels nous espérons recueillir des fruits plus 
abondants et meilleurs (Actes, xm, 46). 

Juifs de nom seulement, ô incrédules, ô peuple à la tête dure! 
Considérez et voyez de quelle grande miséricorde Dieu use envers vous 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 83 

en vous communiquant gratuitement ses grâces abondantes, uniquement 
par le très ardent désir qu'il a de vous attirer dans son troupeau. C'est 
pourquoi il ne vous a pas envoyé un berger quelconque, ni un merce- 
naire, mais le pasteur même de la bergerie, c'est-à-dire le plus grand 
des pasteurs, notre très saint Seigneur le pape Benoît XIII, lequel, avec 
une très grande charité et douceur et non par contrainte ni en vous 
frappant sans compassion, vous dirige avec une suprême bonté vers les 
pâturages abondants dont seules les brebis jouissent. Ce qu'il fait avec 
vous, il le fait par pure miséricorde, non parce qu'il doit en résulter pour 
lui quelque profit personnel, mais afin qu'unis étroitement avec les 
fidèles de Jésus-Christ, vous chantiez ses divines miséricordes pendant 
toute l'éternité. 

Et devant conclure déjà cette longue conférence, je vous prie de tout 
mon cœur de ne vous point éloigner de la connaissance de la vérité, 
mais de suivre avec une entière fidélité le plan de la discussion proposée 
et approuvée ci-dessus et de mettre de côté toute perversité et obstination. 

C'est ainsi que se termina la première séance de ce colloque. 

2. — Dans la seconde séance, du 8 février 1413, Jérôme apporta, 
comme première preuve en faveur de la venue du Messie déjà 
réalisée, le passage d'Aboda Zara, 9 a, et Sanhédrin, 91a : On lit 
à l'école {studio) d'Elie : La durée du monde est de six mille ans; 
deux mille ans pour l'idolâtrie, deux mille ans pour la Loi, deux 
mille ans pour leMessie 1 . Ici se trouve donc indiquée, pour l'arrivée 
de l'époque messianique, une date précise, qui est passée. « Etant 
données ces prémisses si claires et circonstanciées, nous devons 
en déduire qu'à l'expiration des quatre mille ans, en commençant 
à compter à partir de la création du monde, le Messie devait venir; 
c'est ainsi que, vers cette époque à peu près, Jésus-Christ est 
venu ; donc Jésus-Christ est le vrai Messie promis à nos pères par 
les Prophètes. » 

Le premier à s'élever contre cette conclusion du côté des Juifs 
fut R. Ferrer : « Jésus-Christ n'est pas venu au monde à l'expi- 
ration des quatre mille ans exactement, mais bien deux cents ans 
auparavant; par conséquent le Christ n'est pas le vrai Messie. >> 

Jérôme fit alors observer : « Quand, dans l'Ecriture Sainte, on 
met le nombre mille, même s'il manque cent ou deux cents pour 
compléter ledit nombre, dès lors que l'on dépasse cinq cents, cela 
se prend pour le mille suivant. » 

A la question : est-on d'accord pour voir dans ce passage du 

1. En latin dans le procès-verbal. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Talmud une allusion à la venue du Messie, le contradicteur juif 
répliqua que tel n'était pas le cas, attendu que la conclusion de 
ce passage est qu'à cause des péchés cette venue est retardée : 
« Mais à cause de nos péchés, les quatre mille ans se sont écoulés 
sans que le Messie soit venu. » 

Jérôme contesta alors que ce passage soit aussi du prophète 
Elie ; c'est un docteur quelconque qui l'aurait ajouté. 

Un autre juif fit observer judicieusement que, dans le passage 
en question, le Talmud n'a nullement conservé une prophétie 
d'Elie et que ce qui nous est communiqué est simplement une 
tradition d'école de la maison d'étude désignée sous le nom d'Elie. 

Cependant, K. Salomon Isaac lui répliqua : « L'autorité alléguée 
est vraie et authentique; mais il n'est pas dit dans ce passage que 
les jours du Messie seraient de deux mille ans complets, mais 
bien que, pendant le cours de ces deux mille ans, le Messie vien- 
drait et régnerait et, par conséquent, jusqu'à l'expiration du terme 
de deux mille ans, la vérité de la prophétie reste entière. » 

Santa-Fe lui répondit : 

Dans le passage allégué du Talmud il n'est pas dit que, durant le cours 
des derniers deux mille ans, le Messie viendrait, mais que les derniers 
deux mille ans seraient les jours du Messie. De même, lorsque la Sainte 
Ecriture dit que les jours de Noé furent de 950 ans (Genèse, ix, 29), cela, 
ne signifie pas que, durant cette période de 950 ans, Noé naîtrait, mais 
cela doit s'entendre en ce sens qu'il vécut tout ce nombre d'années De la 
même manière quand il est dit dans votre Talmud que les jours du Messie 
seront les deux derniers mille ans, cela signifie que, durant toute cette 
période, le Messie vivra dans le monde, non point matériellement, mais 
spirituellement et moralement, comme nous voyons que cela se produit 
actuellement. 

Parlèrent encore ce même jour, d'après les sources juives, Don 
Vidal, R. Zerahya ha-Lévi et R. Joseph Albo, dont on ne rapporte 
qu'en partie les explications. 

3. — Dans la troisième séance, du 9 février 1413, Jérôme cita, 
à l'appui de sa thèse, un second passage de Sanhédrin, 97 b : 
« Ainsi dit Elie à Rabbi Juda, frère de Rabbi Iala surnommé Bon : 
Le monde ne compte pas moins de quatre-vingt-cinq jubilés, et 
dans le dernier jubilé le fils de David viendra. » Et ledit Rabbi 
Juda lui demanda : « Sera-ce au commencement ou à la fin du 
jubilé? Il répondit : A la fin (!) ». » 

1. En latin dans le procès-verbal. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 85 

Là-dessus Santa-Fe explique ce passage et fait le compte des 
années qui composaient les quatre-vingt-cinq jubilés, au nombre 
de quatre mille deux cent cinquante, et, comme il y a longtemps 
que ce nombre d'années est écoulé, il s'ensuit que le Messie est 
venu. 

Gomme le pape donnait raison à son médecin, c'est alors que 
R. Joseph Albo avec animation prononça les paroles déjà citées : 
« En supposant que l'on me prouvât que le Messie est déjà venu, 
je ne croirais pas pour cela devoir cesser d'être juif. » 

Après cette interruption, R. Matatia dit, plus conciliant : « La 
prophétie dit que le fils de David viendra dans le dernier jubilé, 
mais qu'à cause des péchés d'Israël son avènement s'est trouvé 
retardé et qu'il n'est pas encore venu. » 

Jérôme lui répondit en soutenant ce qui suit : « Quand Dieu 
promet un bien quelconque, il ne le retarde en aucune façon à 
cause du péché des hommes. » Il appuya cette affirmation de cita- 
tions d'Isaïe et de Jérémie. 

R. Salomon Isaac commenta ainsi le passage : « Prise à la 
lettre, cette prophétie prouvait indubitablement ce que se pro- 
posait de démontrer Santa-Fe, à savoir que le Messie est venu; 
mais elle ne pouvait pas s'entendre de cette façon, parce que le 
mot « il viendra » doit se prendre au sens neutre, c'est-à-dire 
qu'ici il ne s'agit pas d'autre chose que de la possibilité qu'il 
vienne. Même prise en ce sens, elle ne prouve rien cependant, 
parce qu'il existe une contradiction essentielle entre cette pro- 
phétie et la précédente. » 

Le pape s'interposa alors et dit : « Si, pour éviter la contradic- 
tion, il est nécessaire de changer la lettre, il la faut changer le 
moins possible, en disant que les deux derniers mille ans du 
monde, dont la prophétie déclare qu'ils seront les jours du Messie, 
peuvent s'entendre fort bien de la disposition que les hommes 
avaient de le recevoir, et l'autre, qui dit que, durant le dernier 
jubilé, le fils de David viendra, doit se prendre à la lettre, et de 
cette façon on évite toute apparence de contradiction. Par consé- 
quent il n'y a aucune espèce de difficulté à reconnaître que le 
Messie est venu. » 

R. Joseph Albo, contestant la conclusion, répliqua : « Bien que 
l'on affirmât dans le passage cité que le fils de David viendrait 
dans le dernier jubilé, il ne s'ensuivait pas que le Messie fût déjà 
venu, car il fallait entendre par « dernier jubilé » non pas le 
dernier des quatre-vingt-cinq, mais le dernier du monde. » 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le pape répondit à cela : « Chaque jubilé ne se composant que 
de cinquante années, il était ridicule de supposer que le Messie ne 
viendrait pas avant les cinquante dernières années du monde, car 
alors on ne pourrait donner aucune explication de tout ce que les 
Prophètes disent de la splendeur, de la renommée et de la prospé- 
rité dont l'envoyé de Dieu jouirait sur la terre. » 

Le procès-verbal rapporte que l'interprétation de R. Joseph Albo 
fut expressément rejetée par ses compagnons. Cela mit fin à la 
troisième séance. 

4. — Dans la quatrième séance, du 40 février 1413, Jérôme 
apporta un exemplaire du traité du Talmud Aboda Zara, qu'il 
soumit à l'assemblée, pour montrer qu'au feuillet 9 a la conclusion 
finale manquait : « Mais, à cause de nos péchés, les quatre mille 
ans se sont écoulés et le Messie n'est pas venu. » 

Là-dessus, il lut au traité Berakhot du Talmud de Jérusalem (5a), 
la légende suivante : « 11 arriva à un juif qui était en train de 
labourer qu'un de ses bœufs mugit, au moment même où un 
arabe passait par là, et celui-ci, en entendant mugir le bœuf, parla 
au juif de cette manière : juif, fils de juif! ôte le joug de tes 
bœufs et cesse de travailler, parce qu'on détruit votre Temple. Et 
comme le bœuf mugissait une seconde fois, l'arabe dit : juif, 
attelle de nouveau tes bœufs à la charrue et continue à travailler, 
parce que votre Messie est né. Le juif, en entendant une si heu- 
reuse nouvelle, demanda plein de joie à son interlocuteur : Et où 
donc est-il? L'arabe répondit : A Bethléem de Juda. » 

R. Todros déclara renoncer à faire d'une légende fabuleuse 
l'objet d'une plus longue discussion. 

Cependant, Rabbi Astruc ha-Lévi d'Alcaniz attesta la véridicité 
de la citation ; il déroula un vieux parchemin dont il lut la conclu- 
sion : « Le juif qui labourait se mit à vendre des chaussures 
d'enfant pour pouvoir découvrir par ce moyen quelle était la mère 
du Messie. » La-dessus il fixa à vrai dire la naissance du Messie à 
ce jour-là, mais sans admettre que ce dernier se fût encore mani- 
festé au monde. 

Alors le pape lui demanda : « S'il est vrai que le Messie est né 
et n'est pas venu, où donc est il? » 

Le rabbin lui répondit : « A Rome selon les uns et au paradis 
terrestre selon les autres, mais bien que ces paroles, prises à la 
lettre, disent que le Messie est venu et qu'il est à Rome, néanmoins 
elles ont une autre signification. » 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 87 

A la demande spéciale du pape d'avoir à indiquer le sens de ces 
paroles, R. Àstruc ajouta : « Les juifs espéraient que le Messie 
viendrait, non pas pour sauver leurs âmes, puisqu'alors môme que 
le Messie ne devrait jamais venir, elles n'ont pas à être sauvées, 
mais uniquement pour les combler de richesses temporelles et 
délivrer leurs corps de l'esclavage où ils sont. » 

A la question posée ^aux autres délégués pour savoir si l'inter- 
prétation de R. Astruc leur paraissait exacte, R. Matathia et 
R. Joseph Albo répondirent affirmativement, tandis que d'autres 
s'y déclarèrent opposés. 

Rabbi Salomon Isaac soutint ensuite que le mot nolad (il est né) 
s'applique ici à une naissance non pas réelle, mais imaginaire 1 . 

5. — Dans la cinquième séance, du 11 février 1413, jour de 
sabbat, Jérôme posa aux Juifs trois questions, savoir : 1° puisque 
le Messie est né, pourquoi ne s'est-il pas manifesté ? 2° quel jour 
est-il né? 3° pourquoi est-il né si tôt? 

R. Matatias fit cette réponse : « Le Messie, qui était déjà né, 
était à Rome ou au paradis terrestre ; les péchés du peuple ont 
été la cause qui l'a empêché de se manifester. Le jour même que 
le Temple fut détruit, le Messie naquit et il naquit ce jour-là parce 
que, au moment où l'homme reçoit une blessure, il a besoin du 
médecin ou du chirurgien pour qu'il le guérisse. » 

Jérôme répliqua : « Le chirurgien ne servirait de rien au blessé 
s'il ne s'exerçait dans l'art de la chirurgie et ne donnait pas des 
soins au malade; d'où l'on déduit que le Messie qui venait guérir 
le genre humain, lequel était blessé à mort, dut se manifester et 
s'exercer à relever l'homme déchu. » 

Rabbi Astruc convint alors qu'il ne pouvait plus rien répondre 
à cela. 

6. — Dans la sixième séance, du 13 février 1413, Jérôme pré- 
senta la prophétie de Jacob (Genèse, xlix, 10) : 

Et bien qu'ils aient publiquement reconnu comme il est dit plus haut 
que le Messie était né et avait été manifesté, cependant, pour que la 
lumière luise plus clairement pour lesdits Juifs, j'essaierai de prouver 
par d'autres autorités que le Messie est venu et en particulier par une 

1. Dans le Vikouah Tortosa, ce sont aussi là les paroles du maître Salomon 
Maïmon de Tortose. Dans le Chébet Yehouda, au lieu de t73"l"l " i aU3"in?3 iriN» 
il faudrait donc plutôt lire "'NlDli:T , L3 * , 3\2Jin?a THN- 



88 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

certaine prophétie dite parle patriarche Jacob à son fils Juda et écrite au 
xlix c chapitre de la Genèse, verset 10. Elle est ainsi conçue : « Le sceptre 
ne sera pas ôté de Juda, ni le chef sortant de sa race jusqu'à ce que 
vienne celui qui doit être envoyé. » 

Là-dessus il ajouta une preuve tirée du Bereschit Rabba de 
R. Moïse Hadarschan {Pugio, p. 812) : « Quarante ans avant la 
destruction du Temple, les Juges du gazit demeurèrent privés du 
pouvoir qu'ils détenaient auparavant dans les causes criminelles. » 

Un rabbin (R. Ramon) dit, commentant ce passage, qu'en ce 
temps-là les soixante-dix juges qui composaient le Sanhédrin et 
les anciens d'Israël, la barbe coupée, vêtus de sacs, sortirent dans 
la rue en criant: «Hélas! malheureux que nous sommes! Pourquoi 
le sceptre de Juda nous est-il ôté, alors que le fils de David n'est 
pas encore venu? » Passage d'où Santa-Fe déduisit que le Messie 
était venu et que c'était Jésus-Christ, puisque quarante ans avant 
la destruction du Temple la passion de notre Sauveur eut lieu. 

R. Astruc intervint ce jour-là, « alléguant des gloses et inter- 
prétant la paraphrase chaldaïque d'Onkelos », ce que le Chébet 
Yehouda rapporte également. 

(A suivre.) Ad. Posnanski. 



NOTES ET MÉLANGES 



UN HYMNE HÉBRÉO-GREC 

Parmi les artifices de versification dont les poètes ont usé de 
tout temps pour donnera leurs compositions une forme attrayante, 
il y a remploi des vers polyglottes, dont l'historique est encore à 
faire. Quel que soit le mobile auquel les auteurs de ces composi- 
tions hybrides ont obéi, ostentation linguistique, passion pour les 
jeux d'esprit ou désir de rehausser, aux yeux du destinataire, la 
valeur de leur hommage poétique, nous en avons de nombreux 
exemples dans différentes contrées et à diverses époques. Sans 
prétendre épuiser la matière, qu'il nous suffise d'en signaler 
quelques-uns par ordre chronologique : 

Le premier de ces tours de force littéraires dont l'histoire ait 
gardé le souvenir est attribué à Samuel Ha-Naghid ou Ibn-Nagréla 
de Grenade (993-1055), qui aurait dédié à Habous, roi des Ber- 
bères, dont il était le vizir, un poème en sept langues. 

Plus heureuses que ce poème, qui est perdu, sont les produc- 
tions de Juda Halévi (1085-1140?), de Tolède, en hébreu et en 
arabe, qui figurent dans son Dîwan, édité par M. H. Brody à Berlin 
(t. I, 1895, p. 144-201, et III, 1903, p. 322-326). 

Juda Alharizi, poète et voyageur espagnol du treizième siècle, 
nous a laissé dans son Tahkémoni (ch. xi) une Qacîdah, dans 
laquelle l'hébreu et l'araméen se partagent les deux hémistiches 
de chaque strophe. 

Dans un autre milieu et avec une mentalité différente de celle 
des trois versificateurs précédents, voici un poète mystique 
musulman, Sultan Veled Behà-ud-Dîn Ahmed (1226-1312), de 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Qonya (Asie Mineure), qui, dans son Rebâb-Nâmeh, célèbre 
mesnevi ou poème turc, a inséré trente-deux couplets en grec '. 

Cette série est dignement close, comme elle a commencé, par le 
Ghazel heptaglotte d'Aboû-Ishaq Hallâdj de Chirâz (mort en 1424 
ou 1427), qui a été publié et commenté par M. Cl. Huart (Journal 
Asiatique, novembre-décembre 1914, p. 629 et suiv.). 

Frère cadet dans ce groupe et d'un souffle lyrique moins fort 
que les autres est l'hymne bilingue que je présente ici, avec tra- 
duction complète des stances et transcription de la partie grecque. 
M. David H. Lévi, de Janina, qui me l'a envoyé en 1912, Ta accom- 
pagné de cette note que je traduis de l'hébreu : 

« Dans le recueil de poésies grecques, d'où cette pièce est tirée, 
on lit ce qui suit, en grec : 

« -to-pb aa "^aasap^a ">p ■wrra o^ra-ia» *? *na 
Transcription : 

Elç touç 7cevTaxo<70uç 8Éxa o^xco ttou vjjxetç |X£xpa[J.£. 
ASàp xaï MàpTiç slxouve xat lxà£a|A£ va 7tioiï|X£. 

Traduction : 

« En (l'an) 518 que nous comptons (au mois de) Adar et (= c'est- 
à-dire) Mars, c'était (la date) de notre séance pour boire (du vin en 
pique-nique). » 

L'auteur de l'hymne, qui probablement vivait en 5518 (= 1758), 
date qui vient d'être indiquée, s'appelait Isaac Samuel, à en juger 
par l'acrostiche des distiques hébraïques et, de plus, n'avait pas 
d'enfants, puisqu'il en souhaite la naissance dans la troisième 
stance. Voilà tout ce que l'on peut dire de la biographie du poète, 
et voici son poème : 

ittoip incarna iïï "prpos "pa o^âa "pE , vnan ym nrr nna 'n . 1 

[^nan aa 

(M'/jv à^iaeiç tyjv ^uy/jV p.ou o^ xbv xd<j[jt.ov va X^Tr) 

(oco<r£(j.aç derman 2 ) ïa»Tn oatt'Wi ,"jtta3 ^b» ,ïttm il ba 

i. Gibb, History of ot. Poetry, I, 152-157, et G. Salemaon, Die Seldjukischen 
Verse, Pétrograd, 1891, p. 240 suiv. 
2. Mot turc. 



NOTES ET MÉLANGES 91 

id iy»« i«\s KïWtniB vttwa wxbiN , nw» van ba ^aiNit» pi^Ei n* . 2 

[ifcObWPtt 
(ô'Xa xà yu> 7reoa(7jX£va, i'va sivat tzov jie ^aXvàï.) 

."m in b« 
vj iToonp "puma ifisn "p^aa an , ÊOa^p bi» ania ia»nai ^ori .3 

(otà vàjxSev yaÔY) o^ xbv x6ff|xo xb Si'xo [xou xb ovo^a.) 

."i^n in bs 
nu i^n nrci noipn it3D raTi , rrbDNJa ynattn irp&raa "pnmp .4 

(Oéfxou 'axo otxo aou yépïj elvs rà xpia xà xXetSià.) 

."•ai/n ba 

iutib nu nibp vû "pa "iuiu ,rwm ris nnnsi mp* bipb nmù .5 

[netû-in 173 nop^np vu N3 

(Touxo elv(e) xb xXeiSi xb ^pcoxo va xb xpa£a> (Jt-é ovofxa.) 

."m in ba 

\rr*p irjo dn?3 oTrnâ in ,rjarun yw)& dn isb nnsn ■pamaS .6 

[nais iJ3 lainiM oita 

(Al êpo/èç [xaç 'crrbv xaipbv xouç và/pôouve Ïiai3 T3.) 

."i3i ti bN 

o^uiÊns in «b cnnNp ,ûainnap nN nnDN D^nttn mnn i^nï .7 

2 [usa in» Tin nN 

(Ka6a>; Xéyet 6 7cpo^TY|ç ûaa 'jnN TTH riN.) 

."131 in bN 

nia» "p n^sntin iu ma l'âTttip id , imnnai nioxm ha fTaîWa ^n . 8 

[irpnN nu N3 

(7TOu xaxéêv) 6/ xà oùpavià 8ev 'jx7copc5 va xà àpviôoo.) 

."m in bN 

wpudnp iDNini» "pu ibn i^in ,îribbrt -ittNii îaba» ^33>»b .9 

[NiTnÊpb 

(6é (/.ou àrco ttjv (/.epià <rou xapXÊpoujxe Xeuôeptà.) 

• iNtnn onïï ion ,173nd ^btt , "pan-i in bN 

1. Voir Yalkout, xvi, sur I Rois, xvn. 

2. Ezéch., xxxvn, 12-14. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Traduction : 

1. Eternel, tu sais, mon désir t'est présent : 

. Ne permets pas que mon âme disparaisse du monde ! 
(Refrain) Dieu vivant (et) clément, Roi fidèle, accorde-nous un remède ! 

2. Angoisse et détresse m'ont atteint toute ma vie, depuis ma jeunesse. 
Je les ai toutes traversées : il en est une qui cause ma perte. 

Dieu vivant, etc. 

3. Que ta miséricorde me console par une postérité durable, 

Afin que mon nom ne périsse pas du monde ! 
Dieu vivant, etc. 

4. Je t'ai invoqué des profondeurs et de la terre des ténèbres, 

Mon Dieu, en ton pouvoir sont les trois clefs. 
Dieu vivant, etc. 

5 . Tu as exaucé la voix de la (fem me) stérile et tu as fécondé sa matrice, 

Voilà la première clef que je sollicite nominalement. 
Dieu vivant, etc. 

6. De ton ciel, ouvre-nous ton trésor précieux, 

Que nos pluies viennent à temps, les eaux généreuses ! 
Dieu vivant, etc. 

7. Et à l'époque de la résurrection, j'ouvrirai vos tombeaux, 
Ainsi que dit le prophète : Je mettrai mon esprit en vous. 

Dieu vivant, etc. 

8. Je crois en Dieu, en Moïse et en sa Loi : 

Je ne pourrai pas nier qu'il est descendu du ciel. 
Dieu vivant, etc. 

9. Par égard pour toi-même, délivre-nous et nous dirons : Allélouia! 
Mon Dieu, c'est de toi que nous attendons l'émancipation. 

Dieu vivant (et) clément, Koi fidèle, accorde-nous un remède. 

Abraham Danon. 



NOTES ET MÉLANGES 93 

PLACE DE DANIEL DANS LE CANON 

D'APRÈS LES RABBINS 



Tandis que le livre de Daniel est placé par la Septante et les 
autres versions à la fin des Prophètes, le texte hébreu le met 
parmi les Hagiographes. Il est généralement admis qu'il n'y a pas 
trace dans la littérature rabbinique d'une autre localisation du 
livre. J'ai l'impression cependant qu'au début de l'ère vulgaire, il 
y avait une vive discussion à ce sujet, dont un écho nous parvient 
dans le Talmud. 

Dans un passage bien connu de Meguilla, 3 a, nous apprenons 
que Jonathan ben Ouzziel, après avoir composé le Targoum des 
Prophètes, entreprit une version analogue des Hagiographes. Le 
Talmud ajoute qu'une voix céleste s'y opposa, parce que les 
Hagiographes contiennent la détermination de l'âge messianique : 
muîtt yp ïra m&n ûto» xnyu -^ ym ib rra&o bip na rtnarv 
Ceci ne peut se rapporter qu'au livre de Daniel, à l'exclusion de 
tout autre hagiographe. Il semble donc plus probable que Jonathan 
b. Ouzziel avait l'intention d'adjoindre le livre de Daniel à ceux 
des Prophètes et qu'il s'attira par là de la part de ses contem- 
porains cette vive opposition qui ressort du texte talmudique. Ce 
point de vue jette une nouvelle lumière sur la discussion ulté- 
rieure rapportée dans la même page, où le Talmud s'efforce de 
marquer la différence entre Daniel, qui n'était pas considéré 
comme un prophète, et les prophètes contemporains Haggaï, 
Zacharie et Malachie. Cette discussion semble en l'air et sans rap- 
port avec ce qui précède. Mais si notre hypothèse est exacte, elle 
est tout à fait à sa place et donne la raison de l'opposition faite à 
Jonathan ben Ouzziel, corrélation qui n'était plus sentie par le 
compilateur du Talmud. Car la tradition concernant le dessein de 
Jonathan b. Ouzziel de traduire Daniel comme un des livres des 
Prophètes a été par erreur considérée comme un projet de tra- 
duction de tous les Hagiographes. 

Bien entendu, on peut objecter que l'opposition à la traduction 
des Hagiographes est attestée par ce fait que Rabban Gamliel 
l'Ancien et son petit-fils après lui ont écarté un Targoum sur Job, 



94 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme nous rapprenons par la Tosefta Sabbat, XIII (XIV), 2, 
éd. Zuckermandel, p. 128. Mais il n'est pas question de ce passage 
de Jonathan b. Ouzziel, et il n'est pas invraisemblable que Rabban 
Gamliel ait trouvé à redire à cette traduction pour certaines 
raisons intrinsèques que nous ne pouvons même conjecturer, 
tandis que le second L Gamliel s'est conformé à l'avis de son 
grand-père sans autre examen. 

Notons incidemment que, dans les mots attribués à Jonathan 
b. Ouzziel dans le passage précité : "•ro^b abus -pasb *rm "nba 
mpnbntt na-p «bra Trw friMb «ba aa^ ma Tiaab abn wb* 
barwa, seule l'expression ^mu)* 'piaab aba imu» "masb abtt) 
peut être originale. Ce ne sont pas seulement les mots ma maab «bi 
aaa qui se sont glissés là du texte bien connu de BabaMecia, 58 6, 
comme l'a déjà remarqué Bâcher 1 , mais aussi la phrase abta 
b&niu^a mpibrra 13T, qui ne peut s'employer que par rapport à des 
divergences d'ordre légal comme dans les cas cités par Bâcher. 
A propos du Targoum sur les Prophètes, cette expression n'a pas 
de raison d'être. 

Alexander Marx. 

1. Aggada der Tamiaïten*, p. 20-21, n. 4. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVDE BIBLIOGRAPHIQUE 



ANNÉES 1920-1922 



i. Livres. 



Abraham (Aron). Die Schiffsterminologie des A. T. Kulturgeschichtlich 
und etymologisch untersucht (Dissert.), Berne, 1920, 58 p. 

Allé vi (Luigi). La proprietà in Israele (extrait de la Rassegna Nazioîiale), 
Rome ; in-8° de 13 p. 

Auerbach (Elias). Die Prophétie. Berlin, jùd. Verlag, 1920 : in-8° de 124 p. 

Ball (G. J.). The book of Job. A revised text and version. Londres, 1922, 
Oxf. Univ. Pr. ; in-8° de 486 p. 

Bamberger (Selig). Raschi's Kommentar zum Pentateuch... ins Deutsche 
iibertragen. Hambourg, G. Kramer, 1922; in-8° de vin -\- 541 p. 

Bauer (H.) et Leander (P.). Historischê Grammatik der hebrâischen Sprache 
des A. Testamentes. T. I. Einleitung. Schriftlehre. Laut-und Formen- 
lehre, fasc. 1 et 2, Halle, Niemeyer, 1918-1919, de xv + 272 et 
iv + 273-512 p. 

Bauer (Jules). Notre livre de prières. Paris, Durlacher (1921) ; in-8° de 71 p. 
Expose, sous une forme populaire et attrayante, le contenu de la Tefilla, en 
expliquant sou origine, sa composition, son esprit. 

Bergstr'a'sser (G.). Hebràische Grammatik (29 e éd. de la Grammaire de 
Gesenius), mit Beitràgen von M. Lidzbarski. l re partie : Einleitung. 
Schrift-und Lautlehre. Leipzig. 1918. 

Breuer (Jos.). Die Piutim fur Rosch Haschana iïbersetzt u. erlâutert. 
Francfort, Sanger et Friedberg ; in-8° de vin -f- 230 p. 

Breuer (Jos.). Sepher Jecheskel. Das Buch Jecheskel i'ibers. u. erkl., 
Francfort, Sanger, 1921 ; in-8° de x -f- 412 p. 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bernfeld (Simon). Die judisehe Literatur. I Teil. Bibel, Apokryphen u. 
jùdisch-hellenistisches Schrifttum. Berlin, jiïdischer Verlag, 1921; in-8° 
de 194 p. 

Ce petit manuel, dépouillé à dessein de notes d'érudition, donne, avec 
clarté et concision, une introduction à la littérature juive des époques biblique 
et postbiblique jusqu'à Josèpbe. Pour la Bible, l'auteur résume les conclusions 
qu'il a déjà proposées dans des articles de revues hébraïques, chapitres d'un 
grand ouvrage en hébreu en préparation sous le titre de Héker kitbé hako- 
desch. L'auteur adopte les conclusions les plus radicales de la critique 
moderne, non sans les avoir soumises à un examen personnel. Il a tendauce 
à opter pour les datations les plus récentes, et montre une assurance bien 
tranchante en ces matières. C'est ainsi que, pour M. B., il n'est pas douteux 
que les dix cornes mentionnées au cb. vu de Daniel désignent les dix Césars 
romains de César à Vespasien. Le morceau serait dû à un juif du I er siècle 
exhortant ses frères pendant le siège de Jérusalem par les Romains ! 

Bloch (Chajim). Die Gemeinde der Chassidim. Berlin-Vienne, B. Harz, 1920 ; 

in-12 de 352 p.^ 
Bloch (Chajim). Talmudiscbe Weisheit, altjùdische Wechselgesprâche. 

Eine Auswahl fur die jiidische Jugend, Vienne, 1921, Verlag « das 

Leben » ; in-16 de 44 p. 
Browne (Lawrence E.). Early Judaism. Cambridge, Univ. Press, 1920 ; 

in-16 de xiv -f- 234 p. 
Buttenwieser (Moritz). The Book of Job. New-York, 1922, Macmillan ; in-8° 

de xix + 370 p. 
Gansinos-Assens (R.). Las bellezas del Talmud. Prôlogo, seleccion y tra- 

ducciôn. Madrid, I. Pueyo, 266 p. 
Cohen (A.). The babylonian Talmud Tractate Berâkhôt, with Introd., Gom- 

mentary, Glossary and indices. Cambridge, Univ. Press ; in-8° de 

xl + 460 p. 

Excellente édition, qui répond aux exigences de la critique et de la philologie 
modernes. 
Cohen (Hermann). Die Religion der Vernunft aus den Quellen des 

Judentums. Leipzig, G. Fock, 1919 ; in-8° de vi + 629 p. 
Cruveilhier (P.). Les principaux résultats des nouvelles fouilles de Suze. 

Paris, P. Geuthner, 1921 ; in-16 de ix + 154 p. 

V. p. 48 et suiv., la comparaison du nouveau poème du juste souffrant 
avec Job. 
Delitzsch (Friedrich). Die grosse Tâuschung, Stuttgart u. Berlin, Deutsche 

Verlags-Anstalt, 1920, in-16 de 150 p. Zweiter (Schluss =) Teil. Fort- 

gesetzte kritische Betrachtungen zum Alten Testament, yornehmlich 

den Prophetenschriften u. Psalmen, nebst Schlussfolgerungen, Ibid., 

1921 ; in-16 de 123 p. 
Devine (M.). The Story of Job. Londres, Macmillan, 1922, in 8° de 312 p. 
Dorison (L.) et Berman (D.). La Jérusalem des philosophes. Versailles, 

publ. de « La Diane », 1922 ; in-8° de 58 p. 



BIBLIOGRAPHIE 97 

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t lie book of Job, together with a new translation. Edinbourg, Clark, 
19-21 ; in-8° de lxxviii, 376 + 300 p. 

Duhr ;B.). Der Dckalog die Grundlage dcr Kultur. Fribourg-en-B., 

Herder, 31 p. 
Dussaud (René), (antique des Cantiques. Essai de reconstitution des 

sources du poème attribué à Salomon. Paris, Leroux, 1919; in-lG 

de 128 p. 
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Beitrag zu der Frage nach der israelitischen Eschatologie. Gutersloh, 

Bertelsmann, 1920; in-8° de 196 p 

Enelow (H. G.). A jewish view of Jésus. New-York, Macmillan, 1920 ; 

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Flanter (E.). Im Strahlenglanz der Menorah. Ein neues Chanukkabuch. 

Berlin, Lamm., 1920, 59 p. 

Fleg (Edmond). Ecoute, Israël. Paris, Crès, 1921 ; in-16 de 244 p. 

Sous ce titre, l'auteur avait publié déjà, en 1913, aux Cahiers de la Quin- 
zaine, un premier recueil de poèmes juifs fort originaux, en vers libres, 
puisant leur inspiration à la fois dans la Bible et dans le trésor de l'Agada. Ce 
recueil reucontra le plus vif succès et fut promptement épuisé. Notre collabo- 
rateur M. Liber a montré ici même, dans un pénétrant compte rendu [Revue, 
t. LXVII, p. 308) le mérite singulier de ces compositions faites pour captiver 
tous les fervents de poésie, mais d'une saveur particulière pour les lecteurs 
familiers avec les Midraschim. Depuis 1913, M. Fleg avait donné, sous 
l'influence des événements de la guerre, le Mur des Pleurs et le Psaume de la 
Terre promise. Le présent volume est plus qu'une réédition du premier 
recueil. De nouveaux poèmes sont venus l'enrichir, parmi lesquels on goûtera 
particulièrement des morceaux tels que «la Victoire de Sliimmsbonn »,« le Rêve 
de David», «la Vallée des Prophètes». « Ecoute, Israël » devient le titre général 
de tout un cycle, qui comprendra sept livres de poèmes en vers et eu prose, 
de contes, fables, romans, dialogues et drames, sous l'invocation des sept 
grandes fêtes juives. 11 y aura, outre le livre de la Pàque et celui des Semaines 
(contenus dans le présent volume), le livre de l'An nouveau, du Grand Jeûne, 
des Cabanes, des Sorts, du Sabbat. On demandera peut-être pourquoi choisir 
Pourim plutôt que Hanoucca. Mais il ne faut pas trop cbercher chicane à la 
libre fantaisie d'un poète. Les livres promis ne tromperont pas, en tout cas, 
l'attente du public mis en goût par ces heureuses prémices d'une véritable 
« Légende dorée » du Judaïsme. 

Fuazer (James George). Adonis, Etude de religions orientales comparées, 
traduction française par Lady Frazer (t. XXIX de la Bibliothèque d'Etudes 
du Musée Gnimet). Paris, P. Geuthner, 1921 ; in-8° de vu -\~ 312 p. 

T. LXXV. V 149. 1 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Giesebrecht (Fr.). Die Grundziige der israelitischen fteligionsgeschichte, 
3 e éd. (préparée par Bertholel). Leipzig, Teubner ; in-12 de 128 p. 

Gottsberger (Jolis). Die Gôttliche Weisheit als Persônlichkeit im Alten 
Testament. Munster, Aschendorff, in-8° de 79 p. 

Gunkel (Hermann). Das Mârchen im Alten Testament, Tiïbingen, Mohr, 
1921 ; in-16 de 179 p. 

Gùnzig (J.). Die « Wundermanncr » im jûdischen Volke. Ihr Lebcn u. 
Treiben. Anvers, Déplace, 1921 ; in-8° de 140 p. 

Hennessy (I. H.). Joël, Obadia, Jonah and Malachi. Cambridge, Univ. Press, 
1919, in-8° de 124 p. 

Horton (R. T.). The book of Proverbs. Londres, Hodder, 1920; in-8° de 
418 p. 

Husik (Isaac). A History of mediaeval jewish Philosophy. New-York, 
Macmillan C°, 1918 ; in-8° de l + 462 p. 

L'auteur a voulu par ce manuel combler une lacune : malgré bien des 
travaux en toute langue sur la philosophie juive médiévale, il manquait aux 
étudiants et, en général, aux lecteurs non spécialistes, un exposé complet, 
mais clair et succinct, de ce mouvement d'idées. L'ouvrage de Neumark, dont 
deux volumes ont paru, est trop considérable et d'ailleurs loin d'être achevé. 
Le Daal Elohim de S. Bernfeld répond assez bien aux besoins, mais ne peut 
rendre de service qu'aux hébraïsants. Sous les auspices de la Jewish Publi- 
cation Society, M. Husik nous donne donc une histoire de la philosophie 
juive au moyen âge. Ce titre appelle deux réserves. La première est faite par 
l'auteur même. Il entend par philosophie juive le rationalisme, à l'exclusion 
de la Cabbale et des théories du mysticisme, qui restent en dehors de son 
exposé. La seconde, c'est que le livre de M. Husik est moins une histoire pro- 
prement dite, — elle est esquissée toutefois dans l'introduction, — qu'une 
série chronologique de monographies sur les principaux théologiens tant 
Caraïtes que Rahbanites qui se sont adonnés à la philosophie religieuse. 
L'auteur étudie tour à tour Isaac Israeli, David b. Merwan al Mukammaç, 
Saadia, Joseph Al-Basir et Ieschoua b. Yehouda, Gabirol, Bachia, et Pseudo- 
Bachia, Abraham bar Hiyya, Joseph Ibn Çaddik, Juda Halévi, Moïse et 
Abraham lbn Ezra, Abraham Ibn Daond, Maïmonide, Hillel b. Samuel, Lévi 
b. Gerson, Aaron b. Elie de Nicomédie, Crescas et Albo, en somme tout le 
mouvement rationaliste depuis le ix e siècle en Babylonie jusqu'à son déclin 
en Espagne et dans le sud de la France au xv e siècle. Soucieux surtout de 
vulgarisation, l'auteur s'est interdit l'appareil d'érudition, les citations 
hébraïques ou arabes. L'exposition est néanmoins d'un savant qui possède 
bien les sources originales. Une bonne bibliographie (ajouter aux études sur 
Ibn Gabirol l'article de M. Loexvé sur sa Physique, Revue, XXXV, 161), des 
notes et un index complètent ce consciencieux et utile manuel. 

Jacobi (W.). Die Ekstase der Alttestamentlichen Propheten. Munich- 

Wiesbaden, J.-F. Bergmann, 1920; in-8° de 62 p. 
Jastrow (M.). The book of Job. Philadelphie, Lippincott, 1920 ; in-8° 

de 369 p. 
Jastrow (M.). The Song of Songs. Londres. Lippincott, 1922 ; in-8° de 246 p. 



BIBLIOGRAPHIE 99 

Kip (A.-L.), The prophecies of Daniel. New-York, Knickerbockcr, 1919; 

in-8° de m + 244 P- 
Kittkl (Rudolf). Die Religion des Volkes Israels. Leipzig, Quelle et Mayer, 

192* ; in-8° de mi +• 210 p. 

Kladsnir (Joseph). Geschichtc der neuhabraischen Literatur. Deutsch 
tierausgegeben von Hans Kohn. Berlin, Jud. Verlag, 1921 ; in-12 de 
94 p. 

Kohler (K.). Jewish Theology systematically and historically eonsidered. 
New-York, Macmiilan, 1918 ; in-8° de xiv + 505 p. 

Kohler (L.). Amos, der alteste Schriftprophet. Zurich, Rascher, 1920; in-8° 
de 51 p. 

Kônig (Eduard). Genesis. Giitersloh, C. Bertelmann, 1919 ; in-8° de 
vm -L- 784 p. 

Ku.nk; (Eduard). Wie weit hat Delitzsch recht ? Berlin, Schwetschke 
u. Sohn, 1921 ; in-8° de 39 p. 

Kômg (Eduard). Théologie des Alten Testaments. Stuttgart, Ch. Belser, 
1922 ; in-8° de vm + 348 p. 

Krauss (Samuel). Vier Jahrtausende jùdischen Palastinas. Francfort, 
J. Kauft'mann, 1922; in-8° de 175 p. 

Lambert (M.). Le groupement des langues sémitiques (Bibliothèque de l'Ecole 
des Hautes-Études, Sciences historiques et philologiques, 230« fasc, 
p. 51-60). Paris, Champion, 1921 ; in-8°. 

Landesdorfer (Simon). Die Bibel u. die sudarabische Altertumsforschung, 
Munster, Aschendorff, 1920, 72 p. 

Lewin (Benjamin). Voir Scherira Gaon. 

Laqueur (Richard). Der judische Historiker Flavius Josephus. Ein Bio- 
graphischer Versuch auf nouer quellenkritischer Grundlage. Giessen, 
Otto Kindt, 1920 ; in-8 de vin -f- 280 p. 

Lichtenstelx (Max). Das Wort nefesch in der Bibel. Eine Untersuchung 
uber die historischen Grundlagen der Anschauung von der Seele u. 
die Entwickelung der Bedeutung des Wortes nefesch. Berlin, Mayer et 
Millier, 1920 ; in 8 U de iv -f 100 p. 

Lipman (C l Armand). Les origines juives de TOraison dominicale ou Pater 
Noster avec une introduction par Maurice Vernes. Paris, Fischbacher, 
1921 ; in-8° de 46 p. 

Meffkrt (Franz). Israël und der alte Orient. M. Gladbach, Volksverein- 
Verlag, 2 d éd., 1921 ; in-8° de 282 p. 

Melamed (Raphaël liai). The Targurn to Canticles according to six Yemen 
Mss. compared with the « Textus receptus ». Philadelphie, 1921 ; in-8° 
de 117 p. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Menahem B. Salomon. ÎTVrQft rna (Le Commentaire de R. Menahem b. 
Salomon (Meiri), de Perpignan (xm e s.), sur le traité yebamot. Edité, 
d'après l'édition de Saloniqne, 1794, avec notes par Ch. Albeck). Berlin, 
H. Itzkowski, 1922 ; in-8° de vin + 465 p. -f- errata 

Modona (Aldo Neppi). La vita pubblica c privata degli Ebrei in Egitto nell 
età ellenistica e romana (estratto da Egyplus, rivista italiana di egitto- 
logia e di papirologia, ann. II (1921), p. 253-275 e III (1922), p. 19-43). 
Milan ; in-8°. 

Dans cet article bien documenté qui utilise tous les renseignements fournis 
jusqu'à ce jour par les littératures anciennes, l'épigraphie, la papyrologie, 
l'auteur brosse un tableau très animé de la vie juive en Egypte, à l'époque 
hellénistique et romaine. 11 étudie tour à tour l'histoire de l'immigration et 
de l'établissement des communautés juives, leur statut juridique, la constitution 
intérieure des synagogues, les relations avec les souverains, les courants reli- 
gieux, les impôts, le service militaire, les charges publiques et privées, les 
commerces et métiers, les contrats, les classes sociales, l'onomastique. On eût 
attendu aussi un exposé de la vie intellectuelle des Juifs en Egypte. Mais 
l'auteur passe rapidement sur cette question, qui a été souvent traitée. 

Montefiore (Cl. G.). Libéral Judaism and Hellenism, and other Essays. 
Londres, Macmillan, 1918. 

Montgomery (James A.). The opportunity for American archeological 
Research in Palestine (from the Smithsonian Report for 1919, p. 433-441, 
avec 3 planches). Washington, Government printing Office, 1921, in-8°. 

Mowinckel (D r Sigmund). Der Knecht Jahwâs, Giessen, Tôpelmann, 1921 ; 

in-8° de 69 p. 
Mlïller (Ernst). Der Sohar and Seine Lehre. Einleitung in die Gedan- 

kenwelt der Kabbalah, Vienne-Berlin, R. Lôwit, 1920 ; in-8° de 83 p. 

Naville (Edouard). La hante critique dans le Pentateuque. Réponse à 
M. le Professeur Humbert. Paris et Neuchatel, Victor Attinger, 1921 ; 
in-8° de 92 p. 

Nielsen (Ditlef). Der dreieinige Gott in religionshistorischer Beleuchtung. 
Gyldendalske boghandel-nordisk Forlag, 1922 (en dépôt à Paris, à la 
librairie franco-scandinave F. Helms), tome I : Die Drei gôttliehen 
Personen, avec 70 figures dans le texte ; in-8° de xv + 472 p. 

Nirel (Jean) Die Pentateuchfrage (Biblische Zeitfragen, 10 Folge, Heft 

1-3) Munster in W., Aschendorff, 1921 ; in-8° de 83 p. 
Ossowski (S.), m fini m D^rwtt ^"ibn (Les différences de rites entre les 

académies de Sora et de Poumbadita). Jérusalem, Heilprin, 1922 ; in-8° 

de 35 p. (tir. à part de mnn). 
Ossowski (S.), mnmrt nmpb Lekorot ha-rabbanout (Histoire du rabbinat 

en Allemagne, Pologne et Lithuanie), tirage à part des Rechoumot, 

Tel-Aviv, 1922 ; in-8° de 46 p. 
Pieper (Aug.). Jesaias II. Commentai- ùber Is. 40-46. Milvvaukee, Northw. 

Publ. House, 1919, in-8° de 40, lv + 681 p. 



BIBLIOGRAPHIE 101 

Plbssis [Joseph). Etude sur les textes concernant Istar-Astarté. Recherches 
sur sa nature et son culte dans le monde sémitique et dans la Bible. 
Paris, l\ Geuthner, 1921 ; in-8°, autographié, de iv -}- 301 p. 

Recherche dans les documents assyro-bahyloniens les renseignements sus- 
ceptibles d'éclairer les textes bibliques relatifs au culte d'Astarté. Etude bien 
conduite qui met en relief ^ch. iv) l'attraction exercée en Israël, à certaines 
époques, par le culte d'Istar-Astarté et la véhémente campagne des prophètes 
contre une influence difficile à déraciner. De bons index complètent le livre. 

Praetorius (F.). Die Gedichte des Deuterojesaias. Berlin, Reuther, 1922; 
in-4* de v -f- 115 p. 

Publications of the American Jewish historical Society, T. XXVIII, 1922 ; 
in-8° dexu -f 377 p. 

Contient les articles suivants : 

D. Philipson : Moses Jacob Ezekiel [statuaire renommé, né en 1844, à 
Richmond] ; 

G. Deutsch : Heinrich Graetz the Historian : On the Centenary of bis Birth, 
oct. 31 1917; 

Max J. Kohler : Educational Reforms in Europe in their Relation to Jewish 
Emancipation, 1778-1919 ; 

H. Friedenwald : Jewish Physicians in Italy : Their Relation to the Papa, 
and Italian States; 

L. M. Friedman : Gabriel Milan, the Jewish Governor of St. Thomas; 

H. Korn : Receipt Book of Judah and Moses M. Hays, 1763-1776. 

Press (Jesaias). Paliistina und Sudsyrïen Reisehandbuch, mit vier Bildern 
von E. M. Lilien, 3 Karten, S Plànen o. 2 Grundrissen, B. Harz, Jéru- 
salem, Berlin, Vienne, éd. allemande, vin -j- 367 p.; le même ouvrage 
en hébreu, 408 p. 

Ces deux guides publiés sous les auspices de la Palestine Express Comp., 
sont composés avec soin et élégamment présentés. Ils rendront des services 
aux visiteurs actuels de la Palestine qui y trouveront tous les renseignements 
pratiques désirables. 

Rathjens (Cari). Die Juden in Abessinien. Hambourg, W. Geute, 1921 ; 
in-8° de 97 p. 

Report of the Commission appointed by the Government of Palestine to 
inquire into the affairs of the orthodox Patriarchate of Jérusalem by 
the Commissioners Sir Anton Bertram and H. Charles Luke. Oxford, 
Humphrey Milford, 1921 ; in-8° de vu -f 336 p. 

Riggan (G. -G.). The song of the vineyard : a study of Isaiah's book, Boston, 
Badger, 1920 ; in-8° de 67 p. 

Rivli.n (Eliézer). Rabbi Samuel Abou-Hacira (hébr.), tirage à part de 
Hatour, Jérusalem, I, Heilprin, 1922 ; in-16 de 20 p. 

Rosenthal (L.). Ueber den Zusammenhang, die Quellen u. die Entstehung 
der Mischna. Berlin, 1918. 

Saadya. dhs mDTTû mm™ rrn» ïtw* izjbta «vro. Traduction 
hébraïque du Commentaire de Saadya sur les treize règles d'interpré- 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tation par Nahum Ha-Katan, édité d'après un ms. d'Oxford par H.-J. 
Ehrenreich, Cluj-Klausenbùrg, Kaufmann, 1922 ; in-8° de 24 p. 
Sabsovich (Katharine). Adventures in Idealism. A personal record of the 
life of Professor Sabsovich, New-York, privately printed, 1922; in-8° de 
vin + 208 p. (avec illustrations). 

Biographie du fondateur de la colonie et de l'école agricoles de Woodbine 
(New-Jersey) (Baron de Hirsch-Fund). 

Sanders (Frank-K.). 0. T. prophccy. New-York, Scribner, 1921 ; in-16 
de vin + 102 p. 

Scheil (V.). Recueil de Lois assyriennes. Texte assyrien en transcription 

avec traduction française et index, Paris, P. Geuthner, 1921 ; in-4°del25p. 

Premier déchiffrement d'un texte tiré des trois tablettes exhumées dans les 

fouilles allemandes de Assur (Qalat Chergat) et éditées en fac-similé par 

E. Schroder dans les Keilschrifl texte ans Assur verschiedenen Inhalts 

(1920). 

« On peut dire sans exagération, écrit le savant éditeur, que depuis la 
trouvaille du Code de Hammurabi publié et traduit en 1902, rien de compa- 
rable n'a été mis au jour en matière de législation antique. » 

Scheftelowitz (I.). Die altpersische Religion u. das Judentum. Unter- 
schiede, Ubereinstimmungen und gegenseitige Beeinflùssungen.Giessen, 
A. ïôpelmann, 1920 ; in-8° de vm + 240 p. 

Scherira Gaon. fiatt N"P"iiZ5 3"l m^N in der franzôsischen und spanischen 
Version unter Benùtzung aller Handschriften mit erklarenden Noten, 
herausgegeben von Benjamin Lewin. Haifa (Palastina), Selbstverlag 
des Verfassers, 1921 ; in-8° de lxxii -j- 136 +32 + 8 p. 

Edition du célèbre document qu'on peut qualifier de définitive. 

Sellin (Ernst). Das Zwôlf prophetenbuch ùbers. u. erkl. (Kommentar 
z. A. T. 12). Leipzig, Deichert ; in-8" de ix + 568 p. 

Skinner (J.). The book of the Prophetlsaiah. Cambridge, University Press, 
1915-1917 ; 2 vol. in-16 de lxxxv + 314 et lxxiv + 289 p. 

Smith (Sir George Adam). The book of Deuteronomy. Cambridge, University 
Press, 1918 ; in-16 de cxxn + 396 p. 

Sola (Juan-M.). La profecia de Daniel. Lecciones Sacras. Barcelone, Gili, 
1919 ; in-4° de xxvm + 722 p. 

Szeruda (Johann). Das Wort Jahwes, Eine Untersuchung zur israelitisch- 
jiidischen Religionsgeschichte, Lodz, Manitius, 1921 ; in-8° devin + 87 p. 

Schaeffer (E.). Drei Hauptprobleme in der Auseinandersetzung zwischen 
Judentum u. Christentum. Gutersloh, Bertelsmann ; in-8° de 68 p. 

Tobac (Ed.). Les prophètes d'Israël. Etudes historiques et religieuses. 
I, Lierre, 1919; in-8" de xvi + 312 p. ; II— I II : Isaïe, Jérémie, Ezechiel, 
six petits Prophètes. Malines, Dessain, 1921 ; in-8" de in + 616 p. 

Torczyner (H.). Das Buch Hiob. Eine kritische Analyse des ûberlieferten 
Hiobtextes. Vienne, Lôwit, 1920 ; in-8° de îx + 343 p. 



BIBLIOGRAPHIE 103 

Volz (P.). Dcr Prophet Jeremia ùbcrs. n. crkl. (Komm. z. A. T., 10). 
Leipzig, Deichert, l ( .>-22; in-8° de lui -f- 445 p. 

Wachsikin (D r Bernhard). Zur Bibliographie der Gedàchtnis-und Trauer- 

vortraege in der hebràischen Literatur, Vienne, Selbstverlag der Bibl. 

dcr Israël. Kultusgemeinde, 1922 (avec titre hébraïque D"HDonîi nnstt); 

in-8° de xvi -f- 72 p. 
Wood (Percival). Moses the founder of préventive Medicine. Londres, 

Soc. f. G. K., 1920 ;.in-8° de xi + 116 p. 
Woskin-Nehartovi (M). Wl^b, livre de lectures hébraïques avec dessins 

par R. Cliamizer. Leipzig, W. Kaufmann ; gr. in-8° de 107 p. 
Zeitlin (Solomon). ïhe last days of Jérusalem (tir. à part du Jewish Forum, 

avril 1918) ; in-8° de 12 p. 
Zlocisti (Theodor). Moses Hess. Der Vorkâmper des Sozialismus und 
Zionismus. Eine Biographie, 2 e éd., Berlin, Welt, 1921 ; in-8°de 441 p. 

Zorn (B-M.). Die Psalmen. Zwickau, Schriftenverein, 1921 ; in-8<> de 
xn -f- 755 p. 

2. Périodiques. 

The American Journal of Semitic Languages and Literatures 

(Chicago, trimestriel), t. XXXVII, no 1, janvier 1921. = = Charles C. 
Torrey : The Chronicler's History of the Retnrn under Cyrus. — Th. J. 
Meek : Some religions origins of the Hebrews. — Critical notes : 
M. Sprengling : Daniel, in, 21-24. — J. Bloch : The printed texts of the 
Peshitta Old Testament. — W. F. Albright : Ivory and apes of Ophir. — 
H. C. Ackermann : The principle of differentiation between « The Word 
of the Lord » and « the Angel of the Lord ». — I. W. Slotki : a Study 
of ûsn. = = N° 2, avril 1921. = = Critical notes. I. M. Powis Smith : 
Some textual suggestions : I. Micha n, 12; II. Hab., n, 17; III. Ezék., 
xx, 39. — D. H. Corley : Isidore in Iewry. = = N° 3, juillet 1921 == = 
J. Morgenstern : The Elohist narrative in Exodus, ni, 1-15. — E. Day : 
The réminiscences of the Psalter. — M. Seidel : A as an old plural 
ending of the hebrew féminine noun [croit trouver dans la Bible des 
vestiges d'un ancien pluriel des noms féminins en a, p. ex. Ex. i, 10 : 
rranb» n:&npn "O], == T. XXXVIII, janvier 1922. == Ioshua Bloch : 
A critical examination of the text of the Syriac Version of the Song of 
Songs. 

Biblica (Sous-titre : Commentarii edili a Pontificio Instituto Biblico). 
Cette nouvelle revue, consacrée à l'Ancien et au Nouveau Testament, 
paraît depuis le 15 janvier 1920, à Rome, à raison de quatre fascicules 
par an. Elle publie des articles de fond (commentationes), des notes 
(animadversiones), des bibliographies et des recensions. Les articles 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sont en latin, italien, français, anglais, espagnol. La connaissance des 
articles de fond est facilitée par un sommaire rédigé en latin et placé 
généralement en tête. Les listes bibliographiques sont très abondantes; 
les périodiques d'un grand nombre de pays y sont dépouillés, ce qui 
rendra grand service aux chercheurs. La position est, bien entendu, 
celle de l'orthodoxie catholique. Mais les rédacteurs jouissent d'une 
grande liberté dans la critique textuelle. Signalons les articles sui- 
vants : Vol. I, 1920. Fasc. 1 : E. Power : A study of the hebrew expres- 
sion « Wide of heart » sb atn. — Fasc. 2 : A. Fernandez : La Gritica 
récente y el Pentateuco [admet l'utilisation de sources par Moïse ou ses 
secrétaires, la possibilité d'insertions légères « salva substantialiter 
authentia et integritate Pentateuchi »]. F. 3 : L. Heidet : Voyage de Saùl 
à la recherche des ànesses de son père, 1 Sam., ix, 1-10, 14, (suite au 
f. 4; fin, t. II, f. 3). — P. Joïion : Notes de morphologie. = = Vol. II, 
1921. Fasc. 1 : A Kleber : The Chronology of 3 and 4 Kings and 2 Para-, 
lipomenon (cum tabula chronologica) [Nouvel essai d'harmonisation 
des chronologies bibliques et profanes et d'établissement d'une chrono- 
logie continue] (suite fasc. 2). — P. Joùon : Sur le nom de « Qoheleth » 
[l'homme de l'assemblée populaire]. — A. Fernandez : Jud., v, 12. — 
A. Deimel: Sumer = n^DU:. — A. Vaccari : Su un preteso uso délia 
particella 1. — F. 2 : A. Médebielle : Le symbolisme du sacrifice expia- 
toire en Israël (fin au f. 3). — A. Fernandez : El profeta Ageo, n, 15-18, 
y la fundacion del segundo Templo. — F. Zorell : Vaticinium messia- 
num, Is., ix, 1-6 hebr. — A. Vaccari : Ez., vu, 23 [sur le sens du mot 
pinn]. — P. Jouon : Notes de syntaxe hébraïque. — F. 3 : L. Murillo : El 
« Israël de las promesas » o Judaismo y gentilismo en la concepcion 
Paulina del Evangelio. — P. Joùon: Etudes de sémantique hébraïque. 

— G. Lattey : A note on the.Misna: Passover, 7, 9s. —A. Vaccari: 
ïlohç aceoex, Is., xix, 18. — F. Zorell : Davidis de Saùl et Jonathan 
nenia. — F. 4 : A. Vaccari : Versioni arabe dei profeti. — A. Fernan- 
dez : Epoca de la actividad de Esdras. = = Vol. III, 1922. F. 2 : A. 
Fernandez : Aspetto morale de la conquista de Canaan. — H. Hôpfl : 
Das Ghanukafest. — G. Meyer : Zur Entstehungsgeschichte des Bûches 
Judith. — P. Joùon : Quelques hébraïsmes de syntaxe dans le premier 
livre des Macchabées. — Ex. de Vaiv omis dans le texte Massorétique. 

— F. 3 : A. Tricot : La prise d'Aï (Jos., vu, 1-8, 29). Notes de critique 
textuelle et d'histoire biblique [conclut que le grec de ces chapitres 
offre un meilleur texte que l'hébreu]. — E. Power: Sion or Si'on in 
Psal., cxxxiii. — P. Joùon. Les temps dans Prov., xxxi, 10-31 [doivent 
se traduire au passé ; il s'agirait de l'éloge d'une défunte]. 

The Jewish Quarterly Review, N. S., t. XI (Philadelphie, trimestriel), 
1920-1921. No 1, juillet 1920. = = Gritical notices : J. Kohn : An expia- 
nation of Abot, vi, 3. — H. Hirschfeld : The author of the Yigdal hymn. 

— M. Hyamson : Husband's « Prosecution of Jésus ». — A. Marx : 



BIBLIOGRAPHIE 105 

Hebrew [ncunabula. — M J. Kohler : Wolfs notes on the « Diplomatie 

history of the jewisli question ». = = N n 2, octobre 1920. = = 
I). Sassoon : Inscriptions in the Synagogue in Kai-Fung-Foo. — 
K. Kohler : The Essenes and the apocalyptic Literature. — J. Z. Lauter- 
back : The name of the Mekilta. — S. A Hirsch : Isaiah 14, 12 
[~rro p b'mn désignerait le soleil]. = = N° 3, janvier 1921. = = 
J. A. Montgomery : The religion of Flavius Josephus. — Cri ti cal notices : 
L. Finkelstein : Récent hellenistic Literature. — S. N. Greenstone : The 
Religion of Israël. — M. J. Kohler : Baron's « The jewish Question at 
the Congress of Vienna. » = = N° 4, avril 1921. ===== i. Mann : I. The 
last Geonim of Sara. II. A Fihrist of Sa adya's Works. III. Abraham b. 
Nathan (Abn Ishâk Ibrahim b. 'Atta) Nagid of Kairowân. — J. Mann : 
Addenda to « the Responsa of the Babylonian Geonim [as a source of 
Jewish History ». — Critical Notices : J. Hoschander : Biblical Literature. 
— S. S. Cohen : Jewish Medicine. — I. Davidson : Some notes to Mahzor 
Yannaï. = = T. XII, 1921-1922, n° 1, juillet 1921. = = M. Vishnitzer. 
A Jewish Diarist of the eighteenth Century [étude sur le ms. de Ber 
Bolechower, conservé à la bibliothèque du Jew's Collège, et publié 
parle D r Brawer;'ce ms. renferme des renseignements variés sur la 
condition intellectuelle et sociale des Juifs de Pologne au xvm e s.]. — 
I. Eitan : Light on the history of the hebrew Verb. — S. Daiches : 
Exodus, v, 4-5. = = N° 2, octobre 1921. = = J. Mann : A polemical 
work against Karaite and other Sectaries. — J. Reider : Récent biblical 
Literature. — J. Kohn : A. Kohut. = = N° 3, janvier 1922. = = 
J. Mann : A tract by an early Karaite settler in Jérusalem [Un des plus 
anciens Caraïtes établis à Jérusalem invite ses coreligionnaires à l'y 
rejoindre pour fonder une communauté et joint à cet appel des instruc- 
tions de caractère théologique (fragment Bodl. 2776 5 )]. — J. N. Epstein : 
Notes on post-talmudic-aramaic Lexicography. — I. Davidson : A 
hitherto unknown term in mediaeval Hebrew Prosody [le mot 11735 
serait non un nom hébreu, mais un dérivatif de l'arabe djammara, 
réunir, et indiquerait qu'une rime ou un couplet rassemble diverses 
stances en un seul poème]. — J. Kohn : Oesterley's Sayings of the 
Jewish Fathers. = = N° 4, avril 1922. = = B. Halper : Descriptive 
Catalogue of Genizah Fragments in Philadelphia, (suite, i« juillet 1922). 
J. Mann : Early Karaite Bible Commentaries. — Critical Notice : 
I. M. Cazanowicz : Récent Works on the history of Religions. 

The Journal of Palestine Oriental Society (Jérusalem, trimestriel), 
T. I, N (,s 2-3 (1921). == W. F. Albright : A revision of Early Hebrew 
Chronology. — A. Z.Itlelson : Hebrew Music with spécial référence to 
the musical intonations in the Récital of Pentateuch. — E. J. H. Mackay : 
Observation on a megalithic Building at Bet Sawir (Palestine). — 
E. N. Haddad : Blood Revenge among the Arabs. — E. Ben Yehudah : 
The Edomite Language. — C. C. Me Cown : Solomon and the Shula- 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mite. — J. P. Petcrs : Notes on Locality in the Psaltcr. — D. Yellin : 
The Use on Ellipsis in « Second Isaiah » — F. M. Abel : La Maison 
d'Abraham à Hébron. — S. Raff'aeli : A recently discovered Samaritan 
Charm. = = T. II, N° 2 = = G. Orfali : La dernière période de l'histoire 
de Capharnaùm. — L. Sukenik : The ancient City of Philoteria [Beth 
Yerali). — VV. F. Albright : Palestine in the earliest historical Period.— 
T. Canaan : Byzantine Caravan Hontes in the Negeb. — Tolkowsky : 
Aphek. A study in Biblieal Topography [étude snr la bataille de l'arche 
(I Sain., iv, 1) ; celle de Gilboa et celle entre Achab et Ren-Hadad]. 

Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Juden- 
tums (Breslan, trimestriel) = = 64 e année, N os 1-3, janvier-mars 1920 

— = M. Brann : Jacob Gntlmann [nécrologie dn président delà Gesell- 
schaft znr Forderung der Wissenschaft des Judentums. Guttmann laisse 
d'importantes études snr l'histoire de la théologie juive au moyen âge, 
snr Abraham ibnDaond, Ibn Gabirol,Maïmonide,etc.,et snr les rapports 
delà théologie juive avec la scolastiqne an xin 9 siècle. Quelques-unes 
de ces études, Guillaume d'Auvergne et la littérature juive, Alexandre 
de Haies et le Judaïsme, ont paru dans notre Revue. Guttmann colla- 
borait au Corpus tannaiticum et à la Germana judaica]. — I. Heine- 
mann : Philonslehre vom heiligen Geist u. der intuitiven Erkenntnis 
(fin, n os 4-6). — A. Sehwarz : Der Segan. — J. Cohn : Wesen u. Bedeu- 
tung des Dagesch,insbesondere desDagesch euphonicum (suite, n°* 4-6). 

— F, Babinger : Die hebraischen Sprachproben bei Ritter A. von 
Harff. = = N os 4-6, avril-juin = = M. Freudenthal : Die beiden Moses 
[le Moïse biblique et Maïmonide]. — S. Klein : Zur Ortsnamenkunde 
Palastinas {fin, n oï 7-9). — M. Brann : Ans H. Graetzens Lehr-u. Wander- 
jahren. IV. ===== N s 7-9, juillet-septembre. = = H. Laible : Ethische 
Streiflichter auf Fr. Delitzschs « Grosse Tauschung » (fin, n os 10-12). — 
J. Jacobson : Die Stellung der Juden in den 1793 u. 1795 v. Preussen 
erworbencn polnischen Provinzen zur Zeit der Besitznahme (suite, 
n os 10-12, 1-3 (1921), 4-6; fin, n 08 7-9). — V. Aptowitzer : Anteilnahme 
der physichen Welt an den Schiksalen des Menschen (suite, n os 10-12, 
1-3 (1921); fin, nos 4.0). = = N os 10-12, octobre-décembre. = = 
I. Elbogen : Marcus Brann [Nécrologie/Le D r Brann, historien réputé, 
avait ressuscité la Monatsschrift de concert avec Kaufmann en 1893.] 
I. Heinemann : Jacob Guttmann. == 65 e année, N os 1-3, janvier-mars 
1921. = = A. Lewkowitz : Hermann Cohen : Die Religion der Vernunft 
ans den Quellen des Judentums. — A. Grotte : Die Beudetung der 
Galilaischen Synagogen-Ausgrabungen fur die Wissenschaft. — Josef 
Caro : Altenglische poetische Bearbeitungen der Bibel. — J. N. Epstein : 
Randglossen zu dem Aufsatze von Klein « Zur Ortsnamenkunde Palas- 
tinas. » =2= N os 4-6, avril-juin : N. M. Nathan : Das Feldgebetbuch 
fur die judischen Soldaten u. Matrosen in d. englischen Armée u. 
Marine.— I. Scheftelowitz : Ein Beitrag zur Méthode der vergleichenden 



BIBLIOGRAPHIE ' 107 

Religionsforschung. — S. Poznan ski : Der Ramer Al-Muallim (oder al- 
Melammed) Fâdhil u. seine Bearbeiter. = = N os 7-9, juillet-septembre. 
= = S. Levi : Das franzosisehe Feldgebetbuch. — Selma Stern : S. M. 
Dubnows h Neneste Geschichte des judisehen Volkes ». — S. Krauss : 
Die galilaischen Synagogenruinen u. die Halakha. — J. Mieses : Zur 
hebraischen Sprachforschung [explication de Bâté Hannéfesck, Is., m, 
18-20 (sorte d'amulettes), Kîdor, Job, xv, 24 (destruction), Hadourim, 
Is., \lv, 2, Rosch kéleb, n Sam., m, 8]. — I. Low : DerRuss. —S.Klein : 
'/ai A. Grottes « Synagogen-Ausgrabungen. » 

Revue biblique internationale (Paris, trimestrielle), 30 e année. ===== 
N° 3, juillet 1921. = = R. P. Dhorme. L'emploi métaphorique des 
noms des parties du corps en hébreu et en akkadien {suite, n os des 
1 er oct. 1921 et 1 er avril 1922). — Mélanges : Dom. D. De Bruyne : 
Notes de philologie biblique. — R. P. Vincent : La Cité de David, 
d'après les fouilles de 1913-1914 [analyse et critique de l'ouvrage de 
notre collaborateur R. Weill]. — Chronique : R. P. Vincent : Vestiges 
d'une synagogue antique à Yafa de Galilée. — Les fouilles juives d'El- 
Hammam, à Tibériade. — Le Sanctuaire Juif d'Aïn-Douq. = = N° 4, 
1 er oct. 1921 . ===== II. P. Vincent : La Cité de David (fin). — De Bruyne : 
Notes de philologie biblique. — R. P. Dhorme : La langue des Hittites. 
— L. H. Vincent et B. Carrière : La Synagogue de Noarah ; les inscrip- 
tions. = == 31 e année. N° 1, janvier 1922. = = E. Podechard : Notes 
sur les Psaumes. — Psaume xnx. — De Bruyne : Le texte grec des 
deux premiers livres des Macchabées. — Mélanges : R. Savignac : La 
région de Ain Qedis [le Cadès biblique]. — L. H. Vincent : L'année 
archéologique 1921 en Palestine. == N° 3, juillet 1922. == Mélanges : 
R. P. Vincent : Néby Sainouïl [confirme l'opinion déjà émise en 1892 
par le P. Lagrange que cette montagne portait le sanctuaire de Gabaon, 
étudie les textes bibliques qui s'y rapportent, et termine par la déter- 
mination archéologique des ruines et l'évolution historique du site]. — 
R. P. Dhorme : Le Désert de la Mer (Isaïe, xxi) [est le « Pays de la Mer», 
la Babylonie du Sud ; l'oracle d'Isaïe fait allusion à la campagne de 
Sargon (710-709)]. — R. P. Abel : la Géographie Sacrée chez S. Cyrille 
d'Alexandrie. — Chronique : J. Creten : La Pàque des Samaritains 
[description du repas sacré des Samaritains, dont l'auteur a été le 
témoin oculaire le 11 avril 1922]. 

Revue de l'histoire des Religions. ===== T. LXXIX, 1919, n os 1-3. 
= = R. Dussaud : Des fouilles à entreprendre sur l'emplacement du 
Temple de Jérusalem. = = T. LXXX, n os 4-5. = = P. Humbert : Les 
métamorphoses de Samson ou l'empreinte israélite sur la légende de 
Samson. == T. LXXXI, 1920, n° 3. = = A. Causse : Les Jardins 
d'Elohim et la source de vie. Essai sur l'évolution du Mythe paradi- 
siaque dans la littérature biblique. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Hazofeh (Revue trimestrielle en hébreu, dirigée par L. Blau, Budapest). 
[Nous traduisons ou transcrivons en français les titres d'articles]. = = 
T. V., 1921, fasc. 1 : M. Weiss : fragments de la Gueniza (suite, fasc. 3). 
— M. Guttmann : Exégèse et midrasch (suite, fasc. 2). — S. Hevesi : 
Etude sur le livre de Job (suite, fasc. 2, 3, 4). — I. Duschinski : Biogra- 
phie de D. Oppenheimer (suite, fasc. 2, 3, t. VI, 1922, fasc. 1, 2). — 
L Blau : Correspondance entre S. Rosenthal et Eizik Euchel. — J. Patay : 
Miginzè Oxford (vie et œuvres du poète Meschoullan Da Piera (xm e s.) 
(suite, fasc. 2; fin, fasc. 3;. — I. Goldberger : Notes sur VOçar Israël 
[suite, fasc. 2, 3, 4, t. VI, 1922, fasc. 1,2).== F. 2 : M. Klein et A. 
Mullner : Rabad historien (fin, fasc. 3). = = F. 3 : J. Szper : Contribution 
à l'étude de l'histoire des Juifs de Pologne. — S. Poznanski : mor- 
ceaux de la Meguillat Setarim. — A. Marx : Maamar schenat hagueoula 
[d'après un ms. du Séminaire de New-York]. — S. Krauss : Les noms 
du Messie à l'époque des Gueonim. = = F. 4 : A. Marmorstein : 
Kiddousch Yerakim de R. Pinhas [curieux texte qui révèle, pour la 
première fois, un ouvrage du païtan Pinhas, peut-être disciple de Kalir, 
dont le nom seul nous était connu par Saaclya; intéressant pour l'étude 
des usages religieux des Juifs de Palestine au vui e siècle]. — J. Mann : 
Perek reïot Yehezkel. — I. Grunwald : Contribution à l'étude du Hassi- 
disme hongrois. = — T. VI, fasc. 1 : I. Mann : Pioutim de la prison 
[œuvre de Abraham-ha-Coheo, palestinien mis en prison en Egypte 
pour dette à un Caraïte, en 1024, et non de Joseph b. Abraham comme 
l'avait cru M. Marmorstein], — J. Szper : La prononciation du Kameç 
chez les rabbins du Talmud; les Dorschè Reschoumot et les Dorschè 
hamourot. — A. Freimann : Contribution à l'histoire de Schabbataï 
Cevi et de la Secte des Frankistes à Prague. — A. Marmorstein : 
Supplément à mon article le Kiddousch Yerahim de R. Pinhas. — 
I. M. Elbogen : Vestiges de rituels de l'Aboda de Kippour. — 
M. Grossberg : L'Exilarque Isaac. = = Fasc. 2. : I. Davidson : 
Piyoutim anciens. V. [grand fragment d'un poème philosophique 
d'auteur inconnu, d'après un ms. du Brit. Muséum. Ce poème, dont 
quelques expressions rappellent la manière de Salomon b. Gabirol, 
est remarquable pour les idées et de forme curieuse. Il avait 
vingt-deux « portes » de vingt vers chacune. La dernière consonne de 
ces vingt vers est toujours la même en suivant l'ordre alphabétique 
(alef dans la première porte, bèt dans la seconde, etc.). Il reste un peu 
moins de la moitié de cette curieuse composition heureusement mise 
au jour]. — J. Mann (en mémoire de S. Poznanski) : Un Responsum du 
Gaon Samuel ben Eli de Bagdad (xn e s.). — R. B. Lewin : Notes sur les 
Réponses de Saadya à Hiwi al-Balkhi. 



BIBL10GKAPII1K 109 

3. Notes et extraits. 

z Dans un article de la Revue d'histoire et de littérature religieuse 
(t. VII, mars 1921), M. P. Roussel étudie quelques documents nouveaux 
relatifs au culte de Sarapis. Dans ces documents provenant de papyrus 
récemment publiés et qui paraissent dater du u e siècle apr. J.-C., il est 
question des miracles produits par Sarapis L'un de ces miracles a lieu 
lors d'un débat entre Juifs et Alexandrins devant Trajan. Voici, d'après 
M. R., le contenu de ce curieux texte (Papyr. Oxyr., t. X, n° 1242), 
qui s'apparente à la catégorie de ces procès dont les papyrus nous ont 
conservé le récit, plaides devant les empereurs Claude, Hadrien, 
Commode, où, dans deux cas au moins, la cause du procès consiste 
dans u ne ri vali té entre Juifs et Alexandrins (cf. Revue, xxvn, 10; xxxi, 162) : 
« Une ambassade juive et une ambassade alexandrine se présentent à 
Rome devant l'empereur : les uns et les autres ont apporté avec eux 
leurs dieux... (sans doute s'agit-il pour les Juifs, ainsi que le présume 
M R., des rouleaux de la Loi). L'empereur, que sa femme Plotina a 
disposé en faveur des Juifs, traite durement les ambassadeurs alexan- 
drins : au cours de la deuxième séance, le débat s'envenime entre 
Trajan et Hermaïskos l'Alexandrin, qui lui reproche de remplir le Sénat 
de Juifs et d'être l'avocat de ces impies (àvôaioi). Alors se produit le 
miracle : le buste de Sarapis, porté par les ambassadeurs, se couvre 
de sueur ; à cette vue, l'empereur est frappé d'étonnement ; peu après 
il y a dans Rome du tumulte, des cris et tous s'enfuient sur les 
collines... » La suite est mutilée. 

= Dans le n° de juillet-octobre 1921 de la Revue archéologique, M. Ch. 
Bruston étudie, d'après le récent ouvrage de R. Eisler [Die Kenitischen 
Weihinschriften der Hyksoszeit, Fribourg, 1919) « les plus vieilles 
inscriptions chananéennes ». Les photographies données par Eisler, 
plus nettes que celles du Journal of Egyptian Archaeology publiées 
en 1916 par A. H. Gardiner, permettent une meilleure interprétation 
de ces documents. L'écriture de ces textes, où il est question d'ex-votos 
à Tunit, à Hathor, au Soleil, à Baalat, a révélé un alphabet dont les 
formes archaïques attestent une date antérieure aux plus anciennes 
inscriptions phéniciennes, hébraïques, moabites ou araméennes. Ces 
textes remonteraient à 1.500 environ av. J.-C. Ce ne sont donc pas 
les Phéniciens qui auraient inventé et propagé dans le bassin méditer- 
ranéen l'alphabet de vingt-deux lettres. 

: Dans le n° de juillet 1922, de la Revue des Sciences philosophiques et 
théologiques, le P. A. Lemonnyer, dans une étude sur le « Messianisme 
des Béatitudes», interprète ce texte célèbre comme « un acte essentiel- 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lement messianique en relation étroite avec l'Ancien Testament ». Les 
héros des Béatitudes et leurs privilèges religieux viennent en droite 
ligne « de ce centre vital de la foi israélite que sont les prophètes et 
les psalmistes ». L'auteur de l'article appuie sa démonstration de 
rapprochements pour chaque phrase des Béatitudes avec des textes 
correspondants des Psaumes, d'Isaïe, etc. 

= Sous le titre de Ginzc Kédem, le I) r B. Levin vient de commencer la 
publication d'un périodique en hébreu consacré à la période des 
Gueonim. Le premier fascicule du t. 1 (Haifa, 1922, in-8° de vi-f- HO p.) 
contient des Teschoubot ou fragments de Teschoubot inédites ainsi que 
des commentaires talmudiques dus à Haï Gaon, Scherira, Hananel. La 
plupart des articles sont dus au savant éditeur de Ylgéret R. Scherira. 
Nous souhaitons bon succès à la nouvelle Revue. 

== La Société « Dwir », à Berlin, annonce la prochaine apparition d'un 
périodique trimestriel en hébreu consacré à la science du Judaïsme. 
Il contiendra des articles de philologie hébraïque et sémitique, des 
études sur la littérature biblique, talmudique et la littérature juive en 
général, sur l'histoire et l'archéologie palestinienne, la philosophie 
religieuse, le droit juif, des bibliographies, etc. L'appel à la collabora- 
tion des savants de tous pays est signé S. Elbogen, J. N. Epstein et 
H. Torczyner. 

= La maison d'édition Rimon, à Berlin, fera paraître sous ce nom une 
revue hébraïque consacrée à la littérature, aux arts plastiques, à la 
musique dans le passé et le présent. Une place particulière y sera 
réservée à l'art juif. Directeur : le D r M. Vichnitzer. 

= Notre excellent collaborateur, le D r Jacob Mann, a été nommé profes- 
seur d'histoire et de littérature juive au Hebrew Union Collège de 
Cincinnati, en remplacement du regretté D r Gothard Deutsch. 

Julien Weill. 



BIBLIOGRAPHIE 111 



Die Palaestina-Literatur. Fine internationale Bibliographie in systema- 
tisclier Ordnung mit Auloren and Sachregister, lierausgegeben von Peter 
Thomsen. Tome III. Leipzig, Hinrichs, 1916. 

Le D r Peter Thomsen, infatigable bibliographe et palestinologue, nous 
donne le troisième volume de sa Bibliographie internationale de tous les 
travaux parus sur la Palestine pendant les années 1910 à 1914. 

L'idée d'une bibliographie internationale de la littérature sur la Pales- 
tine n'est d'ailleurs pas nouvelle 1 . Le D r Thomsen a eu comme devan- 
ciers T. Tobler, R. Roericht, A. Socin, K.-G. Jacob et J. Benzinger. Les 
essais et les expériences des autres lui ont permis de nous donner une 
œuvre bibliographique parfaite. 

Il était bien souhaitable, en effet, qu'on partageât le travail entre 
plusieurs spécialistes. C'est ainsi qu'en ce qui concerne la littérature de 
1910-1914, rauteur a eu la collaboration, pour la littérature russe, de 
H. von Griegen ; pour la littérature hollandaise, de J. de Groot; pour la 
littérature hébraïque et sioniste, de S. Klein et W. Zeitlin. H. Fischer a 
été chargé de la littérature proprement géographique et de la car- 
tographie. 

Ce volume, qui nous permet de prendre connaissance de 4.200 travaux, 
de valeur inégale, possède encore un autre mérite : il a paru pendant la 
guerre. Avouons-le : c'était faire preuve d'une grande puissance d'abstrac- 
tion que de publier, pendant la grande tuerie, une bibliographie interna- 
tionale, et pour ainsi dire complète, de la littérature concernant la 
Palestine. 

D'autre part, nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la Commis- 
sion sioniste pour l'exploration de la Palestine et la Société pour l'en- 
couragement de la science du judaïsme aient tenu à aider à la publi- 
cation de cet ouvrage, si nécessaire à ceux qui s'occupent d'études 
palestiniennes. 

L'ordre des matières reste le même que celui du deuxième volume. 
Une seule innovation : on a placé la géographie historique et la topo- 
graphie (IV) entre l'archéologie (III) et la géographie (V). Ainsi est réa- 
lisée, d'après l'auteur, la liaison nécessaire entre ces deux groupes. 

Dans le volume que nous avons sous les yeux, on n'a pas tenu 
compte seulement des publications qui touchent spécialement à la 
Palestine. Les frontières de la bibliographie palestinienne ont été repor- 
tées très loin. Ainsi la littérature sur la Syrie est très soigneusement 
dépouillée. La littérature hébraïque est assez bien passée en revue, ainsi 
que la littérature sioniste. Nous en sommes redevables à MM. S. Klein et 
W. Zeitlin. 

1. Les recueils bibliographiques de M. Thomsen commencent avec l'année 189o. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'auteur tient parfois à expliquer un titre ou à nous donner de 
brèves indications sur la partie du livre qui nous intéresse spécialement. 
Nous ne demandons pas mieux, et Ton eût même souhaité que la 
bibliographie ne fût pas simplement une liste de noms d'auteurs et de 
titres d'ouvrages. Même des notes critiques sur la valeur de chaque 
numéro seraient tout à fait les bienvenues. Nous voulons espérer que le 
I) 1 * Thomscn reconnaîtra la légitimité de ce souhait. A la fin du volume, 
on nous réserve une surprise : c'est le supplément, qui nous donne la 
liste des manuscrits palestiniens publiés. 

Nous ne pouvons nous retenir d'admirer le travail du D r Thomsen 
et de son épouse, qui nous offrent, à la fin du volume, un Index minu- 
tieusement complet, ne comptant pas moins de 5.700 mots. 

Il nous reste à souhaiter que le D r Thomsen veuille bien entreprendre 
une Bibliographie complète de la littérature palestinienne d'avant 1895. 
Ses devanciers, avec tous les « Nachtrâge », sont restés incomplets. 

A.-B. Duff. 



Le Gérant : Julien Weill. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DU MAREGHAL-FOCH 



LE 

BAVISSEMENT DU MESSIE-ENFANT 

DANS LE PUGIO FIDEI 1 



La version de l'histoire du ravissement du Messie-enlant, (elle 
qu'elle se lit dans le Pugio fidei (p. 350) 2 , pose un problème 
d'histoire littéraire qui mérite d'être repris. 

Voici ce texte, dont nous n'avions donné qu'un résumé et qui 
est aussi étrange par le fond que par la forme : 

-pi a *prrn 31U - " 1 " !:dt wba ï"^ nr ^ °^s pna nn baïais -T'a 
ma mttito npanx "bip nn a>7atzn WTpnrt ma annia dth imw 
n« (ne) a-pnnb b"i imba ynwv ï"pa 'nai «amnb Nia-Hp Niznpw 
rfa'p'n anb ~)72K paniTi vumrnzj on» m ni:wt *pn nbna»n ba 
maiN i^ab i^:n mbanbi ima pn annnb !w*,i îwbia» ba» qisp 
naa ûnb rtsn n-i^to bip na nnr na»is ma D^poia» ûn&o ûbna*n 
anb maa ib h-iwn Rin p*wi nb -ton amora bswb ûnb ibis 
nsai nn^n nno ba» naïav 1 nmrno nnN nia** Nirrai *|bn ïrnn^ 
-ittN in ib nn»N mb"« p Tia nb -ien maeb bcaitti DTn ■jbab» 
D*v»a naia abrra nan ib mwN ma bsnm ^banb^^u: ïa^ra n?a nb 
xnn naa -n ip-nrm -h?:? ^na nb n»N ©Tpttn ma a-ina in TbirjiD 
•JEn ib ^bm nman ia np^mm mny m» rp ba» nb*na nantr ûnb 
mTana dn banvp b» a»"rç»73 na-ian *p« -ïttN o^ib ;attn nnxb d^id 
rn»ia» ncNn K£?:n ^bn mien ^awbtt rnxna in bian» «m o^ab» 
Bib *an nb ms« na»:: im» bffl îa^ta n?3 Tia nb -i»n nma fins ba» 
«bi o*ipsn ma a-in: ia nbiaia ûTa iau: ibna an© Y 5 vh^r 
d^:tr nam ir^T ib ur o^an ^bnn i3"«ri ib ^ a^ba-i ib^sR na» 
ma» pRa ban» «in nm nan?3 i:-«ri ib nr ns a»?aio i:pri nb «51 

1. Voir fouue, LXXIV, p. 113. 

2. Ibid.,\). 126. 

T. LXXV, n° 150. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bilan D^b lîwom Dbi*n m:e *a-iKB mi rb* nau» -mra aima 
nn nnr ban» 1 ' nanïp ma» "m -ittin p^si Sri*» tabm ■nnaa rnp 
mai nra mN73 yan» «b« -nao nnN^a «b imbN nb mwai bip 
nasî d^toidi n-np ">3a bsM lia? ïib*»a nsœ û*wai»i bvwn tra 
.yp ny i* mbma mm» ba b* -pfn» û^ian nwoi wi b» Nnnsn 

A propos des mots : l'ouïes les fois que les brebis s'échauffaient 
(Gen., xxx, 41), R. Samuel, fils de Nahman, dit : Elie, d'heureuse 
mémoire, étant en route le jour où fut détruit le Temple, entendit une 
voix céleste qui criait : Le temple saint est condamné à la destruc- 
tion, etc. {sic). A ces mots, il s'imagina que le monde entier allait dis- 
paraître 1 . Continuant son chemin, il rencontra des gens occupés à 
labourer et à ensemencer. Comment, s'écria-t-il, Dieu s'est irrité contre 
son Univers, il a résolu de détruire son Temple et d'exiler ses enfants 
parmi les gentils, et vous vous adonnez à des intérêts passagers ! La voix 
céleste se fit alors entendre, disant : Laisse-les, un sauveur est né à 
Israël. — Où est-il, répliqua Elie ? — A Bethléem de Juda. — Il se rendit 
dans cette ville et trouva une femme se tenant à la porte de sa maison, 
pendant que son fils était étendu devant elle, tout souillé de sang. 
Ma tille, lui dit-il, est-ce là ton fils? — Oui. — Et pourquoi gît-il ainsi 
couvert de sang? — Quel malheur ! C'est parce que le jour même de sa 
naissance le Temple a été détruit. — Lève-toi et prends-le : par lui il y 
aura un grand salut pour eux (Israël). — C'est ce qu'elle fit, et là-dessus 
Elie s'en alla. Cinq ans après, il se dit : Je vais aller voir le Sauveur 
d'Israël et me rendre compte s'il est élevé (ou grandit) comme un roi ou 
sous la forme des anges. — Il trouva la femme à la porte de la maison. 
— Ma fille, lui dit-il, qu'est devenu l'enfant? — Maître, ne t'avais-je pas 
dit qu'il était venu au monde sous une mauvaise étoile*, puisqu'il était 
né le jour même de la destruction du Temple? Ce n'est pas tout : il a 
des jambes et ne marche pas, des yeux et ne voit pas, des oreilles et 
n'entend pas, une bouche et ne parle pas ; il est inerte comme une 
pierre. Sur ces mots, un vent souffla des quatre coins du monde et le 
transporta dans la Grande Mer. Alors Elie déchira ses vêtements, s'ar- 
racha les cheveux et dit en gémissant : Hélas ! le salut d'Israël a péril 
Une voix céleste sortit, criant : Elie, ce n'est pas ce que tu penses; voici 
ce qui en est : pendant quatre cents ans il séjournera dans la Grande 
Mer, quatre-vingts ans dans la chambre fumeuse près des fils de Coré, 
quatre-vingts ans à la porte de Home et le reste des années (sic) il cir- 
culera dans les grandes villes, jusqu'au temps de la Fin. 

A première vue, ce texte a tous les caractères d'une adaptation 
mal faite. 

1 . Traduction conjecturale, le texte étant corrompu. 

2. Il faut lire ibt» 3H- 



LE RAVISSEMENT DU MESSIE-ENFANT H S 

Qu'il ne représente pas la forme originale, c'est ce que prouve 
déjà la langue dans laquelle il est écrit, à savoir l'hébreu, alors 
que la version du Talmud est en araméen ; or, c'est une règle 
générale que, lorsque deux histoires sont contées dans l'un et 
L'autre dialectes, c'est l'hébreu qui est secondaire. 

La terminologie messianique de ce traducteur est plus chré- 
tienne que juive. Il appelle le Messie barrer bra yrçn» « le Sau- 
veur d'Israël », et, en particulier, dans une phrase qui est la 
réplique exacte de Luc, n, il : « Un Sauveur nous est né », alors 
que les rabbins le nomment baru « Libérateur ». 

Son inexpérience de la langue va de pair avec celle des idées. 
D'après lui, Elie demande si le Messie a l'apparence d'un roi 
ou d'un ange. Un texte midraschique porte bien que le fils de 
David sera plus grand que les anges S mais jamais les rabbins 
ne le représentent autrement que comme un homme, même 
quand ils le mettent en scène au ciel. C'est surtout dans le 
rôle qu'il attribue au prophète qu'il étale son érudition trop 
courte. Choqué du rôle que joue l'Arabe sorcier dans le texte 
primitif, il lui substitue Elie, qui est le Deas ex machina dans les 
cas difficiles et les circonstances tragiques. Mais il ne sait pas 
qu'Elie est toujours l'annonciateur des événements à venir; en 
possession d'une science souveraine, il n'a jamais besoin d'inter- 
roger autrui. Or, ici, il a sans cesse recours à la voix céleste pour 
satisfaire sa curiosité, à moins que ce ne soit à un humain même, 
comme la mère du Messie. Bien plus, dans son ignorance, il s'aban- 
donne au désespoir, déchire ses vêtements, s'arrache les cheveux. 

Après cela, on ne s'étonnera pas des autres variantes étranges 
qui distinguent cette version si suspecte à tant de points de vue. 
Pour justifier l'amertume de la mère et peut-être sous l'influence 
du ch. lui d'Isaïe, elle fait du Messie-enfant un pauvre être, gisant 
comme une matière inerte, privé de ses sens. S'il est ravi par les 
vents, c'est pour être jeté dans la mer, détail qui n'a son paral- 
lèle dans aucun texte juif connu. Là, il reste quatre cents ans, le 
traducteur confondant la durée de son règne, d'après tel docteur 
ancien et le IV Ezra 2 , avec celle de cette aventure maritime 
inédite. Il va ensuite dans la région occupée par les fils de Coré et 
y séjourne quatre-vingts ans. Ici notre contrefacteur ajoute à 
l'insuffisance de sa science sa méconnaissance de l'hébreu. En 

1. Tankouma, Toldot, 14; Buher, I, 139; Arjadcd liereschit, 44. 

2. Sanhédrin, 99 a; IV e Ezra, vu, 28. 



116 REVUE DES ETUDES JUIVES 

effet, il appelle cette région i©y rrb*7a, qui, dans la Mischna, 
signifie « herbe produisant de la fumée ». Il a voulu dire, sans 
doute, Xètage supérieur rempli de fumée, par une réminiscence 
de deux textes qu'il a mélangés. En effet, il est dit, d'une part, 
qu'un Arabe sorcier montra un jour le lieu de l'engloutissement 
des ûls de Goré, d'où sortait de la fumée 1 , d'autre part, que la 
bande de Coré, s'étant repentie, reçut pour habitation dans le 
Gehinom un endroit élevé 2 . Enfin, si ces réprouvés méritent la 
société de l'enfant Messie, c'est parce que l'Ecriture dit d'eux 
qu'ils ne sont pas morts 3 et que, pour cette raison, ils jouissent 
d'un sort particulier '« , spécialement, ils sont de la seconde classe 
d'hommes qui ressusciteront à l'arrivée du Messie h . Enfin, notre 
auteur est seul à transformer le Messie en un autre Elie qui cir- 
cule à travers Je monde, et cette nouveauté est due sans doute, 
non seulement à la confusion du Messie avec Elie, mais encore au 
souvenir des récits qui mettent ce dernier ou tel autre révélateur 
de la Fin en présence du Messie à Rome 6 . 

1. Sanhédrin, 110 a. 

2. lbid.\ cf. j. Sanhédrin, 29 c; Samuel Rabba, 5. 

3. Nombres, xxvi, 10-11. 

4. Mischna Sanhédrin, xi ; Sanhédrin, 110«; Meguilla, iia; Tanh., Buber, 
IV, 93 ; AboL de R. Nathan, 36 : Bemidbar Rabba, 18. 

5. Zorobabel (voir Revue, LXVI11, 139; ; Pirké Maschiah, B. H., III, 72 ; Pirké 
R. Yoschiahou, ib., VI, 115. 

6. Il va sans dire que Samuel b. Nahman ne saurait avoir rapporté cette traduction 
malencontreuse de la page du Talmud de Jérusalem, malgré l'affirmation de notre 
texte. Voici, sans doute, l'origine de cette invention. Un peu plus haut (p. 349), 
Raymond Martini cite ce passage de Bereschit Rabba prior : "J^IS::-; Dm 533 

ia mon ibiWD am na —îttiN tins i^a» ITare *na Scott:: — ,"« 
Ssn î^3"> t3Tj3 mb 1 ^Tin tariaa 'aia Eî'ipTan f-pa ann tzr: 
[anmo] n^ura rrbao non ^ s-intd yw V2 ^-dt ï-Ttaibnm : — tb 
rn^p^VD n^i: tiwjj nbina bip -o 'ara rnbva ip^s ©ipnn ma. 

« Sur Gen.. xxx, 41, Samuel b. Nahman dit : D'où sait-on que le jour de la 
naissance du Messie fut celui de la destruction dn Temple? De ce verset : « Avant 
d'être en travail, elle a enfanté ; avant d'avoir éprouvé les douleurs, elle a mis au 
monde un mâle » (lsaïe, lxvi, 7)... » Or, ce passage est la transposition de ces 
paroles authentiques de Samuel b. Nahman (Bereschit Rabba, 85) : bN173C 'H 

np"»b pis? mn rmm ... maoroan na wn ^sa» ^ nns "j^n: na 
N^-rr nara irrh rpussan *p>a bc m» Niiai poiy rm n"apm TOfc 
-rbna iiTDMin nayiD» ibia «bta mip m'm b*»nn anaa nnrp tvi 

"jnnNn bNia.». Juda était occupé à prendre femme (à épouser Tamar) et Dieu à 
créer la lumière du roi Messie (c'est-à-dire le Messie, qui devait descendre de Péreç, 
lils de Tamar et de Juda). C'est ce que confirme le verset d'Isaïe : « Avant d'être en 
travail, elle a enfanté... », c'est-à-dire : « avant la naissance du premier oppresseur 
(Pharaon) était né le dernier Libérateur. » On voit la déformation. Partant de là, le 
même auteur fait rapporter par Samuel b. Nahman aussi l'historiette montrant le 
Messie venant au monde en même temps que s'écroulait le Temple. 



LE RAVISSEMENT DU MESSIE-ENFANT Ml 

Devant un tel ensemble d'incongruités, on a peine à croire à 
l'œuvre d'un écrivain juif. Aussi est-on d'abord disposé à imputer 
cette page à la fantaisie de Raymond Martini lui-même. Mais cette 
hypothèse doit être écartée par la simple raison que cet extrait du 
prima Bereschit Babba se retrouve exactement dans le Bereschit 
Babbati ms. (p. 84), qui est conservé à la bibliothèque de la 
communauté israélite de Prague. D'après le regretté Abraham 
Epstein, qui a étudié la question à fond, ce Bereschit Babbati ne 
sciait qu'un abrégé du Midrasch Babba Babbati, dont il reste des 
fragments et qu'a utilisé Raymond Martini, en l'attribuant, à tort, 
à Moïse Hadarschan, de Narbonne *. 

Mais, si le moine espagnol n'est pour rien dans la rédaction de 
notre morceau, c'est donc au Midrasch Babba Babbati ou à sa 
source que sont dues les particularités que nous avons relevées. 

Est-il vraisemblable que ce Midrasch aurait accueilli des extraits 
d'un ouvrage hébreu écrit par un chrétien? Ce ne pourrait être 
vrai que d'un chrétien d'origine juive. Mais, outre que cette hypo- 
thèse serait singulièrement hardie, elle se heurterait au fait que 
ces'.extraits ne révèlent pas de visées polémiques ou apologétiques 
nettement caractérisées. Or, tel devrait être le cas, si cet ex-juif 
avait conçu le dessein d'utiliser ses lectures. 

On en est donc réduit à supposer qu'à une certaine époque, 
antérieure vraisemblablement au xi e siècle, et dans une région où 
le christianisme était répandu, il y avait des Juifs connaissant, 
mais insuffisamment, la littérature talmudique ou midraschique, et 
dont le vocabulaire comme les conceptions avaient subi l'influence 
du milieu. 

Or, c'est à une conclusion analogue que conduit l'étude de cer- 
tains ouvrages du vm e et du ix e siècles comme le Pirké B. Eliézer 
et la Pesikta Babbati, avec cette réserve que les auteurs de ces 
écrits, tout en ayant modifié la langue hébraïque employée par 
leurs contemporains, étaient restés plus fidèles au style et à la 
théologie de leurs prédécesseurs. 

Israël Lévi. 

P. S. — M. A. Kaminka ayant bien voulu copier pour moi la page du 
ms. du Bereschit Rabbati dont il a été question plus haut, je puis indi- 
quer les quelques variantes qui distinguent ce texte de celui du Pugio 
fidei. 

1. Bereschit Rabbati, dessen Verhàlniss zu Rabba Rabbati Moses ha-Darschan 
zf. Pugio Fidei. Cf. Revue, XVII, p. 313. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Samuel ben Nahman est bien nommé, mais non en tète de la citation ; 
l'histoire est ajoutée à son dire. 

L. 2 de l'hébreu. La phrase araméenne n'est pas écourtée comme dans 
Pugio : 

•pam ND353 ^aa namnb KtD'np «anpTa ma 

'aeo snbTa-iN -iraan Kabîan anna maffia 

naïabaa ïimn nia naffli na-K 

« Le saint Sanctuaire périra, les fils du Roi seront livrés à la captivité et 
la femme du Roi restera veuve, comme il est écrit : Hélas, elle se tient 
solitaire, elle est comme une veuve (Lament., i, 1). » Ces mots ne se 
lisent ni dans le Targoum des Lamentations, ni dans Echa Babbali. 
L'expression le saint Sanctuaire est insolite. 

L. 3. Au lieu de a-pnïïb, il y a a^nnnb inyï ira, façon de parler qui 
n'est pas celle des anciens textes. 

L. l. Le ms. a en plus: soi "icaiapb 'paTOsn îïrabttb D"Haa nb irai 
ûm7a*i bap?:i ns ^:n owbi ^att» ■«ba nb n»N bapb nnsn « Il lui 
donna des vêtements pour l'habiller et des ornements pour l'en parer. 
Gomme elle les refusait, il lui dit : Prends-les, quand plus tard je revien- 
drai, tu me les paieras. » C'est le remaniement du texte du Talmud. 

L. 16. Il y a bien ibna an, comme je le conjecturais. 

L. 17. Au lieu de ib^N ny abi, qui est incorrect, il y a simplement 

Jb. na*j?a aima Ti*, qui est également inusité, manque. 
L. 4. de la page suivante : V«Z3a> itBJttaa (!). 

L. 5. yp "pa iy. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 

JUIFS DU LÉMAN ET DE GENÈVE' 

I. — PÉRIODE SARDE ET RÉPUBLICAINE. 

La coquette petite ville de Carouge, située sur la rive gauche 
de l'Arve, rattachée actuellement à la république et canton de 
Genève, bien qu'elle ait existé déjà au premier siècle de notre ère 2 , 
ne paraît pas avoir eu de Juiverie avant le xvnr 3 siècle. Les Juifs, en 
effet, durant tout le Moyen âge, habitèrent la grande ville voisine, 
Genève 3 . Leur quartier était situé dans l'enceinte burgonde attri- 
buée àGondebaut,au fond de la rue des Granges et du grand Mézel, 
plathea judaica, cancellum judœorum, reserré entre les bou- 
cheries, l'écorcherie et les maisons des filles de joie. Une porte 
donnant sur le grand Mézel en commandait l'entrée : elle était 
fermée la nuit, sitôt le retour de tous les Juifs. Ils étaient, pendant 
le jour, les protégés des évoques, mais, durant la nuit, la juridic- 
tion passait aux syndics de la ville. 

Les Juifs de Genève possédaient aussi un cimetière; il était situé 
sur le chemin de Châtelaine, au Bouchet, à côté d'une pièce de 
terre, qui avait appartenu à la confrérie de Saint-Crispin ou des 
Cordonniers '•. 

Ils furent chassés de Genève, le 28 décembre 1490. Les vicaires 

1. J'exprime ma profonde gratitude à MM. les archivistes d'Etat de Genève, P.-E. 
Martin et Ch.-A. Roch, dont l'aide bienveillante a facilité mes recherches et m'a permis 
de mener à bonne fin cette étude. 

2. Claudius Fontaine-Borgel. Lancy, Recherches historiques sur Carouge. — 
E.-H. Gaullieur, Notice sur Vorigine et l'accroissement de la ville de Carouge et ses 
rapports avec Genève, t. VI du Bulletin de l'Institut national genevois, 1857. — 
J.-L. Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du 
Mont-Blanc et Léman. Chambéry, 1807. 

3. J.-B.-G. GallifFe, Genève historique et archéologique, 117, 164-165, 167. 

4. Voir Registre du Conseil; J.-B.-G. GallifTe, Genève historique, p. 167. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

épiscopaux et le chapitre de Saint-Pierre furent requis par le 
Conseil de chasser tous les Juifs de Genève « selon la doctrine du 
prédicateur moderne (sans doute quelque moine prêcheur et itiné- 
rant'. Les vicaires firent des lettres par lesquelles ils ordonnaient 
aux Juifs de se retirer de la ville dans le temps qu'il leur marque- 
rait. Mais deux Juifs Meyrat et Aymon se présentèrent au Conseil 
demandant, pour eux et pour les autres, terme pour se retirer. On 
leur ordonna, et en leur personne à tous les autres Juifs, qu'ils 
aient à se retirer dans dix jours avec leurs familles pour aller 
demeurer ailleurs, sous peine de l'indignation de révoque et de la 
confiscation de leurs biens, ce qui leur fut prononcé en Conseil 
par le procureur épiscopal Lévrier { ». 

Dès le xvi e siècle, on ne trouve plus de Juifs — même de passage 
— à Genève. La ville pourtant exerçait sur leurs esprits une cer- 
taine fascination. Placée sur les grandes routes commerciales 
reliant la Suisse, l'Italie et la France, elle offrait à ses habitants 
des avantages nombreux pour les entreprises commerciales et les 
Juifs percevaient quels bénéfices ils pourraient tirer de l'habitation 
à Genève. Aussi est-ce sans surprise qu'on voit une colonie juive 
d'Allemagne demander, en 1582, le droit d'établissement dans la 
ville. 

Voici le récit du chroniqueur 2 : 

Deux ans auparavant (année 1582) durant la guerre ditte de Raconis, 
les Juifs estans sur le point d'estre chassés d'Allemagne, par l'organe du 

1. (Ed.-Emile Rivoire), Registres du Conseil; G. Galliffe, op. cit., ne semble pas 
avoir connu les détails de l'expulsion, dont il ne rapporte que l'incident du pré- 
dicateur. 

2. Nous devons copie de ce récit inédit à M. l'archiviste P.-E. Martin. Manuscrit de 
la Bibliothèque publique et universitaire de Genève, M. h. g. 141, c. folio 239-ve. 
Gautier, Histoire de Genève, t. V, page 307, a analysé ce document : il l'emprunte à 
Jacob Spon, Histoire de Genève, édit. de 1730, t. I, p. 324, dont le texte est de David 
Piaget (1582-1642), suivant P.-E. Martin. Mais, sans aucun doute, la source de ce 
récit est l'œuvre de Simon Goulart, né à Senlis en 1543, converti au protestantisme et 
devenu pasteur. V. Simon Goulart, par Léonard Chaster-Jones, Paris, Champion, 
1917. Ce même récit se trouve dans Histoire de Genève depuis sa fondation jusqu'à 
l'an W27, écrite par Pierre Perrin, Biblioth. publ. et univ. de Genève, Ms. M. h. g. 
139, IV, f. 145. Les Registres du Conseil de l'époque ne contiennent aucune discussion 
concernant l'admission des Juifs; par contre, les développements sont longs et 
détaillés sur la tentative de messire Bernardin de Savoye, sieur de Raconis, qui 
dirigea, au mois de mars 1582, une attaque contre Genève. L'Histoire de Genève et 
des pais circonvoisins, 2 e vol. de la Chronique de Savoie, Biblioth. publ. et univ. de 
Genève, Ms. M. h. g. 139 a. c. f. 281, est également complètement muette sur la 
proposition de Candolle. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 121 

sieur de Candolle l revenant de ces quartiers là, par une requeste qu'il 
apporta à Genève au conseil, s'offroycnt de venir à (ienève, au nombre 
de 8 000, d'autres disent beaucoup d'advantage et de bastir leur demeure 
à leurs despends, vers Saint-Victor ou Saint-Jehan, d'enfermer de 
murailles tout leur circuit, y tenir garnison bourgeoise contre (?) eux à 
leurs frais, se présentans les premiers au combat quand on les employe- 
roit, de fournir annuellement une notable somme au public et subir 
toutes les adrictions qu'on voudroit, leur suffisoit d'avoir la rettraite 
du lieu propre pour leurs négoces à cause de Sion en Valey, de ïhurin 
et le lac. 

Aucuns trouvoyent bonne leur venue pour ce qu'ils apporteroyent de 
grands moyens au public et qu'ils bastiroyent un lieu qui rendroit la ville 
forte. Ne demendoyent rien sans argent, seroyent autant de bons soldats 
pour le besoingqui ne cousteroyent rien. Hendroient la ville encore plus 
marchande, et sur tout que nul ne s'en pouvôit formaliser veu qu'il n'y a 
aucun commandement de les mettre à mort, qu'on les supporte bien en 
Italie. Les contredisans alléguoyent que les Etats réformés le trouveroyent 
mauvais, qu'on ne pouvoit pas se confier d'eux au besoing, qu'ils cause- 
royent une grande cherté de vivres, qu'ils escumeroient par leurs usures 
tous les meilleurs des citoyens, qu'on les avoitdesja chassés de France et 
à présent d'Allemagne. Le dernier avis prévalut et eux pacifièrent avec les 
allemands si demeurèrent en le lieu comme auparavant 2 . 

Sans doute est-ce à cet attrait, à cette espèce de fascination 
exercée par Genève, centre d'un commerce actif, qu'est dû réta- 
blissement des Juifs à Carouge. Ne pouvant, malgré des tentatives 
réitérées, entrer dans la ville, ils seTixèrent dans son voisinage le 
plus proche, à Carouge. 

Par le traité du 3 juillet 1754 entre la république et canton de 
Genève et le roi Charles Emmanuel III, Carouge était devenue 
sarde. C'était une modeste bourgade de quelques centaines d'habi- 
tants, mais, dès 1775, le commandant militaire, M. de Chatillon et 

1. Ce Candolle est Bernardin de Candolle, chanoine à Fortcalquier ; il adopta la 
Réforme, fut reçu bourgeois de Genève en 1555, élu en 1562 au conseil des deux 
cents. Il mourut en 1585. V. Eugène et Emile Haag, La France protestante , t. III, p. 691, 
qui mentionnent le récit ci-dessus; cf. J.-A. GallifTe, Notice, t. Il, 2* édit., p. 587. 

2. Nous ne savons pas de quels juifs d'Allemagne M e de Candolle fut le mandataire, 
ni à quel fait de lhistoire juive se rapporte le récit du départ projeté et de la récon- 
ciliation des juifs avec les Allemands. J.-B.-G. GallifTe, mentionnant après Gautier 
l'événement, v. Genève historique et archéologique, a cru utile d'ajouter, p. 167 : 
« Heureusement qu'ils purent rester où ils étaient et que leur proposition n'eut pas de 
suite. Il ne nous aurait manqué alors que cette nouvelle complication. » Complication 
peut-être, mais combien étaient plus clairvoyants les partisans de l'admission en 1582 
et quelle importante ville marchande serait aujourd'hui Genève ! 



122 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le premier intendant mage, conseillés par Pierre-Claude de la 
Fléchière, seigneur de Veyrier, conçurent le projet d'agrandir 
Carouge, de transformer la bourgade en ville et de dresser victo- 
rieuse, en face de la cité protestante, la ville catholique. Victor- 
Amédée III, lors de sa visite en Savoie, reçut les plans de la ville 
projetée : par redit du 2 mai 1780, il instituait Carouge en bourg et 
en chef-lieu de canton, où depuis 1777 se tenaient un marché 
hebdomadaire et deux foires annuelles, et il érigeait définitivement 
Carouge en ville par décret du 31 janvier 1786. Les Juifs n'avaient 
pas attendu cette époque pour s'y établir. Blavignac affirme leur 
présence dès 1780. « A partir de 1780 quelques Juifs et plus d'un 
protestant abjurèrent leurs erreurs sous les voûtes de la parois- 
siale de Carouge '. » Nous n'avons pas trouvé d'apostat juif dans 
le livre de paroisse, mais le comte Pierre-Claude de la Fléchière, 
seigneur de Veyrier, qui s'intéressait fort à la prospérité et à 
l'agrandissement de Carouge, ne semble pas connaître la présence 
de Juifs en 1781. Pourtant, dans son petit manoir, blotti au pied du 
Salève, ce gentilhomme s'est intéressé aux Juifs ; il est très averti 
du mouvement en leur faveur commencé en France et poursuivi 
en Allemagne parMendelssohn etDohm ; il sait combien serait pré- 
cieux, pour les progrès de Carouge, le concours des Juifs. Dans sa 
correspondance avec M. de Chatillon, seigneur savoyard, lieute- 
nant-colonel de la légion de campement à Carouge, il indique son 
point de vue en s'informant des effets de l'émancipation accordée 
par Joseph II d'Autriche à ses sujets juifs : « Quelle sensation fait 
à Turin cet édit de l'empereur Joseph II, annoncé par les nouvelles 
publiques, qui tolère toutes les religions dans ses états, les admet 
aux charges et en permet l'exercice? C'est un moyen de peupler et 
d'enrichir son empire 2 », mais il ne parle pas de Juifs établis à 
Carouge. 

Dans une lettre du 30 novembre 1781, il écrit : « Il court ici un 
bruit que les Juifs établis à Mahon 3 ont offert au roi de bâtir une 
rue à Carouge, si on voulait les y souffrir. Pourquoi non? On les 
souffre bien à Turin... Ce sont des hommes créés à l'image de 
Dieu, dont la religion doit durer jusqu'à la fin des siècles, suivant 
l'Ecriture sainte 4 . » Il n'y a donc pas d'autres Juifs. 

1. Biblioth. publ. et univ. de Genève, Blavignac, Ms. (non coté), chap. Le Roi, p. 45. 

2. Gaullieur, Notice sur l'origine et l'accroissement de la ville de Caroube, p. 36. 

3. V. Jewish Encyclopedia, s. v. Après la prise de l'île par les Anglais, les Juifs 
qui l'ayaient défendue furent déportés. 

4. Gaullieur, loc. cit. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 123 

Mais le recensement de la population de Garouge daté de 1806 
indique pourtant la présence d'un juif à Garouge en 1780, Paraphe 
Polacre, de Hartscheville (Hartschviller?), Alsace '. Le recensement 
du 7 frimaire 1798 donne les noms suivants : Treifoultz Moyse, 
époque de l'entrée dans la commune, 1782; Treifoultz Julie, 1782 ; 
Treifoultz Hélican, 1782; (le?) gros Jacob, 1783; Ulmann Moyse, 
1783 ; Dugas Julie, 1783 -. 

Le recensement de 1794 mentionne Lévi Samuel, négociant, 
I783 3 . 

Le 4 juin 1783, Jacques Dreyfus — sans doute le grand Jacob 
cité — et Moyse Lévi demandèrent à habiter Garouge, mais l'auto- 
risation leur fut refusée par le ministre, malgré la proposition de 
l'avocat fiscal de Serraval de leur accorder un permis de séjour 
provisoire de quatre ou de six mois 4 . Cette décision pourtant ne 
leur fut pas appliquée par Foassa Friot. 

Ainsi, dès 1782, il y a un embryon de communauté juive à 
Garouge. En 1787, ils seront déjà une trentaine, avant même que 
soit promulgué l'édit de tolérance provisoire accordé par le roi 
Victor-Amédée III. Ce sont : Joseph Abraham, sujet anglais, fabri- 
cant de cristaux de verres anglais ; Salomon Isaac, de Hambourg ; 
Cerf, Hongrois ; ses deux ouvriers : Moyse Treyfus, Moyse Lévy, 
Gaspard Treyfus, Spier, Oppenheim, Joseph Vigevano, originaire 
de Livourne, marié à une Parisienne, Hélène Cerf, fabricant de 
cire ; Leyn Leeps, Hollandais, et Jacob Valhaï, son domestique ; 
Leyn (maison de M. Funny), le vieil Moyse Ulmann, Meyer Jacob, 
Samuel Lévy, le grand Jacob, Lyon Meyer, Isaac Blum, Benjamin 
Lucas (pour Ducas) ; Nathan Ulmann, fils de vieil Moyse ; Jacob 
Valacli le cadet, Jacob Salomon, les frères Schemolle, Isaïe Bloch 
et son frère, Sussmann Prage, David Lob, Mosès Ulmann de 
Durmenach, Isaïe Ulmann, Moyse Ulmann d'Ouffheim, les trois de 
Hagendal, Cerf Moyes, Salomon et Lob de Durmenach, Plissier 5 . 

Grâce à la bienveillance des autorités, les Juifs possèdent une 
liberté complète et jouissent peut-être d'une situation sans ana- 
logue dans toute l'histoire juive. En effet, le commandant militaire 

1. Arch. de Carouge, 396, D. 4, recensement de 1806. La date est douteuse, car le 
recensement de 1794 indique 1786. 

2. Ibid., 203, D. 5, recensement du 7 frimaire 1789. 

3. Ibid., 161, D. o, recensement, section de l'Egalité, commune de Carouge, date 
douteuse. 

4. Archives de Turin. Cité et province de Carouge. Paquet 4, n° 6. Pièces justif., I. 
I). Archives du département de la Haute-Savoie, C. 33, pièce 124. Les noms sont 

écrits d'après l'orthographe de chaque pièce. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Garouge, M. de Mesme de Loisinge et le premier intendant et 
juge mage, Foassa Friot d'Asti, partageaient à l'égard des Juifs les 
idées du libéral et généreux comte de Veyrier, auquel, d'ailleurs, 
de Loisinge était apparenté par cousinage, et ils nourrissaient de 
communs espoirs sur l'avenir de Garouge. La ville nouvelle, dans 
l'esprit de ses partisans, devait être une concurrente commerciale 
redoutable pour Genève, mais elle ne pouvait prospérer, suivant 
eux, que par l'appui et le concours de ceux dont l'habileté et 
l'activité avaient fait merveille en d'autres pays. Aussi ouvrirent-ils 
la ville à tout juif et permirent-ils, sous contrôle, leur établisse- 
ment. La population, d'ailleurs, était fort ! mêlée : elle donnait 
quelques inquiétudes à Genève, qui sortait à peine — mais victo- 
rieuse — de la lutte entreprise par Voltaire pour ériger Versoix 
en ville et y transporter les fabriques d'horlogerie genevoises. 
Des Franches, ministre résidant de Genève à Paris, exprimait ces 
craintes en écrivant au gouvernement de Louis XVI le 3 avril 
1784 : « J'envisage avec peine la manière dont la nouvelle colonie 
est et sera composée, par le peu de soin qu'on se donne pour y 
maintenir le bon ordre et la sûreté. Avoir à ses portes un repaire 
de brigands ou de gens sans aveu, c'est un malheur qui peut 
entraîner des suites fâcheuses. Si Garouge devient un cloaque 
dont les malfaiteurs et une vile canaille puissent faire leur refuge, 
ils porteront le trouble dans les états limitrophes 4 . » 

Sans doute le ministre des Franches comptait-il les Juifs parmi 
les malfaiteurs et la vile canaille : il espérait provoquer une pro- 
testation du gouvernement français. Celui-ci semble avoir dédai- 
gné l'invite de l'ambassadeur genevois, mais la cour de Turin 
s'émut et l'intendant général de Savoie demanda les raisons de 
leur indulgence aux magistrats, civil et militaire, de Garouge. 
De Mesme de Loisinge et le premier intendant Foassa Friot 
répondirent que les motifs pour lesquels ils avaient cru devoir 
« tolérer dans la ville un petit nombre de Juifs » est que, « les 
seules bases sur lesquelles il est à espérer de faire prospérer cette 
colonie étant l'industrie et le commerce, il est de l'intérêt du 
gouvernement d'y tolérer les individus qui s'y présentent avec des 
talens suffisans, propres pour en remplir l'objet, après s'être 
assuré de leurs qualités personnelles 2 ». 

L'intendant général ne s'opposa pas aux desseins de ses subor- 



1. V. Gaullieur, op. c, p. 273. 

2. Archives du département de la Haute- Savoie, C. 33, pièce 123. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 125 

donnés ; mais, accordant une faveur aux Juifs, il en voulut faire 
bénéficier les seuls Juifs déclarés et reconnus honnêtes. Confor- 
mément aux ordres du gouverneur, les magistrats carougeois 
firent donc un choix parmi eux et, le 19 juillet 1787, envoyaient 
« la notte des Juifs qui, d'après les informations les plus exactes 
prises sur leur conduite, nous ont paru être dans le cas d'être 
tolérés dans cette ville et dont le commerce et les talens peuvent 
être utiles à l'état, ainsi que la notte des Juifs qui ont été (devaient 
être) expulsés tant parce que leur conduite nous a paru équi- 
voque, malgré qu'ils n'ayent commis aucune fraude connue, que 
parce que nous n'avons pas été certiorés de leur probité par des 
preuves convaincantes ^ ». 

L'arrêt d'expulsion atteignait Samuel Lévy, le grand Jacob, 
Leyn Meyer, Isaac Blum, Benjamin Ducas, Nathan Ulmann, Jacob 
Valach, les frères Schemolle, Jacob Salomon, Isaï Bloc et son 
frère, Sussmann Prage, David Lob, Moyse Ulmann, Isaï Ulmann, 
Moyse Ulmann d'Ulïheim, les trois de Hagenthal, Cerf Moïse, 
Salomon, Lob, Plissier 2 . 

Dans une lettre au gouverneur de la province, de Mesme de 
Loisinge et Foassa Friot motivaient leur choix pour les Juifs 
tolérés. Ils exposaient très longuement les aventures de Joseph 
Abraham (v. au chap. Vie économique), dont la venue à Carouge 
leur paraissait devoir apporter de grands profits au commerce 
local et à l'Etat. Ils demandaient le maintien de Moyse ïreyfus, 
Gaspard Treyfus, Moyse Lévy et Moyse Ulmann « tous négocians, 
non seulement ils sont munis de certificat de bonne conduite 
qu'ils ont tenu de l'étranger, mais nous sommes certiorés de celle 
qu'ils ont tenue ici durant un séjour de plusieurs années 3 pen- 
dant lesquelles ils se sont fidellement abstenus non seulement 
d'acheter tout effet suspect, mais ils ont fait plusieurs fois arrêter 
les vendeurs et consigné, sans en être prévenus, des effets qui 
ont été reconnus avoir été volés » *. 

Ils demandèrent également le permis de séjour pour Joseph 
Vigevano, Juif italien, fabricant de cire d'Espagne, « n'ayant 
aucune mauvaise relation sur son compte », et ils intercédèrent 
pour que fût rapporté l'arrêté d'expulsion prononcé contre Jacob 

1. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 33, pièce 100. 

2. Ibid., C. 33, pièce 124. 

3. Preuve nouvelle de l'établissement des Juifs à Carouge avant redit de tolérance 
d'août 1781. 

4. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 33, -pièce 101. 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Meyer, qui avait adressé une supplique au gouverneur de la 
province et qui était indigent. 

Le gouverneur semble avoir possédé quelques renseignements 
défavorables sur Vigevano et il éleva à son égard quelques objec- 
tions. De Mesme de Loisinge et Foassa Friot s'excusent alors de 
leur décision : « Nous prenons la liberté de lui représenter que 
Vigevano ne nous est absolument connu que sous ce rapport 
(comme fabricant de cire) et que nous n'avons rien appris sur son 
compte qui puisse le rendre suspect 1 », et Vigevano put continuer 
à habiter Garouge. 

Dans leur lettre du 30 juillet au gouverneur de la Savoie, 
de Mesme de Loisinge et Foassa Friot renouvelèrent les raisons 
qui avaient déterminé leur conduite et leur choix 2 : « C'est la 
connaissance de leur conduite qui a engagé les soussignés à les 
proposer pour être tolérés dans cette ville où ils ne laissent pas 
d'être utiles pour le commerce qu'ils y ont introduit et qui offre 
aux habitans la plupart dévoués à un autre genre d'industrie, la 
commodité de se pourvoir de plusieurs marchandises dans Carouge 
même, sans être obligés d'aller à Genève. » 

Le tri étant fait, le roi fut informé et daigna alors, en août 1787, 
« permettre qu'on tolère, jusqu'à nouvel ordre de sa part, dans la 
ville de Garouge, tant les juifs qui y sont actuellement que ceux 
qui voudraient s'y établir dans la suite, pourvu que ce soit des 
personnes industrieuses, qu'elles fassent conster de leurs bonnes 
qualités et qu'on veille attentivement sur leur conduite 3 ». 

L'arrêté d'expulsion, malgré la clause précise du décret royal, 
ne fut pas immédiatement exécuté. Est-ce par réelle bonté envers 
les Juifs, ou la maladie seulement empêche-t-elle de Loisinge de 
mettre en application l'arrêt? Mais, en décembre 1788, le gou- 
verneur de la Savoie s'étonna de la présence de ceux qui auraient 
dû, et depuis plus d'un an déjà, avoir quitté Garouge, et tout 

\ . Arch. dép. Haute-Savoie, C. 33, pièce 101. 

2. Ibid., G. 33, pièce 123. 

3. Arch. dép. Haule-Savoie, G. 33, pièce 123. Cette lettre, datée du 15 août 1187, 
écrite par S. E. le comte Goste à S. E. le gouverneur général de Chambéry, semble 
donc indiquer que l'édit de tolérance est au moins de cette date et non du 27 août, 
ainsi que l'affirme Gaullieur, op. cit., sans indication de source. Le document (Arch. 
dép. Haute-Savoie, C. 18, pièce 34) indique 20 août ; mais déjà, en avril 1791, on ne 
sait plus si l'édit est d'août ou de septembre : malgré les recherches faites dans les 
bureaux, on ne trouve plus trace de la décision royale (v. lettre à Tholozan, secrétaire 
à l'intendance à Chambéry, Arch. de Carouge, 89, D. 5). Cet édit de tolérance était 
provisoire. Gaullieur, Blavignac, Fontaine (op. c.) paraissent l'ignorer. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 427 

particulièrement du séjour du hollandais Lyon Leeps. De Mesme 
de Loisinge et Foassa Friot fournirent des explications au gou- 
verneur général du duché et lui rendirent compte de leur nouvelle 
décision •. 

Cette lois, l'expulsion ordonnée fut exécutée. Les Juifs toïérés 
— provisoirement — à Carouge et qui composèrent la première 
communauté furent Joseph Abraham, natif de Londres, fabricant 
de verres d'Angleterre pour montres; Josepb Vigevano, natif de 
Livourne en Toscane, fabricant de cire d'Espagne et commerçant 
en mercerie; Jacob Ducas, natif d'Haastaadt (Hattstadt), en Alsace, 
marchand d'étoffes en soie, laine et mousseline; Moyse Lévi, natif 
de Hegenheim, en Alsace, marchand de chevaux et en mercerie; 
Moyse Treyfulz, natif de Sirenz, en Alsace, marchand mercier; 
Paraph Polac, natif de Silesheim (Zilisheim), en Alsace, marchand 
mercier; Benjamin Ducas, natif de Bedbourg, près de Cologne; 
Jonas Cucanheim, natif de Hoarville (Orvilleur?), Alsace, mar- 
chand drapier ; Samuel Lévi, né à Longeville (?), Alsace, marchand 
mercier; Jacques Valich, natif de Riczeim (Rixheim), Alsace, mar- 
chand mercier; Gaspard Ploc (Bloc), natif de Heigheneim (Hegen- 
heim), en Alsace, marchand mercier; Gaspard Treyfulz, natif de 
Houff-heim (Uffheim), en Alsace, marchand mercier; Lyon Isaac, 
natif de Dermenac (Diirmenach), en Alsace, marchand mercier. 

Lors de leur admission, de Mesme de Loisinge et Foassa Friot 
leur déclarèrent qu'il leur était permis d'habiter la ville « à condi- 
tion qu'ils continuent à nous donner des preuves de leur bonne 
conduite et qu'ils nous informeront avec exactitude de la bonne 
conduite des autres juifs qui seront reçus dans cette ville ou qui 
viendront y habiter, afin qu'il ne s'introduise parmi eux aucun 
mauvais sujet ou dont la conduite soit suspecte 2 ». 

Pour mieux s'assurer de la bonne observance de leur recom- 
mandation, les magistrats chargèrent deux Juifs de leur rendre 
compte de tout ce qui se passerait parmi eux, et ces surveillants 
furent surnommés syndics par leurs coreligionnaires 3 . 

Mais aucune autre mesure spéciale ne fut prise contre les Juifs : 
L'arrêté royal de 1770 relatif aux Juifs du royaume de Sardaigne 
paraît avoir été ou ignoré, ou, ce qui est plus vraisemblable, 
volontairement inappliqué par les magistrats carougeois 4 . Cet 

1. Arch. dé]). Haute-Savoie, C. 18, pièce 34. Ce Leeps ne quitta pas Carouge. 

2. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 18, pièce 33. 

3. Ibid., c. 18, pièce 35. V. Pièces justificatives, II. 

4. Ibicl., C. 33, pièce 101. 



128 HUVUE DES ETUDES JUIVES 

arrêté prescrivait le maintien d'une séparation entre Juifs et 
chrétiens et l'institution d'un ghetto, interdisait certaines profes- 
sions et contraignait à la pratique limitée du commerce avec 
nécessité de tenue de registres de vente et d'achat. Défense était 
faite d'acquérir des immeubles. Toute construction de nouvelles 
synagogues était sévèrement condamnée, et dans les lieux de 
prière, ordre était donné de ne pas exercer à grand bruit les 
rites, mais de chanter d'un ton bas et modeste. Les Juifs de 
Garouge ne connurent pas les rigueurs de cette législation anti- 
juive. Le seul droit commun — fait exceptionnel — leur fut appliqué : 
ils usèrent du permis d'habitation à leur guise, s'établirent à leur 
fantaisie dans les divers quartiers de la ville; ils jouirent d'une 
liberté qu'avec raison Blavignac qualifie d'illimitée et, sans 
souffrir la moindre restriction, s'adonnèrent au commerce des 
marchandises les plus hétérogènes. Ils pratiquèrent leur culte 
au vu de la population et au su des autorités. Y eut-il réellement 
une synagogue avant 1789 ? Blavignac affirme qu'elle fut ouverte 
en 1787, conformément aux instructions royales du 27 août de 
cette année. Nous verrons plus tard l'inconsistance de cette 
affirmation. 

Mais, malgré la protection des autorités, les Juifs furent sans 
doute dénoncés au gouverneur général, le chevalier de Perron, qui 
s'étonna de ces grandes libertés et de la violation de l'édit royal. 
Il en écrivit à Goste, ministre à la Cour de Turin, qui répondit que 
ces privilèges avaient été concédés aux Juifs conformément aux 
ordres de feu le chevalier Tarin Impérial du 27 août 1787 et, 
en exécution des ordres du roi, parle commandant de la ville, 
qui « a permis aux susdits Juifs provisionnellement de tenir leur 
synagogue privée dans la maison du juif Abraham, d'élire des 
syndics ». 

Comme les Juifs possédaient également un cimetière, il ajoute : 
« C'est le conseil de Carouge qui a indiqué et permis au même juif 
Abraham de faire enterrer un enfant qui lui était décédé (l'enfant 
avait été atteint de petite vérole) sous une partie d'un vieux chemin 
délaissé assez éloigné de la ville 1 . » Coste ajoute : tout ce qui a été 

1. Blavignac, ms. cité, commet une erreur sur l'origine du cimetière. Il écrit, p. 16 : 
« Le roi permit aux Israélites d'avoir un cimetière particulier. Jusqu'à nos jours, ce 
cimetière a servi aux juifs des cantons de Vaud et de Neuchâtel, car, dans ces 
contrées, les idées progressives du roi sarde ont eu beaucoup de peine à trouver de 
l'écho. Il est bon de remarquer que, du temps des évêques, les juifs, nombreux à 
Genève, avaient un cimetière à Châtelaine et qu'en 1582, sous l'influence huguenotte, 
l'état genevois refusa d'autoriser l'établissement d'une colonie juive. » Chap. juif, p. 16. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAKOUGE 129 

ainsi opéré, riant une conséquence de la tolérance provisionnelle 
des Juifs à Garouge que S. M. a daigné autoriser, il suffira que l'on 
se borne à veiller attentivement sur leur conduite, à ce que Ton 
ne forme pas leurs assemblées religieuses en aucune chambre ou 
salle particulière, et que tout ce qui se rapporte à leur culte se 
passe sans publicité '. 

Ce fut la seule alerte qui mit en émoi la communauté juive de 
Garouge dans la période sarde. Les Juifs jouirent d'une vie pai- 
sible, troublée seulement, curieux retour des choses, par les dis- 
cussions et les disputes intestines, religieuses et commerciales 
dont nous donnerons plus loin le récit, mais qui provoquèrent 
l'intervention du gouverneur général et faillirent causer quelques 
expulsions. Joseph Vigevano osa porter plainte contre quelques-uns 
de ses coreligionnaires — sans doute à titre de syndic — et 
demanda le retrait de leur droit d'habitation. De Mesme de 
Loisinge et Foassa Friot, très équitablement, déclarèrent non 
fondées les plaintes et dénoncèrent l'alliance italo -anglaise 
contre les Allemands provoquée par la jalousie commerciale. 
« Elles sont l'effet de la jalousie de quelques particuliers de leur 
religion et particulièrement du juif italien, fabricant de cire 
d'Espagne, qui dans plusieurs circonstances, a manifesté un esprit 
de jalousie contre les Allemands et est tout particulièrement 
lié avec l'anglais Abraham le seul qu'il exempte de ses persé- 
cutions 2 . » 

Le gouverneur, ainsi averti, se désintéressa de ces Juifs : mais 
le comte de Veyrier, de Mesme de Loisinge et Foassa Friot ne leur 
ménagèrent jamais ni bienveillance, ni protection. L'attitude de 
ces petits seigneurs savoyards, dans les manoirs desquels venaient 
retentir en échos sympathiques les manifestations et les mouve- 
ments judéophiles du xvm e siècle, ne saurait être assez marquée : 
ils furent parmi les premiers défenseurs des Juifs et ce nous est un 
devoir de rapporter du comte de Veyrier ce mot qui l'honore : « Il 
les faut accueillir ; les Juifs sont des hommes créés à l'image de 
Dieu, dont la religion doit durer jusqu'à la fin des siècles, suivant 
l'Ecriture sainte » et d'admirer la générosité, L'humanité de Mesme 
de Loisinge et de Foassa Friot osant écrire que l'abaissement des 
Juifs « c'est l'effet de leur misère et de l'abandon général dans 
lesquels ils sont abbrutis ». 

1. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 18, pièce 36. Pièces justificatives, M. 

2. Ibid.. C. 34. 

T. LXXV, n" 150. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La population de Carouge semble avoir partagé bien vite les idées 
et les sentiments de ses gouvernants. Lors d'une dispute entre 
Juifs et chrétiens, justice très prompte fut rendue aux Juifs. Le 
dimanche S mai 1789, Joseph Vigevano, sa femme et son enfant, se 
promenaient en compagnie de Jacob Salomon. Voulant traverser 
la rue des Prisons où jouait aux boules, avec ses camarades, le fils 
du charpentier Louis Vignolet, les Juifs prièrent les joueurs de 
suspendre leur jeu et des les laisser passer. Mais Vignolet répondit 
par des injures, puis par des coups. La venue des soldats de 
justice, Charles Carreras et Joseph Say, loin d'arrêter la querelle, 
l'envenima : les soldats ne prirent pas seulement la défense de 
Vignolet, mais s'armant d'un couteau, Carreras frappa Jacob 
Salomon à la tête, puis l'arrêta et l'amena en prison. « Cette scène 
s'était passée publiquement, ces jours de fêle pendant que beau- 
coup d'habitants et de Genevois se promenaient dans cette ville et 
à l'aspect peut-être de 500 personnes. » Informé par des témoins, 
l'intendant Foassa Friot se transporta immédiatement aux prisons 
et fit mander Carreras et Say. Mais ceux-ci s'étaient enfuis ainsi 
que Vignolet : l'intendant fit mettre en liberté immédiate Salomon, 
Jacob et incarcéra à sa place le fils Carreras, qui avait pris égale- 
ment part à la dispute '. 

En cette ville hospitalière, les Juifs purent donc se livrer au 
commerce en toute liberté et rendre les services attendus par leur 
présence. On les voit vendre, acheter, passer procuration, acquérir 
des immeubles, entretenir avec les pays voisins et même éloignés 
des relations commerciales 2 . Mais, malgré le certificat de bonne 
conduite accordé par le conseil de Carouge et les magistrats, toutes 
leurs transactions furent-elles honnêtes? Quelques-uns auront 
maille à partir avec la justice. Mais sous ce régime de liberté 
absolue, ils passent sans grand étonnement au rang de citoyens, 
quand Carouge en 1792 se donne à la France et instaure le gouver- 
nement républicain, et, sans heurt, ils participent à la vie publique 
dont les pratiques leur étaient déjà familières, grâce à leur commu- 
nauté d'existence antérieure avec leurs concitoyens. Par contre, 
Genève, elle, continuait à appliquer impitoyablement ses règle- 
ments aux Juifs. 

Durant le xvm e siècle, et à maintes reprises, ils essayèrent de 
rentrer dans la ville, mais dans sa séance du °27 août 1783, la Noble 



1. Arch. dép. Haute-Savoie, C. 19, pièce 5. 

2. Voir plus bas, chap. Activité commerciale. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAHOUGE 131 

Chambre, ayant appris par le commissaire de Chapeaurouge que 
M. le syndic avait accordé des permissions de séjour à des 
marchands juifs, pria ce dernier de ne délivrer aucune autorisation 
« aux individus de cette nation, ou pour des termes très courts », 
parce qu'il fallait empêcher autant que possible « l'établissement 
de cette nation redoutable aux commerçants par leur offre de 
marchandises à bon marché, concurrente de la fabrique établie 
en ville et prêteurs sur gage * ». 

Les nobles seigneurs de Berne intervinrent, eux aussi, auprès du 
conseil, pour qu'il maintînt dans toute sa rigueur l'arrêt d'exclusion 
des Juifs. Le samedi 1 er mars 1788, noble Rigaud, seigneur conseil- 
ler, donna communication d'une ordonnance du petit et du grand 
conseil de Berne qui défendait aux Juifs tout trafic sur les terres 
de LL. EE. Cette mesure générale était la conséquence d'une 
affaire délicate traitée à Berne en 1787, à l'occasion d'un jugement 
rendu contre quelques Juifs d'Alsace, par l'un des tribunaux de la 
république. L'ambassadeur de France à Soleure était intervenu par 
voie de réclamation en faveur desdits Juifs, comme étant sujets 
de S. M. T. C. : il avait demandé une communication officielle du 
procès au Sénat, et la cour de Versailles paraissait vouloir donner 
suite à l'affaire. Berne avait donc, en représailles, arrêté ces 
mesures de défense contre les Juifs. La noble Chambre de Genève 
obéit aux injonctions de Berne et Genève demeura fermée aux 
Juifs 2 . 

Tout contrevenant était incarcéré, fustigé, condamné à l'amende 
et mis hors de la ville par les chassegueux. Jacob Bass, juif de 
religion, de Metz, ayant transgressé les ordres du syndic Rilliet, fut 
condamné « à être amené céans — devant la chambre — pour être 
censuré de sa désobéissance dont il demandera pardon à Dieu et à 
la seigneurie, aux prisons et aux dépens », et reçut défense de 
rentrer dans la ville et les terres, dont il fut mis dehors parles 
chassegueux, sous peine de châtiment corporel 3 . 

Même peine fut infligée à Nathan Ullmot de Cirens « prévenu de 
faire métier d'acheter et vendre dans cette ville des effets suspects » 
et d'avoir contrevenu « aux règlements qu'il connaissait ;< ». 

1. Archives de Genève. Registre de la Noble Chambre des domiciliés établi par 
Fédit de 1782. Al. Le livre des étrangers ne porte pas mention de juifs. 

2. Archives de Genève. Registre du Conseil 1788, p. 148. Nous ne possédons pas 
encore les documents relatifs à cette affaire de Berne. 

3. Arch. de Genève, Registre du Conseil, 1788, p. 205. 

4. Ibid., R. duC., 1788, p. 992. 



<32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gaspard Bloc de Eigenheim (Hegenheim), prévenu en février 1788 
de s'introduire dans les maisons particulières pour y acheter et 
vendre des effets en violation des défenses, est condamné aux 
peines précédemment rapportées '. 

Ce Gaspard Bloc habitait Garouge, et les Juifs de ce lieu ne 
manquaient point de transgresser les défenses et de pénétrer dans 
Genève. Plusieurs fois, le Conseil se plaignit au gouverneur général 
de Savoie de leur présence maudite. Contraint pourtant par les 
nécessités commerciales de ne pas clore hermétiquement les portes 
aux Juifs carougeois, le Conseil avait traité avec le commandant 
militaire de Garouge et décidé d'admettre, durant la journée, les 
Juifs munis d'un billet signé du commandant et de l'intendant, qui, 
d'ailleurs, ne remirent pas une seule de ces autorisations. Mais un 
juif nommé Léon de Carouge — est-ce Leeps? — ayant été accusé 
d'avoir recelé quelques effets volés à Genève, fut arrêté et mis dans 
les prisons de la ville. Les magistrats genevois usèrent de cette 
occasion pour interdir avec de nouvelles sévérités l'entrée de la 
cité 2 . 

Toutefois, en l'an 1792, il s'en fallut de peu que Genève, à l'instar 
de Carouge, devînt française et que les Juifs y obtinssent tous les 
droits civils et politiques. Mais si Genève conservait son indépen- 
dance, la Révolution française n'avait pas été sans avoir de réper- 
cussion dans la ville, devenue, durant le xviir 3 siècle, le centre où 
se formaient et se développaient les diverses doctrines philoso- 
phiques et politiques. Voltaire, de Ferney, et Rousseau, par son 
origine genevoise, exerçaient une influence qu'essayait en vain 
de combattre le gouvernement aristocratique de la république : 
celui-ci fut entraîné dans la tourmente du soulèvemeut populaire 
du °28 décembre 1792 et, les aristocrates défaits, le pouvoir passa 
au souverain, le peuple. Aussitôt, à l'imitation des partis français, 
des clubs furent créés : club fraternel, club del'écu, club révolu- 
tionnaire de la Montagne 3 , etc. On y discuta avec passion le projet 
de constitution élaboré par le gouvernement nouveau. Un des 
premiers articles contestés fut celui qui déterminait les conditions 
d'admissibilité à la bourgeoisie genevoise. 

Le projet provisoire de la constitution disail en son article 1 er : 

1. Ibiâ., R. du G., 1788, p. 94. 

2. Archives de Garouge, 89, D. 5. 

3. Marc Péter, Genève et la Révolution; les comités provisoires, Genève, Kun- 

dig, 1921. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGË 133 

il û'y a dans la république genevoise que des citoyens et des 
étraugors; art. 2: sont citoyens de la république, s'ils sont de la 
religion réformée ou protestante, ceux, etc. Catholiques, Juifs, tous 
les membres d'une confession autre que la réformée ou protestante, 
étaient donc exclus des avantages de la nationalité genevoise. 

Le secrétaire de l'Assemblée nationale, Isaac Salomon Anspach, 
pasteur, dans un discours prononcé à l'assemblée, le 19 sep- 
tembre 1793, s'éleva contre cet ostracisme. Reprenant la thèse des 
philosophes du xvm e siècle et pour les Juifs, en particulier, 
quelques idées exprimées à la tribune de l'Assemblée nationale de 
France, il professe qu'une religion déterminée n'est point une 
condition du pacte social. « Il s'agit de savoir, dit-il, s'il faut, dans 
un état, établir la profession d'une religion dominante comme 
condition de l'exercice des droits du citoyen ». Or il est pasteur : il 
veut faire triompher la (sa) religion, mais, pour la décharge de sa 
conscience, il doit adopter cette attitude et s'élever contre tout 
maintien d'une religion d'état. » 

Anspach, après avoir signalé les effets coutumiers d'une telle 
institution, l'intolérance, les persécutions, en vient aux Juifs, dont 
il demande l'admission et, reprenant le reproche habituel d'inso- 
ciabilité et d'incompatibilité : « Plusieurs de ces sectes, dit-il, 
sont inconciliables avec l'état de notre société »..., « l'une ne 
remplit pas ses devoirs sociaux » ; il ajoute que « tout ce qui 
contredit le pacte social doit être repoussé ».Ce pacte exige l'ordre 
public et l'uniformité de vie sociale; en conséquence, un Juif ne 
pourra pas fêter publiquement le samedi « parce que la loi. qui 
règle la police des cultes, établira l'uniformité pour conserver 
Tordre extérieur ». 

Il conclut donc à la radiation des mots « s'ils professent la 
religion réformée et protestante », et il ajoute la nécessité de 
salarier, indistinctement, les ministres de tous les cultes 4 ; 

Le discours et l'attitude du pasteur Isaac Salomon Anspach 
provoquèrent émoi et scandale dans les milieux conservateurs, 
réformés et protestants genevois, qui considéraient, sans doute, 
comme un crime de lèse-divinité l'admission des catholiques et 
des Juifs à la bourgeoisie et comme une impureté, leur entrée 
dans la ville, si jalousement gardée par des règlements inflexibles. 

Mœurs, caractères, esprit, traditions sacrées et salutaires, le 
bonheur, la prospérité même de Genève ne seraient-ils pas 

1. Archives de Genève. G. 189, p. 25. Bibl. publ. etuniv., B. G.,Gf. 315, V, 59,161. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

compromis et ne courraient-ils pas le risque de périr par la 
destruction des privilèges séculaires et l'institution d'une politique 
libérale qui, faisant fi des avantages de la constitution éprouvée 
des pères, ouvrait la cité à tout venant ? 

Ce furent ces idées que le jour de Noël, dans l'église de Saint- 
Germain, un des orateurs les plus réputés de la compagnie des 
pasteurs fut chargé de défendre. Le citoyen Mouchon, pasteur, 
prononça un long discours 1 composé d'un discours préliminaire 
et du discours proprement dit sur la question discutée âprement 
par tous les citoyens, car on approchait du jour de la consultation 
du peuple. Après des attaques directes contre Anspach, il démontre 
qu'un état se devait soucier seulement du bonheur du peuple ; 
que ce bonheur était conditionné par la morale, dont la dépen- 
dance avec la religion est absolue. Il fallait donc chercher la 
vraie religion, à savoir le protestantisme, qui exclut toute autre 
confession et n'admet pas l'égalité des religions ni la liberté 
des cultes. On ne saurait donc accepter les Juifs. 

Sur ce point, Mouchon relève les contradictions d'Anspach : 
« car enfin, pourquoi, malgré la liberté des cultes, demande-t-il 
l'expulsion des Juifs par exemple 2 ? Parce que les Juifs ne pour- 
raient pas fêter publiquement le samedi. Et pourquoi cette prohi- 
bition ? Parce que la république aura consacré le dimanche. » 
Celle-ci intervient donc pour permettre ou défendre, ou condi- 
tionner l'exercice du culte ; il y a donc contradiction avec la liberté 
des cultes, surtout si les ministres sont salariés par l'état : ils 
deviendront fonctionnaires et soumis, en toute dépendance, au 
gouvernement. 

Mais, en note, Mouchon prouve qu'il est moins sensible à la 
logique qu'à des mobiles moins avouables : « il est une autre raison 
très forte d'écarter les Juifs, c'est le coup mortel qu'ils auraient le 
talent de porter à notre commerce en l'attirant à eux. Dans le 
siècle dernier, une société de Juifs fit demander au gouvernement 
l'habitation dans Genève, en lui offrant de fortifier la ville à leurs 
frais, de payer la garnison, et de bâtir un quartier qu'ils habi- 
teraient 3 . » 

Dans le sermon il peint à larges traits l'action de la réforme à 

1. Sermon prononcé le jour de Noël, dans l'église de Saint-Germain, sur la 
nécessité d'une religion nationale, par le pasteur Mouchon, Genève, 1793. Archives 
de Genève, G. 191. Sermon Mouchon Pierre. Bibl. publ. et unir. B. G., Gf, 30, 723. 

2. Auspach n'a pas demandé l'expulsion (t. sa réponse). 

3. V. affaire de Candolle. Mouchon fait erreur sur la date de 1582. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 135 

Genève. Elle lui a donné son caractère, elle entre dans sa consti- 
tution politique et morale : la république lui doit son existence, 
sa conservation, sa prospérité : il établit que le législateur aie 
droit de conditionner l'admission dans la société sans qu'il y ait 
atteinte à la liberté de pensée. En conséquence, il faut se sauver de 
la perdition en excluant toute religion et tout étranger dont 
l'admission altérerait le caractère national et les mœurs. 

Au discours de Pierre Mouchon Anspach répondit dans le 
Journal de Genève*. Après les compliments de rigueur, il se plaint 
que Mouchon, par mauvaise foi ou ignorance, le cite mal. Il 
reprend alors sa thèse de l'inutilité et des dangers d'une religion 
dominante, précise que les concepts de nation et de religion sont 
indépendants, et se défend d'avoir voulu exclure les Juifs : « j'ai 
dit seulement : un Juif ne pourra pas fêter publiquement le 
samedi, parce que la loi qui règle la police du culte établira 
l'uniformité pour conserver l'ordre extérieur » (la nuance est 
subtile : en fait les Juifs seraient reconnus citoyens, mais l'exer- 
cice de leur culte serait interdit le samedi, véritable atteinte à la 
liberté, Mouchon a raison sur ce point). Il subventionnera tous 
les cultes, mais ce traitement égal, loin de réduire les prêtres au 
fonctionnarisme, leur assurera une indépendance complète dans 
l'exercice de leur ministère et une complète égalité aux yeux des 
citoyens auxquels on n'a pas le droit d'imposer une religion, 
môme bienfaisante à la cité : qui sait si des sectes nouvelles 
n'assureraient pas plus le bonheur des citoyens ? 

Ce combat des prédicateurs, la lutte entre la chaire et la tribune, 
avait un écho retentissant dans les clubs. A la demande du club 
fraternel au temple neuf, lors de l'anniversaire de l'Escalade, le 
12 décembre 1793, le pasteur Pierre Dejoux prêcha sur les vertus 
patriotiques des ancêtres et les proposa à la reconnaissance et à 
l'imitation des Genevois, laissant ainsi entendre les dangers de 
l'admission des étrangers à la qualité de citoyens 2 . 

Dans la déclaration des citoyens antianarchistes de Genève, du 
6 janvier 1794, J. A. du Roveray, ancien procureur général, qui 
avait dû fuir de Genève, réclame l'ordre dans la cité, et il assure 
le gouvernement de son dévouement : « nous l'invitons à compter 

1. Numéro du 16 janvier 1794. «L'attitude de ce journal a singulièrement changé. » 

2. Archives d'Etat de Genève, G. 192, n° 2. Sermon prononcé à l'anniversaire de 
l'escalade de la ville de Genève, au temple neuf, le douze décembre, par Pierre 
Dejoux, pasteur, imprimé à la réquisition du club fraternel, dédié à la patrie. Prix : 
huit sous. 



136 UEVUE DES ETUDES JUIVES 

sur notre dévouement à la patrie, à sentir ce qu'il doit à la portion 
nombreuse et respectable des Genevois dont nous exprimons le 
vœu..., mais surtout à sentir ce qu'il doit à la république entière 
dont la volonté bien connue est de demeurer chrétienne, réformée, 
indépendante et neutre 4 . » 

Les membres du cercle de l'Ecu de Genève font remettre à 
l'assemblée nationale, le 8 janvier 1794, un cahier d'observations 
rédigé par Béranger : « Citoyens, on nous assure qu'il est question 
d'effacer de nos lois la condition d'être protestant pour devenir 
citoyen de Genève. Plus nous aimons notre patrie, plus nous 
désirons son bonheur, et moins nous pouvons adopter cette propo- 
sition..., et si la loi, qui éloignait de la qualité de citoyen tout 
homme qui n'était pas protestant, n'a eu qu'une influence utile, 
si elle a donné une paix d'un siècle à Genève, si elle l'a sauvée 
même dans ses agitations, pourquoi l'abandonner pour les idées 
spéculatives qui peuvent être trompeuses, et qui probablement le 
sont ». « On voudrait aujourd'hui que tout dissident chrétien, tout 
juif, tout musulman, tout sectateur de Foé pût devenir citoyen ! » 

Mais ces nouveaux citoyens juifs, catholiques, devraient-ils 
contribuer à l'entretien du culte protestant? «La naissance ou 
l'adoption nous donneront des citoyens juifs ou catholiques 
romains et ceux-là devront-ils payer notre culte ? Non. Avoir un 
seul culte est un bonheur : pourquoi donc admettre ces religions 
étrangères, dangereuses et menaçantes pour nos mœurs et 
notre physionomie nationale d'autant plus qu'elles sont inso- 
ciables : dans leurs principes religieux (elles) se feraient un scru- 
pule de conscience de faire partager à leurs enfants celle d'édu- 
cation publique) que vous donneriez aux vôtres. » La population 
suffisante de la ville et sa situation prospère n'autorisent pas 
l'octroi des droits de citoyen aux étrangers 2 . 

Toutefois, une opinion contraire s'était manifestée dès le début 
de la discussion 3 . Julien Dentand, dans le Journal de Genève, sub- 
stituait à la rédaction du projet le texte suivant : « On reconnaîtra 
pour citoyens tous ceux qui, ayant légalement joui de cette qualité 
(c'est-à-dire âgé de vingt ans, solvables et ayant prêté serment de 
fidélité à l'assemblée), n'en seraient déchus par aucun acte juridique, 
tous leurs descendants légitimes, et les étrangers qui ayant obtenu 

1. Archives de Genève, G. 191. 

2. Archives de Genève, G. 191. Bibliothèque publ. et univers., B. G., Gf, 315, 
t. 59, p. 61-62 ; t. 69, p. 72. Voir Catalogue Riyoire. 

3. Journal de Genève, S août 1793. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAHOUGE 137 

la permission d'habiter dans la ville ou sur son territoire, auraient 
été admis pendant dix années consécutives à faire le service 
militaire et à paver ses impôts comme tons les Genevois. » 

Mais la campagne en faveur du projet fut vigoureusement menée 
et quand le peuple fut appelé à se prononcer, le mercredi 
29 janvier 1794, sur cette question « le souverain approuve-t-il 
la clause de l'art. 2 qui impose au citoyen la condition d'être 
de la religion réformée ou protestante? », il y eut 2.808 oui et 
382 non '. 

Sans doute on pavoisa à Genève, mais dans un discours prononcé 
à Saint-Pierre par le citoyen J. Dentand, président du comité 
provisoire, le jour où le projet de constitution fut porté à la 
sanction de l'assemblée, après un éloge de la constitution nou- 
velle, il ne se fit pas faute d'ajouter : « Cependant, citoyens, il ne 
faut pas se dissimuler que quel qu'ait été le zèle patriotique, 
les talents et les lumières des membres de l'assemblée, il est 
possible, vraisemblable même, que cette constitution n'ait point 
encore le degré de perfection dont elle est susceptible, mais les 
germes de la perfectibilité. » 

Ce vote provoqua les railleries du frère Montagnard au fils 
Duchesne 2 . 

D'autres citoyens eurent plus de courage et surtout plus de 
franchise que le Bonhomme, qui, sous son libéralisme, sait à 
merveille user des restrictions mentales. JohannoL, genevois 3 , qui 
devint président de l'administration du Haut-Rhin et fut membre de 
la Convention et du Conseil des Cinq Cents, écrivit cette lettre au 
Club fraternel des révolutionnaires de la Montagne de Genève 7 '. 

Lettre à Anspach, citoyen de Genève. Paris, le 1 er ventôse an II de la 
République une et indivisible. 

Recevez, mon ami, l'expression de mes regrets et de ma douleur sur 
l'article de la constitution genevoise qui prononce aux yeux de la France 
libre et de l'Europe attentive la violation des premiers principes de la 
morale et de la justice, je veux dire la non liberté de conscience et du 
culte. 

1. Journal de Genève, 3 février 1794. 

2. V. Le lionhomme, n° du frère montagnard au fils Duchène. Bibl. publ. et univ. 
de Genève. B. G., Gf. 315, 48 ; v. Catalogue Kivoire. 

3. Voir E. Ghapuisat, De la terreur à l'annexion ; Genève et la République 
française, 1793-1798. 

4. Archives de Genève, G. 191. « Le club fraternel des révolutionnaires de la 
Montagne de Genève a arrêté l'impression des deux lettres ci-après le 3 mai 1794, 
l'an 3" de l'égalité genevoise. » 



138 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Alexandre Bousquet ne se contenta pas de désapprouver le vote, 
il refusa d'être membre du comité exécutif, et le 6 floréal an II e 
de l'ère républicaine, il informait de sa décision le président du 
Club fraternel. 

Mais la conséquence du vote ne se fit pas attendre. La législation 
anté-révolutionnaire fut remise en vigueur contre les étrangers 
et, le 14 février, on décrétait que nul étranger ne pouvait séjourner 
plus de huit jours à Genève sans déclaration à la police et sans 
permis de séjour. Si les Juifs de Garouge avaient, une seule 
minute, nourri quelque espoir dans l'obtention de la bourgeoisie 
genevoise, ils eurent donc prompte désillusion ; il leur fallut 
attendre l'annexion de Genève à la France pour avoir tout droit 
d'entrée et de séjour dans la ville devenue chef-lieu du département 
du Léman. 

Pourtant ils dédaignèrent ce dernier avantage, si convoité dans 
le passé. Ils continuèrent à demeurer à Garouge, où, devenus 
français et citoyens, ils avaient goûté, après l'administration sarde, 
le bonheur d'une tranquillité constante, la possession du droit 
commun. 

Leur nombre s'était accru. Demeurés quinze, après la procla- 
mation de l'édit de tolérance d'août 1787, ils étaient déjà trente- 
neuf en 1794 1 . Nous ne retrouvons plus le juif anglais Joseph 
Abraham, fabricant de verres de montre, ni l'italien, fabricant de 
cire, Joseph Vigevano, époux de la parisienne Hélène Cerf et de ses 
enfants, Dorinne, née à Modène, Rose et Esther, nées à Garouge : 
ni Saint-Michel Mort d'Amsterdam, marchand drapier; ni Maliard 
Lévy, marchand en drap et soieries, originaire de D'ambard 
(Dambach) en Alsace ; ni Mayer Goguenin, aussi marchand, de 
Gharleville 2 . 
En 1798, ils sont soixante-quinze, dont les plus anciens sont 3 : 

Bloc Gaspard, entré dans la commune en 1788. 

Bloc Lyon, — — 1788, sa femme : Fachelele 

Magdeleine; ses enfants : 
Hélène, Mathias, Marx. 

Treifoultz Moyse, — 1782. 

Treifoultz Julie, — — 1782. 

1. Archives de Carouge. Recensement de la section de l'Egalité, 161, D. 5. Recen- 
sement de la section de la Liberté, 161, D. 5. 

2. Arch. de Garouge, 48, D. 5. Registre de consignation des habitants du quartier 
confié à M e Etienne Burdallet, maison Lambusquin. Recensement des habitants, 1789. 

3. Archives de Carouge, 203, D. 5. Recensement de 1798. 



HISTOIRE DES JUIFS DE CAROUGE 



139 



Treifoultz Hélican, entré dans la commune en 

Dugaz Rosette, — — 

Treifoultz Théodore, — — 

Dugaz Joseph, — — 

Treifoultz Rosette, — — 

Meyer Schoul, — — 

Lemm Charlotte, — — 

Mayer Isaac et Brunette, — 

Mayer Jeannette? — — 

Gros Jacob '? — — 

Bloc Gaton, — — 

Paraphe Polacre, — ' — 



Paraphe Jeannette, 
Ulmann Moyse, 
Weil Mayer, 
Serf Moyse, 

Abraham Joseph, 

Lévi Samuel. 



1782. 
1787. 
1787. 
1787. 
1787. 
1787. 
1787. 
1785. 
1778, 
1783, 
1788. 
1786, 

1786. 
1783. 

1788. 
1789, 

1786, 

1783, 



cabaretière. 
tailleur. 

sa femme Sarah Mayer 
et enfants. 



instituteur, femme et 

enfants, 
cardeuren coton (est-ce 

le fabricant de verres?) 
sa femme Dugaz Julie. 



Ils seront, d'après le recensement de 1807, treize familles 
comptant soixante-onze membres 1 . 



(A suivre.] 



E. GlNSBURGER, 



1. Archives de Carouge, 396, D. 4. V. la liste ainsi que celle du recensement de 
1810 aux Pièces justificatives, IV. Leur nombre ne dépasse pas 91. V. plus loin l'in- 
terpellation de Gosse. 



CATALOGUE D'ACTES 

POUR SERVIR A 

L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 

SOUS LE RÈGNE DE JAIME II 

(1291-1327) 

(suite 1 ) 



2447. — P. de Foresia (ou de Faresia), en suite de l'information qu'il 
a instruite contre les meurtriers de Salamon Alaceff, argentier, tué dans 
la grange (alcheria) de Farna, reçoit l'ordre de l'infant de saisir les biens 
des inculpés et de les garder en sa main jusqu'à nouvel avis. — Valence, 
21 juin 1292. 

Archives de la couronne d'Aragon, reg. 86, f° 142. 

2448. — L'infant aux adénantades de l'aljama des Juifs de Valence. 
Juceph Abinçunaria se trouvait endetté à l'égard de son beau-frère Samuel 
Abenvives. Le créancier, ayant livré son titre à un tiers, G. de Bosc, 
citoyen de Valence, avait encouru la çuna ou tacane de la communauté 
juive de la ville. Samuel devra donner satisfaction à la plainte de Juceph. 
— Valence, 23 juin 1292. 

Reg. 86, t'° 144. 

2449. — L'infant mande à P. de Faresia de lui envoyer incontinent le 
texte de son enquête sur le meurtre de l'argentier Salamon Aliselî, si cette 
procédure est terminée, et de saisir les biens des Sarrasins incarcérés à 
ce sujet, afin qu'il puisse en finir avec cette information avant son départ 
de Valence. — Valence, 27 juin 1292. 

Reg. 86, f° 147. 

1. Voir Revue des Études juives, t. LXX1II, p. 193. 



ACTES POUH L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 14! 

2450. — Le Juif Abraham Alayg, sur le point de se rendre à Eylx 

(Elche . s'était obligé à R. Eseorna, baile général du royaume de Valence, 
sous peine de 200 morabotins, de revenir tel jour a Valence. L'infant 
mande au lieutenant du baile de Valence de contraindre le voyageur et 
Pharou Aben vives, son répondant, à payer l'amende encourue. — Jâtiva, 
12 juillet 1292. 

Reg. 86, P 157 v°. 

2451. — L'infant a B. de Cas te lie t et P. Marzen, de la maison royale. 
Il avait enjoint à Jona Sibilli. Samuel Abincrespin et Samuel Abinçaprut, 
ailénantades de l'aljama juive de Valence, de choisir quatre secrétaires. 
Les trois notables juifs ne s'étant pas accordés sur ce choix, Castellet et 
Marzen, par ordre de l'infant, avaient nommé Jahuda Abenfacen, Juceph 
Ablecrenay, Naçan Lobel et Jacob Habu. Cette nomination avait déplu aux 
adénantades et à leur communauté. L'infant mande à Castellet et Marzen 
de contraindre l'aljama a reconnaître leur choix sous peine de cent mora- 
botins. — Jâtiva. 12 juillet 1292. 

Reg. 86, r« 151 v°-lo8. 

2452. — L'infant a appris que plusieurs Juifs de Jâtiva, se trouvant 
sous le coup de contraintes, pour non payement d'impôts, de la part de 
leur coreligionnaire Jahuda Habez, s'étaient éloignées de leur résidence 
et hésitaient a y revenir par crainte de poursuites. Jahuda agissait par 
représailles de l'alatma que sa communauté avait lancée contre lui. Or, 
les fugitifs demandaient a retourner à Jâtiva et l'aljama s'engageait a les 
absoudre de leur départ. L'infant mande donc à Jahuda Habez de renoncer 
a son instance, puisqu'aussi bien l'aljama doit retirer la sienne vis-a-vis 
de ce dernier; de cette façon, les fugitifs pourront rentrer dans leurs 
maisons. — Jâtiva, 20 juillet 1292. 



2453. — L'infant informe son cher F. Ballester qu'il lui confie la mis- 
sion de définir l'enquête ouverte contre les meurtriers de Salamon Alacef, 
argentier juif de Valence. — Valence, 24 juillet 1292. 

Reg. 86, f° 170 v°. 

2454. — L'infant concède à Rabi Jacob et à sa femme, Juifs de Tara- 
zona, qu'ils puissent parler et faire la paix avec Sol, leur fille, et Içmaei 
Levi leur gendre, nonobstant leur serment de cesser toutes relations 
avec le jeune ménage. — Tarazona, 11 août 1292. 

Reg. 

2455. — L'infant mande a Juçeph Alphanel et Salamon Avenlaeemi, 
Juifs de Huesca, de surseoir à leurs poursuites dans le procès pendant 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

devant eux, entre l'aljama juive de Barcelone et celle de Saragosse, en 
raison de certaines dépenses qui furent supportées par les communautés 
juives de la couronne à la suite de la mort de David Mascharan. — Sara- 
gosse, 30 août 1292. 

Reg. 86, f° 187. 

2456. — L'infant a appris par Jahuda Almeredi que son frère Alatzar 
Almeredi, Juif de Saragosse, avait juré de ne plus entretenir de conver- 
sation ni de relations avec leur oncle Alatzar Abubfach. Il mande à son 
fidèle Alatzar Almeredi qu'il le délie de ce serment. — Saragosse, 12 sep- 
tembre 1292. 

Reg. 86, f° 194. 

2457. — L'infant a été avisé par le Juif Ferrer Bonafos que Mosse 
Biona, locataire de plusieurs maisons à Arbôs, refusait malicieusement 
de répondre devant la cour de Villafranca à la plainte que Ferrer y avait 
introduite au sujet d'une somme d'argent, bien que Mosse tînt son domi- 
cile principal, avec sa femme et ses enfants, à Villafranca et non pas au 
lieu d'Arbôs. Le baile d'Arbôs reçoit l'ordre de ne pas s'opposer à ce que 
le justiciable récalcitrant réponde en justice devant la cour de Villafranca; 
bien plus, de veiller à ce que l'affaire soit dévolue à ce dernier tribunal. 
— Barcelone, 14 octobre 1292. 

Reg. 87, f» 10. 

2458. — Le procès qui s'était élevé entre l'aljama juive de Villafranca 
et les Juifs de Sabadell-Martorell au sujet de quêtes, tailles et autres 
exactions avait été confié par le roi à P. de San Clémente, baile général 
en Catalogne, et à B. de Palaciol, jurispéritde Barcelone. L'infant rappelle 
aux adénantades et secrétaires juifs de Villafranca la défense royale à eux 
faite de ne pas exercer de contrainte vis à vis de leurs coreligionnaires 
de Sabadell et Martorell jusqu'au règlement du conflit ; il leur mande, en 
outre, de la part du roi et de la sienne, de ne pas grever de ce chef les 
Juifs d'Arbôs. — Barcelone, 23 octobre 1292. 

Reg. 87, f° 12. 

2459. — L'infant don Pedro concède à tous les Juifs qui sont venus ou 
viendront peupler son lieu d'Arbôs les mêmes statuts que ceux dont jouis- 
sent leurs coreligionnaires de Sabadell touchant le paiement du tribut et 
autres contributions. Il mande au baile et à tous les habitants d'Arbôs 
de se conformer à la présente concession. — Barcelone, 23 octobre 1292. 

Reg. 87, f° 12. 

2460. — L'infant fait connaître à l'alcaide, au justice et aux jurés d'El 
Frago que, dans le différend survenu entre les héritiers de feu P. Pardo, 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COUROiNNE D'ARAGON 143 

seigneur de La Costa, sa femme et ses hommes, d'une part, et les Juifs 
royaux d'El Frago, leurs créanciers, d'autre part, il a fait accepter la 
transaction suivante : remboursement de la créance à raison de 400 sols 
par an pendant quatre années consécutives et de 300 sols ensuite jusqu'à 
complète extinction de la dette. Don Pedro mande à ces fonctionnaires 
de ne pas user de contrainte à l'égard des débiteurs ci-dessus; il veut, 
toutefois, que leurs créanciers reçoivent en paiement les gages ou la 
valeur des gages déjà saisis sur les habitants de La Costa. — Huesca, 
9 novembre 1292. 

Reg. ST. f* 16. 

2461. — Ordre au sobrejuntero de Huesca de procéder en justice 
contre les auteurs de l'agression et du vol perpétrés au préjudice de 
Çulema de Bonavida et Rabi Açar, Juifs de Calatayud, sur le chemin 
public, près du lieu de Vialada. — Huesca, 10 novembre 1292. 

Reg. 87, f<> 16. 

2462. — Mandement à l'alcaide d'El Frago de ne pas enlever d'usten- 
siles à des Juifs de sa localité, contre leur volonté. S'il arrive que des 
Juifs aient été appréhendés pour maléfices ou à la suite d'une plainte, il 
ne devra pas leur réclamer le droit de carcelage, mais seulement ce qui 
est exigé des autres détenus. — El Frago, 30 novembre 1292. 

Reg. 87, i'° 19. 

2463. — L'infant a appris par Samuel Abinaftia, Samuel Abenvives, 
Jahuda Alazar et Vidal Astruch Desparus, Juifs de Valence, qu'ils avaient 
reçu procuration de leur aljama en vue d'obtenir confirmation des privi- 
lèges royaux et que, de ce fait, ils avaient assumé des dépenses person- 
nelles. 11 mande au baiie général du royaume de Valence de les leur 
faire rembourser. — Huesca, 3 décembre 1292. 

Reg. 87, f« 19 v. 

2464. — L'infant a été avisé qu'lzmael Avencrespin, adénantade, et 
Juçeph Ablaterren, secrétaire de l'aljama juive de Valence, n'étaient pas 
à la hauteur de leur mission, qu'ils n'étaient pas peytiers du roi pour 
leurs biens, à cause de quoi ils ne pouvaient pas pourvoir commodément 
à l'observance des droits du prince ni au bon fonctionnement de leur 
communauté. Mandement au baile général de Valence de rechercher si 
les deux notables incriminés sont insuffisants et, dans l'affirmative, de 
les remplacer par de plus capables. — Huesca, 3 décembre 1292. 

Reg. 87, f° 19 f. 

2465. — L'infant don Pedro reconnaît devoir aux secrétaires de 
l'aljama juive de Huesca 200 sous de Jaca qu'ils lui ont prêtés pour les 



144 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dépenses de sa maison et qu'ils ont versés à son dépensier P. Esquerit. 
11 leur en donne assignation sur le produit du premier tiers de mai de la 
boucherie juive de Huesca. Les collecteurs des droits sur la viande sont 
avisés de cette retenue. — Huesca, 28 décembre 1292. 
Reg. 87, f°26. 

2466. — La reine-mère ayant concédé à l'infant, son dis, et le roi 
régnant ayant confirmé à son frère la recette de tous les revenus qu'elle 
percevait dans la cité de Huesca, don Pedro mande aux adénantades et à 
l'aljama juive de cette ville de ne répondre, pour leur tribut, qu'à lui ou 
son mandataire. — Huesca, 28 décembre 1292. 

Reg. 87, f°26. 

2467. — L'infant avait mandé à B. de Gastellet, jurispérit de Valence, 
et à P. Martçen, son rcpositaire, de nommer les secrétaires de l'aljama 
juive de leur cité, puisque les adénantades ne parvenaient pas à se 
mettre d'accord sur le choix de ces fonctionnaires. Furent nommés : 
Jahuda Abenhaçen, Juçeph Ablerronay, Naçan Bobel et Jacob Habu. Les 
adénantades s'étant montrés mécontents de ce choix, l'infant leur enjoi- 
gnit de procéder eux-mêmes, pour un an, à la nomination de leurs 
secrétaires. Don Pedro mande à P. de Libian, baile général, et aux 
autres offîciaux du royaume de Valence de faire exécuter les ordres ci- 
dessus, mais de surseoir à l'instance ouverte contre l'aljama par Samuel 
Abenaffia, Samuel Abenvives, Vidal Parus et Jahuda Alaçar jusqu'à ce 
qu'ils aient entendu les comptes des secrétaires et adénantades sur le fait 
des tailles perçues et des dépenses engagées. — Valence, 16 janvier 1292 3. 

Reg. 87, f" 34. 

2468. — Le roi Jaime II a écrit, le 11 janvier, à l'infant au sujet de 
feu noble Didaco Lopez de Pharo, qui avait engagé au Juif de Téruel 
Alatzar de Vidales, avant la guerre d'Aragon et de Gastille, l'aidée d'Egea 
sise dans le terroir d'Albarracin. L'engagiste ayant été dépouillé violem- 
ment de son gage, le roi avait mandé à son frère de contraindre les 
spoliateurs à restitution de l'aidée, au remboursement de la créance ou 
à complément de justice. En notifiant cette lettre à Lope de Gorrea, 
alcaide d'Albarracin, don Pedro l'invite à faire remettre Alatzar en 
possession de son gage ou à comparaître par devant lui, infant, dans le 
délai de quinze jours. — Téruel, 26 janvier 1292/3. 

Reg. 87, f° 40 v°. 

2469. — Les portiers et autres offîciaux collecteurs des cènes et 
autres services exigibles des Juifs de Téruel reçoivent l'ordre de ne pas 
user de contrainte à l'égard de leurs prestataires, si ce n'est comme cela 
se pratique vis-à-vis des Juifs de Galatayud et de Daroca, c'est-à-dire par 
sou et par livre, selon leur tribut. — Téruel, 26 janvier 1292/3. 

Reg. 87, P 40 v°. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COUROiNNE D'ARAGON 145 

2470. — L'infant a appris que, malgré Tordre royal de faire arrêter 
par un alguazil P. Navarro et le Juif Mossé pour vol commis au préjudice 
de Bellice, Sarrasine de Ricla, le justice de ce lieu, après avoir reçu en 
prison les deux inculpés des mains de l'alguazil, les avait remis en liberté 
illégalement. Ordre est donné au justice de réincarcérer les deux pré- 
venus et de procéder contre eux juridiquement. — Saragosse, 4 mars 1292/3. 

Reg. 87, f° 47. 

2471. — L'infant, informé que des Juifs et des Juives venus des par- 
ties de France avaient été arrêtés à Bielsa avec leur argent et leurs 
bagages, a dépêché trois de ses fidèles pour faire délivrer les captifs. Il 
mande au justice, aux jurés et au conseil de Bielsa de remettre les voya- 
geurs entre les mains de ses représentants. — Huesca, 11 mars 1292/3. 

Reg. 87, f° 50 v°. 

2472. — L'infant mande au justice et aux jurés de Bielsa de remettre les 
Juifs de France à ses alguazils et autres délégués. — Huesca, 16 mars 1292/3. 

Reg. 87, f° 53 v°. 

2473. — L'infant a appris que les secrétaires de l'aljama juive de 
Villafranca poussaient par alatma Mosse Biona et Astrug Garavida, Juifs 
d'Arbôs, à déclarer leurs biens après leur transfert de domicile dans cette 
localité et à contribuer avec leur nouvelle communauté pour les quêtes, 
services et autres impositions. Le baile d'Arbôs devra s'opposera ce qu'il 
soit usé de contrainte à l'égard des nouveaux venus. — Arbos, 24 mars 
1292/3. 

Reg. 87, f° 57. 

2474. — L'infant a été avisé que, le vendredi avant la Pàque de 
Résurrection, des habitants de Girone, après avoir dressé des ponts et 
des poutres entre des maisons chrétiennes et des maisons juives, s'étaient 
précipités sur ces dernières, la. torche et l'arbalète à la main, volant 
l'argent et les chartes, blessant même quelques Juifs. Don Pedro mande 
au juge ordinaire et au baile de Girone de faire arrêter les coupables et 
indemniser les victimes. — Barcelone, 5 avril 1293. 

Reg. 87, i'° 60 v°. 

2475. — L'intendant mande au baile de Barcelone d'infliger une 
contrainte judiciaire aux hommes des bailies de Galdas, Tarrasa, Garicich, 
Vilamajor et autres bailies foraines qui sont obligés au principal, ou 
comme caution à Gresches Zarch, Juif de Barcelone, et qui ont décliné 
le for desdites bailies pour embrasser celui de la bailie de Barcelone. Il 
n'entend pas par le présent mandement qu'il soit dérogé à l'avenir à la 
juridiction barcelonaise. — Barcelone, 5 avril 1293. 

Reg. 87, f» 61. 

T. LXXV, n° 150. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2476. — Malgré leur assurance idoine de faire au pouvoir de l'infant 
complément de justice à leurs plaignants, Astruch Caravida et Mosse 
Biona, Juifs d'Arbôs, se trouvent inquiétés dans leur personne et dans 
leurs biens. Don Pedro mande à la cour de Villafranca et aux autres 
officiaux ou sujets du roi de protéger les assurés, leurs familles et leurs 
biens. — Vallmoll, 13 avril 1293. 

Reg. 87, f- 65. 

2477. — L'infant, avisé des tracasseries dont les Juifs Astruch Cara- 
vida et Mosse Biona étaient l'objet de la part de Bartolomeo de Mans, 
lieutenant de la cour de Villafranca, interdit à ce fonctionnaire de 
molester les deux justiciables précités. — Vallmoll, 13 avril 1293. 

Reg:. 87, f 65 v°. 

2478. — Le jurispérit G. de Socarrats est chargé d'informer sur place 
au sujet de l'attaque dirigée par des chrétiens contre la juiverie de 
Girone. Les agresseurs poursuivirent de malheureux juifs jusqu'à l'inté- 
rieur de la cathédrale, qu'ils violèrent. Des fraudeurs profitèrent même 
du trouble pour emporter de la ville des marchandises prohibées et les 
expédier aux ennemis du roi. L'infant enjoint à l'enquêteur de lui faire 
parvenir sa procédure sous son sceau, afin qu'il puisse engager des pour- 
suites contre les émeutiers. — Prades, 15 avril 1293. 

Reg. 87, f- 65 v-66. 

2479. — L'intendant notifie aux adénantades et secrétaires de Faljama 
juive de la cité et du royaume de Valence d'avoir à obéir à R. d'Orchau, 
qu'il vient de nommer lieutenant de procureur pour le royaume de 
Valence. — Lérida, 18 avril 1293. 

Reg. 87, f° 67. 

2480. — L'infant, ayant appris par Izmael Avinbevet, Juif de Sara- 
gosse, que le justice, les jurés et le conseil d'Alcover refusaient, sous 
prétexte de moratoire royal, de rembourser leurs dettes audit Juif, 
mande aux débiteurs de s'acquitter incontinent vis-à-vis de leur créan- 
cier. — Saragosse, 27 avril 1293. 

Reg. 87, f° 70. 

2481. — Lettres de créance délivrées par Jaime II à son familier et 
fidèle Bondavin Alfaquim, chargé d'une mission secrète auprès d'Abu- 
çahir, roi de Tlemcen [Tirimçe). — Barcelone, 23 mai 1293. 

Reg. 252, i° 53. 

2482. — Instructions en langue catalane remises au plénipotentiaire 
Bondavin. Ce dernier devra commencer par saluer le roi de Tlemcen de 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE D'ARAGON 147 

la part du roi d'Aragon et dire de lui le plus de bien qu'il pourra. — 
Même date. 

Reg. 232, f° 53. 

2483. — Jaime II mande à tous ses officiaux et sujets de ne pas 
entraver le voyage de Bondavin et de sa famille vers le royaume de 
Tlemccn. — Barcelone, 23 mai 1293. 

Reg. 252, f» 53 v°. 

2484. — L'infant confie à Sancho Munyoz aîné, habitant de Daroca, 
l'examen du procès qui avait été entamé par Jaime de Costa contre 
Juceff Abulex, Jahuda Paçarel, Juifs de Daroca, et plusieurs autres de 
ses créanciers au sujet du reliquat du prix de vente qu'il lui restait 
devoir des maisons ayant appartenu à feu Jaime de Costa. Cette somme 
a été placée au pouvoir de Gilbert Bruno et, par sentence du juge de 
Daroca, il a été décidé que remise en serait faite au vendeur. — Daroca, 
25 mai 1293. 

Reg. 87, f° 82. 

2485. — Il a été écrit à P. Sancho, justice de Calatayud, au nom de 
l'infant, d'obtenir par sommation ou contrainte que Rodrigo Gonçalbi, 
châtelain de Fariza, restituât au Juif de Ségovie Abraham un roucin, un 
mulet, des draps et tout l'argent qu'il lui avait extirpé. Le serviteur 
d'Abraham qui avait subi le même sort que le convoi devrait également 
être remis en liberté. — Huesca, 28 mai 1293. 

Reg. 87, fo 83 v<\ 

2486. — Jaime de Oblicis, sur ordre royal, avait placé sous sa sauve- 
garde M e Marcos, Juif des parties de Navarre, et lui avait donné asile 
dans sa maison d'Urrea. Or, l'infant a appris qne Juan Jimenez d'Urrea, 
se plaçant à la tète des chevaliers et des fantassins de son entourage 
(familia), s'était porté à l'attaque de la maison hospitalière. Le Juif 
Navarrais avait été arrêté, ses livres, ses vêtements et son argent 
emportés. Très étonné de cette agression, don Pedro mande à noble 
Jimen d'Urrea, frère de l'assaillant, de faire remettre Marcos en liberté 
et de le ramener à Urrea. — Huesca, 28 mai 1293. 

Reg. 87, f° 84 v°. 

2487. — L'infant a été informé de la part de jVidal Avintal, Juif de 
Lérida, que noble Artaldo de Alagôn lui avait fait saisir, près de Sari- 
nyena, sept voitures d'agneaux, sous prétexte qu'elles n'étaient pas passées 
par Pina. Bien plus, les domestiques que Vidal avait dépêchés à Pina pour 
arranger l'affaire avaient été arrêtés. Don Pedro requiert noble Artaldo 
de restituer tout ce qui a été confisqué. — Saragosse, 23 septembre 1293. 

Reir. 87, f° 113 v°. 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2488. — Accablée de coups et de blessures par son mari Juceph, fils 
de Mohal, détestée par lui, la Juive Ori Abli, pour éviter la mort ou 
la mutilation, a quitté le domicile conjugal. Elle entend consommer 
cette séparation en remettant, selon la çuna, les arrhes de ses fiançailles. 
L'infant, qu'elle a saisi de sa plainte, mande au juge de l'aljama juive de 
Calatayud de ne pas contraindre la plaignante à retourner avec son mari, 
si la çuna ne lui en fait pas obligation, bien plus, de révoquer la peine 
qu'il lui a infligée. — Saragosse, 8 octobre 1293. 

Reg. 87, f° 118 v°. 

2489. — L'infant, ayant appris qu'à l'unanimité, les jurés et le conseil 
de Daroca avaient décidé de poursuivre les meurtriers des époux Salamon 
Dalbin, récemment tués dans la juiverie de Daroca, requiert et prie 
lesdits conseillers d'ouvrir une enquête. — Saragosse, 9 octobre 1293. 

Reg. 87, f° 118 v°. 

2490. — L'infant a été avisé que le justice de Çuffar avait mis Achac 
Aliahen, fils de feu Açach, Juif de Saragosse, en possession de maisons et 
vignes ayant appartenu à Miguel de Pradella, habitant de Çuffar, débiteur 
récalcitrant. Don Pedro mande au justice, aux jurés et au conseil de 
Çuffar de maintenir le créancier en possession des fonds saisis. — 
Saragosse, 25 octobre 1293. 

Reg. 87, f° 127. 

2491. — Il a été écrit à Juân Perez de Vera de relâcher Achac Açmel, 
Juif de Borja, qu'il avait emprisonné. — Saragosse, 11 novembre 1293. 

Reg. 87, F 133 v°. 

2492. — L'infant notifie au justice, aux jurés et au conseil de Tauste 
qu'il a condamné à 4.000 sous de Jaca Salamon Davencoro, Juif de 
Tauste, qui s'était rendu coupable de plusieurs crimes et excès. Gil Gharin, 
mérine de Saragosse, a reçu l'ordre de vendre incontinent les biens du 
condamné jusqu'à concurrence de l'amende infligée. Don Pedro mande 
aux conseillers de Tauste de faire publier que tous les débiteurs et obligés 
de Salamon devront s'acquitter envers le mérine et que, d'autre part, 
les créanciers du condamné pourront se faire rembourser sur la masse 
disponible par le même fonctionnaire. — Saragosse, 13 novembre 1293. 

Reg. 88, f° 139. 

2493. — L'infant confie à Miguel Perez Romero, jurispérit de Huesca, 
le règlement du procès pendant entre Ferrand Bonanat, habitant de cette 
ville, et Mosse Avinçayt, Juif de Huesca également, au sujet de certaine 
diffamation portée par le second contre le premier devant les jurés de 
Huesca. — Huesca, 19 décembre 1293. 

Reg. 88, f° 119 v°. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON U9 

2494. — Malgré l'ordre royal, noble Artaldo de Alagôn refusait de 
restituer les sept charretées d'agneaux et le roucin que son alcade de 
Pina avait saisis, pour non payement de leude, aux frères Vidal et 
Jesues Avincayn, juifs de Lérida. Or, juifs et chrétiens de Lérida se 
trouvent affranchis par privilège royal de tout droit de leude. Pour la 
deuxième fois, l'infant prie Artaldo de restituer son larcin, sans quoi il 
le fera poursuivre, lui et ses hommes. — Huesca, 19 décembre 1293. 

Reg. 88, f 150. 

2495. — La veuve et les héritiers d'Alfonso de Gastellnou voulaient 
contraindre les Juifs de Barbastro au remboursement d'une créance de 
300 sous de Jaca, sans tenir compte de la dette de 1.000 sous contractée 
par le défunt à l'égard desdits Juifs. Saisi de la plainte de ces derniers, 
l'infant mande au baile et au justice de la cité de Barbastro de ne pas 
favoriser cette contrainte, bien plus, d'obliger les héritiers débiteurs à 
verser la différence, soit 700 sous. — Monzôn, 21 décembre 1293. 

Reg. 88, f- 151 v». 

2496. — Don Pedro ordonne aux mêmes d'inviter Pedro Castellôn, 
chevalier, qui avait reçu des Juifs de Barbastro une coupe en gage de 
200 sous de Jaca, à rendre la coupe contre remboursement de sa créance. 
— Même date. 

Reg. 88, f° 151 v°. 

2497. — L'infant a bien reçu les lettres par lesquelles le baile de 
Sabadell l'informait de l'infanticide commis et avoué dans cette ville par 
une Juive dénaturée. Il lui mande de se rendre à Barcelone, d'y prendre 
l'avis des jurispérits et prud'hommes, puis de procéder en conséquence 
contre l'inculpée. — Monzôn, 23 décembre 1293. 

Reg. 88, f° 152 v°. 

2498. — Dans le procès qu'Açach Avinayn et Mosse Avindurant, Juifs 
de Huesca, avaient intenté à leur débitrice Estebania Godita pour non 
paiement d'une créance de 200 sous de Jaca, le Justice de Barbastro, qui 
a été chargé de départager les contestants, devra poursuivre l'examen 
jusqu'à la sentence définitive. — Monzôn, 23 décembre 1293. 

Reg. 88, f- 153 v°. 

2499. — L'infant a été informé que noble Berengon de Entonça avait 
fait emprisonner le Juif Azach à Borja par Gondsalve Gili. Au témoignage 
de Juceph Abolbacha, Juif de Huesca, père du prisonnier, et de l'avis des 
jurés, prud'hommes de cette ville, cette arrestation était absolument 
arbitraire. Don Pedro mande au justice, aux jurés et au conseil de Borja 
d'enlever Azach aux mains de Berengon et de le garder en leur pouvoir 
jusqu'à nouvel ordre du roi. — Monzôn, 27 décembre 1293. 

Reg. 88, f- 154. 



150 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2500. — Malgré des sommations réitérées, noble Artâldo de Alagôn 
n'avait pas encore restitué les sept charretées d'agneaux et le roucin 
confisqués sur Jesuas Abencayl, Juif de Lérida. L'infant mande au çalmé- 
dine de la cité de Huesca de saisir les biens dudit noble à Alcover et 
autres lieux jusqu'à concurrence des pertes subies par Jesuas. — Monzôn, 
27 décembre 1293. 

Reg. 88, f° 154. 

2501. — L'infant reçoit sous la sauvegarde royale et la sienne 
Salamon Mailloart, marchand de Saragosse, sa femme et ses enfants, 
ainsi que leurs marchandises et tous leurs autres biens. — Monzôn, 
l» r janvier 1293/4. 

Reg. 88, f« 155 \°-156. 

2502. — Don Pedro mande au çalmédine et aux jurés de la cité de 
Saragosse, sous peine de corps et de biens, de protéger le marchand 
Salamon Mailloart et sa famille. — Même date. 

Reg. 88, f° 156. 

2503. — Le justice, les jurés et le conseil de Borja, de Magallon, de 
Gastellar, de Çuffaria et d'Almudebar sont invités à conduire, sous bonne 
escorte, le prisonnier juif de noble Berengon de Entencia, de Borja à 
Magallon et, de là, à Gastellar, Almudebar et Huesca, où il sera remis 
aux mains de l'infant. — Même date. 

Reg. 88, f° 156 v>. 

2504. — Il a été écrit au çalmédine de Saragosse de maintenir en 
droit les trois frères juifs de cette ville, Açach, Juceph et Jahuda Abena- 
fora. — Monzôn, 3 janvier 1293/4. 

Reg. 88, f° 157. 

2505. — Sauvegarde royale octroyée par l'infant à Salamon Aben- 
remoch, Juif de Monzôn, à sa femme, à ses enfants et à leurs biens, ainsi 
qu'à Astrugue, fille de feu Açach Amnaxech. — Monzôn, 4 janvier 1293/4. 

Reg. 88, P 158 v°. 

2506. — Don Pedro réitère l'ordre au baile de Sabadell de tirer un 
châtiment corporel de la Juive infanticide de Sabadell, après consultation 
des prud'hommes de la ville. — Monzôn, 11 janvier 1293/4. 

Reg. 88, P 153. 

2507. — L'infant informe Arbert de Mediona, procureur de sa terre 
en Catalogne, qu'à son avis, la Juive infanticide de Sabadell mérite un 
châtiment corporel et que le viguier de Barcelone ni tout autre ne 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 154 

pourront procéder contre le baile de Sabadell, qui a été chargé du règle- 
ment de l'affaire. — Monzôn, 13 janvier 1293/4. 
Reg. 88, f° 153. 

2508. — Sauvegarde de l'infant au Juif Abrahim Abnaxach et notifi- 
cation de cette mesure au baile des Juifs de Monzôn. — Même date. 

Reir. 88, f° 158 v°. 

2509. — Il a été écrit à lalcaide, au justice, aux jurés et prud'hommes 
de Borja de remettre le prisonnier juif de noble Berengon de Entencia à 
P. Garces de Nuce ou à son procureur. — 18 janvier 1293/4. 

Reg. 88, fo 161 v n . 

2510. — Lettres de non préjudice accordées par l'infant à l'aljama 
juive de Monzôn pour le don gratuit qu'elle a bien voulu lui consentir 
en vue de solder les dépenses du séjour (hostagii) qu'il avait été obligé 
de faire pour le roi à Monzôn. — Monzôn, 23 janvier 1293/4. 

Reg. 88, f° 114. 

2511. — Don Pedro, ayant appris que les hommes de Benabarre 
retenaient en prison Açach, Juif de Monzôn, inculpé de vol et autres 
méfaits, mande au viguier de Ribagorza de lui remettre le prisonnier 
pour qu'il informe, s'il y a lieu, contre lui. — 19 janvier 1293/4. 

Reg. 88, f° 174 v°. 

2512. — David Avinfamit, Juif de Lérida, s'est plaint à l'infant de ce 
que son baile G. de Redorta lui réclamait une amende de 100 sous pour 
un acte de parjure, tout en se refusant à admettre de lui des répondants 
et à lui assigner un juge qui pût connaître de l'acte incriminé. Don Pedro 
mande au baile de Lérida de laisser David fournir caution et de lui 
donner un juge idoine. — 3 mars 1293/4. 

Reg. 88, f° 181. 

2513. — Samuel Alfaquim est chargé de mission par devers le roi de 
Grenade. — Barcelone, 6 mars 1293/4. 

Reg. 252, f OÏ 80 v°-81, en langue catalane. 

2514. — L'infant donne quittance à Salamon Avincoro, Juif de Tauste, 
de 3.300 sous à valoir sur l'amende de 4.000 sous de Jaca à laquelle ledit 
Juif avait été condamné pour crimes et maléfices. Quant au solde de 
700 sous, il devra être versé au mérine de Saragosse. — 21 mars 1293/4. 

Reg. 88, f 188 v°. 

2515. — Après avoir examiné la procédure que le justice de Barbastro 
avait dressé touchant le procès entre les Juifs de Huesca Açhac Avinayn, 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mosse Avindurant et. Estebania Go die a, dame de Barbastro, pour une 
somme de 200 sous de Jaca, l'infant, que retiennent d'autres affaires, lui 
retourne le dossier en le priant de prendre le conseil d'experts (sapien- 
cinm) et de rendre lui-même la sentence. — 21 mars 1294. 
Reg. 88, f° 193 v°. 

2516. — Comme Juceffint Çatich Aveniafia, Jahuda Avenanfora, 
Azmel Azdrelo, Açach, fils de Rabi de Tarazona, et Çulema Avenpesat, 
Juifs de Saragosse, qui se rendaient avec leurs marchandises vers les 
parties de Gastille, passaient à Daroca, une Sarrasine qu'ils emmenaient 
dans leur caravane déclara être de la paix du roi. Bien qu'ils eussent 
exhibé l'acte d'achat de cette Sarrasine, le justice de Daroca la leur 
enleva et les appréhenda au corps avec leur chargement et tous leurs 
biens. L'infant mande au justice de remettre les marchands en liberté et 
de leur rendre ballots et Sarrasine. — Huesca, 25 avril 1294. 

Reg. 88, f° 206. 

2517. — Inculpé d'adultère avec une chrétienne, Barzelay, fils de feu 
Açach de Maheger, avait vu tous les biens de ses frères et de sa mère 
Oro saisis par le mérine de Jaca, qui au surplus le menaçait d'arrestation. 
Mais la famille du délinquant remontrait à l'autorité qu'il n'y avait eu 
en l'occurrence ni plainte ni accusation de quiconque. Aussi l'infant 
enjoint-il au mérine Jaime de Luch de recevoir caution suffisante de la 
famille Maheger et de lui restituer les biens saisis ; qu'il ne grève pas 
injustement Barzelay et lui adresse les pièces du procès, don Pedro se 
réservant de procéder lui-même en cette affaire. — Huesca, 25 avril 1294. 

Reg. 88, f° 207. 

2518. — Jaime II, ayant appris que des Juifs delà cité de Majorque 
avaient fabriqué et fait usage de fausse monnaie, ordonne à son fidèle 
P. de Focs, dépensier de sa maison et son procureur spécial, de ne pas 
laisser un si grand crime impuni et de lancer un mandat d'arrêt contre 
les faussaires. — Barcelone, 8 mai 1294. 

Reg. 252, f° 193. 

2519. — Si les Juifs faux-monnayeurs veulent composer, Jaime II 
donne plein pouvoir à P. de Focs de leur fixer un chiffre. — Même date. 

Reg. 252, f° 193. 

2520. — Salamon Abenzeyt, qui avait révélé les actes de faux-mon- 
nayage commis par ses coreligionnaires majorquins, courant le risque 
d'être déclaré « malsim » par l'aljama juive de Majorque, Jaime II lui 
donne l'assurance qu'aucune poursuite ne pourra être engagée de ce 
chef contre lui sous peine de 100 morabotins d'or. — Barcelone, 10 mai 1294. 

Reff. 252, f»« 193 V-194. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE La 153 

2521. — L'infant avait appris qu'en représailles des sommes 
des habitants de Martorell par A. de Bastida, citoyen de Barcelor, 
baile de Martorell avait confisqué sur Abraham de Navarra, Juif de 
Barcelone, une charretée de marchand.- ftétfteni a déclaré 
qu'il s'agissait en l'espèce d'une dette royale et qu'à ce titre, aucun 
Barcelonais ne pouvait être frappé de saisie. L'infant mande donc au 
baile de restituer le chargement. — Barcelone. 10 juin 1294. 

Reg. 88. P221 v. 

2522. — L'infant fait appel au concours financier des adénantades et 
du groupe juif d'Uncastillo. — Barcelone. 1 er juillet 1294. 

Reg. 88, f° 225. 

2523. — Lettres royales de sauvegarde délivrées par don Pedro a 
Abraham, Juif du village de Lexars aux confins des montagnes de Pr 

et à sa sœur Ester, du village de Prades. — Barcelone. 1 er juillet 1294. 
Reg. 88, f» 240 f. 

2524. — Lettre de Jaime II au roi de Maroc Abenjacob. Il lui accu — 
réception du message qu'il lui a adressé par l'entremis h El 
Judio. Il croit en avoir compris tout le contenu, mais, pour plus de 
sûreté, il lui en envoie la traduction. Considérant qu'entre 
dynasties, il y eut toujours concorde et amour, le roi d'Aragon charg 
fidèle interprète ^alfaquin Samuel de déclarer au roi de Maroc qu'il lui 
plairait beaucoup qu'entre ce dernier et le roi de Castille, beau-père de 
Jaime II, régnât aussi la paix et la concorde. Il l'en remercie vivement 
d'avance. — Barcelone, 8 juillet 1294. 

Reg. 252, f 92. en langue castillane. 

2525. — Lettres de créance touchant la mission de l'interprète 
Samuel, notifiées par Jaime II a noble Abdulhac, algnazir du roi Aven- 
jacob. — Même date. 

- . P 92. 

2526. — Accusé de réception au roi de Grenade de la lettre transmise 
par l'interprète Samuel et prière d'accorder créance à la nouvelle mi — 
[mandaderia) de ce dernier. — Même date. 

- 252. P 92 v°. 

2527. — Jaime II fait connaître à doua joe don 
Samuel a pour mission de redresser les faits du roi de Cash/. 

njacob et du roi de Grenade. Il veut que son interprète effectue la 
traversée sur un navire bien armé et, comme il n'a pas d'argent en ce 
moment pour se le procurer, il pria dame Maria de lui en faire l'avance. 
— Même date. 

Reg. 252, f 92 v°. 



154 REVUE DES ETUDES JUIVES 

2528. — Açinel Azdrell s'étant porté garant au pouvoir de l'infant 
qu'il tenait à son service l'esclave sarrasine (voir n° 2516) et qu'il ferait 
aux plaignants complément de justice, don Pedro mande au justice de 
Daroca de restituer la Sarrasine à son maître. — Huesca, 19 juillet 1294. 

Reg. 88, f° 206. 

2529. — L 'infant donne quittance aux adénantades et à l'aljama des 
Juifs de Huesca de 1.000 sous de Jaca en suite de l'instance qu'il avait 
introduite contre eux pour n'avoir pas retenu leur coreligionnaire 
Abrahim Abingavet, inculpé d'avoir craché à la face de Martin Père, 
converti de la loi hébraïque à la foi catholique. — Huesca, 29 juillet 1294. 

Reg. 88, f°252 v°. 

2530. — L'infant a appris par Astruch Caravida, Juif d'Arbos, que les 
secrétaires de l'aljama juive de Villafranca lui tenaient rigueur, le 
menaçant même de prison et de saisie, de ce qu'il n'avait pas contribué 
à la quête. Or, le plaignant a fourni caution suffisante à l'infant pour 
faire droit. Don Pedro mande à Bartolomeo de Mans, régent de la cour 
de Villafranca, de ne pas permettre qu'Astruch soit incarcéré ni saisi. 
— Lérida, 9 août 1294. 

Reg. 88, f° 259 v°. 

2531. — Astruch Caravida avait transféré son domicile à Arbôs, mais 
il avait laissé sa femme Aster à Villafranca. Cette dernière avait demandé 
au régent de Villafranca de contraindre son mari à lui servir une pen- 
sion alimentaire, à quoi Astruch se montrait disposé, pourvu que sa 
femme consentît à le rejoindre dans sa nouvelle résidence; en cas de 
refus de l'intéressée, c'est au baile d'Arbés qu'il appartiendrait de régler 
le différend. Malgré l'attitude conciliatrice du mari, le juge délégué par 
le régent de Villafranca l'a déclaré contumace, ce qui est inadmissible, 
puisque le prévenu fait partie dorénavant de la juridiction d'Arbôs. 
L'infant mande à Bartolomeo de Mans, régent de la cour de Villafranca 
pour Gaucerand de Canells, de ne pas forcer Astruch Caravida à nourrir 
sa femme tant qu'elle n'aura pas rejoint le domicile conjugal. — Lérida, 
10 août 1294. 

Reg. 88, f« 259. 

2532. — L'infant reconnaît devoir à Astruch Caravida, Juif d'Arbôs 
700 sous barcelonais pour un palefroi, par ce dernier fourni, trois années 
auparavant, à dame G., et lui en donne assignation sur les revenus 
royaux d'Arbos, à partir du 1 er janvier suivant. — Lérida, 11 août 1294. 

Reg. 88, f° 259 v°. 

2533. — Attendu que Bonanat Escapat, Juif de Villafranca, a encouru 
une amende de 500 sous barcelonais pour ne pas avoir exécuté les 



ACTES POU» L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 155 

clauses du contrat touchant la dot et le douaire de sa sœur Ester, femme 
d'Astruch Caravida, Juif d'Arbôs, l'infant mande à B. Texidor, baile de 
ce lieu, de prélever les 500 sous sur les biens de Bonanasch à Arbôs. — 
Lérida, 11 août 1294. 

Reg. 88, f 269 v°. 

2534. — Astruch Caravida avait porté plainte devant la cour de Villa- 
franca contre P. de Pinu, qui s'était porté garant, vis-à-vis de lui, d'un 
sien débiteur, procureur de Doucette, femme de Çullam Adret, Juif de 
Barcelone, lequel se trouvait être créancier d'Astruch. Le régent de la 
cour ayant refusé de contraindre P. de Pinu et condamné Astruch à 
rembourser sa dette au procureur de Doucette. L'infant mande à Barto- 
lomeo de Mans, régent de Villafranca, d'annuler sa sentence et d'obliger 
P. de Pinu à satisfaire son créancier. Si on a à se plaindre d'Astruch, 
c'est devant son juge territorial, le baile d'Arbôs, qu'il aura à en 
répondre. — Lérida, 12 août 1294. 

Reg. 88, f° 260. 

2535. — G. Alegre, habitant de la Febrer, affirmait que ses créanciers 
juifs Abraham Monçen et Abraham de Torre lui réclamaient un intérêt 
supérieur à 4 deniers pour livre. L'infant mande au baile des montagnes 
de Prades de contraindre lesdits Juifs à produire leurs comptes et à 
restituer, le cas échéant, les intérêts usuraires. — Prades, 17 août 1294. 

Reg. .88, f° 263 v°. 

2536. — L'intendant donne quittance aux secrétaires et à l'aljama 
juive de Barcelone-Villafranca de 266 sous, 8 deniers barcelonais (savoir 
Barcelone 200 sous et Villafranca 66) pour les cènes de l'année courante. 
Cette somme a été versée à Vidal Caravida, Juif de Villafranca, pour prix 
d'un mulet par lui fourni au roi. — Barcelone, 26 août 1294. 

Reg. 88, f° 266. 

2537. — Don Pedro reconnaît devoir à Vidal Caravida, Juif de Villa- 
franca, 233 sous, 4 deniers barcelonais pour solde d'une mule de 500 sous. 
Assignation est faite de ce reliquat sur les revenus d'Arbôs. — Même date. 

Reg. 88, f° 266. 

2538. — L'infant, considérant que toutes les familles juives établies 
dans la cité de Vich étaient placées avec leurs biens sous le guidage 
spécial de ses prédécesseurs, seigneurs de Moncada, reçoit à son tour 
sous son guidage tous les Juifs, habitants actuels et futurs de Vich, à la 
condition qu'ils lui fourniront à lui ou à son baile, chaque année à la 
Toussaint, la maçmondine mine d'or de cens qu'ils avaient coutume de 
payer. Don Pedro garantit à tous les coutumes, grâces et privilèges dont 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jouissaient les Juifs de Barcelone et de Catalogne, notamment la testï- 
monialité par juif et chrétien. - Vieil, 15 septembre 1294. 

Reg. 89, f° 7. 

2539. — Il a été mandé au viguier d'Ausone de faire exécuter la 
sentence pour dettes rendue entre Bonmancip, Juif de Vich, et plusieurs 
habitants du territoire du château de Gurb, entre autres, F. de Postayes. 
— Vich, 17 septembre 1294. 

Reg. 89, fo 9 v°. 

2540. — L'infant, considérant les services à lui rendus par Mosse 
Castellan, Juif de Barcelone, le reçoit dans sa maison. Il mande au 
viguier, au baile, aux conseillers et prud'hommes de cette cité de pro- 
téger ledit Mosse avec sa famille et tous ses biens, et de ne pas permettre 
qu'il subisse d'injure ni de dommage. — Barcelone, 2 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 16 v°. 

2541. — Il a été écrit au baile de Gervera de faire observer l'obliga- 
tion souscrite par R. A. de Gastellon aux Juifs David Portell et Vidal 
Cervera sur les revenus de l'infant à Gervera. — Cervera, 5 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 19. 

2542. — L'infant a appris par Salamon de Bellforat et ses cinq frères 
Gualit, Juçeph, Salamon jeune et Açach, Juifs de Saragosse,que le mérine 
de cette ville leur réclamait une taxe royale qu'ils avaient déjà payée, 
sous le règne de Pedro III, au mérine alors en fonction, Galacian de 
ïarba (dont quittance) et que, pour ce motif, il les avait frappés d'une 
saisie. Don Pedro mande à Gil Garini, mérine de Sâragosse, de surseoir 
aux poursuites jusqu'à son arrivée, sous peu de jours, dans cette ville. — 
Huesca, 13 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 21. 

2543. — Jaime H autorise Jucef Golfe, fils de Salamon, Juif de Majorque, 
à construire un four à pain dans sa boutique du call judaïque (quartier 
qu'on est en train de réédifier) de la cité [de Palma], pourvu que cette 
création ne porte pas de préjudice à autrui et que le nouveau four soit le 
four unique du call juif. Cette concession est faite à charge d'un cens 
annuel de 10 morabotins d'or fin, droit poids; elle comporte le droit de 
vendre, aliéner le domaine utile, sauf à chevaliers, ecclésiastiques et 
saints. — Tortose, 14 octobre 1294. 

Reg. 194, f° 93 v°. 

2544. — Il a été écrit aux habitants d'El Frago et à l'aljama juive de 
ce lieu d'envoyer cinquante béliers pour la cène. — Huesca, 15 octobre 1294. 

Reff. 89, f° 23. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COUUOiNNE D'ARAGON 157 

2545. — Mandement au justice, à l'alcaide et à Lope de Vall, rnérine 
de Çuffar, d'instruire avec diligence le procès pendant entre les Juifs de 
Saragosse et leurs débiteurs chrétiens. — Çuffar, 17 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 23 v°. 

2546. — Jaime II continue les privilèges octroyés par ses prédéces- 
seurs à l'aljama juive de Tortose. — Tortose, 17 octobre 1294. 

Reg. 194, 1'° 95. 

2547. — David Alatzar, Juif de Saragosse, assigné par sa communauté 
pour non paiement de sa quote-part des peites, hihets et autres taxes 
royales, avait juré que, pendant cinq ans, il n'habiterait pas à Saragosse. 
L'infant décrète que, malgré ce serment, il n'aura pas à sortir de cette 
ville pour habiter ailleurs. — Saragosse, 19 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 24. 

2548. — L'infant donne quittance à Gil Carini, mérine de Saragosse, 
de l'amende de 4.000 sous de Jaca à laquelle Salamon Avincaro, Juif de 
Tauste, avait été condamné pour crimes et maléfices. — Saragosse, 
20 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 24. 

2549. — Pendant la trêve entre les royaumes de Navarre et d ; Aragon, 
des Navarrais ont enlevé une mule, un roucin, du cuir et d'autres objets 
à Juçeph, fils de Bon, et Juçeph, fils de Sulema, Juifs d'Uncastillo. Saisi 
de la plainte de ces derniers, l'infant mande à Rodrigo de Figeroles, 
sobrejuntero de Jaca, de représenter au gouverneur de la Navarre d'avoir 
à restituer la prise faite par ses administrés ; en cas de refus, licence 
sera donné d'user de représailles à l'égard de tout Navarrais. — Saragosse, 
22 octobre 1294 

Reg. 89, f° 26. 

2550. — L'infant a appris qu'à rencontre du sursis royal, Blas Jimén 
de Ayerbe contraignait l'aljama juive d'Egea à verser de l'argent au roi. 
Il lui mande de surseoir à toute contrainte. — Saragosse, 27 octobre 1294. 

Reg. 89, f° 29 v°. 

2551. — Lettre de Jaime II à la reine de Castille. lia reçu sa missive 
sur le cas de Salamon Gonstanti. Il ne serait pas bon que ce Juif conti- 
nuât à exercer les fonctions de juge ou de « rap » de tous les Juifs 
d'Aragon comme au temps des rois Pedro III et Alfonso III; cette pro- 
longation porterait un grave préjudice à ses coreligionnaires. La reine 
ne doit pas vouloir que, pour un Juif, Jaime II perde tous les autres. Il 
la prie donc de l'excuser. — Barcelone, 27 octobre 1294. 

Reg. 252, f° 50, en langue castillane. 



158 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

2552. — Jaime II prie le roi Abenjacob, seigneur de Maroc, l'émir 
Amuinlemi, fils de Abenjucef, seigneur de Maroc et l'émir Amuinlemi 
d'accorder créance à Samuel Alfaquim. — Barcelone, 13 novembre 1294. 

Reg. 252, f° 110, en castillan. — Semblable notification est faite au roi 
de Grenade et à Bomip, seigueur de Geuta. 

2553. — Izmael de Portella, au temps où il était dépensier de l'infant, 
avait ordonné aux faubouriens {aldeanos) de Calatayud de s'obliger à 
Abrahim Pazagon et à son frère Azmel, Juifs de la ville, qui devaient en 
répondre à leur tour à l'infant, suivant acte dressé par leur tabellion 
Rabi Mayr. Maintenant, Izmael réclame la somme aux frères Pazagon. 
Don Pedro mande à P. Sanche, justice de Calatayud, au sobrejuntero de 
Tarazona et aux autres officiaux de Calatayud d'interrompre la contrainte 
jusqu'à ce qu'lzmael vienne lui rendre ses comptes. — Daroca, 18 no- 
vembre 1294. 

Reg. 89, f- 40. 

2554. — L'infant avait mandé au justice de Murviedro de lui envoyer 
Juçeph Bonet, Juif de cette ville, qui s'était rendu coupable d'un faux au 
préjudice de son prétendu débiteur Ogero de Cervet. Revenant sur cet 
ordre, il lui enjoint de procéder lui-môme directement contre le faus- 
saire, selon le droit et for de Valence. — Valence, 11 décembre 1294. 

Reg. 89, f° 47 v°. 

2555. — L'infant don Pedro ordonne aux adénantades des Juifs de 
Valence de rapporter la sentence d'excommunication qu'ils ont pro- 
noncée contre leur coreligionnaire Ester, fille de Nabeyla, puisqu'aucune 
plainte n'a été portée contre elle. L'excommuniée se trouvait exclue 
pour dix ans de la juiverie de Valence et défense lui avait été faite 
d'entretenir désormais des relations avec les Juifs de sa communauté. 
Don Pedro fait remarquer aux adénantades qu'ils n'ont pas le droit, si 
aucune plainte ne s'est produite, d'excommunier personne sans le 
consentement du roi ou de l'infant. Il se réserve, au surplus, de corriger 
l'abus de pouvoir par eux commis. — Valence, 13 décembre 1294. 

Reg. 89, f° 49. 

2556. — Jaime II, considérant que Jahuda, fils d'Astrug Bonsenior, 
Juif de Barcelone, sait établir des actes de prêt en langue arabique et les 
faire comprendre aux Sarrasins, lui accorde licence d'instrumenter en 
arabe dans la cité et territoire de Barcelone. Pour avoir force légale, ces 
actes devront être écrits et souscrits de la main de Jahuda, qui aura 
aussi le monopole des actes hébraïques à Barcelone. — Barcelone, 
13 décembre 1294. 

Reg. 194, f° 108 v°. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE D'ARAGON 159 

2557. — Jaime II, ayant égard à la pauvreté de l'aljama juive d'Egea, 
lui consent une remise de 1.500 sous de Jaca sur le tribut de l'année 
courante. — Barcelone, 20 décembre 1294. 

Reg. 194, f° 109 v°. 

2558. — Feu Salomon Abençaprut avait tué la femme et la sœur de 
Salomon Alfayat, Juif de ïéruel, épousé son autre sœur après l'avoir 
ravie dans la maison de sa mère. Alfayat, ayant dénoncé ces turpitudes, 
s'était trouvé exposé aux menaces de plusieurs Juifs de Téruel qui lui 
avaient rendu le séjour de cette ville intolérable. Informé par Alfayat de 
celte situation, l'infant mande au justice et au juge de Téruel de protéger 
le plaignant, pourvu qu'il se déclare prêt à faire droit devant leur 
tribunal; Alfayat devra pouvoir rentrer à Téruel et y séjourner en toute 
sécurité. — Valence, 31 décembre 1294. 

Reg. 89, fo 48: 

2559. — Ordre aux adénantades de l'aljama juive de Valence de laisser 
Ester, fille de Na Beyla, aller et venir librement dans leur juiverie et se 
mêler à l'existence des autres Juifs, nonobstant l'alatma lancée par eux 
contre elle. — 3 janvier 1294/5. 

Reg. 89, f» 55 v°. 

2560. — L'infant reçoit Mosse Abenrodrich, Juif de Murviedro, sous 
la sauvegarde du roi et sous la sienne. — Même date. 

Reg. 89, f° 55 v°. 

2561. — G. de Santa Maria, jurispérit de Murviedro, est chargé de 
connaître des différends entre Jucef Avinçaprut, d'une part, Açach 
Passareyl et l'aljama juive de cette ville, d'autre part. — 4 janvier 1294/5. 

Reg. 89, f° 54. 

2562. — Le lieutenant du procureur du royaume de Valence a pro- 
mulgué la sentence par laquelle l'infant avait confirmé celles rendues 
par A. Scribe, alors justice de Valence, et G. de Vernet, assigné juge par 
ce dernier, contre Jaime de Puig Palamerio, accusé par le Juif Juçeph 
Maxefon d'avoir tué son fils Vidal Maxefon. Don Pedro mande au justice 
et aux jurés de Valence de faire exécuter la sentence promulguée. — 
Valence, 13 janvier 1294/5. 

Reg. 89, f° 56. 

2563. — Jaime II a appris que le baile chargé de recueillir les cha- 
longes des Juifs de Téruel pour noble B. G., sans attendre la décision des 
officiers royaux touchant la taxation de ces chalonges, contraignait de 
multiples façons lesdits Juifs à lui en verser le montant. Il lui mande de 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne rien exiger avant le prononcé des sentences. — Barcelone, 13 jan- 
vier 1294/5. 

Reg. 194, t'o 113. 

2564. — Jaime II, voulant travailler au développement et à la prospé- 
rité de la ville de Figueras, décide, par grâce spéciale, que les Juifs qui 
viendront la peupler seront affranchis, pendant les dix premières années 
qui suivront leur établissement, de toutes quêtes et services, pourvu 
qu'ils ne soient pas encore inscrits au rôle de la collecte ou du tribut 
royal. — Même date. 

Reg. 194, f» 115. 

2565. — Ordre aux adénantades de l'aljamâ juive de Valence de 
procéder contre les Juifs de cette ville inculpés d'excès par le Barcelonais 
M e Haron, Juif de la maison du roi et de l'infant. — Valence, 18 jan- 
vier 1294/5. 

Reg. 89, f° 57 v°. 

2566. — Le Juif Juçeph Avinçaprut avait reçu de feu Jaime I er une 
assignation de 120 sous par an sur le tribut des Juifs de Murviedro. 
Or, profitant d'un acte de vente, qu'il savait pourtant fictif, Açach 
Passareil s'était substitué frauduleusement à l'assignation et, depuis 
huit ans, procédait lui-même au prélèvement de l'assignataire. L'infant 
mande à P. Mir, baile de Murviedro, de contraindre l'usurpateur à res- 
tituer les annuités induement perçues par lui, puisqu'aussi bien Passareil 
a confessé, sous la prestation du serment, que la vente à lui consentie 
par Avinçaprut avait un caractère fictif. — Valence, 18 janvier 1294/5. 

Reg. 89, f° 57 v°. 

2567. — L'infant informe les adénantades et le groupe juifs de 
Majorque que l'aljamâ juive de Barcelone a concédé charte testimo- 
niale à Avigata, veuve d'Astruch, Juif Barcelonais, pour lui permettre 
d'acquérir un immeuble dans leur juiverie et l'aider à y marier sa fille, 
qu'elle ne pouvait marier ailleurs. Gomme la veuve d'Astruch se pro- 
pose de retourner à Majorque pour y marier sa fille, don Pedro mande à 
la communauté juive de cette ville de n'apporter aucun obstacle à la 
réalisation de ce projet. — Valence, 26 janvier 1294/5. 

Reg. 89, f° 60 v°. 

2568. — Il a été écrit à P. de Libian, grand baile du roi à Valence, de 
rechercher s'il était vrai que Jacob Abnuda et Jahuda Abenvives eussent 
prononcé frauduleusement sur le fait des 400 morabotins de Castille que 
réclamait Abrahim Abenmuyel à Samuel Mohendin. Dans l'affirmative, 
cette sentence devrait être révoquée et Samuel serait tenu de remettre 



ACTES POUR LM11ST01BE DES JUIFS DE LA COURONNE D ARAGON 461 

les 400 morabolins à Abrahim selon le jugement rendu, l'année précé- 
dente, par les adénantades de L'aljama juive de Valence. — Valence, 
26 janvier 1294 5. 

aeg. S!), f» (il) \". 

2569. — Quittance aux secrétaires et à l'aljama des Juifs de Tarra- 
gone de 250 sous barcelonais, qu'ils ont versés h P. Esqnerit pour la 
cène de l'année courante. — Tarragone, 8 février 1294/5. 

Heu. 89, t'° 63 v\ 

2570. — L'infant prie les adénantades et l'aljama juive d'El Frago de 
lui envoyer 300 sous de Jaca pour lui permettre de célébrer, avec 
quelques « ricos hombres », les réjouissances qui seront données aux 
prochaines fêtes de Pâques à Huesca. — Huesca, 30 mars 1295. 

Reg. 89, f° 75. 

2571. — L'infant mande à Enego Lopez de Jassa, baile de Huesca, de 
donner satisfaction à son concitoyen juif Moçe, fils de feu Vidal Abla- 
croner, qui affirmait avoir coutume de recevoir chaque année un salaire 
de 100 sous de Jaca pour la perception des tributs et cens de Huesca. — 
Huesca, 3 avril 1295. t 

Reg. 89, 1° 76 v°. 

2572. — L'infant, ayant chargé Muça Ablacromer, Juif de Huesca, de 
faire des réparations au palais royal de cette ville, mande au baile Enego 
Lopez de Jassa d'imputer les dépenses qui seront engagées de ce chef sur 
le budget de la cité. — Huesca, 10 avril 1295. 

Reg. 89, 1° 79 v°. 

2573. — Quittance de l'infant à Açach Fehuçal, Juif de Huesca, de 
153 sous de Jaca, à valoir sur les 460 qui lui incombent pour la tein- 
turerie ou étuve (de tintoraria sive calderia) de Huesca. — Même date. 

Reg. 89, f» 80. 

2574. — L'infant transmet à Miguel Pedro Romer, ju ris périt de Huesca, 
la plainte déposée par dame Constance de Béarn contre des Juifs de cette 
ville, qu'elle accusait de réclamer à ses hommes, de Lienas et d'Apiés, 
des créances déjà soldées et des intérêts usuraires. — Huesca, 12 avril 1295. 

Reg. 89, f» 80. 

2575. — L'infant ordonne à l'alcaide, au justice et aux jurés d'El Frago, 
d'examiner le compte des sommes dues par les chétiens aux Juifs de 
cette localité et de les leur faire acquitter en trois annuités. Quant aux 
intérêts, don Pedro y pourvoiera. — Penaflor, 18 avril 1295. 

Reg. 89, f° 85. 

T. LXXV, n» 150. 11 



162 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2576. — Jaime II informe les secrétaires de l'aljama juive de Barcelone 
qu'il affranchit les époux juifs Jacob de Caldas de Montbuy et Vidale, 
leur vie durant, avec réversibilité au dernier mourant, de toute quête, 
peite et exaction royales. — Barcelone, 18 avril 1295. 

Reg. 194, f« 136 v°. 

2577. — Lettres de franchises accordées pendant quatre ans par 
Jaime II à l'aljama juive de la cité de Jaca pour peite, quête, subside, 
chevauchée, à l'exception du tribut annuel et de la cène, qui s'élève à 
200 sous de Jaca. — Barcelone, 30 avril 1295. 

Reg. 194, f° 137 v°. 

2578. — L'infant reçoit sous la sauvegarde du roi et la sienne les 
familles et les biens d'Açaeh, Juceph et Jahuda, Juifs de Saragosse, fils de 
Vidal Abenaçfora, de la maison royale. — Saragosse, 9 mai 1295. 

Reg. 89, f° 96 v°. 

2579. — Ordre à l'alcaide et au justice de Guffaria de contraindre tous 
ceux des habitants de cette ville et des hameaux (aidées) environnants 
qui se trouvent obligés pour dettes aux Juifs de Saragosse, de payer leur 
quote-part d'une créance de 560 sous de Jaca. — Saragosse, 10 mai 1295. 

Reg. 89, f° 94 v°. 

2580. — L'infant mande a Sancho Gili, mérine d'Egea, de définir les 
deux procès que le Juif Juceph Cesson a intenté, le premier, à Blas Jimen 
de Ayerbe pour non-paiement du prix de vente d'une vigne, le second, à 
Ferrand de Oblitis pour une dette non acquittée. — Saragosse, 13 mai 1295. 



2581. — L'infant, compatissant à la pauvreté de Mosse Huellan, fils 
de feu Abraffim Huellan, Juif de Saragosse, ramène à 700 sous de Jaca 
(dont quittance) l'amende de 200 morabotins d'or, par lui encourue, pour 
avoir infligé une saisie à son coreligionnaire Salomon Mené, à raison de 
la tacane de la peyte faite par l'aljama juive de la ville. — Saragosse, 
13 mai 1295. 

Reg. 89, f° 97 v». 

2582. - L'infant, ayant appris par Juceph Cesson que ce Juif avait été 
frappé de saisie par son aljama d'Egea pour non -paiement de peyte, 
mande aux juges de l'aljama juive de Saragosse d'obliger la communauté 
d'Egea à compter avec Cesson et a lui rendre ce qui lui revient. — 
Saragosse, 15 mai 1295. 

Reg. 89, f° 98. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 163 

2583. — L'infant a appris par la plainte de Bites, fils de Juçeph 
del Tarral, que ce Juif avait été dépouillé par la justice d'Egea de 
certaines voitures [redas) qu'il détenait en gage, ainsi que d'un héritage 
provenant de feu Rodrigo Açner et de sa femme. Don Pedro mande aux 
jurés et au conseil d'Egea de faire remettre Bites en possession des biens 
saisis. — Saragosse, 18 mai 1295. 

Reg. 89, f° 100 v°. 

2584. — L'infant mande aux viguiers et juges de Besalu et Camprodôn 
de recevoir le témoignage des chrétiens et Juifs, que certain chevalier et 
sa femme se proposent de leur faire entendre dans le procès pour dettes 
qu'ils ont intenté à [çach Mayr, Juif de Camprodôn. — Saragosse, 
23 juin 1295. 

Reg. 89, f 110 v°. 

2585. — L'infant confie aux juges de l'aljama juive de Saragosse 
l'examen des procès intentés, pour dettes et injures, par Salamon Avin- 
toro, Juif de Tauste, à Juçeph et Samuel Darraveyl, Juifs de Tauste, ainsi 
qu'à d'autres de leurs coreligionnaires de Tauste et d'Egea. — Saragosse, 
3 juillet 1295. 

Reg. 89, f» 116 v°. 

2586. — Jaime II concède au Juif Samuel Abenvives que, le jour où 
la couronne aura recouvré le lieu de Vall de Alfandech de Maneryo, 
détenu présentement par son amie l'impératrice des Grecs, ledit Samuel 
recevra l'office de la bailie de Vall, en percevra les revenus et en rendra 
compte au baile général du royaume de Valence ; il lui sera alloué le 
même salaire qu'à ses prédécesseurs. — Valence, 6 juillet 1295. 

Reg. 194, f° 159. 

2587. — L'infant, ayant appris que le statut ou règlement établi par 
les adénantades et l'aljama juive de Saragosse relativement au choix des 
juges de leur communauté avait reçu des additions frauduleuses, mande 
à Gil Carini, mérine de Saragosse, de procéder contre les faussaires. — 
Saragosse, 29 juillet 1295. 

Reg. 89, f° 121 v°. 

2588. — Arnaldo Almerigo, alcayde de Saragosse, ayant arrêté des 
Juifs inculpes de relations adultères avec des chrétiennes, le çalmédine 
les lui avait enlevés par la violence, alors que ces prévenus devaient 
bien être remis au pouvoir de l'alcayde. Informé de ces faits par ce der- 
nier, don Pedro mande au çalmédine de restituer les prisonniers juifs à 
l'alcayde compétent. — Huesca, 5 août 1295. 

Reg. 89, f° 124 v". 



164 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

2589. — Jueeph Abenatia, s'étant plaint à l'infant d'avoir été dépouillé 
indûment, lui, sa femme et ses enfants, par les adénantades et laljama 
des Juifs de Galatayud de plusieurs maisons sises dansla juiverie de cette 
ville, l'infant mande aux spoliateurs de remettre le plaignant en posses- 
sion de ses immeubles. — Huesca, 5 août 1295. 

Reg. 89, f° 125. 

2590. — L'infant informe le bai le de Girone qu'il a remis aux deux 
sœurs juives de cette ville, Salèdina et Aster, la chalonge on peine qui 
leur était réclamée parle baile en raison de la récente pendaison de leur 
frère Bonjuha (suspensus). — Girone, 30 septembre 1295. 

Reg. 89, f° 135. 

2591 . — Noble Lope Ferrench de Luna et Içmaell de Porlella, ayant à 
se plaindre de Durand Astrug, marchand juif de Barcelone, l'avaient 
arrêté à Daroca et refusaient de le remettre en liberté sous caution, ce 
dont l'infant s'étonne beaucoup. Puisque Durand se déclare prêt à faire 
justice à Lope Ferrench au pouvoir du justice d'Aragon et à Içmaell au 
pouvoir des juges juifs de Saragosse, don Pedro requiert noble de Luna 
de rendre la liberté à son prisonnier. — San Estebân (?), 6 octobre 1295. 

Reg. 89, f° 136 v°. 

2592. — Interdiction aux Juifs de Perpignan de jouer aux dés pen- 
dant leurs fêtes, ni les jours de noces, ni en aucune autre circonstance, 
sans permission spéciale du bailli royal qui devait se la faire payer ; 
dans aucun cas, ils ne devaient jouer avec des chrétiens. — 21 octobre 1295. 

Archives de Perpignan, livre l« r des « Ordinacions » de la cour du bailli 
de Perpignan, f° 1 v°. — Iindiq. : P. Vidal, Les Juifs de Roussillon 
et de Cerdagne, Paris, 1888, in-8° (extrait de la Revue des Études 
juives, t. XV et XVI), p. 29. 

2593. — Ordonnance d'En Vidal Griman, baile de Perpignan, enjoi- 
gnant aux Juifs de ne point sortir sans cape. — 21 octobre 1295. 

Archives de Perpignan, livre I e ' des « Ordinacions », f° 7 v°. — Indiq. : 
P. Vidal, Juifs de Roussillon, p. 30. 

2594. — L'infant mande à Berenguer de Argentona, baile de Castell- 
vell de Panades et d'Arbôs, de ne pas faire de paiements sur les revenus 
de sa bailie, mais de répondre à Escapat Malet, Juif de Barcelone, et à 
certains autres qui ont reçu des assignations là-dessus. — Perelada, 
31 octobre 1295. 

Reg. 89, f° 139. 

2595. — Bartholomeo de Mans avait confisqué du poivre « encame- 
ratum » à Rossello Vidal et Bonafeu Ferrer, Juifs de Barcelone. Or, 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE D'ARAGON 165 

Tintant s'est assuré que les deux Juifs jouissaient d'une bonne réputa- 
tion et qu'ils n'étaient pas présumés coupables iïencaramcnto. D'ailleurs, 
Iîaimundo de Angolera est intervenu en leur faveur auprès de l'infant. 
Don Pedro mande donc à Bartholomeo, de la part du roi et de la sienne, 
de restituer le poivre aux deux Juifs, bien qu'une sentence ait été rendue 
à ce sujet. — Barcelone, 18 novembre 1295. 
Reg. 89. f° 143. 

2596. — L'infant reconnaît aux adénantades et à l'aljama des Juifs de 
Monzôn qu'ils n'ont jamais accoutumé de fournir la cène. — Barcelone, 
21 novembre 1295. 

Reg. 89, f° 141 v°. 

2597. — L'infant mande à ses officiaux et sujets de seconder Açach 
Avincema, Juif de Monzôn, qui a obtenu licence de Pedro A. de Cervera, 
viguier de Ribagorza et Pallars, de saisir les biens des hommes de 
Castellroig pour non paiement de dettes. — Barcelone, 21 novembre 1295. 

Reg. 89, f» 141 v». 

2598. — Il a été mandé à Berenguer de Argentona de payer à Mosse 
Caravida, Juif de Villafranca, 233 sous 4 deniers pour solde d'un mulet 
de 500 sous, que ce dernier avait fourni contre assignation de pareille 
somme sur les revenus d'Arbôs. — Arbôs, 29 novembre 1295. 

Reg. 89, f° 144 v». 

2599. — Jacob Çuri, Juif de Lima, s'est plaint à l'infant que les adé- 
nantades et l'aljama de sa juiverie lui avaient infligé une saisie pour 
fausse déclaration de biens à raison de la peyte, bien que ce contri- 
buable se fût offert à observer son serment selon la çuna. Don Pedro 
mande à l'alcaide, au justice et aux jurés de Luna de faire restituer à 
Jacob les biens qui lui ont été saisis, puisqu'il se déclare prêt à faire 
droit selon la législation hébraïque. — Huesca, 27 décembre 1295. 

Reg. 89, f» 148. 

2600. — Jaime II charge de la garde du château de Montclus son 
écuyer Juân de San-Martin. Outre 700 sous de gages par an, le roi lui 
accorde une redevance annuelle de 133 sous de Jaca à prendre sur le 
tribut des Juifs de Montclus. - 1295. 

Indiq. : J. Miret y Sans, Le Massacre des Juifs de Montclus en 1320. 
Episode de Ventrée des Pastoureaux dans V Aragon ; étude parue 
dans Revue des Études juives, LUI (1907), 257. 

2601. — Mayr Avensenyor a comparu devant l'infant, le mardi après 
la Circoncision, pour soutenir sa cause contre P. Navascuas, qui lui 



166 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contestait la possession d'un héritage; il a attendu son adversaire pen- 
dant trois jours, mais sans le voir venir. De ce défaut de l'une des par- 
ties, il doit être dressé lettre testimoniale. — Huesca, 5 janvier 1295/6. 
Reg. 89, f° 151. 

2602. — Il s'était produit rixes, coups et blessures entre Açach Bonet, 
Bonet, son fils, Janton Çapit, Açach, son fils, et d'autres Juifs de Sara- 
gosse, leurs parents, notamment Mosse et Menasse, iils de Salomon 
Aheni. Sons prétexte de manquement à la loi jurée, le mérine de Sara- 
gosse avait engagé des poursuites contre les Bonet et les Çapit, pères et 
fils. Saisi de la plainte de ces derniers, l'infant mande au mérine de ne 
pas procéder contre les quatre plaignants, puisqu'auenne plainte n'a été 
déposée contre eux. — Saragosse, 13 janvier 1295/6. 

Reg. 89, f° 154. 

2603. — Obligation souscrite par l'infant à Açach Arrêt, Juif deCala- 
tayud, maintenant fixé à Fariza, de la somme de 100 sous que le second 
avait prêtée au premier. — Fariza, 9 février 1295/6. 

Reg. 89, f° 156. 

2604. — L'infant mande a P. Esquerit de payer à Jahuda Almeredi, 
Juif de Saragosse, 200 sous de Jaca pour un voyage à cheval (equitatura) 
qu'il lui avait fait entreprendre. — Saragosse, 25 février 1295/6. 

Reg. 89, f° 159. 

2605. — En remboursement de la créance de 2.700 sous de Jaca 
souscrite par dame Urracha de Pomar aux Juifs d'El Frago, le terroir de 
Sinago avait été engagé aux créanciers et donné à cultiver à des labou- 
reurs jusqu'à extinction complète de la dette, tout intérêt cessant. 
L'infant mande à Drogo Jimén de los Fayos, alcaide d'El Frago, de faire 
restituer les saisies qui ont pu être infligées à dame Urracha ou à ses 
hommes. — - Huesca, 9 mars 1295/6. 

p,eg. 89, f" h;:;. 

2606. — L'infant a appris qu'à l'instance du Juif Jessuas, le sobrejun- 
tero de Huesca avait frappé de contrainte des Sarrasins de Blecua, débi- 
teurs de Jessuas, bien qu'ils eussent donné leur parole d'ester en droit à 
ce sujet au pouvoir du çavalaquem de Huesca, conformément à la çuna 
de la législation sarrasine. Don Pedro mande au sobrejuntero de renoncer 
à toute contrainte à leur égard. - Huesca, 12 mars 1295/6. 

Reg. 89, (° 167. 

2607. — L'infant, seigneur de Moncada et Gastellvell, procureur du roi 
Jaime II, considérant les bons services que le Juif de Huesca Samuel, 



ACTES POUR L HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 167 

chirurgien à Egea, lui avait rendus, ainsi qu'à divers membres de la 
famille royale, mande à fous ses officiaux de faire observer le privilège 
par lequel l'eu Aifonso III avait exempté la maison de Samuel du loge- 
ment des -eus de cour et de la réquisition d'ustensiles de ménage. — 
Huesca, 14 mars 1295 6. 
Reg. 89, f° 169. 

2608. — A la supplication d'Ismacl de Portella et d'Açach de Portella, 
ce dernier tils de feu Mu ça, Jaime II leur confirme l'absolution de toute 
poursuite, faite ou à faire, par A. de Bastida, maître comptable de la cour 
royale, contre Ismael, Açach, Aljofar, femme de Muça, Abrahim et Salo- 
mon, fils de Muça, Dolsa, veuve d'Abrahim de Portella, Açach, fils de ce 
dernier, Oro, veuve de Salomon de Portella, Açach, Açmael et Abrahim, 
iils de Salomon, et Jucef de Portella, frère de Muça. — Daroca, 15 mars 
1295/6. 

Reg. 194, f° 208. 

2609. — Lettres de guidage délivrées aux fils de Jncef de Portella, 
à Issach, fils de Salomon, médecin, à Açach, fils de Perfayt, gendre de 
Muça et aux autres parents de ce dernier, qui avaient quitté Tarazona à 
la suite de la mort de Muça. Ce passeport leur est accordé pour leur 
permettre de rentrer dans les terres royales. — Daroca, 15 mars 1295/6. 

Reg. 194, t°» 208 v-209. 

2610. — Feu Aifonso III avait cédé à Antoine de Bastida toute l'action 
qu'il aurait pu exercer sur les biens de feu Muça de Portella, de sa femme 
et de toute sa parenté, contre la promesse de partager la plus-value de 
ces biens, s'ils dépassaient 30.000 sous de Jaca. Jaime II, considérant que 
Bastida a transigé avec les intéressés, le délie de toute obligation et 
piomesse. — Même date. 

Reg. 194, f 209. 

2611. — Jaime II mande au baile général du royaume d'Aragon de 
mettre Ismael de Portella, Açach de Portella, Aljofar, veuve de Muça, 
ainsi que ses enfants, frères, neveux et cousins, en possession du lieu dit 
Albachar (sis dans le circuit du château de Borja), qu'il leur a donné pour 
le peupler, l'habiter et se le partager entre eux, après avoir pris l'avis du 
baile. — Même date. 

Reg. 194, P 209 v°. 

2612. — Ordre à l'alcaide du château de Borja de permettre au baile la 
susdite mise en possession. — Même date. 

Reg. 194, P 209 v°. 



168 REVUE DES ETUDES JU1VKS 

2613. — L'infant, ayant appris que Muça Ablacren, Juif de Huesea, 
chargé de recueillir les tributs et cens de cette cité, se comportait moins 
bien dans l'exercice de ses fonctions, mande h P. Esquerit de commettre 
à sa place un chrétien digne de foi, qui recevra pour sa peine le salaire 
accoutumé. — Huesea, 19 mars 1295/6. 

Reg. 89, f° 170. 

2614. — L'infant avait ordonné récemment aux Juifs d'El Frago de se 
préparer, avec des armes et du pain pour quatre mois, à suivre une 
expédition en Castille ; mais, considérant que cela leur serait pénible et 
coûteux, il les autorise à se faire remplacer par des fantassins et à se 
racheter de l'expédition au prix de 800 sous. — Même date. 

Reg. 89, f» 170 v. 

2615. — L'infant informe Hamet del Carrai, Abraffim Démina, Hamet 
de Aara, Mahomet el Serano et plusieurs autres Sarrasins de Villafeliche 
qu'à sa prière, leur créancier Juçeph Dabehalau, Juif de Calatayud, voulait 
bien les autoriser à se libérer de leur dette de 1.500 sous de Jaca en trois 
annuités de 500 sous, exigibles, chaque année, au mois d'avril. — Cala- 
tayud, 4 avril 1296. 

Reg. 89, 1° 176 v. 

2616. — Défense à tout Juif baptisé de conserver aucune relation avec 
ses anciens coreligionnaires, de les fréquenter et même de leur parler. 
Défense d'entrer dans le call des Juifs et de s'asseoir à leur table pour 
boire et manger. Celui qui contreviendra audit mandement sera passible 
d'une amende de 20 sous à chaque contravention ; s'il est insolvable, il 
prendra 20 assois, et ses complices juifs payeront 100 sous. Le dénon- 
ciateur recevra le tiers de l'amende. Quelques jours après, le baile de 
Perpignan, En Vidal Grimau, défend à tout chrétien d'aller vendre des 
comestibles dans la juiverie. — Perpignan, 21 avril 1296. 

Jndiq.: P. Vidal, Juifs de Rous&illon, p. 31 et 52, note. 

2617. — Donation entre vifs, sous réserve d'usufruit, consentie par 
dame Joyes et son mari Josué llallevi, fils d'Isaac, demeurant àTarragone, 
à leur tils Zerahya, d'une maison a Girone, sise au « Call ample », avec le 
terrain et les maisons contigiïes, ainsi que le cens de ces maisons, plus 
de la moitié d'une vigne, sise a Girone, au lieu dit Balnovas, plus de cinq 
livres de Moïse, premiers et seconds Prophètes et Hagiographes, valant 
500 sous barcelonais. Témoins : Samuel tils de Hanninaï, Heuben fils de 
Moïse. — 1296, 3 juin à 2 juillet (en tammuz de l'an 5056). 

Publ. : Is. Loeb, dans Boletin de la real Acudemia de historia de 

Madrid, VI, 47-8 (traduction française) et 48-51 (texte hébraïque). 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 169 

2618. — En récompense de services rendus, Jaime II affranchit pen- 
dant cinq ans, Jueef Chofe, de tous services, cènes, subsides et autres 
redevances royales, à l'exception de sa quote-part du tribut et du mon- 
nayage de l'aljama de Tortose. — 29 août 1296. 

Reg. 194, f» 249. 

2619. — A la requête de Mosse Aventure!, Juif de Murcie, qui a fait 
preuve de dévouement dans l'exercice de ses fonctions, Jaime II lui 
confirme l'exemption de peyte, portage, dîme (diegmo), roulage (rodua), 
que lui avait déjà accordée feu Alfonso, roi de Gastille. La quote-part de 
Mosse, à ces impositions, sera inscrite par les collecteurs au compte du 
roi. — Valence, 4 septembre 1296. 

Reg. 194, f°250 v°. 

2620. — Jaime II, accédant à l'humble supplique de l'aljama juive de 
la cité de Murcie, l'autorise à appliquer pendant cinq ans l'ordonnance 
convenue entre le conseil de cette cité et les Juifs touchant les prêts qui 
seront consentis par ces derniers à des chrétiens. — Valence, 6 septembre 
1296. 

. Reg. 194, fo 251 v°. 

2621. — Jaime II, à la suite de Pedro III et d'Alfonso III, confirme à 
l'aljama des Juifs de Galatayud le privilège que leur avait concédé feu 
Jaime I er touchant la preuve de testimonialité par chrétien et juif. — 
Valence, 18 septembre 1296. 

Reg. 194, f° 272. 

2622. — A l'instance de l'aljama juive de Lérida, Jaime II décrète que 
tous les Juifs des lieux rattachés à la collecte de cette aljania bénéficie- 
ront des privilèges concédés par les rois d'Aragon aux Juifs de Lérida. 
Valence, 21 septembre 1296. 

Reg. 194, f 258. 

2623. — Jaime II accorde aux Juifs de l'aljama de la cité de Majorque 
les franchises suivantes : 1° la communauté fera choix chaque année 
pour adénantades de trois prud'hommes idoines ; 2° qu'entre Juif et Juif 
le jugement soit au pouvoir des adénantades, sans que les parties puissent 
être frappées de chalonge par le roi ou un simple particulier, si ce n'est 
dans le cas d'homicide, ainsi qu'il a été concédé à l'aljama juive de la cité 
de Valence par feu Jaime I er ; 3° que les adénantades puissent expulser 
du call judaïque et même de l'île les Juifs ou Juives de mauvaise vie, 
réputation et fréquentation ; 4° que, si un Juif tombe d'un mur ou dans 
un puits, ou bien reçoit sur son corps une pierre ou une poutre, chute ou 



1"0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

coup entraînant la mort, l'aljama ne soit pas rendue responsable de cet 
accident; 5° qu'enfin les Juifs majorquins bénéficient de la sauvegarde 
royale et du guidage. — Valence, 1 er octobre 1296 

Reg. 194, f 266. 

2624. — Les Juifs de l'aljama de Majorque se sont plaints au roi de ce 
que les religieux chargés de leur prêcher la foi chrétienne les entraî- 
naient dans les églises des chrétiens et autres lieux de réunion périlleux 
pour les Juifs. Par suite de la multitude de gens assemblés, un grand 
scandale pouvait être suscité aux auditeurs juifs et un péril les menacer. 
Jaime II, considérant le bien fondé de cette requête, attendu que, sous 
l'action des prédicants, les esprits pouvaient facilement entrer en ébulli- 
tion, mande au procureur du royaume, au baile et au viguier de la cité 
de Majorque de ne pas permettre que plus de dix prud'hommes chrétiens 
assistent aux prédications qui sont faites à un auditoire juif. Ces réunions 
ne pourront avoir lieu que dans le périmètre du call judaïque. — Valence, 
3 octobre 1296. 

Reg. 194, f° 267. 

2625. — Jaime II affranchit Samuel Abenvives, sa vie durant, du ser- 
vice appelé en arabe «almagram», que ledit Samuel était tenu de lui 
fournir pour une demi-jovade de terre de Talchière d'Igebalcobra, dans 
le val d'Alfandec. Feu Pedro III avait consenti donation de ce bien-fonds 
à Samuel sous prestation du service précité. — Valence, 7 octobre 1296. 

Reg. 194, f» 271 v°. 

2626. — Confirmation par Jaime II de la cession faite par feu Pedro III 
à Samuel Abenvives, le 5 mai 1280. — Valence, 10 octobre 1296. 



2627. — Lettres de rémission octroyées par Jaime II à tous les Juifs 
de l'aljama et collecte de Tortose, pour délit d'usure, moyennant la 
composition de 4.000 sous barcelonais. — Barcelone, 5 novembre 1296. 

Reg. 194, f 05 300 v°-301. 

2628. — Jaime II nomme Garcias Martin de la Figera alcaide des 
aljamas, juive et sarrasine, de la cité de Tarazona, avec pouvoir de 
recouvrer les chalonges et autres droits ressortissant à l'office d'alcaidie. 
Il mande aux deux communautés d'obéir au nouveau titulaire.— Barcelone, 
10 novembre 1296. 

Reg, 194, f° 301 v°. 

2629. — Feu Pedro III avait autorisé les aljamas de Catalogne à se 
constituer, chaque année, deux à sept prud'hommes, chargés de connaître 
des procès entre Juifs et Juifs, pour coups, injures, sottises, maléfices, 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 171 

Conformément au droit hébraïque, sous La réserve de dénoncer les peines 
aux bailes royaux. Or, Jaune II a été avise par les adénantades et L'aljama 
des Juifs de Lérida qu'à chaque élection des deux à sept prud'hommes, 
la discorde s'élevait dans leur communauté. Il décrète en conséquence 
le règlement suivant : les adénantades, un mois après leur élection, 
s'adjoindront trois prud'hommes, qui, avec eux, devront [choisir les deux 
à sept prud'hommes annuels. Les adénantades auront la faculté de 
promulguer des tacanes, constitutions, établissements, alatmes, vêts ou 
excommunications pour la perception des quêtes, tailles et tributs 
royaux, ainsi que pour la levée des taxes propres à leur communauté. 
Ces règlements une fois établis, les adénantades ne pourront les abroger 
sans le consentement du baile royal de Lérida. Tous les Juifs devront 
verser la quote-part qui leur aura été fixée par les adénantades. Si 
quelque contribuable allègue quelque excuse frivole à l'endroit de sa 
contribution, il ne sera pas écouté. Bien plus, il sera contraint de 
l'acquitter par les adénantades, tout appel cessant. En outre, les deux à 
sept prud'hommes seront tenus de remettre aux bailes les Juifs appré- 
hendés au corps et les bailes exécuteront les sentences des prud'hommes. 
Ces derniers ne pourront adoucir les peines encourues. Du reste, les 
bailes auront le droit de procéder sans intervention des prud'hommes 
contre les Juifs récalcitrants. — Lérida, 5 juin 1297. 
Reg. 195, f° 44. 

2630. — Jaime II ordonne aux leudaires et péagers de Mequinenza de 
ne pas s'obstiner à exiger de leude des Juifs de Lérida, quand il arrive à 
ces derniers de passer par Mequinenza et le fleuve d'Ebre, puisque leurs 
personnes, leurs biens et leurs marchandises se trouvent exemptés de 
toute leude, péage, portage, usage, pesage, mesurage, tolte, dans toute 
l'étendue du royaume. — Même date. 

Reg. 195, f°45. 

2631. — liemise aux Juifs de Barcelone de 40.000 sous barcelonais sur 
les 100.000 de leur subside. — Camarasa, 6 juin 1297. 

Reg. 253, f° 2. 

2632. — Remise à l'aljama juive de Huesca de 3.000 sous sur les 6.000 
qui lui ont été fixés pour sa contribution au subside. — Même date. 

Reg. 253, f<> 2. 

2633. — Sur le rapport de son fidèle Azmael de la Portella, Juif de 
Tarazona, Jaime II a appris que le baile d'Estella molestait le gendre du 
plaignant, Mosse Avensoher. Le roi mande à Alfonso de Roboray, gou- 
verneur de Navarre, de ne pas permettre ces tracasseries. — Torms, 
6 juin 1297. 

Reir. 253, f» 2 v°. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2634. — Jaime II rappelle à ses officiaux et aux aljamas juives de 
Tarazona et Borja qu'il a exempté de toute peite et contribution royale, 
pendant cinq ans, Ismael de Portella et les autres membres de sa famille, 
qui, en suite de la mort de Muça de [Portella, avaient quitté Tarazona 
pour peupler le lieu dit Albatar, dans la chàtellenie, franche et libre, de 
Borja. Il leur mande maintenant de considérer comme affranchis de 
l'impôt royal, pendant la même période, les Juifs qui cohabitent ou 
cohabiteront Tarazona et Borja. — Même date. 

Reg. 253, f 4. 

2635. -Jaime II mande au baile et au çalmedine de Huesca de ne pas 
permettre que les jurés et prud'hommes de cette ville puissent contraindre 
les Juifs de l'aljama de Huesca à contribuer avec eux aux taxes muni- 
cipales. Notification de cet ordre est faite aux jurés et prud'hommes. — 
Camarasa, 6 juin 1297. 

Reg. 253, f<" 41 et 41 v°. 

2636. — Remise au Juifs Majorquins de 20.000 sous sur les 50.000 de 
leur tribut. — Vilanova de Meya, 7 juin 1297. 

Reg. 253, P 2 v». 

2637. — Jaime II mande au viguier et au baile de Villafranca de 
contraindre les débiteurs de l'aljama juive de cette ville à payer leurs 
dettes. — Sort, 10 juin 1297. 

Reg. 253, P 3 v°. 

2638. — Ordre aux secrétaires de l'aljama juive de Barcelone de 
pousser les aljamas de Barcelone et de Villafranca à rembourser à leurs 
délégués les dépenses qu'ils avaient faites pour obtenir du roi remise 
partielle du subside. — Même date. 

Reg. 253, P 3 v°, 

2639. — Ne pas permettre que les Juifs de l'aljama de Barbastro 
soient contraints de contribuer avec la communauté de Barcelone aux 
dépenses communes. — Vall d'Espot, 16 juin 1297. 

Reg. 253, P 12. 

2640. — Les bouchers juifs de Barbastro avaient coutume de vendre 
de la viande sur leurs étaux à tout venant ; mais les jurés de la ville 
avaient fait un règlement portant interdiction aux chrétiens d'acheter de 
la viande aux Juifs sous peine d'amende. Sur la plainte de l'aljama, 
Jaime II mande aux jurés de Barbastro de rapporter leur prohibition. — 
Vall d'Espot, 16 juin 1297. 

Reg. 253, f» 12. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LÀ COURONNE d'àRAGON 173 

2641. — Jaime II fixe à 200 sous de Jaca la somme que l'aljama juive 
de Barbastro aura à verser par mois pour le tribut. — Village d'Estaix, 
18 juin 1297. 

Reg. 195, f 29 v°. 

2642. — Remise à L'aljama des Juifs de Téruel de 2.500 sous de Jaca 
sur les 4.000 de leur subside. — Au siège de Castell de l'Ort, 20 juin 1297. 

Reg. 253, f° 20 v°. 

2643. — Quelques jours après avoir vendu à Abraffim Toledano en 
« almoneda » publiquement les salines d'Archos, Pedrot de Mora avait 
voulu revenir sur les conditions du contrat et exigé un prix plus élevé 
que la prestation convenue de 450 « fanechas » de sel. Jaime II prie 
Pedrot de s'expliquer la-dessus et de lui en écrire tonte la vérité. — 
Au siège du château de l'Ort, 22 juin 1297. 



2644. — Sous le règne d'Alfouso III, un arbitrage avait réduit d'un 
tiers la somme que les habitants d'El Castellar, bénéficiaires d'un sursis 
royal, devaient à Abrahim, Salamon, Issach, Jucef et Jahuda Golluf, ainsi 
qu'à Cecrin Avembelit et à d'autres Juifs de Saragosse. Les deux tiers de 
la créance devaient être remboursés en deux annuités, sans adjonction 
d'aucun intérêt. Jaime II, qui ignorait cette sentence arbitrale, avant que 
les créanciers vinssent lui apporter leurs doléances sous les murs de 
l'Ort, mande au justice d'Aragon et au justice de Castellar de contraindre 
les débiteurs a s'exécuter. — Même date. 

Reg. 253, f« 34. 

2645. — Jaime II informe son vice-chancelier R. de Gabrero qu'il 
vient d'annuler la charte de sursis concédée précédemment aux habi- 
tants d'El Castellar. Il serait déraisonnable qu'après avoir perdu le tiers 
de leur prêt, les Juifs créanciers supportassent une nouvelle réduction 
par le fait d'un second moratorium. — Au siège du château de l'Ort, 
23 juin 1297. 

Reg. 253, f» 21 v». 

2646. — Jaime II a prescrit, deux fois et plus, aux jurés des aidées 
de Calatayud de payer leurs dettes aux Juifs de cette ville. Il mande au 
procureur d'Aragon de désigner un prud'homme, digne de foi, qui sera 
chargé de faire exécuter par la contrainte les ordres royaux. — Même date. 

Reg. 253, f° 34. 

2647. — Jaime II rappelle au viguier, aux bailes et autres officiaux 
de Girone et Besalû qu'il a déjà dispensé les Juifs de Girone de Pobliga- 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion de comparaître pour usure devant quelque délégué du siège aposto- 
lique. Il entend que cette dispense s'applique également aux Juifs de 
Besalû et à tous ceux de la collecte de Girone, dont mention n'avait pas 
été faite expressément dans la première grâce. — Même date. 
Reg. 253, f° 37. 

2648. — Ordre au baile de Majorque d'autoriser 1'aljama juive de cette 
ville à promulguer des ordonnances ou tacanes, s'il le juge profitable à 
l'intérêt de la communauté israélite et du pouvoir royal. — Au siège du 
château de l'Oit, 27 juin 1297. 

Reg. 253, f* 24. 

2649. — A la requête de l'aljama juive de Saragosse, Jaime II mande 
au mérine de Saragosse d'observer le for et les privilèges de cette com- 
munauté, toutes les fois qu'il lui arrivera de procéder contre elle ou ses 
membres. — Même date. 

Rep. 253, f° 43. 

2650. — Les Juifs de Saragosse se sont plaints au roi qu'à leur détri- 
ment et pour leur honte, des baptisés prêchaient sur les places en 
excitant le peuple contre les Juifs, qu'à la fin il pouvait en résulter du 
scandale et même des dommages au préjudice des non chrétiens. Jaime II 
mande au mérine de Saragosse de s'opposer à de pareilles prédications. 
Il veut cependant que les baptisés et les prêcheurs puissent disputer 
avec les Juifs dans leurs synagogues sur la foi catholique. — Même date. 

Reg. 253, f° 43. 

2651 . — Octroi d'un sursis d'un an à l'aljama juive de Saragosse pour 
le remboursement de ses dettes. — Au siège du château de l'Ort, 3 juil- 
let 1297. 

Reg. 253, i° 43 v°. 

2652. — A la requête de l'aljama juive de Saragosse, Jaime II mande 
au justice et aux jurés de Çufaria de ne pas exiger de péage des Juifs qui 
passent sur le pont de cette localité, si cette redevance ne s'applique pas 
indifféremment aux chrétiens et aux juifs, c'est-à-dire à tout le monde. 
— Même date. 

Reg, 253, f° 44. 

2653. — Jaime II mande au mérine de Saragosse de ne pas permettre 
que son lieutenant molesle les Juifs Jucef et Habrahim Handalo, fils de 
Salamon, contre leur for et leur çuna. — Au siège du château de l'Ort, 
5 juillet 1297. 

Reg. 253, f° 44. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 175 

2654. — Jaime II interdit à son procureur royal d'Aragon d'exiger la 
cène, à raison de son office, des Juifs de l'aljama de Daroca. — Même date. 

Reg. 253, f° 51. 

2655. — Remise à l'aljama juive de Daroca de 2.000 sous de Jaca sur 
les 14.000 de son subside. — Au siège du château de l'Ort, 6 juillet 1297. 

Reg. 253, f 33. 

2656. — Jaime II mande au justice, au juge et aux jurés de Daroca 
de ne pas conduire les Juifs dans leur prison, mais dans celle du baile 
royal, et de ne pas exiger d'eux, pour le carcelage, davantage que des 
chrétiens. — Même tfate. 

Reg. 253, f° 33. 

2657. — Juceff Handalo, Juif de Daroca, avait remis en gage, l'année 
précédente, à un chrétien, juge de cette ville, deux clamides pour le 
carcelage de deux Juifs détenus par ce dernier. Bien que Juceff eût 
acquitté ensuite le droit de carcelage, le juge lui avait encore réclamé 
un supplément et refusé de rendre les deux clamides. Informé de cette 
plainte, Jaime II mande au justice de Daroca de contraindre le juge à 
restituer le gage, si le Juif a payé le carcelage au même taux que les 
chrétiens. — Même date. 

Reg. 253, f° 51 v°. 

2658. — Remise aux Juifs de Montclus de 1.000 sous de Jaca sur les 
1.500 sous qui leur ont été fixés pour le subside. — 9 juillet 1297. 

Reg. 253, f° 54 v°. 

2659. — Açach de Fierro, Juceff del Rap, Samuel, son fils, et d'autres 
Juifs de l'aljama de Montclus, qui s'étaient établis dans la juiverie de 
Barbastro, avaient pris l'engagement par acte public de contribuer pen- 
dant quatre ans avec leur nouvelle communauté aux peytes, quêtes et 
autres impositions. A l'expiration de ce terme, ils étaient retournés à 
Montclus. Malgré cela, les collecteurs voulaient les maintenir aux rôles 
de Barbastro. Informé de ce fait par l'aljama juive de Montclus, Jaime II 
mande aux collecteurs des tributs et autres taxes de l'aljama juive de 
Barbastro de ne plus considérer les Juifs partis comme leurs contri- 
buables. — Au siège du château de l'Ort, 9 juillet 1297. 

Reg. 253, f° 55 v°. 

2660. — Jahuda Avenhalaut, Juif de Calatayud, ayant eu son père 
Açach mortellement blessé par un écuyer, rendait responsable de ce 
meurtre Açach del Calvo, Mosse, Jucef et Jahuda, ses fils, Jahuda, fils de 
Jucef del Calvo, et Mosse, fils de Jahuda del Calvo. Instruit de cette 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plainte, Jaime II mande au juge de la cour canoniale de Tarazona d'exiger 
une caution des personnes incriminées et d'ouvrir ensuite contre elles 
une enquête diligente. — Au siège du château de l'Ort, 11 juillet 1297. 

Reg. 253, f» 60. 

2661 . — A la requête de l'aljama juive de la cité de Valence, Jaime II 
édicté qu'à l'avenir aucun Juif ne pourra être nommé secrétaire ou adé- 
nantade de cette communauté, s'il n'en est pas contribuable pour un 
capital de 30 livres réaux, monnaie de Valence, au moins. — Lérida, 
29 juillet 1297. 

Reg. 495, f° 46. 

2662. — Jaime II mande au baile général du royaume de Valence 
d'accéder à la requête de l'aljama juive de la capitale, qui suppliait le roi 
d'imposer sur elle le tribut de la même manière que les autres subsides. 
— Même date. 

Reg. 195, f* 46. 

2663. — Jaime II décrète que, chaque année, après l'élection des 
nouveaux adénantades, les adénantades sortants de l'aljama juive de 
Lérida devront s'adjoindre cinq prud'hommes, avec le concours desquels 
ils procéderont au choix d'autres adénantades. Il annule toute excom- 
munication lancée par l'aljama à ce sujet. — Lérida, 6 août 1297. 

Reg. 195, f°51 v». 

2664. — Jaime II renouvelle la décision ci-dessus. — Lérida, 13 août 1297. 
Reg. 195, f° 55. 

2665. — Remise aux Juifs de Lima de 800 sous de Jaca sur les 1.000 
de leur tribut. — Luna, 8 septembre 1297. 

Reg. 254, f° 10. 

2666. — Jaime II, par compassion pour la pauvreté de l'aljama juive 
d'Egea, lui consent une remise de 1.500 sous de Jaca sur le chiffre de 
2 500 qui lui avait été fixé pour le tribut de l'année courante. Il mande 
donc à Blasco Jimen de Ayerbe de n'en exiger que 1.000 sous. — Sara- 
gosse, 14 septembre 1297. 

Reg. 195, f° 70 v°. 

2667. — A la requête de Jueefif Handalo, fils d'Açacb, et de ses frères, 
Jaime II mande au justice d'Aragon de faire exécuter la sentence arbi- 
trale condamnant leurs débiteurs sarrasins d'Almonacid à payer leurs 
dettes aux termes convenus. — Ferreruela, 19 octobre 1297. 

Reir. 254, f° 76 v°. 



ACTES POUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE LA COURONNE D'ARAGON 177 

2668. — Sursis royal d'un an à un habitant de la ville aragonaise de 
Calatayud pour dettes souscrites à Mosse Madaya, Jueef Avenhalaut et 
autres Juifs de cette ville. — Montblanch, 22 octobre 1297. 

Reg. 254, f° 82. 

2669. — Sur Les prières du prieur et du couvent des Frères Prêcheurs 
de Jâtiva, Jaime II affranchit Yom Tob, Juif de cette ville, ainsi que tous 
ses biens meubles et immeubles, pendant tout le temps qu'il exercera la 
fonction de maître en hébreu de la maison des Prêcheurs, de toute peite, 
quête, service, subside, ost et chevauchée, et autres impositions royales. 

— Valence, 22 novembre 1297. 

Reg. 195, f* 94. 

2670. — Hèglement sur les nouveaux convertis : 1° que tout Juif ou 
Sarrasin qui veut recevoir le baptême puisse le faire sans empêchement, 
conserver ses biens et jouir des mêmes privilèges que les chrétiens; 
2° que personne n'ose traiter le nouveau converti de renégat ou « tor- 
nadre », sous peine de la sanction prévue par les « Usatges » de Barce- 
lone ; 3° que les infidèles écoutent sans bruit les prédications qui leur 
sont faites par les Frères Prêcheurs, répondent à leurs questions et déli- 
vrent copie de leurs livres ; 4° que, si un néophyte néglige d'observer les 
avertissements des Prêcheurs, il puisse y être contraint par les bailes et 
officiers royaux, nonobstant le privilège de Jaime I 0f portant interdiction 
de pousser les Juifs à écouter la parole de Dieu. — Valence, 15 décembre 
1297. 

Reg. 195, f° 108. 

2671. — A la suite de feu Alfonso III, Jaime II confirme le privilège 
par lequel feu Jaime I er avait accordé à l'aljama juive de Tarazona une 
remise perpétuelle de 100 sous de Jaca sur les 700 sous de tribut impartis 
à cette communauté. — Château de Jérica, 16 décembre 1297. 

Reir. 195, f° s 113 v°-U4. 

2672. — Jaime II, voulant récompenser Jimén Sancho de Girerola des 
services qu'il lui a rendus, lui concède les maisons confisquées sur le 
rebelle juif Jucef Abenamias dans la cité de Murcie et la paroisse de Saint- 
Laurent. — Valence, 27 décembre 1297. 

Re£. 195, f<> 108 v\ 

2673. — Rémission royale a Açach Puch, juif de Lérida, qui avait tiré 
du couteau contre son coreligionnaire et concitoyen Benvenist Sanega. 

— Valence, 30 décembre 1297. 

Reg. 195, f° 111. 

T. LXXV, n° 150. 12 



178 UEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2674. — A la prière de l'aljama juive d'Alacant, Jaime II mande à tous 
ses offieiaux et sujets de ne pas entraver le voyage de Nathan El Homan 
et de Mahir El Costal, son gendre, qui se proposent de transférer leur 
domicile des parties de Castille au lieu d'Alacant. — Au siège du château 
d'Alhama, 23 janvier 1297/8. 

Reg. 256, f» 1 v°. 

2675. — Jaime II décide que les Juifs fixés à Alacant et tous ceux qui 
viendront y habiter des royaumes étrangers jouiront des mêmes fran- 
chises que les indigènes. — Alacant, 28 janvier 1297/8. 

Reg. 195, f° 120. 

2676. — Les registres financiers ne se trouvant pas présentement dans 
les archives de la chancellerie, Jaime II ne peut contrôler la déclaration 
de l'aljama juive de Lérida, qui affirme ne pas être assujettie à la cène. 
Il mande donc à son fidèle Domingo de Roda, de la maison royale, de 
surseoir à la perception de la cène jusqu'à Pâques. — Au siège du château 
d'Alhama, 29 janvier 1297/8. 

Reg. 256, f° 23 v°. 

2677. — Sur la plainte de l'aljama juive de Lérida, Jaime II ordonne 
des poursuites contre deux habitants de cette ville qui pratiquaient l'usure 
à l'égard de leurs concitoyens juifs. — Même date. 

Reg. 256, f° 23 v», 

2678. — Les époux Baffia Migero et Craila, Juifs de Lérida, se trou- 
vaient obligés, à l'égard de leur coreligionnaire Açach Ataç par actes 
hébraïques, à la suite d'une sentence arbitrale rendue par Jucef Salomon. 
Un conflit s'étant élevé entre eux et lui, Açach en fit part au roi. Jaime II 
mande à la cour de Lérida de procéder contre les débiteurs. — Même date. 

Reg. 256, f« 25. 

(A suivre.) 

Jean Régné. 



SUR 

LES « CHAPITRES » DE BEN BABOÏ 



La très importante publication des Chapitres de Ben Baboï, 
faite par M. Jacob Mann dans cette Revue \ appelle quelques com- 
pléments et quelques observations de détail. 

D'abord, il convient de rétablir l'ordre des fragments reconnus 
jusqu'à présent. Le fragment de Petrograd, Antonin 195, trouvé 
par Harkavy (Haggoren, IV, 71-74; Mann, p. 139-143) et qui se 
compose d'un feuillet double à l'intérieur duquel il manque plu- 
sieurs feuillets — au moins deux 2 — ne provient pas du même 
exemplaire que les fragments T. -S. 8 F 2 et Laon 97, car il n'a pas 
les mêmes dimensions : dans les fragments de la collection T. -S., 
le nombre des lignes varie entre 27 et 29 3 , tandis qu'il est de 
21 ou 22 dans le fragment Antonin 4 . 

Or, le morceau T.-S. 8 F 2, folio oa-b (Mann, p. 143-146) 
se place entre les deux feuillets du fragment Antonin. Donc, 
après Antonin, folio 2 (en réalité folio 1) verso, vient le texte 
Mann, p. 141, 1. 20 et suiv. : ï'Wtt •pa h^ym ton^ Ssk 
♦ 5 û[!-ïj nain ab nwi dis bas 'i3i rm ûb-^a Nba ûin b? 
n["0*ra] aiz^b -rcnb an ûao .ri7n dbi*a aba di« b* "p^tt ■ps. 
Ici se plaçait sans doute toute la citation de Sota, 21 a sur la 
« protection » des miçvot jusqu'aux mots n"n ï-jî a*ion an n^N 
rirn» û"m que notre auteur développe et explique dans le morceau 
T.-S. 8 F 2, fol. 5 recto (Mann, p. 143 en bas) : mxy na [ 6 -idieid] 
'■on n"n rjT -ie« pn:r> na )Km an 'Yn nm» iy (sic) î-mrnb. 
Le résumé du morceau Antonin, folio 2 verso, ne vient que dans 



1. T. LXX (1920), p. 113 et suiv. 

2. Harkavy dit (p. 71) : tTDT nr» "H G m !tb»ïl Û^DIÎl p31. 

3. A l'exception du folio 5 verso, qui a 26 lignes, et du folio 6 recto, qui en a 24. 

4. Voir Harkavy, /. c; il D'indiqué pas la longueur des feuillets de son manuscrit. 
C'est ainsi qu'il faut lire. 

6. Je restitue ce mot d'après p. 144, I. 13. — Au lieu de n^irV"!, il faut lire 

rmmb. 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 

T. -S., folio 5 verso, 1. 19 : '-on ïitïi ûbi*a mit» "CM T73b s-rna p-w 
(p. 145), après quoi viennent les lignes 21 et suiv. (p. 145-146) : 
'•Di rirn ûbi23 aba rwn -de i^i [rv^fyjn» mitToa bYW *jb i«i 
aba d^^n i^a m»Tpi maanp ^-97373 mataa bma *|b [/parc] toi 
[Dbi3>]a. Ici il devait y avoir quelque chose comme rmn baa 
ann nbum nin ûbva wwa, à quoi ferait suite Antonin, folio 1 
(en réalité folio 2), Mann, p. 141-143 : izîa[73 nbawaj (la Tora) arm» 
['131 Mira] bto. Ensuite seulement suivrait le texte T. -S. folio 6, 
ce qui est fort possible, bien que les folios 5-6 forment un feuillet 
double, puisque, comme nous l'avons dit, ils n'appartiennent pas 
au même exemplaire. 

Peut-être cette lacune pourra-t-elle être comblée un jour par la 
publication du fragment Scliechter [Festschrift Hoffmann, partie 
hébraïque, p. 262). M. Mann a dû se contenter de reproduire les 
premières lignes de ce fragment, qui comprendrait tout un cahier 
(Scliechter dit o^aaip). Où se trouve actuellement ce fragment si 
important? On se demande quels droits de priorité s'opposent à la 
publication intégrale des « Chapitres ». 

En attendant, je suis en mesure de faire connaître un nouveau 
fragment de cet ouvrage. Le Catalogue des manuscrits hébreux 
de la Bodléienne (II, p. 81) décrit ainsi le n° 2680 (heb. d. 34), 19, 
fol. 95 : « A ritual treatise; the following passage occurs : 
tnp73n i» ab ûm msrb "prmn banur» *pa rmuînbu: ow rmaan 
nrabnn 173 abi rT3^73n 173 abi, Span. (?) Rabb. char.; 8° vellum. » 
Grâce à cette citation, qui se retrouve dans le fragment Harkavy, 
p. 74 (Mann, p. 140-1), j'ai reconnu dans ce feuillet un morceau 
des « Chapitres » et, grâce à l'aimable entremise de la rédac- 
tion de cette Revue, que je tiens à remercier ici, j'ai pu en 
obtenir une reproduction photographique. / 

Le feuillet est d'une écriture carrée ancienne. Le recto n'est 
écrit qu'à moitié, jusqu'au milieu de la ligne 14. La fin de cette 
ligne et le bas de la page (6 lignes environ) sont remplis par un 
griffonnage de mots hébreux. Le verso est complet et a 29 lignes, 
comme le fragment T. -S. Laon 97 (Mann, 131-136) ; il appartient 
probablement au même exemplaire. Pour cette raison et aussi 
parce qu'il offre un texte meilleur et plus complet, je vais le 
reproduire en entier. Il correspond à Harkavy, p. 73, 1. 22 
('73Dn -isima Kiri nn) — p. 74 /. /'., et à Mann, p. 140, 1. 1 (11) — 
p. 141, 1. 15(24). Comme la transition continue à manquer avec 
T. -S. 8, F. 2 (Mann, p. 143, fol. 5), il semble qu'un feuillet entier 
nous fait encore défaut. 



SUR LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 181 



BODL., HEB. D. 34, FOL 95. 

Recto 

'itb ppan bz rrcmni n^a rrarnn bon utw «in rm 

œan naiy "[D rrenj? u»iw »o ^ai n^an m*6i n^a 

nyt^a nar ^ pan pm:o piw njao aitra nn« niTay 

1 nni» kto nnai ma on nraa «in» rroi irm p^iat^ 

^arotp nnan un* pKOBoi vhy onaiy D'^ntri ^maa 

intp /in*o natra b*b »im isy ^r on ;, ^b:ï nat^a^ia «in 

n^po orrèy pa»mr ma*6a maaa jm natra ^maa nmtû 

njtpn tr*n patr riatrai ai» ora pjynotf ^aœai 

J g pa p«tt> w aiia dt nn«i p#tn ara dv nn« omean dt^> 

g- ^Ptt ban iat^ "pt? na^a naa pomn^ *6>« ptPK"£ w 

u ai .toi/ii .m/iatp nwn *6 na nnn a™ nman maa 

an ow ^oo nann p mon *6n i*6 *una ni rrap «aa 

4 ^^ 3it3 nr n« nnn kto nnan maa ait^ai im« upm ban w 



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'nain ja non *6n m6 



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10 



«^ p^n 1^ p« Tîoa ^nna nm« ntpm nat^a 5 jvjyna attn»n ^ai 

nav ma .T^na ha -pt^ «an o^ny^ «h nrn ubwz 

iT^na iai« nxia dki «an d^ij£ jwi nrn n^iya na 

^a piDo iroaa aina nm natra naaca n^iy mto >o 

>a k^k wa .T^na ^»a« nmaai 7 0)nar na^a(:)ia ntwn s 

1. bmD3 nm'J , « colle ou enduit au mur », de l'araméen NTIlû , en syriaque 
et dans l'araméen de Babylone (p. ex. Guittin, 69 6). Mais, en hébreu, on emploie 
toujours, avec bn"D, des formes de ni £3, comme dans Houllin, 109 6 : bm^a inêû ; 
Yeb., 54 a : bniDD rrtonb ; Gen. r., 20 4 Theodor : brïD3 llDfin mû», etc. 
Mais si Ben Baboï considère (voir ligne 7) bniDD nmtt comme un rDfiÔfà DN, 
il pense sans doute au travail de 3>3i2£, Sabb., vu, 2, et confond ïlHtO avec ma 1 
« badigeonner ». Ou bien pense-t-il au m72?3 de Saôô.,75 6? 

2. Ou bi»[5]t 

3. Oubsi:? 

4. Le reste de la ligne est écrit de la même plume que le griffonnage de la dernière 
ligne de la page et rempli de répétitions : ...Tri "J72 "non tfbl INb 131H ";73. 
Je ne sais s'il manque quelque chose pour rattacher ce passage au verso. 

■ '<■ rPDSTQ est ajouté au-dessus de rûttja. 

6. fctb est ajouté en marge. 

7. Les mots T3 et ri73T manquent chez Harkavy. 



10 



4 82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bp ivb nnw bm nm« niw n:we w«» 

owkti o»o3m dwm ima waptf s«3 nwno noim 

DVD 315; TJ? 315?» 0»03t Dfll 0^3 ^W ^ 1™ ^P 1 

n3t£>3 3K3 ywn piut^ai rrwai n^3«3 tidki onioan 

p 13 pjwi ib>3 in ptaw /i3# lia ^bo ï3 'frm on 

p i6 ona btiA prn W» pt mwnhw uw rvw 

porw >o *6* ■n£«i p *6i na»on p «^ «T on 

mew ^do mm min rto p» 'porr w*w nai wno 

pbnt? jwji w mw pmpa «^ prp* nanwi ' * 

nawn ppao *&•« nswn vbz oia qt«o tfpso p* 15 

CPTI D3WÏO ttltf 13W A3 "pt? 0*310 OTW 

aay»rï ba û^an -û\d 
ra«ïi nN wm m ha ^a» nawn «b loi^n *6 on îotwi «^ ta 
bmai «dit n3tî>3 jihot »te o»pon ^3 'ban wi 'ai "pnaam >% ^ 
bbw rurnsi ji»i ai norfcooi rwo *3W rvwio pteo fera 

obusn hth ^3« dwi na* >a dwi vn^a» wo *io*n ta "p^ m.tA* 20 
ma-n Nnn m^ aw ferui wn rinya «^« ma ^ prao p« JW« D1 * 

rrnzj»n mv jiw rwri p^koi jruanp ^« anpoo w *rn« 

-piû a an nbnarbi 

*«ah D*ïpV"~âW ntn û^jn 3 «^k on» ^ po nroxoi nain 
oi« ^>y p'oo p«i naiis «^ nain *6 rwro ow ^a« 
h b« ri3tt>3 "iwid aa^ ioA on» «3 ori mn otopa ato 25 
ih yv^p r\ivi jvwna aœrn ^3 mot p »or i oi^o 6 pnr 
«n irai 

n3^n r\& wby p^no» n»^n «in n? *« 7 b3n i^n^B ^m 

1 C'est bien ce mot qu'il faut et non •pawm, comme chez Harkavy ; entendez : 
comme s'il y avait imN YTlVl, « on ajourne le jeûne ». Même argument dans Haï, 
Consultatioyis Schaaré Teschouba, § 64, et dans Ibn Guiat, I, 44. Sur cette question, 
voir, outre les textes cités par M. Mann, p. 120 et p. 141, n. 7 : Mordekhai, Rosch- 
Haschana I § 708 (au nom de R. Nahschon) ; Schibbolé ha-Léketh, § 284, d'après 
« le Commentaire de R. Saadia sur Ezra >» (éd. Mathews, Oxford, 1882, sur Néh. 
vm, 10, p. 28; éd. Berger, p. 31-32) et Ginzberg, Geonica, II, 263. 

2. Harkavy a yen. 

3. Mot effacé par le copiste. 

4. Même observation. 

5. Ici s'arrête le fragment Harkavy. 

6. Berachot, 31 b. Les Halachot Guedolot ont aussi le nom de Yohanan (éd. 
Venise, 21 d ; éd. Berlin, 120). Cf. Dikd. Sof. 

7 R Hananel, cité par les Tossafot, ad toc, et par RABN, § 179, f 44 d, dit : 
tt-main ï^p. Alfasi, Sabbat, I, § 283 (Roscb, § 24), a : -Jim nb ^©-|DM 
Ûlbn mS*na. De même, Salomon b. Adret sur Berachot, au nom de R. Haï Gaon 



SUR LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 183 

nvb Kvrroi nvra vby xviw oi^m din naît? pas 
m^oj pDD bv r\iw 'pWnov mtr v^j? bf?n^ imo mso 

Voici maintenant un certain nombre de remarques de détail sur 
le texte édité par M. Mann : 

P. 129, 1. 5, lire : bi3">tZ5 ■<» fnnr ■»■*»]. 

Ibid., 1. 9-10 : 'i3i w Nb3 bbii I73ia;i bsi, voir Sa£6. ; 118 6 : 
'131 m *ti dv b3 3 bbn tmpn. 

P. 130, 1. 1 et suiv. du verso, jusqu'à p. 134, 1. 18. Cette consul- 
tation de l'école de Yelioudaï sur la défense de faire des interca- 
lations dans la Amida est celle à laquelle font déjà allusion les 
Halachot Guedolot, éd. Venise, 6 c : 13 3*1 1^p3i25 ab terrai 
ii3î pis b3i p-nEN Nb p733 D^nb i3-n3T VrnsKi '172(1)3?» WHb 
D^i233 '3^-inN û^n 1DD31 baa '-nwN «b a-Hi733 ^023 «51331 ^nni 
i3i3nn ^3 rrb mm mu52 rj3i73U) inb ip^boi dibra. Par contre, le 
passage du même ouvrage qui se lit p. 2 g? de l'édition de Venise 
(p. 42 de celle de Berlin) se rallie à l'opinion de Rabin dans 
Berachot, 21 a, en permettant d'écouter en silence : **y*n ^m 
T-nrrn '-«1738131 nsp ri32 Nbi 273125 -173 n73ai wnn3 -rçy &*bi p-mai 
■■32 «b 'hd2 n3i73U53 vp^o* 131 133*1 i^mna pi mmbxb nn 
131 tzîiip, ce qui est contre Ben Baboï, p. 130, 1. 8 et suiv. Il est à 
remarquer pourtant que Raschi cite ce dernier passage des Hal. 
Gued. au nom de Rab Yehoudaï en disant (Soucca, 38 b) : 
mbi-n rvobrt b23 iiau ■wivn 31 io" 1 131, par où il faut sans 

[cf. maintenant le fragment du Commentaire de R. Haï sur Ber., ibid., éd. Mann, dans 
Hazofé', VI, p. 194]. L'explication résulte de Sabb., lia (Taan., 12 6). Les Tossafot 
citent le Midrasch Tehillim, mais le passage ne se trouve pas dans nos textes, voir 
Buber, Introduction, p. 69. 

1. Môme motif dans Or Zaroua, II, § 407, p. 165 a. 

2. Le 173773 — c'est ainsi qu'il faut lire (v. Zunz, Synag. Poésie, p. 78, note a, et 
Rapoport, Kérem Hémed, VI, 247) — est un piout ou une série de pioutim intercalés 
dans les trois premières bénédictions de la Amida, comme dans le Séder R. Amram, 
éd. Varsovie, 47 6 en bas (un peu plus loin, 48 6, on a l'équivalent !1311p). C'est 
aussi ce que Ben Baboï entend par le 173273 et les 111173273 par quoi les Pales- 
tiniens remplaçaient la prière du matin (p. 133, 1. 1 et 2 du verso ; le terme a été 
mal compris par M. Mann, p. 123 et note 3). Ce maamad ne se disait pas seulement 
les jours de jeûne (v. Elbogen, Der judische Gottesdiensl, 226); nous trouvons des 
maamadot pour certains sabbats, p. ex. Uro 2731Z5' 1 1 173273, "H31 n3tf5 173273, 
1J33© 173273 (ms. BodL, 2710 6 , f, h, i ; cf. 2705i 3 , 2712i 8 et 2714 9 ; Cat., II, p. 121), 
On3D '11 inn 173273 (Bodl., 2159; v. Marmorstein, on3D ^311 D^rTP ffiYTp, 
Budapest, 1921, p. 3, n. 19 = Hazofé, V) et de même pour des fêtes, p. ex. 
ni213\25n an 173273 (Bodl., 2159). 



iU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

doute entendre — quoique certains rabbins français attribuent 
nos Hal. Gned. à Yehoudaï — les Ilalachot Pesoukot de ce 
gaon S d'où pourrait provenir ce texte des H. G. 

Au sujet du Piout dans laTeflla, notons encore que R. Natronaï, 
qui l'autorisait partiellement (Hemda Guenouza, n° 50 ; Schibbolé 
ha-Léket, n° 28), a rencontré beaucoup d'adversaires parmi les 
gueonim de Soura, comme on le voit par cet intéressant passage 
d'un commentaire des Scheèltol parR.Yobanan d'Ochrida (Bulgarie) 
(Ms. Berlin, Or. oct. 333, f°124a) : anrrnttn [ana] 1i»na an baa 
•p*n] "pa-i irpm mb-w» bba îawn ab pan nd-w nna baa[i] 
y-n^ -jîn nasan mab (124 6) ■po'srna r^ 1 ava N '- 1 [••• Nb TWi» 
i-rttbn d^nid DES* [by] '*ivn *jrs a^iwa noDarî mai by»b 
pa nttbna '^an 'end n^w û^ras naa ya Qta " ay 2n ' 73tn ™5n 

■m abn ^73 »îîn 'wan «nn«b 'pvbW "W [ ] DT»a 

(1. «aa-Onai NSN-n riras am n^b pipboa 'man ft]*aew «onb 
ûinai nanTûi nbsna '^an lyaurc yaia» by Epoin» niai: mbœ '»« 
•nwab ^yantti ann -nTa na. Ce texte provient sans doute du 
Séfer Haïttim, section (perdue) de Berachot, auquel l'auteur se 
réfère p. 252. Mais comme ce commentaire a utilisé aussi les 
Halachot d'Ibn Guiat et celles de Samuel ibn Nagdila (101a), 
notre passage pourrait aussi avoir été pris à un de ces ouvrages. 

P. 132, 1. 19-20, lire : (ou «npn) ui-npn njbran -rcnb ^a nrabi aa 
'nai m ipbna 'an nraa, c'est-à-dire : on discutait pour savoir 
si (*«a) l'on doit dire ©ïipn n;btti-j. Les mots Wi-\?n n;btt nraab 
sont une dittographie, sans que l'on puisse dire si la leçon pri- 
mitive est w-nprj ou EYipfi (cette dernière est tout à fait inconnue 
par ailleurs), car plus loin, p. 133, Fauteur, citant les opinions 
de R. Joseph et de Raba, lit unpn n;bra et «Tpn *jVwi. La discussion 
porte donc sur une leçon qui correspond à celle du ms. d'Oxford 
(Beth Nathan) : il s'agit de savoir si l'on doit lire -jbta ou n;bran ; 
en tout cas, le débat ne porte pas, comme le croit M. Mann, p. 132, 
n. 16, et p. 133, notes 2 et 3, sur le point de savoir s'il faut lire 

iBYip OU iDYlp • 

P. 133, 1. 27, et p. 145, 1. 21 : ^b \m\ de même p. 144, 1. 3 : 
mn« twi, et 1. 10 : snv 13». Il ne faut pas corriger en -ps ou W. 
L'orthographe "jn pour fa est constante dans le fragment de la 

1. Voir Jahrbuch der Jildisch-Literarischen Gesellschaft, XII, 97. 

2. Le texte porte 'pwb ec à la marge : ywb- 

3. Le manuscrit a ITTI- 



SUK LES « CHAPITRES » DE BEN BABOI 185 

Mischna édité par Ginzberg, Jerushalmi Fragments, p. 44-51, de 
même que dans d'autres fragments publiés dans cet ouvrage : 
p. 155, I. 16; p. 161, 1.24(10*0; P- 164 > 1- 21, 22,24; p. 105, 1.4,9 
(-QK), 12, 14, 15; p. 166, 1. 6; p. 242, 1. 6, 15, 17; p. 244, 1. 3, 30, 

31, 33, etc. C'est aussi l'orthographe constante du palimpseste de 
la Mischna Oxford 2663 (Anecdota Oxoniensia, Semitlc Séries, 
vol. I, part, v, Oxford, 1893) et d'autres textes. 

P. 135, 1. 18 : }a n'est pas non plus une faute pour *pn; c'est 
une autre orthographe ; elle se retrouve dans Ginzberg, op. cit., 
p. 95, 1. 6, etc. 

P. 136, l. 15 : fan abtt n'est pas une faute, mais équivaut à ab "•». 

Ib id., 1. 28 et suiv. : t^nptt "«bh r-iabrr EPTra "pa t^r^m 
'n moro sram mz)*»b 'bn ib -itpid n* 'nsi ns»» "«bïï (rDbîi)abn. 
Le ms.lt. et le nwn n"> ont : nrabn "»Btt abi nsu:^ ^bïï ab nabn p^nb ^n. 
Nos textes du Talmud ont ensuite rwyab ïiabrj "ib -in^^n baia 
îjwn *]b\ ce qui manque chez Ben Baboï. 

P. 139, II, 1. 1. Le début naT»n *np... est peut-être le reste 
d'une derascha sur les mots du Lévitique, i, 15 : b* m ïTOtti) 
(naTEïi Tp, qu'elle comparait au sang de la circoncision. 

Ibid., 1. 8 et suiv. Sur l'usage babylonien de faire la circonci- 
sion au-dessus d'un bassin rempli d'eau, tandis que les Pales- 
tiniens la faisaient au-dessus du sol ', il est à noter que cet usage 
juif est déjà mentionné dans le Sidra R., I, 224, 11 : armm won 
■p-iNa l'PNBaNai araoeo «rai, « ils prennent le sang de la cir- 
concision et Veau et versent sur leur visage », ce qui corres- 
pond tout à fait au témoignage des Hilloufin, § 17 : mt» ■rçaaa 
ûmsB b* Fanw ûroa 'pbm» (Muller, Ha-Schahar, VII, 583 ; cf. 
Consultations des Gueonim, éd. Harkavy, 395). 

P. 142, 1. 1-2 du verso. Si M. Mann a raison de restituer 

rnobna n naimaai vapni bina ïrrro] d'après p. 135, 1. 27, la suite 
doit être complétée de même : abia nan "itriN t-nn abi] 'onnai 
rsuî72b robn ^a[» (?)™*Eb robjs-j (ia-i) *nvbv [îan] ■'Btt 2 y[?:u5 
'^31 m»*tt[y robn ib rmin] ^dïï; voir plus haut, sur p. 136, 1. 28. 

1. II. Yehoudaï, qui le permet [Schaaré Cédek, 22 b), ne peut guère être un autre 
que le maître de notre auteur : la formule ^73T "PB1B pour indiquer la décision lui 
est particulière (Consultations, éd. Lyck, 45). 11 n'est pas nécessaire que Ben Baboï 
soit toujours de la même opinion que lui. 

2. La lettre y, que Harkavy complétait. par y[lï5irP], a été simplement omise par 
M. Mann. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

P. 143, 1. 12 : bl tnabt» nsi û'na ^wa b^aum. Les Hilloufin, 
§ 30 (Harkavy, /. c, 396), qui attribuent aux Babyloniens une 
opinion moins rigoriste, ne doivent probablement pas être l'objet 
d'une interversion ou d'une autre correction. L'usage qui y est 
relaté comme babylonien concorde avec Ab. Z., 38 a; Scheèltot, 
n° 141, et Hal. Gued., éd. Venise, 133 c/ (éd. Berlin, p. 557) et, 
comme elle n'est pas à sa place dans Ab. Z., cette halacha a 
probablement été empruntée dans les Hal. Gued. aux Hal. Pes. 
de Yehoudaï. D'autres Gueonim se sont prononcés dans le même 
sens (Geonica, p. 26 et p. 224, 1. 15 et suiv.). 

Pour les û'na ^bnura, les Hilloufin (apud Harkavy, 395 en bas) 
relatent aussi une opinion moins rigoriste des Babyloniens : 
•p-ioiN bania^ yna m D^aan "pi ima di-pria d^ia ipbtttt bis a"a 
r iDl ^noa bia "ppbiD ppan?]^ dm ima. Les Hal. Gued., éd. 
Venise, 122 c (éd. Berlin, p. 583), décident comme les Babyloniens : 
nam n® viVo "^*nm ^pa "pas ap^uja û"na ^a?*n nvbp -«am 
'•Di iaai, fèves et pois chiches, ce qui équivaut à biD. On voit 
que les Palestiniens étaient, en général, plus rigoristes sur ce 
point que les Babyloniens, il est donc peu probable que Ben Baboï 
combatte ici les Palestiniens. — Anan, éd. Harkavy, 3 (cf. J. Q. R., 
1922, p. 380, Addenda, 11°), défend tout ce qui a été préparé par 
des païens et ne permet que l'eau crue, la farine, le miel, les 
plantes (ûviï) et les truffes (srm?, sic). 

Ibid., 1. 18 : msnab n'est pas une faute de copiste. On trouve la 
même ortbographe, entre autres textes, dans Kélim, v, 8, éd. 
Lowe ; Tos. Beça, m, 20, éd. Zuckermandel; Halachot Keçoubot, 
dans Toratan schel Rischonim, I. 21 et 22; Hal. Gued., éd. Berlin, 
p. 184 en bas, etc. 

P. 145. 1. 16, lire : totb terra aina ^pti), et non tûrra[a]. 
Comparer la vieille formule "patû frirai ftz»* tarra dans Hal. 
Gued., éd. Berlin, p. 9 en baut et p. 15; Tor. schel Risch., I, 44, 
et la pbrase finale des différentes azharot (comp. S. Saclis, 

û^ira^p û^naa *v ntD*ra, p. 99). 

J. N. Epstetn. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE 

ET DE SAN MATEO 

(7 FÉVRIER 1413 — 13 NOVEMBRE 1414) 

(suite 1 ) 



7. — Dans la septième séance, du 45 février 1413, le procès- 
verbal décrit un grand incident soulevé par Bonastruc Dezmaestre : 

Comme il en avait déjà l'habitude, Santa-Fe commença par citer en 
témoignage un livre que l'on n'avait pas sous la main, et les juifs, 
n'ajoutant pas foi aux paroles de leur adversaire, demandèrent que, si 
l'on devait continuer, on cherchât premièrement le livre cité pour voir si 
Santa-Fe disait la vérité. Notre seigneur le Pape donna l'ordre d'aller 
chercher le livre en question, mais de continuer à discuter en attendant 
sur certains points obscurs des jours précédents. A ce propos Bonaslruch, 
juif de Gérone, dit que si le témoignage était produit, les juifs répon- 
draient, mais qu'il était intimement persuadé qu'il ne le serait jamais, 
de même que n'avaient jamais paru d'autres témoignages allégués 
comme authentiques par Jérôme de Santa-Fe. Le médecin de Benoît XIII 
ne put contenir sa colère, sauta comme un lion que l'on blesse cruelle- 
ment et dit : 

« Je vous fais savoir à toi et à tous les juifs que je n'ai jamais cité une 
autorité qui ne puisse être prouvée et si vous n'avez pas trouvé mes 
preuves, ce sera pour l'une de ces deux raisons, ou bien par votre 
paresse et votre négligence à les chercher ou parce que vous ne pos- 
sédez pas les livres que j'ai cités ; apportez les livres et je vous ferai 
voir, moi, que tout ce que j'ai cité, tout ce que je cite présentement ou 
ce que j'aurai à citer à l'avenir est authentique, et je m'engage à vous le 
citer textuellement, si c'est nécessaire, ici en présence de tous. » 

1. Voir Revue des Etudes juives, t. LXX1V, p. 17 et 160, et t. LXXV, p. 74. 



188 HEVUK DES ÉTUDES JUIVES 

Les Juifs commencèrent à dire que la prophétie de Jacob 1 les favori- 
sait davantage que les chrétiens, car le mot iy signifiait « éternel, 
toujours » et par conséquent la véritable interprétation doit être : 
« Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, jamais, car celui qui doit être 
envoyé viendra. » Santa-Fe lui répliqua en disant que l'on doit prendre 
le mot iy dans le sens que lui-même avait proposé : premièrement, à 
cause de sa ponctuation ; secondement, parce que c'est en ce même sens 
que l'interprétaient les maîtres dans les écoles et troisièmement, parce 
qu'on le lisait ainsi dans les synagogues. 

En outre, il ajouta : « S'il est certain que le sceptre ne doit jamais 
disparaître de Juda, d'après ce que vous dites, comment se fait-il que 
vous constatiez son absence au milieu de vous? » A cela d'autres Juifs 
répondirent que l'on pouvait fort bien aussi interpréter le mot *iy dans 
le sens de « pour toujours » et alors il faudrait traduire ainsi : « Le 
sceptre ne sera pas ôté pour toujours de Juda, car celui qui doit venir 
viendra, et il fera en sorte que le sceptre revienne aux mains d'où il avait 
disparu. » 

8. — Dans la huitième séance, du 16 février 1413, Garcia Alvarez 
de Alarcon se présenta et fit observer à propos du même passage : 

Quand le mot iy veut dire « toujours », il porte un point-voyelle 
appelé kamets, accompagné en même temps de quelque préfixe, comme 
lyb « perpétuellement » ; mais il n'en est pas ainsi quand il se trouve 
comme dans le texte ; il est alors écrit avec patah iy et, lorsqu'il porte 
cette voyelle en même temps que l'accent yetib, il ne signifie jamais 
autre chose que « jusqu'à ce que ». 

A la fin de cette séance, Sancbez Porta prit part à la discussion, 
et confirma tout ce qu'avait dit Alarcon au sujet du mot ny 2 . 

9. — Dans la neuvième séance, du 17 février 1413, le pape dési- 
gna, pour le cas où il serait empêché, le supérieur général des 
Frères prêcheurs, Juan de Podionucis, pour présider les séances 
et, en cas d'absence de ce dernier, le maître du sacré palais San- 
chez Porta, en leur enseignant expressément de veiller à ce que 
les débats se poursuivent sans passion. 

i. Il s'agit toujours de l'interprétation du verset de la Genèse, xlix, 10. 

2. L'explication du mot *73? dans le sens de *jyb « perpétuellement, car Schilo 
viendra » est due à Salomon ibn Adret, qui Ta donnée dans la lettre par lui adressée 
à Lérida (Consultations, éd. Wilna, 1881, IV, n° 187) : « Le mot iy est mis en cet 
endroit pour "j^b, c'est-à-dire : Le sceptre ne sera pas ôté de Juda pour toujours, car 
Schilo viendra. Nous trouvons, en effet, iy mis pour "jyb, car il est écrit : « Il dure 
éternellement et son nom est saint », "7 y "p"1tt) (Isaïe, lvii, 15), au lieu de lyb "pTŒ. 
Et c'est ainsi qu'a traduit le Targoum (N7ûby *iy). » Voir mon Schiloh, p. 215. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 189 

Là-dessus 11. Moïse Abenhabec sollicita du pape Benoît XIII, 
pour lui et ses compagnons, une audience privée, qui lui fut gra- 
cieusement accordée. 

10-12. — Du 17 au 19 de ce même mois de février les débals se 
poursuivirent au sujet de la prophétie de Jacob. 

Après que Jérôme eut de nouveau présenté l'ensemble de ses 
arguments, le général des Dominicains prit sa place à la tribune 
et adressa aux Juifs présents une véhémente allocution par laquelle 
il les mettait en demeure de se soumettre ou de répondre. 

R Moïse Abenhabec l'interrompit en s'écriant : « On a répondu 
suffisamment aux raisons de maître Jérôme, il n'est donc pas 
nécessaire de répondre davantage. » 

A cela le dominicain répliqua avec violence que les Juifs soute- 
naient une infinité de contradictions, de perfidies manifestes et 
d'opinions erronées, et qu'après avoir accepté les arguments de 
Jérôme prouvant que le Messie était déjà venu, ils revenaient sur 
leurs aveux. 

Un murmure, d'abord sourd, mais qui alla en augmentant de 
plus en plus, s'éleva alors parmi les Juifs, lesquels contestaient 
qu'ils eussent jamais accordé que le Messie fût déjà venu. Ce que 
voyant, le pape ordonna que la discussion fût recommencée à 
nouveau, avec cette différence toutefois que les deux parties ne 
pourraient plus comme précédemment la diriger à leur guise, 
mais qu'elles devraient rédiger par écrit leurs explications et les 
remettre au notaire pontifical Nicolas Camill, qui les soumettrait, 
en vue de la réponse, aux participants du colloque, cardinaux, 
prélats, clercs et laïques, ainsi qu'à tous les Juifs présents. Cette 
ordonnance du pape en date du 19 février 1413 figure dans les 
actes. 

Ainsi se termina cette séance. 

13. — La douzième séance n'eut lieu que le 6 mars 1413. Elle 
commença par la lecture du document rédigé par les Juifs. Jérôme 
insista sur la preuve tirée par lui du passage du Talmud {Aboda 
Zara, 9 a) 4 concernant les six mille ans de la durée du monde, 
attendu que le temps prédit par Elie pour l'accomplissement est 
déjà passé. Mais les Juifs répondirent qu'Elie n'avait rien affirmé 
en désignant l'époque, mais qu'il avait seulement fait une suppo- 

1. Voir plus haut, p. 83. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sition, en sorte que le Messie pouvait être attendu au commence- 
ment des derniers deux mille ans, mais que cependant sa venue 
a été retardée à cause des nombreux péchés de son peuple. On 
pourrait dire de la môme manière : « Notre Seigneur le Roi 
devait être à Tortose au milieu de février, mais il a retardé son 
arrivée en raison de la quantité d'affaires qu'il a entre les mains. » 

Ils expliquaient ensuite les degrés de mérite et de démérite dans 
lesquels se trouvent tous les hommes ; les uns ont plus de mérites 
que de fautes, ils sont au premier degré ; d'autres ont autant de 
fautes que de mérites, ils sont au second degré; d'autres, enfin, ont 
plus de fautes que de mérites, ils sont au dernier degré, et ce fut 
celui dans lequel se trouvaient les Juifs à la fin des quatre mille ans. 

Santa-Fe leur demandant quels péchés avaient commis leurs 
ancêtres pour que Dieu les châtiât si terriblement par la captivité 
de soixante-dix années et quels péchés ils avaient commis eux- 
mêmes à leur tour pour s'attirer la nouvelle captivité qui semble 
n'avoir point de fin, ils répondirent que leurs pères avaient sup- 
porté la captivité de Babylone à cause des nombreux et exécrables 
crimes qu'ils avaient commis dans le premier Temple et que leur 
descendance continuait encore à les expier. 

A quoi Santa-Fe répliqua : 

Il est certain que les péchés commis par vos pères dans le premier 
Temple ont été nombreux et très grands, mais ils ont satisfait pour ces 
péchés à la divine justice par la captivité de Babylone, qui dura soixante- 
dix ans, après lesquels ils reçurent l'autorisation de retourner dans leur 
patrie pour construire le second Temple, époque durant laquelle il y eut 
un très grand nombre de justes en Israël, comme les dix rabbins dont il 
est dit dans le Talmud que, pour ne pas abandonner un iota de la Loi, 
ils furent martyrisés l . A cette époque-là vécut aussi cette femme forte 
appelée Hanna avec ses sept fils, qui, se refusant à adorer les faux dieux, 
furent mis à mort par Adrien (!), l'un après l'autre 2 . S'il suffisait de dix 
justes pour que Sodome ne fût point détruite, ainsi que Dieu le dit à 
Abraham (Gen., xvm, 32], à bien plus forte raison y a-t-il lieu de croire 
que, pour sauver Israël et le délivrer du cbàtiment que méritaient ses 
anciens péchés, un si grand nombre de justes dut suffire. Il est indubi- 
table qu'au moyen de la captivité de soixante-dix ans la colère divine 
s'apaisa et que le peuple élu recommença à jouir des faveurs du Ciel. Il 
s'ensuit que la captivité postérieure ne peut pas être la peine des péchés 
commis sous le premier Temple, mais de quelque autre péché beaucoup 

1. Echa r., n, "2. 

2. II Macch., vu. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 191 

plus grand commis à l'époque du second. Ceci est confirmé davantage si 
l'on tient compte de ce que disent la paraphrase chaldaïque et le 
Talmud, à savoir que cette captivité ne durerait pas plus de quatre 
générations et celle que vous subissez présentement dure depuis plus 
de quatorze cents ans; par conséquent il n'est pas douteux que vous 
subissez la captivité présente pour n'avoir pas voulu reconnaître le vrai 
Messie. En niant cette conclusion, vous devez avouer que vos péchés 
sont beaucoup plus graves que ceux que commirent vos pères, que vous 
oftensez Dieu par des formes d'idolâtrie, des homicides, des adultères 
beaucoup plus exécrables, et, s'il en est ainsi, la terre devrait s'engloutir 
sous vos pieds et les Chrétiens ne pourraient point vous permettre 
d'habiter parmi eux. Mais non, tout autre est la raison pour laquelle 
vous souffrez. Quelle est-elle donc? Si, pour les exécrables péchés que 
vos pères ont commis sous le premier Temple, ils ont été châtiés d'une 
captivité de soixante-dix ans, vous autres qui êtes déjà depuis plus de 
quatorze cents ans en exil, qu'avez-vous fait? Quel péché avez-vous 
commis pour que vous soyez si durement châtiés? Auriez-vous l'audace 
de vous croire innocents? Ah! non, vous ne commettriez pas de péché 
plus grand en supposant Dieu injuste ! 

Après ce discours, le procès-verbal ajoute eu termes tout à l'ait 
solennels la liste de dix convertis 4 . 

14. — A la fin du procès-verbal de la quatorzième séance se 
trouve une autre liste relative à un semblable acte de baptême : 

Le même jour (15 mars 1413) vinrent de Saragosse, d'Eurolès (?) et 

1. Ladite diète étant achevée, la divine grâce qui illumine tout homme qui vient 
en ce monde se manifesta d'une manière magnifique en soufflant miséricordieusement 
sur dix Juifs notables, à savoir cinq de la aljama de la ville de Monzon, deux de la 
aljama de la localité de Falset (au nord de Tortose), un de la aljama de Mora (près de 
Tortose), et un distingué étudiant talmudiste de la aljama de la ville d'Alcaniz qui ne 
s'était jamais écarté des leçons du Talmud qu'il entendait continuellement depuis son 
enfance dans la maison paternelle et à l'école, et aussi un certain jeune homme de la 
ville de Calatayud, lesquels, tous les dix ensemble, se prosternèrent avec grande 
dévotion et humilité, fléchissant les genoux devant le marche-pied de notre très saint 
seigneur le pape Benoît XIII en faisant unanimement la confession suivante : « En 
effet, nous voyons et nous reconnaissons clairement que les raisons de Maître Jérôme 
sont vraies et que les réponses des Juifs rabbins n'ont absolument aucune valeur. 
C'est pourquoi, béatissime père et très clément Seigneur, nous supplions Votre 
Sainteté et lui demandons avec une très grande dévotion et en toute humilité qu'elle 
nous fasse miséricordieusement baptiser, afin que nous puissions acquérir le salut de 
nos âmes. » Considérant cela pieusement et diligemment et voyant la dévotion très 
ardente avec laquelle les dix Juifs susdits venaient également à la foi orthodoxe, 
notre très clément seigneur le Pape les fit honorablement et solennellement baptiser 
et, grâce aux efforts de ces convertis, leurs femmes et leurs familles, au nombre de 
trente personnes et même davantage, furent purifiées de la lèpre judaïque sur les 
fonts du baptême. — (En latin dans le procès-verbal, 28 v°.) 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'Alcaniz quelques Juifs, en disant qu'ils avaient eu connaissance par des 
relations faites dans leurs localités des réponses très faibles que don- 
naient leurs rabbins et que, pour cette raison, ils avaient résolu de se 
convertir à la foi catholique. Notre seigneur le Pape ordonna de leur 
donner le saint baptême. Et ils furent au nombre de treize, tous hommes 
notables. Et par la suite tous ceux qui avaient été ainsi baptisés étant 
de retour dans leurs demeures firent baptiser leurs femmes, leurs 
enfants et toute leur famille. 

15. — Le 22 mars dans la dix-septième séance, Jérôme présenta 
le compte chronologique : « Le Messie a dû venir à l'expiration de 
quatre mille deux cents ans de la création du monde » ; ce serait 
cinquante-cinq ans avant 1ère chrétienne. 

Sur quoi on demanda aux Juifs s'ils se déclaraient d'accord avec 
la thèse soutenue par Jérôme, question à laquelle ils firent cette 
réponse : « En aucune façon, attendu que les témoignages cités par 
maître Jérôme devaient s'interpréter non pas littéralement, mais 

au sens figuré. » 

Le pape alors leur demanda de dire quelle était la figure à 
laquelle se rapportaient, d'après eux, les autorités citées et quels 
docteurs les entendaient en ce sens-là, sans les obliger toutefois à 
répondre au même instant, mais seulement quand ils auraient bien 
réfléchi sur la matière. 

16. - Dans la dix-huitième séance, huit jours après, un rabbin 
répondit à ce qui précède : 

« D'après lui il était évident que le Messie n'était pas venu, car les 
conditions assignées par les prophètes à la personne du Messie et à 
l'époque où devait se produire sa venue n'étaient pas encore remplies. 
En outre, les autoriés alléguées par maître Jérôme ne concordaient pas 
entre elles et ne devaient pas non plus s'interpréter à la lettre. On 
y avait aussi recours à des fables d'une nature telle qu'un Juif ne se 
voyait obligé de leur accorder aucune espèce de créance du moment 
qu'elles ne se trouvaient point en conformité avec l'article fondamental 
de la doctrine juive. Il ajouta que son intention n'était pas d'être le 
moins du monde désagréable à maître Jérôme, mais simplement d'obéir 
aux ordres du bienheureux père Benoît XIII. Et, poursuivant ses expli- 
cations, il exposa dans quel sens on doit prendre les autorités talmu- 
diques alléguées par Santa Fe, citant à l'appui Maïmonide, Kimhi et 
divers autres talmudistes, et il conclut en disant : Pour toutes ces 
raisons, le Juif croit, sans qu'on lui puisse objecter son ignorance et son 
insuffisance, que maître Jérôme n'a point démontré sa proposition, a 
savoir que le Messie est venu au monde. » 



LK COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 193 

17. - Trois jours après, dans la dix-neuvième séance, Santa-Fe 
analysa les arguments apportés on dernier lien contre lui et qu'il 
réduisit à douze points particuliers, en sorte que le contradicteur 
se vit obligé de reconnaître qu'il ne pouvait; plus fournir d'autre 
réponse et que, pour le moment, il ne trouvait plus rien à répondre 
« à cause de son insuffisance, de la faiblesse de son intelligence el 
de son ignorance ». 

18. — Le 5 avril 1413, dans la vingtième séance, Jérôme cita le 
passage du prophète Tsaïe (ix, 5) : « Un petit enfant nous est né, 
un fils nous a été donné et son empire s'étendra. » 

Il exposa ici pour sa démonstration, comme dans le Sépher ha 
Pikkourim, ce qui suit : 

Que cette prophétie s'applique au Messie, les Juifs no peuvent moins 
faire que de l'admettre, puisque R. José le Galiléen l'affirme clairement 
dans le préface de la grande Lamentation * ; et dans le Talmud lui-même, 
traité Sanhédrin, dernier chapitre 2 , R. Tanhoum demande : « Quelle est 
la raison pour laquelle tous les mem de ce texte sont ouverts, tandis 
que seul celui du mot lemarbé (multiplicabitur) est fermé tout en se 
trouvant au milieu du mot ? » On lui répondit : « C'est que Dieu voulut 
taire du roi Ezéchias le Messie et alors se présenta à lui la Justice com- 
mutative, qui lui dit : Maître du monde ! à David qui a composé tant de 
cantiques et chanté tant de louanges en ton honneur, tu n'as pas accordé 
la qualité de Messie et tu ferais une grâce si extraordinaire au roi Ezé- 
chias qui n'a rien composé de tel, en dépit des nombreux miracles que 
tu as faits pour lui ? » Alors Dieu ferma cette lettre et en même temps 
on entendit une voix du ciel qui disait : Mon secret est à moi ! Mon 
secret est à moi ! 

De ce commentaire Santa-Fe tire trois conclusions : 1° que le Messie 
est Dieu lui-même ; 2° que le Messie devait naître de la Vierge Marie et 
c'est pour cela que fut mise la lettre mem fermée (û), alors qu'elle eût 
dû être ouverte (72) d'après les règles constantes de l'écriture hébraïque; 
et 3° que la lettre mr.m fermée (o) fait connaître de façon évidente 
l'époque où devait venir le Messie, car cette prophétie fut prononcée 
la quatrième année du règne d'Achaz et depuis lors jusqu'à la destruc- 
tion du Temple, qui eut lieu la onzième année du règne de Sédécias, 
cciit cinquante ans se sont écoulés; en ajoutant à ce nombre les 
soixante-dix années que dura la captivité de Babylone et les quatre 
cent vingt de l'époque du second Temple, on arrive au total de six 
cent quarante. Si de ce nombre nous retirons quarante ans, ce qui est 

i Pugio, p. 529. 
1. V" 94 a. 

T. t.XXV. V 150. 13 



194 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

l'année de la mort du Messie, il nous en reste six cents ; c'est précisé- 
ment la valeur numérique de la lettre mem fermée (û) et c'est le nombre 
d'années qui s'écoulèrent depuis que la prophétie fut prononcée jusqu'à 
la mort du Christ, et c'était là le secret de Dieu que le prophète ignorait. 

19. — Quelques jours s'écoulèrent ensuite sans que le congrès 
se réunît. Ce n'est que le 15 avril 4413 qu'eut lieu la vingt-unième 
séance, dans laquelle fut discutée la question relative aux soixante- 
dix semaines de Daniel, i.\, 24. 

20. — Dans le procès- verbal de la vingt-deuxième séance se 
trouve de nouveau la relation du baptême de plus de deux cent 
cinquante Juifs *. 

21 . — La vingt-troisième séance, qui n'eut lieu que le 4 mai 1413, 
commença par un long discours {arengà) de Jérôme, pour lequel il 
prit comme texte le verset de Jérémie, ni, 22 : « Convertissez-vous, 
enfants, et je guérirai vos infidélités. » 

Puis, il posa aux Juifs douze questions tirées du domaine de la 
théologie catholique : 

1° Existe-t-il quelque lieu désigné pour la naissance du Messie? 

2° Sa naissance doit-elle être miraculeuse ou naturelle comme celle 
de tous les autres hommes? 

3° Sera-t-il homme seulement ou, au contraire, sera-il Dieu et homme 
tout ensemble ? 

4° Sa venue aura-t-elle lieu uniquement pour donner la vie spirituelle 
aux âmes ou pour que les corps jouissent de biens temporels? 

5° Le péché d'Adam a-t-il été pardonné avant la venue du Messie, oui 
ou non ? 

6° Le Messie devait-il souffrir la mort pour expier ledit péché? 

7° En supposant qu'il en ait été ainsi, les peuples et races qui ont une 

1. Mais durant le temps susdit, de nombreux Juifs venant chaque semaine et 
chaque jour à la connaissance de la vérité et confessant publiquement la foi catholique, 
il arriva que tantôt trois, tantôt quatre, tantôt un plus grand nombre reçurent le 
baptême en présence de toute la sainte curie de notre seigneur le Pape, chaque 
semaine de la présente année, sans compter les autres qui, en diverses parties du 
royaume, étaient convertis à la foi, comme à Saragosse, à Calatayud, à Alcaniz et dans 
les autres synagogues du royaume. En effet, ceux qui étaient présents entendaient et 
répétaient aux autres les preuves si fortes, si remarquables, si transcendantes établies 
par le susdit Jérôme contre les Juifs et alléguées scientifiquement, ainsi que les 
réponses si faibles, si cauteleuses que faisaient en sophistiquant les rabbins des Juifs 
en opposition avec la vérité, en sorte que, cet été-là, plus de deux cent cinquante 
Juifs furent convertis. 



LE COLLOQUE DE TOKTOSE ET DE SAN MATEO 49b 

• autre origine qu'Israël seraient-ils appelés à jouir du bénéfice de cette 
mort '.' 

8° Le Messie devait-il se contenter simplement de racheter le monde 
ou devait-il, en outre, établir une nouvelle loi fondée sur une doctrine 
nouvelle ? 

9° Après son avènement au monde, les sacrifices devaient-ils conti- 
nuer aussi nombreux et sous la même forme, tels qu'ils avaient existé 
autrefois? 

10° Les antiques cérémonies devaient-elles, oui ou non, subsister? 

11° Pour quel motif subissez- vous donc, vous autres Juifs, une capti- 
vité si prolongée? 

Enfin, 12 J quand votre Messie viendra, retournerez-vous prendre pos- 
session du même pays que vos ancêtres ont habité depuis la captivité 
d'Egypte et de Babylone ou entrerez-vous en possession d'un autre pays? 

22. Sur le feuillet 185 v° se trouve à cette place une note du 
4 mai 1413, dans un exposé fait par Jérôme de baptêmes célébrés : 
« En ce temps-là donc (4 mai 1413), sous l'inspiration de la grâce 
divine, certain Juif noble, du nom de Todros Benveniste, médecin, 
et sept autres Juifs avec lui présentèrent une requête personnelle 
demandant à être baptisés. >; 

23. — Dans la vingt-quatrième séance, du 17 mai, les Juifs 
présentèrent un mémoire qui contenait la réponse aux douze 
questions de Jérôme : 

« 1° A la première demande ils répondirent qu'ils ignoraient complè- 
tement qu'aucun lieu ait été désigné pour la naissance du Messie ; 

2° et ils firent la même réponse à la seconde demande. 

3° Ils soutinrent que le Messie devait être seulement un homme de 
bien et un prophète, mais qu'il ne devait rien y avoir en lui de divin. 

4° A la quatrième question ils dirent : Ce sera un grand personnage 
qui délivrera Israël de la captivité temporelle et il s'ensuivra que le 
peuple de Dieu pourra observer la loi de Dieu avec une plus grande 
facilité et plus de perfection et parvenir à la vie éternelle. 

5° Au sujet de la rémission du péché d'Adam avant l'avènement du 
Messie, ils disent qu'il n'était pas pardonné, car, dans le cas contraire, on 
ne verrait pas tant de peines et tant de misères parmi les descendants du 
premier homme. 

6° Ils nièrent absolument que le Messie dût mourir pour racheter 
ledit péché. 

7° Ils répondirent pareillement a la septième question que le Messie 
délivrera uniquement le peuple d'Israël. 

8° Ils ajoutèrent ensuite qu'il ne devait pas établir une nouvelle loi, 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ni enseigner aucune doctrine nouvelle, parce que celle de Moïse, qui est 
immuable, perpétuelle, suffit. 

9° et 10° Par conséquent, même après la venue du Messie, les sacrifices 
et cérémonies continueraient en la même forme qu'auparavant. 

11° En ce qui concerne la captivité que les Juifs subissent présente- 
ment, ils croient qu'elle est due aux péchés que le peuple de Dieu a 
commis autrefois et qu'il continue a commettre. 

12° Ils assurent qu'un temps viendra où ils retourneront prendre 
possession du même pays qu'ont habité leurs ancêtres. » (F° 52-59 a.) 

24. Jérôme consacra douze jours entiers, du 27 mai au 12 juin 
1413, et par conséquent un nombre égal de séances, à la réfutation 
du mémoire présenté par les Juifs (f° 59-129). 

La prophétie d'Isaïe, vu, 14, formait un point principal : « Voici, 
la vierge concevra et enfantera un fils et il sera appelé Emmanuel.» 

Les Juifs formulèrent ici trois objections : 

« 1° qu'en hébreu le mot qui signifie « vierge » est le mot betoula 
(ftbira) et non pas aima (nttb*) comme dans Isaïe ; 

2° que cela ne pouvait constituer un signe pour le roi Achaz, puisque 
l'événement ne devait se produire que plus de cinq cents ans après lui ; 

et 3° que le fils de Marie ne s'appelle pas Emmanuel, mais Jésus. 

Par conséquent, continuent les Juifs, la prophétie vise la femme 
d'Achaz, qui donna le jour à Ezéchias, avec lequel Dieu fut, selon l'inter- 
prétation du mot Immanouel (b&n3E3>), « Dieu avec nous ». 

A ces trois arguments Jérôme répondit : 

1" Vous êtes complètement dans l'erreur quand vous affirmez qu'il 
n'y a en hébreu que le mot betoula pour signifier « vierge », puisque je 
puis vous en citer trois qui ont le même sens, quoiqu'avec une petite 
différence : nahara (m3>3), betoula (nbina) et aima (rmby). On nomme 
nahara n'importe quelle jeune fille, sans s'inquiéter de savoir si elle est 
vierge ou non, puisque le mot dérive de la racine naharout (rhl^S), 
qui signifie «jeunesse, adolescence ». Betoula se dit d'une femme vierge, 
qu'elle soit jeune ou vieille, car le même mot peut s'appliquer à une 
jeune fille de seize ans ou à une femme de quatre-vingts ans. Du moment 
qu'elle est vierge, on peut l'appeler et de fait on l'appelle dans la sainte 
Ecriture betoula. Par contre, aima signifie bien vierge, mais non pas 
une vierge quelconque ; il s'agit d'une vierge en état de contracter 
mariage et ces deux conditions se trouvèrent merveilleusement réunies 
au pied de la lettre dans la très sainte Vierge Marie. Il est certain, cepen- 
dant, que les écrivains sacrés, en parlant au sens figuré, prennent très 
souvent un mot pour un autre. Mais le prophète Isaïe, qui, en une affaire 
de si grande importance, voulut s'exprimer très exactement et en même 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 197 

temps avec un certain mystère, employa le mot aima qui était le plus 
convenable pour indiquer ce qu'il voulait dire. 

•2° La révélation ne fut point faite à Achaz, mais à la maison ou à la 
descendance de David, attendu que ce roi, quoique invité par le prophète 
a demander un signe plus prodigieux et plus admirable que les profon- 
deurs de la mer, l'immensité et la hauteur des cieux, ne voulut rien 
demander. 

3° Il ne faut pas prendre matériellement le nom d'Emmanuel, mais au 
sens spirituel, comme l'ont entendu les prophètes. 

25. — Dans la trente-cinquième séance, du 12 juillet 1413, 
Jérôme rechercha quelle pouvait hien être la cause de la présente 
servitude des Juifs et, après avoir repoussé les autres explications, 
il en vint à parler de Yodium gratis, odium sine causa *, à propos 
de quoi il fit l'éloge de leur conduite les uns envers les autres. 

Mais ils déclarent qu'il en est autrement, disant que cette haine gra- 
tuite {odium gratis) n'est pas autre chose que la malveillance de l'un 
contre l'autre et réciproquement. Voici maintenant comment ils sai- 
sissent la vérité, parlant comme des aveugles qui palpent une chose et 
ne la voient pas clairement, car, assurent-ils, une semblable haine 
n'existe pas aujourd'hui entre eux de l'un à l'autre. C'est plutôt le 
contraire et il n'y a pas une nation dans le monde qui fasse preuve de 
plus de piété, de charité mutuelle que les Juifs n'en montrent entre eux, 
soit en se visitant dans leurs maladies, soit en se secourant mutuelle- 
ment dans leur détresse, en évitant de révéler les secrets de l'un à 
l'autre, en s'arrachant l'un l'autre au péril, à tel point que si un Juif se 
trouve poursuivi comme criminel par les chrétiens, tous les membres de 
la communauté (aljama) le délivreront et le rétabliront en plus haute 
considération et en possession de biens plus grands que le coupable lui- 
même ne serait en état de l'apprécier pécuniairement. Donc les hommes 
qui entretiennent entre eux une telle communion ne sauraient être 
accusés de malveillance ou de haine et ne doivent pas pour cela être 
punis si cruellement et d'une manière si prolongée, comme c'est le cas 
dans cette captivité. 

26. — La quarante-cinquième séance, du 30 août 1413, termina 
la première série des conférences. Les rabbins ne se séparèrent 
pas sans déclarer qu'ils ne se tenaient point pour convaincus par 
la réfutation de Jérôme. Le principal travail fut ainsi terminé dans 
les sept premiers mois, du 7 février à la fin d'août 1413, ce qui 
demanda quarante-cinq séances. Là-dessus, la chaleur du climat 
d'Espagne en été nécessita un repos de quelques mois. 

1. D3n n«3?3 [Y orna. 9 6). 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Depuis le 27 février, date à laquelle on introduisit la procédure 
par écrit, jusqu'au 30 août, on trouve dans les procès-verbaux, de 
la dixième à la quarante-cinquième séance, vingt-quatre cédules 
ou réponses enregistrées du côté des Juifs. Tous ces procès- 
verbaux de la fin de février à la fin d'août 1413 furent vérifiés et 
authentifiés durant la période de repos par trois notaires, en 
présence de Sanchez Porta, maître du Sacré-Palais, et par huit 
Juifs choisis à cet effet. 

27. — A la reprise des conférences, dans la quarante-sixième 
séance, le 30 novembre 1413, Jérôme répéta, sur l'ordre du pape 
Benoît, d'une manière abrégée, quelques-unes de ses preuves 
principales, attendu que les rabbins, trois mois auparavant, le 
30 août, ne s'étaient pas avoués vaincus. 

Avec cet exposé de Jérôme, qui occupa la quarante-sixième et la 
quarante-septième séances, le 30 novembre et le 22 décembre 1413, 
la première période du colloque prit fin. 



VI. — Les séances du colloque a Tortose {Deuxième période). 

1. — Le pape Benoît ouvrit la seconde période dans la qua- 
rante-huitième séance, le 8 janvier 1414, par une allocution dans 
laquelle il s'expliqua sur ses intentions et sur la suite qu'il enten- 
dait donner au colloque. 

Dans la dernière séance il avait entendu rapporter par maître Jérôme 
comment, en l'absence de Sa Sainteté, il avait été procédé dans cette 
même information et, attendu que quelques-uns des Juifs avaient dit que, 
daus une telle cause, il devait être un juge suspect, il déclara qu'il donne- 
rait un ordre de telle nature et si bref pour cette affaire que toute per- 
sonne, fidèle ou infidèle, sans altérer la vérité, en se servant de sa seule 
raison, pourrait connaître par elle-même quelle conclusion peut et doit 
être tirée des susdits débats. 

Car, bien que son intention ait été dès le commencement et fût encore 
d'abréger la dite affaire, cependant cela ne se put faire, les Juifs eux- 
mêmes y mettant obstacle; répétant à ce propos comment, dès le com- 
mencement, la discussion avait été tout d'abord menée seulement avec 
ceux de la résidence d'Alcaniz, ensuite, à leur demande, avec les autres 
Juifs du susdit royaume d'Aragon. En premier lieu, en effet, cela avait été 
sous forme de discussion verbale; ensuite ce fut par écrit, en raison des 
variations des susdits Juifs et finalement il fallut insister sur celte affaire 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 199 

et s'occuper d'examiner les écrits qui avaient été présentes des deux côtés, 
atin qu'ils pussent être certifiés par la signature officielle des notaires et 
tabellions. Toutes ces choses avaient été cause (Tune prolongation justi- 
fiée, si toutefois il y avait lieu de le dire, dans l'affaire dont il s'agissait. 
Car il ne fallait pas laisser dire, comme de fait disaient quelques-uns, 
que Notre Soigneur lui-même, par l'intervention des Romains, étant pré- 
venu par la mort, ne pouvait pas amener son désir à la réalisation, ainsi 
que quelques-uns entendaient la chose et que d'autres opinaient à le 
croire. De même aussi en Espagne, surtout au temps des Goths, beaucoup 
de notables prélats avaient tenu avec les Juifs des conférences ou discus- 
sions en les convainquant et avaient converti à la foi du Christ de très 
nombreux Juifs, lettrés et autres. 

Pour le moment, lui-même avait en vue principalement les trois choses 
suivantes : 

Premièrement, son intention était de chercher le salut des âmes; 
secondement, d'abréger; troisièmement, de faire en sorte que les 
conclusions tirées de cette discussion fussent amenées a exécution et 
devinssent des ordres, et quatrièmement, il avait l'intention de faire cer- 
taines choses, qu'il se réservait de faire connaître à la fin des discussions. 

Et parce que quelques-uns des Juifs voulaient une copie des dernières 
paroles prononcées par maître Jérôme et lui répondre, tandis que d'autres 
ne demandaient pas de copie, mais désiraient seulement être renseignés; 
attendu aussi que quelques-uns des dits Juifs prétendaient avoir des rai- 
sons sérieuses qu'ils avaient omis de présenter, par suite de leurs subter- 
fuges habituels, d'après ce qu'ils affirmaient du moins, notre dit Seigneur 
voulant principalement que tous et chacun fussent entendus jusqu'au 
bout, ordonna en conséquence que copie leur fût donnée de tout ce qui 
avait été fait et qu'ils eussent à dire ce qu'ils avaient à dire sur ces choses 
et tout ce qui se rapporte à la susdite discussion et qu'ils fissent connaître 
leurs doutes, s'ils en avaient, dans les controverses précédentes, de 
manière à recevoir là-dessus des explications suffisantes. 

Alors Rabbi Joseph Albo,de Daroça,dit que tous ne devaient pas 
être retenus à cause du petit nombre de ceux qui voulaient dis- 
cuter encore. 

Sur quoi, le pape, afin de mettre un meilleur ordre dans les 
débats et de les abréger, députa les révérends pères et seigneurs 
en Christ Dom Jean (Flandrinij, par la grâce divine évêque de 
Sainte Sabine, cardinal, et Dom Didace, évêque de Plaisance, 
Maître André Bertrand, grand aumônier de notre seigneur le pape 
lui-même, et Gondisalve Garcias, son chapelain et auditeur des 
causes du Palais apostolique, qui s'appliqueraient à établir l'ordre, 
les moyens et la marche efficace de la discussion. Mais pour ce qui 
concernait l'intervention dans les débats, il nomma les révérends 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pères en Christ Demi Pierre (Fonseca), cardinal diacre de Saint- 
Ange, et l'évèque d'Avignon Lenez, et le frère Sancho Porta', 
maître des écoles de théologie sacrée dans le susdit palais, et Loup 
de Galdeo, pénitencier de notre seigneur le pape, de l'Ordre des 
Frères Prêcheurs, professeurs maîtres en théologie, et le susdit 
maître Jérôme. 

Ensuite le pape ordonna aux Juifs qui voudraient seulement 
discuter de le déclarer à haute voix en donnant leurs noms. Mais 
pour cela il n'y eut plus que le rabbin Ferrer, le rabbin Metatia et 
le rabbin Astruc 2 qui se déclarèrent disposés à discuter encore; 
les autres au contraire demandaient à être éclairés. Le pape les 
interrogea en commun, leur demandant si quelques-uns voulaient 
discuter encore, mais ils répondirent unanimement en s'écriant : 
Non. 

Reprenant la parole, le pape exposa les cinq points qu'il avait 
en vue. 

Premièrement et principalement, au sujet du livre communément 
appelé Talmut, à cause des faussetés, des hérésies, et des abominations 
y contenus. 

Deuxièmement au sujet d'un crime d'usure qu'ils pratiquaient d'une 
manière exécrable. 

Troisièmement, au sujet de leurs synagogues, surtout de celles qu'ils 
avaient établies récemment sans l'autorisation du Siège Apostolique ou 
qu'ils avaient agrandies, embellies ou enrichies. 

Quatrièmement, au sujet de leurs relations avec les catholiques. 

Cinquièmement, au sujet des services publics qui ne doivent pas être 
exercés par les Juifs parmi les chrétiens. 

Et sur les choses qu'avec la grâce de Dieu il avait l'intention de faire 
et tels règlements qu'il établirait encore concernant la louange, la gloire 
et l'honneur de Dieu et l'honneur de toute la foi chrétienne. 

Il ordonna enfin à tous les Juifs de se réunir pour s'entendre au 
sujet du lieu où ceux qui désiraient être renseignés entendraient 
les mêmes explications, soit dans la citadelle de la ville de Tortose, 
soit dans la maison des Frères mineurs ou des Frères prêcheurs de 
Tortose, afin que la discussion et l'information fussent disjointes et 
faites séparément, de façon que tout trouble et toute variation 
fussent complètement évités. 

2. — Dans la quarante-neuvième séance, du 26 janvier 1414, on 

1. Confesseur du pape Benoit depuis 1403. 

2. R. Astruc ha-Lévi d'Alcaniz. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 201 

constata que R. Aslruc, après avoir remis son mémoire par écrit, 
s'était éloigné de Tortose. Le pape donna des instructions pour 
qu'on le ramenât. Il fit l'envoyer la discussion de son mémoire 
jusqu'à son retour et, en attendant, voulut que les écrits de Ferrer 
et de Malatia lussent lus et discutés. 

Alors \{. Ferrer lut du haut de la tribune, en son nom et au nom 
de son collègue, un mémoire dont le contenu tendait à justifier son 
attachement persistant à la doctrine du judaïsme et à refuser le 
caractère de Messie à Jésus de Nazareth. 

3. — Jérôme employa trois jours complets, de la quarante-neu- 
vième séance (26 janvier) à la cinquante-deuxième (l el février) pour 
réfuter les arguments de R. Ferrer et de R. Matatia. Il les accusa 
de manquer de logique en cherchant à démonter la conclusion 
avant les prémisses. «La prémisse est, dans le cas qui nous occupe, 
de savoir si, oui ou non, le Messie est venu et la conséquence, 
quel est le vrai Messie, et vous vous attachez au second point en 
omettant l'examen du premier. » 

4. — Le 2 février 1414 eut lieu de nouveau une cérémonie de 
baptême de 17 Juifs, au nombre duquel il y en avait de la famille 
de la Gavalleria, de Saragosse 1 . 

0. - Dans la cinquante-troisième séance, du 15 févier 1414, 
comparut R. Astruc ha-Lévi, d'Alcaniz, et il fournit les raisons 
suivantes pour sa justification : 

...La première est que nous sommes et avons été hors de nos demeures 
depuis dix mois; 2° nos ressources sont diminuées et presque totalement 
épuisées; 3° notre absence cause un grand préjudice à nos aljamas ou 
communautés et il en résulte pour elles des pertes considérables; 
4° nous avons perdu nos femmes et nos fils à cause de cette discussion; 
5° pour beaucoup d'entre nous on a mal pourvu à notre nécessaire tant 
en argent qu'en provisions, tant pour nous ici que pour ceux de nos 
foyers, au point, hélas! qu'ils manquent de nourriture; 6° nous faisons ici 
des dépenses extraordinaires. Donc des hommes qui supportent de tels 

1. Alors, sous l'inspiration de la grâce divine, les Juifs les plus nobles existant dans 
toute la communauté, tant parla science que par la naissance, savoir ceux qui étaient 
de race militaire, c'est-à-dire de la Gavalleria, de la cité de Saragosse, comme on les 
nomme communément, au nombre de dix-sept personnes, sans compter leurs femmes 
«:t leurs domestiques qui furent nombreux, reçurent le saint baptême dans ladite ville de 
Tortose, le second jour de février 1414. 



202 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fardeaux, est-il raisonnable de les juger en tirant à bon droit des conclu- 
sions contre eux à cause de leur ignorance, alors qu'ils discutent avec 
ledit maître Jérôme et ses semblables, qui bien au contraire jouissent 
tous d'une immense prospérité et de grandes douceurs ? 

Gomment donc pourrait-on parler ici logiquement d'une victoire? « Si 
un chrétien prisonnier au pays des Maures n'avait rien a répondre aux 
raisons que ceux-ci invoquent en faveur de la loi de Mahomet, dirions- 
nous qu'il se trouve pour cela convaincu de la fausseté de la religion 
catholique ? En aucune façon ; tout ce qu'on pourrait dire de lui, c'est que 
c'était un ignorant. Donc nous nous trouvons nous-mêmes dans le même 
cas. Si nous ne savons pas répondre à vos arguments, traitez-nous, si vous 
le voulez, d'ignorants; dites-nous que nous ne savons rien de la matière 
que l'on discute. Mais vous n'aurez jamais le droit de dire que nous 
sommes convaincus. Cela est expressément défendu dans la Sainte-Ecri- 
ture à propos des articles de la religion, dans les paroles du prophète 
David, au psaume xxxvn [xxxvi], 30, 31 : « La bouche du juste annonce 
la sagesse et sa langue proclame la justice; la loi de Dieu est dans son 
cœur, ses pas ne chancellent point. » 

6. _ Jérôme consacra les séances suivantes, de la cinquante- 
troisième (15 février) à la cinquante-huitième (2 mars), à la 
réfutation de R. Astruc. Il déclara que les raisons alléguées par 
celui-ci pour excuser l'ignorance des juifs ne méritaient pas d'at- 
tention, puisque « pour la plus grande partie, c'était une question 
d'estomac ». 

Vous ne vouliez plus parler afin qu'il fut donné à entendre que vous 
aviez suffisamment répondu, et, comm.e vous dites, que votre ventre est 
plein de nouvelles réponses. Et vous, Rabbi Astruc, puisque vous vous 
donnez pour un maître, vous devriez être pour les autres un exemple de 
courage et vous ne devez pas vous laisser ébranler par votre femme ni 
par aucune autre tribulation et, en supposant que quelque changement 
se soit produit en vous pour un peu de temps à cause de la sensualité, 
il n'eût pas dû persister, puisque la sensualité doit être vaincue par la 
raison. 

C'est ainsi que se termina la conférence le 15 février 1414. 

7. — Deux jours plus tard fut tenue la cinquante-quatrième 
séance, le 17 février 1414. On y traita de nouveau la question de 
savoir si les passages du Talmud cités par Jérôme devraient être 
pris au sens propre ou au sens métaphorique. Les Juifs refusaient 
toute créance à ces preuves, en sorte qu'elles ne pouvaient pas 
être apportées à l'appui de la question agitée. 



LE COLLOQUE DE TORTOSE ET DE SAN MATEO 203 

Contre cette allégation, Jérôme lit une exposition de la dialectique 
du Talniud telle qu'il la comprenait, pour en tirer la preuve que les 
Juifs étaient tenus d'admettre comme véridiqnes les paroles du 
Talmud tout comme celles des Prophètes. 

Les Juifs ont l'obligation de croire aux témoignages déjàcités avecautant 
ou plus de foi qu'aux paroles des prophètes et, pour que tous comprennent 
ce que je vais exposer à ce sujet, il convient que vous sachiez de quelle 
façon s'est formé le corps de doctrine appelé par les Juifs Talmud, au 
temps des Pharisiens, lesquels, pour leur malheur ou, pour mieux dire, à 
cause de leur entêtement, n'eurent pas connaissance du vrai Messie, dont 
l'avènement eut lieu alors ; tout au contraire, ils manifestèrent à son 
égard une très profonde et injuste haine, nonobstant les grands miracles 
qui s'accomplissaient journellement en son nom et qu'ils voyaient eux- 
mêmes. Lesdits rabbins, quand ils virent que le Messie avait été crucifié et 
était mort, firent en sorte qu'il ne fût fait acucune mention de lui ni de 
sa doctrine. Mais voyant ensuite que celle-ci se répandait dans le monde 
entier à cause de la prédiction des apôtres et disciples du crucifié et de 
quelle manière ils exposaient la loi mosaïque et la faisaient observer 
comme le fait présentement l'Eglise et que les cérémonies qu'ils tenaient 
en si haute estime demeuraient abrogées, ils résolurent de mettre en 
ordre toutes ces cérémonies et de les consigner par écrit. Tout cela 
forma luMisna, qui équivaut à une seconde loi, et ils dirent que tout cela 
fut dit oralement par Dieu à Moïse. Voyant en outre que la foi catho- 
lique allait croissant de jour en jour de telle manière qu'une grande 
partie des Juifs répandus à travers le monde s'étaient convertis, que 
presque tout l'empire romain et, ce qui est plus admirable, qu'Hélène, 
mère de lEmpereur, en avait fait autant, les chrétiens remplissant déjà 
une grande partie de l'univers; voyant que, peu auparavant, saint Jérôme, 
avec grande diligence et aidé du secours divin, avait réuni des divers 
coins du monde différents exemplaires de l'Ecriture sacrée et les avait 
traduits du chaldéen et de l'hébreu en latin, voyant toutes ces choses, 
dis-je, lesdits rabbins commencèrent à les considérer attentivement et 
se virent perdus, et, craignant que la doctrine qu'ils professaient fût 
perdue aussi, ils crurent que celle qu'ils avaient jusqu'alors conservée 
par tradition ne suffisait pas et ils la mirent en ordre à leur manière et 
l'ajoutèrent comme il leur plut de le faire. De tout cela il résulta ce 
que les Juifs appellent Talmud, dans lequel ils écrivirent toutes les 
cérémonies jusqu'aux plus minutieuses et la manière de les observer 
et ils déclarèrent que les anciens les avaient reçues par révélation. Ils 
y mirent en outre un grand nombre de choses laides et malsaines et 
d'autres iniques et horriblement coupables contre la sainte foi catholique 
et contre notre Sauveur Jésus-Christ, de blasphèmes et d'insanités, 
d'obscénités et d'impiétés contre la loi mosaïque et môme contre la loi 
naturelle, toutes choses que je ne veux pas citer parce qu'indubita- 



204 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blement elles seraient a nos oreilles une cause d'horreur et d'abomination. 
Ils firent tout cela parce qu'ils voyaient que la doctrine évangélique 
prospérait et s'entendait de toutes parts. 

Et pour que ledit livre eût toute l'autorité possible, ils dirent que 
Dieu donna à Moïse non seulement la loi consignée dans les cinq livres, 
mais encore une seconde loi, celle-ci verbalement, et que cette seconde 
loi était celle qu'ils avaient mise par écrit dans le Talmud. En nous en 
tenant par conséquent à ce qu'ils disent, à savoir que cette seconde loi 
sortit de la bouche même de Dieu, il résulte qu'ils doivent lui accorder 
plus de foi qu'à la Sainte-Ecriture elle-même. Car si le Pape notre 
seigneur m'ordonnait par écrit de faire une chose et m'en commandait 
une antre de vive voix, il n'y a pas de doute que je dois faire les deux, 
mais que l'ordre donné verbalement a beaucoup plus de force que celui 
qui est donné par écrit. 

Il serait digne et juste, ajouta Jérôme, que notre très saint seigneur le 
Pape, que cela regarde, fît examiner chacun sur sa secte et sa croyance 
et condamnât sévèrement comme très gravement coupables, assujétissant 
à de lourdes peines, sans miséricorde, lesdits rabbins comme hérétiques, 
comme agissant contre leur propre secte et croyance et comme des gens 
qui ont enseigné et enseignent une fausse doctrine. 

8. — En faveur de la foi juive R. As truc avait allégué les 
nombreux martyrs que le judaïsme peut produire comme ayant 
souffert pour la fidélité à ses croyances. A ces martyrs, Jérôme, 
dans la cinquante-cinquième séance, du 19 février 1414, appliqua 
les paroles du psalmiste (xxxiv [xxxiii] 22j: « Très mauvaise la mort 
du méchant et les ennemis du juste sont châtiés. 

Ce témoignage s'applique aux Juifs morts en haine de Jésus-Christ, le 
juste par excellence dont parle David : en outre, il ne faut pas oublier 
qu'aucun Juif n'est mort en défendant publiquement sa religion, mais 
tous en cachette, en fuyant ceux qui les poursuivaient, chose qui ne s'est 
pas produite avec les chrétiens, qui, eux, sont morts par milliers de tous 
âges, sexes et conditions, la plupart en présence des multitudes en 
proclamant tous d'une seule voix que Jésus-Christ est le vrai Messie. C'est 
pour cette raison que le même David dit d'eux au psaume (cxvi [cxv] d5): 
<( La mort de ses saints est précieuse aux yeux du Seigneur. » On n'a pas 
non plus entendu dire que personne se soit converti au judaïsme en 
voyant seulement le martyre des rabbins; par contre, il y a eu des multi- 
tudes de conversions à la religion catholique, opérées uniquement par 
la vue de la patience et de la joie que témoignaient les chrétiens au milieu 
des tourments les plus cruels. 

(A suivre.) Ad. Posnanski. 



NOTES ET MÉLANGES 



« NK FATS PAS DE MKN Al MÉCHANT » 

OU LE LION INGRAT 

Rien de plus banal dans la littérature midraschique que 
l'adage : « Ne fais pas de bien au méchant, et le mal ne t'atteindra 
pas 1 . » A en croire certains savants, il aurait pour auteur Jésus 
ben Sira 2 , mais cette attribution est loin d'être fondée. Qu'on en 
juge par le texte original de Y Ecclésiastique, vu, 1, auquel on se 
réfère : sn *pw* bai an (■jb) ujjn ba « Ne fais pas de mal et il ne 
t'arrivera pas de mal. » Le renvoi à xii, 3, se comprend mieux : 
*Tin mrab ttara "p» « point de bien pour qui fait plaisir au 
méchant ». Mais ce n'est pas de ces mots que dérive le proverbe 
araméen en question : -jb ■>ato ab ^m *pa*n ab izrab aa, toute 
ressemblance verbale manquant. Même observation pour le 
verset 5 : rba ywi snanca S^n ^pnx t-i*a JPtzjn an tarais ^b 
« Tu obtiendras double mal au temps de l'indigence, pour tout le 
bien que tu lui auras procuré. » La pensée de Ben Sira est, d'ail- 
leurs, elle aussi, très banale, témoin Théognis, 955-956 : « Du 
bien qu'on fait au méchant résulte un double mal : on le retranche 
à soi-même et l'on n'obtient pas de reconnaissance. » Si l'on a 
attribué à notre auteur la paternité de la maxime, c'est sur la foi 
du Midrasch Tanhouma et de X Alfabèta de Ben Sira. Or, pour 
ce qui concerne le Midrasch Tanhouma, seule l'édition ordinaire 

1 . Bereschit Babba, 22 ; Vayikra Rabba, 22, et Kohélet Rabba, S ; Tanhouma, 
Iloukkat, 1 ; Tanhouma, éd. Buber, IV, p. ;»0 ; Alfabéta de Ben Sira. 

2. Schechter, Jew. Quart. Revievj, 111, p. 694, n° 17 ; Neubauer, The original 
hebrew of a portion of Ecclesiasticus, p. xx, n° x. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contient ces mots ; dans les manuscrits (utilisés par Buber) il y a : 
^itttt abntt « le proverbe dit ». C'est, d'ailleurs, avec cette intro- 
duction que ce proverbe est cité dans les textes que nous avons 
énumérés plus haut. Quant à sa présence dans l'Alfabéta de Ben 
Sira, elle s'explique sans peine, sans rien prouver relativement à 
son origine : l'auteur de cet opuscule, ayant voulu composer un 
recueil de vingt-deux proverbes rangés par ordre alphabétique, a 
butiné au hasard dans la littérature juive sans se préoccuper des 
droits du Siracide à la propriété de sa cueillette. 

Personne ne s'avisera de voir dans notre proverbe l'expression 
de la sagesse juive. Ce serait attester son ignorance du caractère 
de ces aphorismes populaires, qui n'ont pas de patrie, ou qui, s'ils 
en ont eu une, l'ont perdue en se répandant à travers le monde. 
Ils voyagent en se naturalisant partout, grâce à la part de vérité 
qu'ils renferment. 

S'il en fallait la preuve, il suffirait de considérer le conte dont 
notre proverbe constitue la moralité. C'est celui qu'en France 
La Fontaine a vulgarisé et qu'il a intitulé : Le Villageois et le 
Serpent (livre VI, fable xm). Lui-même le qualifie de fable éso- 
pique. On sait que, dans Phèdre, il a pour titre : Ne guis discat 
prodesse improôis, termes qui répondent assez bien à ceux du 
proverbe judéo-araméen. Pour s'assurer de la vogue de ce conte, 
on n'aura qu'à consulter les notes d'Henri Bégnier, éditeur des 
Fables de La Fontaine dans Les Grands Ecrivains de la France. 
On lira aussi avec profit l'étude que lui a consacrée Emmanuel 
Cosquin, le savant folkloriste décédé récemment \ étude qui tend 
à démontrer qu'il a pour berceau l'Inde, comme le plus grand 
nombre des contes. 

Dans la littérature juive, voici sous quelle forme il apparaît : 

Un homme qui montait de Babylonie [pour aller en Palestine], s'étant 
arrêté en route, aperçut deux oiseaux qui se querellaient. L'un des 
combattants étant mort, l'autre alla chercher une herbe et, l'ayant 
déposée sur le cadavre, le ressuscita. L'homme se dit : Il est bon que je 
prenne de cette herbe pour en ressusciter les morts d'Israël. Continuant 
sa route, il vit un renard inanimé gisant sur le sol. Essayons, dit-il, 
l'effet de l'herbe sur cet animal, et il le fit revivre. Il arriva ensuite à 
l'échelle de Tyr ; là il vit un lion mort couché sur la route. Essayons, 
dit- il encore, la vertu de l'herbe sur ce lion. L'animal, ayant repris vie, 
se jeta sur l'homme et le dévora. C'est ce que disent les gens : « As- tu 

1. Un épisode d'un Evangile syriaque et les contes de l'Inde, publié dans la Revue 
biblique, janvier-avril 1919, et réimprimé dans Etudes folkloriques, 1922, p. 613. 



NOTES ET MÉLANGES 207 

fail du bieb au méchant, tu as mal agi : ne fais pas de bien au méchant, 
et il D€ l'a r rivera pas de mal *. » 

Ici le serpent est remplacé par un lion, mais cette variante se 
retrouve dans certains contes indiens. 

A côté du thème du serpent ingrat, il y a celui du serpent 
reconnaissant. Cette variété se rencontre dans un texte juif, mais 
combinée avec la première. Ce morceau, que j'avais signalé à 
M. Gosquin, se trouve, à ma connaissance, dans un seul manus- 
crit, celui du Midrasch Tanhouma (ms. de Rossi, 261) que Buber 
a reproduit dans son édition de cet ouvrage, p. 157 de l'introduc- 
tion. Il fait partie d'un commentaire de la Genèse emprunté à 
un recueil tardif, que Buber suppose être de Moïse Hadarschan 
(xi° siècle). 

Celle-ci [la postérité de la femme] te visera à la tête, et toi [serpent], 
tu l'attaqueras au talon (Genèse, m, 15]. Histoire : Un homme, portant 
un pot de lait, se promenait dans la campagne. Il rencontra un serpent 
qui criait, tant il était altéré. - Pourquoi gémis-tu? — Parce que j'ai 
soif. Qu'as-tu donc dans la main? — Du lait. — Donne-m'en et je te 
montrerai un trésor qui pourra t'enrichir. — L'homme lui en donna et 
lui dit : Montre-moi le trésor que tu m'as promis. — Suis-moi. — Ils 
arrivèrent à une grande pierre, et le serpent dit : C'est sous cette pierre 
que se trouve l'argent. — L'homme souleva la pierre, creusa dessous et 
découvrit le trésor. Il le prit et l'emporta chez lui. Que fit le serpent? Il 
se jeta sur l'homme et s'enroula autour de son cou. — Pourquoi fais-tu 
cela, dit l'homme? — Je veux te faire mourir, parce que tu t'es emparé 
de toute ma fortune. — L'homme répondit : Viens avec moi au tribunal 
devant Salomon. — Ils s'y rendirent, le serpent restant enroulé autour 
de l'homme, et celui-ci poussant des cris. — Que demandes-tu, dit 
Salomon au serpent? — Je veux le tuer, car il est écrit : Tu le viseras 
au talo)i. — Descends de son cou, car tu n'as pas plus de droits sur lui 
que moi, puisque vous êtes tous les deux devant le tribunal. — La chose 
faite, Salomon l'interrogea à nouveau, et le serpent invoqua la parole de 
Dieu : Tu le viseras au talon. Le roi dit alors à l'homme : « A toi Dieu a 
ordonné de le viser à la tête. » Aussitôt l'homme se jeta sur le serpent 
et lui fracassa le crâne. Voilà pourquoi nos Sages ont dit : Le meilleur 
des serpents, il faut lui fracasser le crâne. 

Il n'est, pour ainsi dire, pas un trait de cette fable composite qui 
soit imaginé par le conteur juif. Le serpent enlaçant son sauveur 

1 . Vayi/cra Rabba. 22 ; repris dans Kohélet Rabba, 5, sous sa forme araméenne 
puis traduit dans Tanhouma (voir plus haut) avec quelques variantes (la première 
expérience, qui parait inutile, a été écartée). 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

appartient à la plupart des récits analogues 1 ; il en faut dire 
autant du procès qui se plaide devant un juge et du bon tour que 
joue celui-ci au serpent pour le punir de son ingratitude; seule 
diffère la malice dont fait preuve ici Salomon, malice d'un lecteur 
malin de la Bible. Bien mieux, Salomon lui-même n'est pas un 
personnage appartenant en propre à la forme juive du conte. On le 
retrouve dans un conte roumain 2 et dans le Maasé Biich* '. Le rôle 
du fils de David en la circonstance pourrait être l'indice de l'ori- 
gine de cette variété du conte, car il révèle généralement la main 
d'un musulman. Mais comme la préférence accordée à Salomon 
pour trancher les cas litigieux ne heurtait en rien l'orthodoxie 
juive, il est tout naturel que, sous ce rapport aussi, les conteurs 
hébreux aient imité leurs rivaux arabes. 

C'est un nouvel exemple du cosmopolitisme de ces fictions et du 
pouvoir d'assimilation de l'imagination populaire, juive comme 
non juive. 

Israël Lévi. 



1. La résurrection du lion a pour pendant, dans un conte du Laos, celle du tigre 
par un ermite. — L'herbe qui, par son contact, réveille les morts joue son rôle aussi 
dans le roman hébreu d'Alexandre que j'ai publié [Festschrift zum achtzigsten 
Geburtstage Moritz Steinschneider's, p. 146 de la partie hébraïque). — Pline, 
Hist. Nat., xxv, 14, et Nonnus, Dionys., xxv, 451-551, racontent une légende ana- 
logue : Tylon ou Tylus, iils de la Terre, se promenant sur les bords de l'Hermus, est 
mordu par un serpent et eu meurt. Sa sœur, Moire, a recours à un géant, qui tue 
le reptile. Alors la femelle du serpent va cueillir une herbe, « la fleur de Zeus », 
et la pose dans la gueule du reptile, qui se ranime aussitôt. Moire, suivant l'exemple 
de la bête, va cueillir la même plante et la pose sur les lèvres de son frère, qui 
revient aussitôt à la vie (cité par Frazer, Adonis, p. 142, qui renvoie, pour des 
guérisons analogues, à divers contes populaires ; voir ses notes sur Pausanias, II, 10, 
t. 111, p. 65, de son édition, et l'appendice de son édition d'Apollodore, Bibliotkeca, 
II, p. 363), 

2. Gaster, Rumanian Bird and Beast Stories, n° cxn. 

3. Voir M. Grùnbaum, Jûdischdeutsche Chrestomathie, p. 411. Ce conte repré- 
sente une autre branche que celle du Tanhouma. 



NOTES ET MELANGES 209 



NOTES GRAMMATICALES ET EXÉGÉTIQUES 

1 . Le pluriel en *n\ m . 

Le suffixe de la première personne pluriel ay ne se comprend 
pas dans les mots ^nlna (II Sam., xxn, 34 = Ps., xvm, 34; 
Hab., m, 19) et "•nia^a (Is., xxxvm, 20; Hab., m, 19). On doit donc 
y prendre ay comme un renforcement de la transmission du 
féminin pluriel ôt, ainsi que cela a lieu constamment devant les 
suffixes personnels (ïpni-, yti1-, etc.), et Ton traduira « les hau- 
teurs, la musique ». Pour vnTaa, le fait est, pour ainsi dire, évi- 
dent, puisque l'état construit est *nwa (Deut., xxxn, 13, etc.). 

2. Juges, iv, 20. 

Ehrlich, Miqra kifschoato, ad /., s'étonne avec raison que le 
texte porte «a*» ura un au lieu de ura nt 1 aa et il supprime utn. 
Il est plus naturel de croire que hpn était dans le texte primitif 
après aa-», qu'un copiste, l'ayant laissé tomber entre Sai et ^bKïâi, 
l'a noté en marge et qu'un autre a remis le mot dans le texte, 
mais à une mauvaise place. 

3. Jérémie, xnx, 3. 

On est surpris que Hesbon, ville moabitique (Is., xv, 4, etc.; 
Jér., xlviii, 2, etc.) doive gémir, d'après ce verset, sur la ruine 
des Ammonites, et Gornill corrige liaian en \mop [il faudrait ib-^rr 
11733» ^a !]. On peut donner de l'invocation à Hesbon une explica- 
tion plus simple et qui ne nécessite aucune correction : la ville de 
Hesbon est située au nord-est de Moab, donc à la frontière des 
Bené-Ammon ; et l'on peut supposer que la ville appartenait 
tantôt à l'un des peuples, tantôt à l'autre. C'est ainsi que Béthel 
est tantôt attribuée à Benjamin, tantôt à Ephraïm et que Jérusalem 
appartient tantôt à Benjamin, tantôt à Juda. Ce qui confirme l'idée 
que la possession de Hesbon a dû être disputée par les deux pays 
voisins, c'est qu'on considère dans Josué cette ville comme faisant 
partie tantôt de Ruben (xm, 17), tantôt de Gad (xm, 26; xxi, 37). 
Or, l'attribution du territoire à Ruben pour les temps anciens 
correspond à la domination moabitique dans une période plus 
moderne, et l'attribution à Gad correspond à la domination des 
Ammonites, comme le verset xm, 25 l'indique explicitement. 

T. LXXV, n° 150. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



4. Osée, vm, 1. 

Les mots ncra *pn ba sont assez difficiles à comprendre, car 
le cor ne se met pas au palais. Gomme l'idée de ce passage est la 
même que celle du verset Isaïe, lviii, 1, à savoir l'exhortation au 
repentir, il semble bien que les mots ncua *pn ba sont une 
abréviation ou une altération de idiidd *7[t»]n[n] bs et que le texte 
devait signifier, comme dans Isaïe : « (crie) sans ménagement, 
comme le cor (élève la voix) ». 

o. Miclia, iv, 6. 

La fin de ce verset "w^n nio&n « et celle que j'ai maltraitée (?) » 
cadre mal avec ce qui précède : » et je veux recueillir la (brebis) 
boiteuse et réunir celle qui est égarée ». Peut-être le texte primitif 
portait-il : )riy'i nmâan « et je ramènerai leur pasteur » ou quelque 
chose d'analogue. 

6. Habaqouq, i, M. 

On explique généralement nrrbab iro it û»&o *n:n rm C|brt t«, 
ainsi : « Alors passe (comme) le vent, traverse et se rend coupable 
celui dont la force est son dieu ». Mais comme le verset précédent 
parle de celui qui assiège et prend des forteresses, il ne s'agit pas 
d'un ennemi qui passe comme la tempête, et la préposition 
« comme » ne peut guère être sous-entendue. Nous laissons de 
côté d'autres explications non moins forcées. Il nous paraît plus 
simple de voir dans rm un souffle divin qui passe (cf. Job, iv, 15) 
et détruit celui pour qui la force est le droit. Nous traduisons 
donc : « Alors un souffle passe et traverse, et celui qui fait de sa 
force son dieu est ruiné. » Dm a le même sens que dans Is., 
xxiv, 6; Ez., vi, 6, etc. Peut-être devrait-on lire dm*n « et 
détruit » au M fil comme dn^sn (Ps., v, 11). 

Mayer Lambert. 



NOTES ET MELANGES 21 I 



LES ÉLÉMENTS GRECS DANS LE JUDÉO-ESPAGNOL 

On considère, avec raison, l'arrivée en Orient des Juifs expulsés 
de la péninsule ibérique en 1492 comme un tournant dans l'his- 
toire du judaïsme ottoman. 

Dans la patrie adoptive, où ils cherchèrent un refuge et l'oubli 
de leurs misères antérieures, les nouveaux venus trouvèrent, en 
effet, un petit nombre de coreligionnaires, appelés Romaniotes (ou 
Romanioles), organisés en communautés qu'ils s'assimilèrent avec 
le temps en les absorbant, étant la majorité. 

Depuis plus d'un tiers de siècle, notre revue Yosef-Da'at ou 
El Progreso (1888), Y Essai sur l'histoire des Israélites de V empire 
ottoman de M. Franco (1897) et Y Histoire judéo-ottomane (en 
hébreu) de M. S.-I. Rosanès (t. I) ont successivement tenté de 
retrouver les vestiges du judaïsme byzantin que le flot hispano- 
portugais avait fini par submerger. 

Plus tard, dans notre article sur les Juifs de Salonique au 
xvi e siècle [Revue, t. XL, p. 206 et suiv.), il a été question des us 
et coutumes des Romaniotes au point de vue rituel et liturgique. 

M. S.Krauss,sans citeraucune de ces tentatives de reconstitution 
historique, a traité cette question, d'abord dans la Jewish Ency- 
clopedia (s. v. byzantine Empire), puis, avec plus de développe- 
ments, dans ses Studien zur Byzantinisch-jùdischen Geschichte 
(annexe au XXI Jahresbericht der israelitisch-theologischen 
Lehranstalt in Wien, 1913-1914). 

La présente esquisse se propose d'apporter à cette vaste enquête 
une modeste contribution linguistique dont nous avons incidem- 
ment parlé dans notre communication sur la littérature gréco- 
caraïte, faite au XVI e Congrès des Orientalistes d'Athènes (avril 
1912) et résumée dans cette Revue, t. LXIV. 

Il s'agit de réunir ici, dans un aperçu synthétique, les traces du 
néo-grec dans le judéo-espagnol. Dans ce glossaire figure un petit 
nombre — on pourrait facilement l'accroître — de vocables douteux 
que l'on peut dériver également de l'espagnol ou du turc et qui 
sont accompagnés d'un astérisque. 

La partie la plus authentique de ce dépôt lexicologique se trouve, 
il va sans dire, dans l'onomastique séphardite. Aux noms et 
prénoms déjà indiqués par Franco [op. cit., p. 23-24) on peut 
ajouter ceux de : Kala-ora, Kario, (P)salti, (P)salto, Roditi. 



212 REVUE DES ÉTUDES JU1V1ÎS 

A côté de ces débris byzantino-juifs, il nous reste des en-tête 
de chants disparus, et dont les poètes hébraïques, en Turquie, 
avaient fait des imitations littérales ou mélodiques. Après avoir 
rappelé ailleurs les curieux hémistiches perdus espagnols (Recueil 
des romances judéo-espagnoles chantées en Turquie, édit. A. Dur- 
lacher, Paris, 1897) et turcs (Essai sur les vocables turcs dans le 
judéo-espagnol. V. Keleti-Szemle, Budapest, 1904), notons ici les 
commencements de poèmes grecs qui ont servi de titres, non 
seulement aux odes d'Israël Nadjara (Revue, n° 116, octobre 1909, 
p. 241 et suiv.), mais aussi aux hymnes du môme genre contenues 
dans les Joncs, que j'ai autrefois fait connaître (Recueil des 
romances, etc. Préface) et dont voici quelques spécimens, avec 
indication des pages de mon manuscrit (écrit fin xvi e siècle) et 
accompagnés de leurs décalques hébraïques : 

P. 18 6 : ""VlllÛÊnD lETUiîTPS (Trépane cppaYyouXta). H. WUr» 
P. 48 6 : iriD 1Û ^yw "13NDK (à7r'àva> ax-^VY) xou 7rovou). H. Û*P 

■wp wm ûv. 

P. 87 b : 1U3 "«b^ÉttS 153 "TO^tWa (SJuvejjis tou (J.ocv8tiXi aou). 

H. b? bN i-ttia ba ^ba». 
P. 95 6 : ibnèilSÉna (xpiavTacpuXXuà). H. "D">D*n bab >b an inn. 

Ces épaves échappées au naufrage du judéo-byzantin, sous 
forme de noms propres et de restes de chants grecs, sont moins 
nombreuses que les mots du même dialecte qui émaillent, à l'état 
sporadique, le parler espagnol en Turquie. 

En voici un répertoire succinct, où je place, à côté de chaque 
vocable, son correspondant grec avec traduction et, parfois, 
quelques remarques : 



Abramila (àêpâpjXov) : prunelle (fruit). 
Acrana (ôocpàvt) : cornouille. 
* Agrà (àyoupiSa, ou l'esp. agraz) : verjus. 
Amarat (àu.àpav6o; = incorruptible) : agile, diligent, habile. 
Anakatoména (àvaxaxwjxsva) : pèle-mèle. 
Anginara (àvxivocpa = xîvapa) : artichaut. 
Argat (âpyotTY);) : ouvrier (eu turc : argad ou argat). 
Arme (àppj = salure) : pot pourri (surtout aux oignons). 
Aterina (àOepîvYj) : athérine (poisson). 



NOTES ET MÉLANGES 2l3 



Bina (7r0p = feu) : colère, emportement. 

Birroto (7a»ptoTÔç = ardent, enflammé) : emporté. 

Bizélia (TtiÇeXi) : petits pois. 

Bogo (7rouYYi = bourse) : paquet, balle. 

Botcha (êouxcri = êoùnç) : tonneau. 

Boukino (êouxtvo l ) : pipe. 



* Carpoùz (xapiroùÇi, r. xapTrô; = t. karpouz) : pastèque, melon d'eau. 
Carvountchiri (xapa6oxup7]ç = capitaine de vaisseau) : mauvais mari (sens 

péjoratif). 
Chalângo (cràXtayxaç) : limaçon, escarbot. 
Colios (xoXta;) : sorte de maquereau (poisson). 
Coucouvâïa (xouxovêdiïa) : chouette, chat-huant (par extension : écervelè). 

* Coumecb ou coumach (xoijjwkji = t. koumès) : poulailler, basse-cour. 

D 

Dragani (xpayavî = xo^Spoç) : gros, volumineux. 



* Escàra ou escâla (ècrxàpa = t. esqâra) : gril. 

* Escombri (crxou7ipi = t. esqumroù) : maquereau (v. Colios). 
Escoularitcha (axouXapixi) : boucle d'oreille. 

Escoulatcha (ffxwXrjxàxia) : vermicelle, pâte alimentaire en iilaments. 
Espoesser(r. 7i6a, Tzôt\ = herbe, gazon) : croître, pousser, se développer 
Estrondjoûla (cf. <jtpoyy u >oç) • bonite (espèce de menu fretin ?). 



Fakiola («paxtoXi 2 ) : résille. 

Fassoûlia (çacroOXt) : faséole, haricot vert, dolic. 

Folâr (r. çœXeà = nid) : gâteau contenant un œuf que l'on offrait aux enfants 

le samedi précédant la fête de Pourim. 
Foûchka (<pou<rxa = <pu<rxr]) : ampoule, boule: boubou. 
Frâgula (çpàyYouXa ?) : fraise. 

1. Dans le Meïrat t Enaïm (M. dans les notes suivantes), E. Aféda-Béghi (voir 
./. Asiatique, 1914) en fait la traduction de l'hébreu : ")D"IU3- 
■2. Dans M., il traduit : Ep£, nD3iS73 et ÎTTDit. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



* Galâna (yaX^vyi, ya^vô; = serein ; ou : xaXàva). 
Galètcha (yaXÉvxÇa) : sandale de bois pour les bains et les cours des maisons. 
Giombo (xo^êo = nœud) : ruse. 

Gomàto (cf. yejxàxov) : morceau de poisson (rarement : trancbe de viande). 
Giiarésma (xwpiqxo; = séparation) : quarautaine, diète. 

H 

Hâho (/aya; = yàaxa;) : badaud, gobe-mouches. 

I 

Ilâria : poisson d'eau douce. 

lstif (<m6oc = t. istif) : entassement, pile. 

K 

Kotch (xôtÇO : astragale du talon 1 . 

L 

Lapa (Xarcôc;) : bouillie. 

Lâpata (/.àiraOov, XaTiaOa 2 ) : patience, oseille. 

Liparida (r. Xiitapô;) : petit poisson (fam. scomberoïdes). 

* Loufer (Xovçàpi = t. loufer) : thonite (poisson). 

M 

Makâre (u-axàpi) : plût au ciel, Dieu veuille, puisse. 

Manà (pava ou u-àvva) : maman. 

Màtatrès (méchilikéro), jeu de mots sur Maxaxoupiç 3 qu'il analyse pour y 

trouver l'idée de la locutiou rwmbn NaiZ^b *. 
Mélôpita ((uXoTtixa) : gâteau de miel. 

* Meldar (r. peXexw?) : lire. On pourrait, par métathèse, le dériver de *ttjb. 

N 

Nécotcherà (v')oïxoxupà) : bonne ménagère. 
Niéfissa(vu[p]<ptT*a = t. guélindjik = petite épouse] : belette. 

1. Dans M. - bail?- 

2. Dans M. = milN- 

3. Dans M. = yW. 

4. La médisance qui tue trois personnes (= Mâta-très). Vayikra-Rabba (section 

Emor, init., ch. xxvi). 



NOTES ET MÉLANGES 215 

O 

Olà (ouïà = lisière) : ruban fleuri, liseré de résille orientale. 



Palamida (7raXotfxioa) : sorte d'alose (poisson de mer). 

Pâli (7tàXyj) : encore. 

Patim (iràxoç = sol) : seuil. 

Patiino (7rànr][JLa = pas) : démarche. 

à Peringù (de Tispi-àywy^ = tour, circonvolution?) : à pied. 

Pilikouria (7ctSixo0pi *) un tantinet, chose insignifiante. 

Pilù (ïtr]).ô;) : argile (employé surtout dans les bains). 

Pisma (Tzeïa\ia) : opiniâtreté. 

Pita (îr^xa) : tourte. 

Pitâgra = Pita (voir le précédent) âgra : pâte de fruits secs (prunes, abri- 
cots, etc.). 

Pitérina (Trtxeptoa) : pellicules, crasse farineuse de la tête. 

en Podô, en Podô (de : ttoôi = pied? ou : TroSrjfxa = botte ?) : en se dandinant. 

Prassa (7rpàdov) : poireau. 

l'rassinâgùa (repaaivàSa = verdure) : herbes fraîches. 

Prehitô (Trpe-xvxo ? : libation, offrande) : sorte de blanc- manger ; gelée de 
farine de riz saupoudrée de poudre de cannelle (on en mange à la 
Pentecôte). 



Saudàq (oôvtexvo;, d'après S. Krauss, op. cit., p. 125, ce qui n'est plausible 
que dans le cas où ce mot se serait introduit dans le bas-latin. Autre- 
ment, on ne s'explique pas comment il a pris droit de cité dans la termi- 
nologie liturgique du judaïsme universel). 

Sarvidia : petit poisson. 



Tâtara(-niéto) : arrière-neveu (de Texpa : quatre). 
Ta(ta)ra(-papoû) : père de l'aïeul (Tsxpa, avec élimination d'un x). 
Tavarella : déséquilibré, remuant, agité. 
Tchamoûka (t. Tchamouqa) : variété de Atérina (v. s. v.). 
Tchikrik (TÇi'xpixi = r. Kpixoç) : rouet (à filer la laine). 
Tchinacop : espèce de bonite (poisson). 
Tchingar (xÇiyxpa, xcrYiyap ') : dispute, querelle, noise. 
* Tchiro (xÇipo; = t. Tchiros) : maquereau séché. 
Tifla (xv?).x = cécité, aveuglément) : belle (sens péjoratif pour éviter le 
mauvais œil). 

1. Dans M. = D^aan. 

2. Dans M. = bap, miB, TN, "lin^b. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

* Thïâki (Ônpiaxr) = t. Tiriaki) : grincheux, hargneux, maussade. 
Tombanicas (xu^uavov *) : tambour, timbale. 
Torobolôs (xavpoëoXoç) = Tavarella (voir ci- haut). 
Trandâfila (TpiavxacpvXKià) : rose. 
Trahané (T P a X avàç >) : semoule, pâte de la plus pure farine réduite en 

petits grains. 
Tripitô (xpu7CY)T6v) : passoire. 

V 

Voûlo (6ou>.Xa) : sceau, cachet, estampille. 

Z 

Zimarida : espèce de petit poisson. 

Abraham Danon. 



1. Dans M. = gpn. 

2. Dans M. = tona. 



BIBLIOGRAPHIE 



Festschrift zum 50 jâhrigen Bestehen der Hochschule fur die 
Wissenschaft des Judentums in Berlin, mit Beitràgen, von 

Léo Baeck, Eduard Baneth, Ismar Elbooen, Julius Guttmann, Harry Torczyner. 
Berlin, Philo Verlag, 1922, gr. in-8° de 297 p. 

La « Hochschule fur die Wissenschaft des Judentums » de Berlin a 
fêté, il y a quelques mois, le cinquantenaire, sinon de sa création qui 
date de 1869, du moins de son ouverture, laquelle eut lieu le 6 mai 1872. 
A cette occasion, elle a publié un recueil remarquable, fort digne d'une 
institution fondée pour promouvoir la science du judaïsme dans l'esprit 
de Zunz et faire revivre l'ancienne Yeschiba en l'adaptant aux exigences 
de la recherche scientifique moderne. Le présent ouvrage se compose de 
cinq amples dissertations de théologie, d'histoire religieuse, de science 
talmudique et d'exégèse dues à la plume autorisée de rabbins et de 
savants de haute culture tels que L. Baeck, E. Baneth, I. Elbogen, 
J. Guttmann et H. Torczyner. 

M. Léo Baeck, l'auteur apprécié d'un excellent ouvrage sur 1' « Essence 
du Judaïsme » (Bas Wesen des Judentums, Berlin, 1905) dont une 
deuxième édition a récemment paru, donne, sous le titre de Romantiscke 
Religion (p. 1-48), la première partie du livre qu'il prépare sur la reli- 
gion classique et romantique. C'est une étude très pénétrante des 
caractères qui différencient du judaïsme, qualifié de religion « clas- 
sique », le christianisme surtout paulinien, lequel, par la substitution 
d'une foi mystique au légalisme éthique de la Tora, a instauré le 
« romantisme » dans la religion. Déjà, dans son « Essence du Judaïsme », 
M. Baeck, mettant en lumière le caractère éthique des croyances du 
judaïsme, son peu de goût puur l'ésotérisme et le mystère, l'impor- 
tance qu'il donne à la conduite, à la discipline religieuse et morale, 
avait suggéré cette antithèse, an moins ingénieuse, entre le « classi- 
cisme » de la religion d'Israël et le « romantisme » des doctrines nées 
d'elle, mais qui, secouant le joug de la Loi, ont accordé la prépondérance 



218 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

an sentiment et à l'imagination. M. Baeck développe ici tout au long 
cette conception. Son étude est le fruit de lectures étendues et de la 
plus sérieuse méditation des problèmes d'histoire et de psychologie 
religieuse qu'il aborde. Il le fait, autant que nous en pouvons juger, de 
façon très brillante. Les formules frappantes abondent sous sa plume. 
Le développement toutefois est prolixe et gagnerait à être condensé. 

L'argumentation de M. Baeck peut se résumer comme il suit. Le 
romantisme, selon une définition de Schleiermacher, est du sentimental 
habillé de fantastique. Est donc romantique toute religion qui exalte le 
sentiment et fait intervenir les données mythiques ou mystiques de 
l'imagination. Elle sera amenée à se mouvoir dans l'étrange et à dédai- 
gner la règle. L'âme romantique manque de la ferme volonté morale de 
maîtriser et d'ordonner la vie. Elle répugne à l'impératif catégorique. 
Rien de plus opposé à la personnalité au sens kantien que l'individualisme 
romantique. Au sens kantien et au sens judaïque, car, pour M. Baeck, le 
judaïsme étant essentiellement le « monothéisme éthique », création des 
prophètes d'Israël, il y a une similitude frappante de tendance et d'idéal 
entre le kantisme et le judaïsme ainsi conçu. Or, qu'est-ce que le 
christianisme, là où il diffère du judaïsme dont il est issu, notamment 
chez Paul, le fondateur de la dogmatique chrétienne? C'est l'adaptation 
au messianisme prophétique de vieilles conceptions romantiques em- 
pruntées au paganisme gréco-oriental des environs de l'ère chrétienne. 
Celui-ci enseignait déjà la croyance à un être céleste prenant forme 
humaine, mourant et ressuscitant, à la vie divine duquel on pouvait 
participer moyennant des rites mystérieux, et aussi la croyance à une 
grâce d'en haut pénétrant l'homme pour le délivrer du péché et de la 
mort et le conduire aux félicités éternelles. Le cosmopolitisme romain a 
favorisé la diffusion de ces idées. L'œuvre de Paul, c'est d'avoir imposé 
Jésus à la place de Mithra, Adonis, Attis, etc., sous l'influence de l'idéal 
messianique juif et de la pensée, répandue dans la diaspora, qu'un terrain 
d'entente existait entre paganisme et judaïsme. L'état des esprits dans un 
monde en état de langueur, assoiffé de sentiment, explique cette poussée 
victorieuse d'un véritable romantisme religieux. Tout ce qui caractérise 
le romantisme se retrouve dans le paulinisme, et plus tard dans le 
luthérianisme, qui n'est qu'un développement logique du paulinisme. 
La foi devient l'élément non seulement prépondérant, mais exclusif. Le 
judaïsme, lui, recherche Dieu, la conviction s'y conquiert et résulte de 
la réalisation zélée de la volonté divine enseignée par la loi. Dans le 
romantisme paulinien, le salut n'est pas acquis, ni ne peut s'acquérir, il 
est donné. Le paulinisme aboutit au quiétisme. Le sens de la réalité et 
de ses devoirs positifs s'oblitère. La conception de la vie présente ne 
peut être que pessimiste : le travail humain perd de sa saveur, et la 
moralité humaine de son prix. La religion est même, en toute rigueur, 
à l'opposé de la moralité. L'homme n'est qu'un mode du péché ou de la 
grâce. Comme il ne peut par lui-même mériter, la liberté morale s'éva- 



BIBLIOGRAPHIE 219 

non it- La lettre de Barnabas l'a dit, « les tables de Moïse sont brisées ». 
M. Baeck n'élude pas l'objection tirée de tant de textes de Paul, où les 
exigences morales sont an premier plan. Mais c'est une heureuse incon- 
séquence. Paul reste ici, quoi qu'il en ait, sur le terrain du judaïsme. 
Il n'a pu dépouiller tout le vieil homme, mais ce haut moralisme jure 
avec le romantisme qu'il inaugure. De même plus tard, le protestan- 
tisme passe pour avoir été le point de départ d'une rénovation morale 
et sociale de la chrétienté. Mais, si l'on y regarde de près, ce n'est pas 
à proprement parler la Héforme, mais la renaissance, la culture nou- 
velle qui a été le ferment du progrès. Luther appartient encore au 
moyen âge. 

M. Baeck montre encore comment, par la logique interne de son 
romantisme, le paulinisme qui a repoussé la Loi est forcé d'avoir recours 
au mystère, au sacrement, comment il se confessionalise, aboutit, 
malgré le libre examen, à des formules de foi, à des credos, source 
d'intolérance, et, forcé de donner satisfaction à la conscience qui 
réclame une éthique, n'a de choix finalement qu'entre l'exaltation 
sentimentale et la casuistique. — Ce résumé ne peut donner qu'une 
idée insuffisante d'un travail vraiment riche d'idées et d'aperçus pro- 
fonds ou ingénieux. Il a les défauts de toute construction systématique 
qui fait entrer dans son économie, bon gré mal gré, des faits qui la 
contredisent parfois. Que le judaïsme soit un classicisme par rapport 
au romantisme chrétien, c'est une thèse séduisante et vraie sous cer- 
taines réserves. Il faudrait s'entendre sur le sens encore bien con- 
troversé des mots de romantisme et de classicisme. Le romantisme 
n'est-il pas souvent défini par une exaltation des puissances du moi, 
plutôt que comme un abandon passif à la fantaisie déréglée. On peut, 
il est vrai, résoudre cette contradiction en distinguant entre individualité 
et personnalité, et en refusant le titre d'agent volontaire à qui n'est que 
le jouet de ses tendances aveugles et de ses passions déchaînées. Autre 
objection. Le judaïsme est, si l'on veut, le type de la religion « clas- 
sique », à condition de ne considérer que l'aspect réputé classique du 
judaïsme et de le définir. Mais on sait que l'histoire du judaïsme compte 
aussi des chapitres « romantiques ». Et peut-être est-on fondé à trouver 
du romantisme déjà même dans la religion des prophètes. Ici encore il 
eût fallu commencer par définir. C'est peut-être ce que fera l'auteur dans 
l'ouvrage dont nous n'avons que le début. Il est probable, d'autre part, 
que les théologiens chrétiens n'accepteront pas que l'éthique ne soit 
qu'un élément secondaire ou un heureux illogisme dans le paulinisme et 
feront des réserves sur le romantisme d'essence passive et amorale qui 
lui serait propre. La thèse de M. Baeck se ressent visiblement des 
polémiques qu'il a soutenues contre les conceptions tendancieuses des 
théologiens chrétiens. Mais nous n'avons voulu donner ici qu'un aperçu 
d'une étude des plus suggestives et où il y a beaucoup à retenir, si même 
on n'est pas toujours persuadé par l'argumentation de l'auteur. Et il faut 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

assurément, pour asseoir un jugement définitif, qu'il ait livré, dans 
l'ouvrage promis, sa pensée tout entière. 

M. E. Baneth (p. 49-100) étudie les préoccupations sociales dans le 
droit rabbinique, la manière dont, en des questions d'intérêt, les doc- 
teurs se sont ingéniés à faire fléchir parfois la rigueur du droit par souci 
d'humanité, dans un but de conciliation. Pour illustrer ce point, il se 
livre à un examen des plus approfondis d'un des passages les plus diffi- 
ciles de la Mischna, à savoir Ketoubot, X, iv, qui traite de la répartition 
des biens à faire, après décès du mari, à ses trois épouses en possession 
de douaires de valeur inégale. M. Baneth analyse successivement les 
différents essais d'interprétation de ce texte obscur qu'offrent la Guemara 
palestinienne et babylonienne, Saadya, Haï, Hananel, Alfasi, Abraham ben 
David et les décisionnaires ultérieurs, et conclut que c'est Saadya qui 
fournit la solution la plus satisfaisante, la plus rationnelle. Nous ne 
pouvons entrer dans le détail de cette étude où se déploie la science non 
seulement talmudique, mais arithmétique de M. B. Selon lui, les dispo- 
sitions de la Mischna révèlent une véritable sollicitude pour les faibles 

et, dans l'espèce, la tendance à faciliter le remariage de la veuve. 

j 

M. Ismar Elbogen (101-144) retrace avec une sûre érudition la naissance 
et le développement de la « Science du Judaïsme », depuis Zunz, son 
fondateur, jusqu'à nos jours. Il caractérise l'effort de ce pionnier et de 
ses continuateurs, les Krochmal, Bapoport, Luzzatto, Munk, Geiger, etc., 
énumère les institutions qui se fondèrent successivement au siècle der- 
nier, dans chaque pays où 1a culture juive fut en honneur, les sémi- 
naires et facultés de théologie juive de Breslau, Londres, Budapest, 
Vienne, Paris, New-York, pour en venir à la « Hochschule fur die 
Wissenschaft des Judentums », en l'honneur de laquelle est écrite 
cette notice. Non destinée à former des théologiens, la Hochschule a 
répondu plus exactement à l'idéal scientifique de Zunz, sans toutefois le 
réaliser pleinement. C'est pour M. Elbogen l'occasion de se demander 
dans quelles limites doit se renfermer la « Science du Judaïsme ». Peut- 
être devrait-on partager ici l'avis de Geiger qui ne croyait pas nécessaire 
de définir ce qui, comme le Judaïsme même, échappe à toute définition 
trop précise. M. E. aboutit, lui, à cette formule (p. 141) un peu grandi- 
loquente : « La science du Judaïsme, c'est la connaissance du Judaïsme 
vivant et se dressant, dans le flot de l'évolution, comme une unité socio- 
logique et historique. » Il recommande toutefois, avec bon sens que cette 
science ne s'éparpille pas à l'excès. Ce n'est pas parce que le Judaïsme a 
été mêlé à la civilisation universelle que la science du Judaïsme doit 
aborder, par exemple, tous les problèmes de l'anthropologie et de la 
sociologie. M. E. espère que l'Université juive projetée à Jérusalem 
apportera de nouvelles lumières sur la question des directions et des 
buts à proposer à la science du Judaïsme. Signalons, à ce propos, la fon- 
dation prochaine d'une École des Hautes Études juives à Jérusalem. 



B1BL10GBA1M11E 221 

Julius Guttmann, L'historien regretté de La philosophie juive médiévale, 
consacre une longue étude (p. 145-216) au problème des rapports de la 
religion et de la science dans la pensée du moyen âge et dans la philo- 
sophie moderne. Selon lui, la philosophie religieuse est une invention 
du moyen âge. Sans doute, l'antiquité grecque, de Platon au néo- 
platonisme, s'occupe de religion, en est même imprégnée et étudie 
L'origine des dieux, mais elle fait ainsi de la psychologie ou de la spécu- 
lation historique et ne se pose pas le problème central de la vérité reli- 
gieuse. M. G. s'en tient au moyen âge, sans remonter à Philon et aux 
pères de l'Église. C'est, d'ailleurs, le domaine qu'il possède particulière- 
ment. Il étudie donc la conception de la religion chez les philosophes 
arabes et juifs, la notion de la révélation universelle dans la philosophie 
arabe ; il compare la scolastique chrétienne avec la scolastique islamo- 
juive et traite entin de la notion de révélation et de religion rationnelle 
chez les penseurs modernes, en particulier chez Kant et Schleiermacher. 
Il conclut en montrant que le vieux problème des rapports entre la 
religion et la connaissance n'a pas perdu de son importance, mais a 
revêtu une forme nouvelle, en raison, d'une part, des points de vue 
nouveaux sous lesquels on aborde les phénomènes religieux et du fait, 
d'autre part, que la philosophie contemporaine a délaissé la métaphy- 
sique pour la théorie de la connaissance. 

Julien Weill. 

M. H. Torczyner (Die Bundeslade und die Anfànge der Religion Israels, 
p. 217-297) examine le rôle de l'arche sainte et montre qu'il faut dis- 
tinguer entre l'arche sainte proprement dite et le couvercle surmonté 
des chérubins. Tandis que l'arche sert à conserver des documents, le 
kapporèt avec les chérubins représente le char céleste sur lequel siège 
la divinité dérobée à la vue par les chérubins. Les documents conte- 
nus dans l'arche sont placés ainsi sous la garantie de la divinité. Tout 
pacte était, en effet, rédigé en deux exemplaires, dont l'un était scellé 
et enfermé, l'autre était découvert. Le char divin, lui, tire son origine 
de l'orage et du volcan. C'est la colonne volcanique qui nous explique 
le récit de la colonne de nuée en marche, devenant une colonne de 
feu la nuit. La nuée où la divinité s'abrite est imitée par la Soukka, 
qui est construite à l'époque où l'on demande à Dieu la pluie. Les 
fêtes des Snukkot et des Maçot étaient, à l'origine, des fêtes équi- 
noxiales et non des fêtes agricoles, et pouvaient être antérieures à l'éta- 
blissement des Hébreux en Palestine. Ces thèses sont, en majeure partie, 
très séduisantes et, surtout dans le problème de l'arche, M. Torczyner 
paraît avoir trouvé une solution plus satisfaisante que celles qu'avaient 
données ses prédécesseurs. Les détails de son exégèse des textes bibliques 
sont plus sujets à caution, quoique certaines des interprétations et cor- 
rections qu'il propose soient ingénieuses. L'explication de 'Hîab, Is., vin, 
16, par « bandes, liens » est assez plausible. Nous approuvons d'autant 



222 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus la correction de biattb, Ps., xxix, 10. en *pbwb que nous l'avons déjà 
indiquée dans la Revue, 1907, t. LIV, p. 268. Très justement, M.Torczyner 
rapproche le verset Ps., lxviii, 18, de Nombres, x, 36 ; mais il est difficile 
d'admettre la traduction de ce dernier verset par : « Assieds-toi, Y. des 
armées, des milliers d'Israël. » A la fin de son travail, M. Torczyner 
explique mfctaat ^ par le Y. des armées en donnant comme origine à Y. 
l'onomatopée ivahivah, qui exprimerait le bruit du tonnerre, pris pour 
le tumulte des armées célestes. Est-il vraisemblable que le chef des 
armées ait tiré son nom du bruit que font ses troupes? L'idée que El 
Chadday serait le dieu des Amoréens et que le tétragramme désignerait 
celui de l'arche aurait besoin d'être étayée sur des arguments solides. 
Mais ces critiques ne doivent pas empêcher de reconnaître dans le 
travail de M. Torczyner des thèses intéressantes, suggestives et sérieuses. 

Mayer Lambert. 



Le Gérant : Julien Weill. 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND 

Aptowitzer (V.). — La création de l'homme d'après les anciens 

interprètes 1 

Bernheimer (Carlo). — Deux fragments d'un glossaire hébreu-fran- 
çais du xm e siècle 23 

Epstein (J. N.). — Sur les « chapitres » de Ben Baboï 179 

Ginsburger (E.). — Histoire des Juifs de Carouge, Juifs du Léman et 

de Genève 119 

Ginsburger (M.). — Arrêtés du Directoire du département du Haut- 
Rhin relatifs aux Juifs (1 er septembre 1790-19 brumaire an III).. . 44 

Lévi (Israël). — Le ravissement du Messie-enfant dans le Pugio fideA. 113 

Posnansri (Ad.). — Le colloque de Tortose et de San Mateo 

(7 février 1413-13 novembre 1414 {suite) 74 et 187 

Régné (Jean). — Catalogue d'actes 'pour servir à l'histoire des Juifs 
de la couronne d'Aragon sous le règne de Jaime II (1291-1327) 
[suite] 1 40 

Sidersky (D.). — Le trois centième cvcle de l'ère du monde .... 16 



NOTES ET MELANGES 

Danon (Abraham). — I. Un hymne hébréo-grec 89 

IL Les éléments grecs dans le judéo-espagnol 211 

Lambert (Mayer). — Notes grammaticales et exégétiques 209 

Lkvi (Israël). — « Ne fais pas de bien au méchant » ou Je lion ingrat. 205 

Marx (Alexander). — Place de Daniel dans le Canon, d'après les 

rabbins 93 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE 

Duff (A.-B.). — Die Palaestina-Literatur. Eine internationale Biblio- 
graphie in systematischer Ordnung mit Autoren und Sachregis- 

ter, herausgegeben von Peter Thomsen 1U 

Weill (Julien). - Revue bibliographique (années 1920-1922) 95 

Weill (Julien) et Lambert (Mayer). - Festschrift zum 50 jàhrigen 
Bestehen der Hochschule fur die Wissenschaft des Judentums 
in Berlin, mit Beitrâgen, von Léo Baeck, Eduard Baneth, Ismar 

ELBOGEN, JulillS GlJTTMANN, HaiTy TORGZYNER 2 * 7 

223 
Table des matières 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DU MARÉCHAL-FOCH . 







Il 














fi 


1 




DS 




101 




U5 


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t. 74-75 



Revue des études juives; 
historia judaica 



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